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24 mai 2021
Mélanie Lemire et le collectif Manger notre Saint-Laurent

Les vecteurs de développement du projet Manger notre Saint-Laurent reposent sur le croisement des disciplines en intégrant les sciences de la santé, les sciences sociales et économiques, les sciences océaniques, les sciences de l’éducation, le journalisme, la muséologie scientifique, les arts culinaire et visuel, le développement territorial durable, la sécurité alimentaire, la justice sociale, l’histoire et les savoir-faire de nos communautés côtières et le patrimoine vivant. Faire se rencontrer ces savoirs et ces personnes afin de donner le « goût » du Saint-Laurent, et de construire l’autonomie alimentaire des populations vivant à proximité de ces ressources et ailleurs au Québec. Mettre en valeur et mieux faire connaître les fabuleuses richesses du Saint-Laurent, rien de moins.

Mélanie Lemire
Deux des ateliers réalisés avec les communautés lors de la première phase du projet : photo de gauche, rencontre aux Îles-de-la-Madeleine et à droite, à Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Crédits : Mangez notre Saint-Laurent.
Le projet

Le projet Manger notre Saint-Laurent, financé par le programme Odyssée Saint-Laurent du Réseau Québec Maritime, a pour objectif de mettre en valeur les ressources animales et végétales comestibles issues du Saint-Laurent, ainsi que de promouvoir l’autonomie alimentaire et le plaisir de manger ces aliments locaux. Notre collectif rassemble plusieurs chercheur-se-s, partenaires régionaux, chef-fe-s culinaires et artistes, œuvrant du côté visuel, pour mettre les sciences, la gastronomie et l’art au service des communautés. Avec Manger notre Saint-Laurent, nous avons à cœur d’alimenter un projet de société permettant d’étudier, de mobiliser, d’informer au sujet des ressources comestibles du Saint-Laurent et d'en faciliter l'accès pour les Québécois-es, de la mer jusqu’à l’assiette.

Durant la phase 1 du projet (2018-2020), nous avons réalisé une vaste enquête auprès de communautés phares du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie, des Îles-de-la-Madeleine et plus largement du Québec, pour documenter les habitudes de consommation et les perceptions des gens en lien avec les aliments du Saint-Laurent et les acteurs impliqués dans leur exploitation. Lors du retour des résultats aux communautés, trois constats ont émergé. D’abord, plusieurs espèces comestibles du Saint-Laurent demeurent méconnues ou mal aimées, notamment le phoque gris, les algues ou le sébaste. Aussi, bien que la pêche représente une activité économique importante pour l’Est du Québec, les populations côtières, et celles du Québec en général, n’ont pas accès aux ressources du Saint-Laurent, celles-ci étant majoritairement exportées vers les marchés internationaux. Enfin, ce Saint-Laurent riche en ressources a perdu au fil du temps le rôle de pourvoyeur généreux qu’il avait pour les familles aux revenus précaires. La pêche commerciale est devenue prioritaire face à la pêche de subsistance, et les ressources du Saint-Laurent contribuent dorénavant peu à assurer la sécurité alimentaire des personnes les plus démunies et l’autonomie alimentaire des populations locales.

Notre collectif rassemble plusieurs chercheur-se-s, partenaires régionaux, chef-fe-s culinaires et artistes, œuvrant du côté visuel, pour mettre les sciences, la gastronomie et l’art au service des communautés. Avec Manger notre Saint-Laurent, nous avons à cœur d’alimenter un projet de société permettant d’étudier, de mobiliser, d’informer et de faciliter l’accès aux ressources comestibles du Saint-Laurent pour les Québécois-es, de la mer jusqu’à l’assiette.

