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12 juin 2020
Stéphanie Facchin et Sabrina Boisvert
Cégep à distance et Université de Montréal, Cégep à distance

L’engagement du tuteur-accompagnateur n’est pas uniquement issu de sa capacité à exploiter une série d’outils pédagogiques efficaces. Cela vient également de sa détermination à créer un lien avec les étudiants, à investir du temps non seulement dans leur apprentissage académique, mais aussi à s’intéresser aux enjeux socio-affectifs rencontrés tout au long de leur parcours.

Facchin et Boivert
Stéphanie Facchin et Sabrina Boisvert

L’ensemble du milieu de l’éducation, contraint d’évoluer précipitamment depuis le début de la pandémie, a dû retrousser ses manches, s’engageant ainsi à se tremper les pieds, si ce n’est le corps entier, dans l’univers de l’enseignement à distance. Les établissements d’enseignement se sont lancés dans les cours à distance, distance qui se vit physiquement, mais socialement aussi. 

Étudier à distance n’est pas inné pour les enseignants, tout comme pour les étudiants, qui tous doivent apprivoiser de nouveaux outils de travail, et explorer des approches d’encadrement ou d’apprentissage variées. Mais aussi et surtout, cette transformation implique des enjeux motivationnels déterminants pour la réussite des étudiants, des enjeux avec lesquels la formule à distance est déjà bien familière. C’est ici qu’on peut faire appel, pour s’en sortir un peu, à tout un champ de recherche déjà rompu à la formation à distance.

Accompagner pour contrer l’abandon

La « distanciation » physique et sociale est un facteur de risque susceptible de ralentir, voire même d’interrompre un parcours éducatif. En contrepartie, favoriser la présence sociale de l’enseignant et l’auto-efficacité des étudiants est fort susceptible de les détourner de l’abandon.

Nous avons eu l’opportunité de le constater lors de notre recherche évaluative dans un établissement d’enseignement de niveau collégial qui offre des cours uniquement à distance depuis 1991 (Cégep à distance). L’épicentre de notre réflexion? Le développement et le maintien de la présence sociale, autrement dit le fait d’entrer en contact avec la personne qui nous accompagne dans notre cheminement éducatif. Cela se traduit par la perception que ce tuteur-accompagnateur est accessible et qu’on a l’impression de le connaître. 

L’engagement du tuteur-accompagnateur n’est donc pas uniquement issu de sa capacité à exploiter une série d’outils pédagogiques efficaces. Cela vient également de sa détermination à créer un lien avec les étudiants, à investir du temps non seulement dans leur apprentissage académique, mais aussi à s’intéresser aux enjeux socio-affectifs rencontrés tout au long de leur parcours.

L’engagement du tuteur-accompagnateur [...] vient également de sa détermination à créer un lien avec les étudiants, à investir du temps non seulement dans leur apprentissage académique, mais aussi à s’intéresser aux enjeux socio-affectifs rencontrés tout au long de leur parcours.

La personnalisation, un moyen significatif de motiver les étudiants 

Avec les cours à distance, les communications entre l’étudiant et son tuteur ne se font pas nécessairement en mode synchrone, c’est-à-dire en simultané, mais plutôt en asynchrone, donc en différé. Dans le cadre du projet pilote à l’origine de notre recherche évaluative, la première intervention visant à favoriser le sentiment de présence sociale a été réalisée en mode synchrone. Les tuteurs-accompagnateurs invitaient les étudiants dès leur inscription à assister à une séance d’accueil en visioconférence. L’objectif était de leur présenter l’envers de l’écran, là où un être bien réel est disposé à les accompagner. Cette rencontre établit un premier contact avec le tuteur qui, par la suite, entamera une série d’interventions motivationnelles – des relances personnalisées, par courriel, pour les encourager notamment à remettre leur premier devoir et des rendez-vous virtuels – afin de s’assurer autant que possible de la bonne progression de chacun.

La rétroaction revêt également un rôle déterminant dans l’apprentissage, particulièrement en formation à distance où les occasions de communiquer sont réduites. Elle se fait d’abord à l’écrit, sous forme de correction commentée, et elle s’accompagne d’une intervention audio, vidéo ou en visioconférence.  Les tuteurs-accompagnateurs du projet pilote ont d’ailleurs constaté que, par le biais d’une intonation et d’une reformulation appropriée, ils peuvent « agrémenter » les explications liées à la correction. Cela permet, par exemple, d’apaiser certaines craintes, d’éviter d’éventuelles frustrations ou encore de souligner un bon coup. 

Au final, les résultats de cette recherche indiquent que l’engagement des étudiants a bel et bien un effet sur la note finale du cours, celle-ci étant plus élevée quand l’étudiant participe à la séance d’accueil en mode synchrone, reçoit des rétroactions vidéo et des interventions personnalisées. 

Il faut donc retenir qu’étudier à distance n’est pas nécessairement aisé lorsque nous sommes privés des autres et d’une source extérieure de motivation, comme c’est le cas pour bon nombre d’étudiants en période de confinement. En revanche, susciter chez ces derniers le sentiment de présence sociale, en mettant de la présence dans la distance, autant de la part des enseignants que des personnes-ressources de leur établissement académique pourrait leur permettre de rester engagés et, par conséquent, de garder le cap sur leur réussite.

...susciter chez les étudiants et étudiantes le sentiment de présence sociale, en mettant de la présence dans la distance, autant de la part des enseignants que des personnes-ressources de leur établissement académique, pourrait leur permettre de rester engagés et, par conséquent, de garder le cap sur leur réussite.

Auteur(e)s

  • Stéphanie Facchin
    Cégep à distance et Université de Montréal

    Chercheuse en enseignement numérique et à distance, Stéphanie Facchin PhD. est active dans le milieu de l’éducation depuis près de 15 ans. Elle s’intéresse à la réussite et à l’encadrement des étudiants en formation à distance ainsi qu’à l’analytique de données favorisant la prise de décision. Sur le plan pratique, elle s’implique également en tant que formatrice et chargée de cours.

  • Sabrina Boisvert
    Cégep à distance

    Sabrina Boisvert est tutrice-accompagnatrice en français langue d’enseignement et littérature au Cégep à distance depuis 2017. Elle a complété un baccalauréat en études littéraires et en linguistique appliquée à la grammaire et entamera, dès l’automne, un certificat en révision professionnelle. Parallèlement à son parcours académique, elle a développé un grand intérêt pour l’encadrement des étudiants en tant que tutrice spécialisée en aide adaptée au Cégep Limoilou, puis au Cégep à distance où, avec son équipe, elle tente de favoriser la réussite et la persévérance des étudiants à distance.
     

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