Préparer l’action

Partant de ces constats, la phase 2 (2020-2022) du projet approfondit aujourd’hui le programme de recherche et passe à l’action. D’une part, nous visons à identifier les freins à la consommation d’espèces du Saint-Laurent méconnues auprès des acteurs de la santé publique et des responsables de cuisines collectives au Québec. Ce volet est porté par l’équipe de Marie Marquis, nutritionniste à l’Université de Montréal. La collecte de données sera entièrement réalisée à distance jusqu’au printemps 2021. D’autre part, nous visons à contribuer à l’émergence de nouvelles politiques publiques axées sur le développement intégré des pêches et des communautés, et ce, avec l’équipe de François L’Italien, chercheur à l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC). Dans les deux cas, il s’agit de réfléchir, de manière concertée, aux conditions à réunir afin que l’action collective soit menée à la bonne échelle dans le but de renforcer la sécurité et l’autonomie alimentaires pour les populations vivant près de ces ressources d’abord, et puis ailleurs au Québec. 

En décembre 2020, nous avons également lancé, en collaboration avec le Réseau Québec Maritime, un ouvrage phare intitulé L’économie des pêches au Québec : analyse et propositions pour favoriser la commercialisation des produits de la mer du Québec sur le marché domestique. Cet ouvrage vise à dresser un portrait socioéconomique du secteur des pêches au Québec, avec le souci de mettre en évidence l’histoire des relations entre les pêcheries et les communautés maritimes dans la province. Au-delà des constats qu’il présente, cet ouvrage met au jeu une série de propositions de travail destinées à rapprocher le développement des pêches et celui des communautés maritimes. Différents groupes de travail réunissant des acteurs des pêcheries au Québec ont été formés afin de poursuivre les réflexions pour la mise en œuvre d’actions stratégiques (par exemple, projets pilotes de mise en place de circuits courts, de valorisation de certaines espèces méconnues, etc.), notamment en collaboration avec différents acteurs de la Stratégie maritime du Québec.

La pêche commerciale est devenue prioritaire à la pêche de subsistance, et les ressources du Saint-Laurent contribuent dorénavant peu à assurer la sécurité alimentaire des personnes les plus démunies et à l’autonomie alimentaire des populations locales.

Mélanie Lemire
Campagne de mobilisation citoyenne et d’information. La cheffe Colombe Saint-Pierre, porte-parole du collectif, est ici dans la cuisine de son restaurant en compagnie de Christian Bégin, invité à se joindre à cette campagne. Crédits : Visages régionaux

Mobiliser les citoyennes et les citoyens

Au printemps 2020, en pleine pandémie de COVID-19, notre collectif a également mis sur pied une campagne de mobilisation citoyenne et d’information Mange ton Saint-Laurent avec l’équipe de Visages régionaux, une agence spécialisée en marketing territorial. Pour propulser cette campagne, une plateforme Web a été lancée dans le but de rejoindre le plus grand nombre de Québécois-es via les réseaux sociaux. Représentée par la cheffe Colombe Saint-Pierre, porte-parole du collectif, ainsi que par le comédien Christian Bégin, la campagne comporte deux volets complémentaires. Elle consiste d’abord à inviter les Québécois-es à entreprendre une série d’actions simples, réalisables en cinq, quinze ou trente minutes, visant à stimuler la demande locale en aliments issus du Saint-Laurent. Ces actions s’appuient notamment sur des initiatives existantes et prometteuses 1) qui visent à augmenter et à faciliter l’accès aux ressources marines du Saint-Laurent, 2) qui suscitent l’engouement pour la consommation de produits locaux (par exemple, Le Bon goût frais des Îles et Gaspésie Gourmande), 3) qui stimulent l’intérêt porté aux innovations culinaires des chef-fe-s et restaurateur-trice-s du Québec (par exemple, Colombe Saint-Pierre, Pierre-Olivier Ferry et Yannick Ouellet), 4) qui font la promotion des principes de développement durable (par exemple, la certification Fourchette bleue), ou encore, 5) qui soulignent les innovations de transformateurs ou de distributeurs québécois des produits du Saint-Laurent (par exemple, Fruits de mer du Québec et Océan de saveurs). Le second volet de la campagne est davantage axé sur le partage d’informations et la vulgarisation des connaissances sur les pêcheries et le développement des communautés. Une veille informationnelle et la production d’articles journalistiques, de vulgarisation scientifique et d’analyses économiques alimentent ce volet.

Au printemps 2020, en pleine pandémie de COVID-19, notre collectif a également mis sur pied une campagne de mobilisation citoyenne et d’information Mange ton Saint-Laurent [...] dans le but de rejoindre le plus grand nombre de Québécois-es via les réseaux sociaux. Représentée par la cheffe Colombe Saint-Pierre, porte-parole du collectif, ainsi que par le comédien Christian Bégin, la campagne [...] consiste d’abord à inviter les Québécois-es à poser une série d’actions simples, réalisables en cinq, quinze ou trente minutes, visant à stimuler la demande locale en aliments issus du Saint-Laurent. [...] Le second volet de la campagne est davantage axé sur le partage d’informations et la vulgarisation des connaissances sur les pêcheries et le développement des communautés.

Nous travaillons également au développement d’outils de mobilisation des connaissances pour passer à l’action. Un outil Web surveille les conditions de glace pour une meilleure planification des sorties hivernales sur le Saint-Laurent; il est porté par l’océanographe Dany Dumont, spécialiste de la physique de la banquise. Un deuxième permettra d’informer les gens et de les aider à faire des choix alimentaires sains et plus responsables quant à la consommation des espèces du Saint-Laurent. Cet outil est conçu par Catherine Fallon, Mélanie Lemire et Holly Witteman, qui œuvrent en santé publique et en santé numérique, en collaboration avec Exploramer et d’autres acteurs. Finalement, Émilie Morin, spécialiste en éducation à l’environnement, accompagne des enseignant-e-s du primaire, du secondaire et du collégial, afin de réaliser des activités en classe visant le développement du pouvoir d'action de jeunes du Québec face à la problématique sociale et environnementale de l'alimentation maritime locale. Les outils développés mettent aussi au premier plan les savoirs culinaires de plusieurs chefs, les communautés côtières ainsi que des œuvres artistiques, notamment le documentaire Chasseurs de phoques de Nicolas Lévesque.

En conclusion

En mobilisant un nombre grandissant et une diversité d’acteurs au Québec, nous serons à même d’identifier, de coconstruire et de mettre en œuvre des propositions de mesures structurantes pour le développement intégré des pêches et des communautés, dont la cocréation et la production d’innovations sociales facilitant l’accès aux ressources comestibles du Saint-Laurent pour les citoyen-ne-s du Québec, de la mer jusqu’à l’assiette.

Auteur(e)

  • Mélanie Lemire et le collectif Manger notre Saint-Laurent
    • Mélanie Lemire, Université Laval
    • Dany Dumont, Institut des sciences de la mer de Rimouski, Université du Québec à Rimouski
    • François L’Italien, Institut de recherche en économie contemporaine
    • Esteban Figueroa, CIRADD, Cégep de la Gaspésie et des Îles de la Madeleine, campus de Carleton-sur-mer
    • Marquis, Marie, Département de nutrition, Université de Montréal
    • Colombe Saint-Pierre, Chez Saint-Pierre
    • Hélène Raymond, Journaliste indépendante
    • Emilie Morin, Département de médecine sociale et préventive, Centre de recherche du CHU de Québec - Université Laval
    • Holly O. Witteman, Département de médecine familiale et de médecine d’urgence, VITAM – Centre de recherche en santé durable et Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval
    • Isabelle Cummings, Centre de recherche sur les milieux insulaires et maritimes 
    • Catherine Fallon, Département de médecine sociale et préventive, Centre de recherche du CHU de Québec - Université Laval
    • Gabriel Bourgault-Faucher, Institut de recherche en économie contemporaine 
    • Sandra Gauthier, Exploramer
    • Thomas Valade, Exploramer
    • Yannick Ouellet, Les services alimentaires
    • Pierre-Olivier Ferry, Atelier culinaire Pierre-Olivier Ferry
    • Julie Brousseau, Département de nutrition, Université de Montréal
    • Sandrine Leblanc-Florent, CIRADD, Cégep de la Gaspésie et des Îles de la Madeleine, campus de Carleton-sur-mer
    • Marie-Ève Arbour, Visages régionaux

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