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11 juin 2020
Josée Thivierge, Suzie Tardif et Nadine Arbour
ÉCOBES - Recherche et transfert

Avec la crise de la COVID-19, les élèves ont quitté abruptement leur établissement scolaire au printemps dernier. Tandis que certains d’entre eux, du préscolaire et du primaire, ont repris le chemin de l’école, les jeunes du secondaire ont été invités à consolider leurs apprentissages à distance. Le tout s’est effectué à géométrie variable puisque le milieu scolaire, tout comme le reste de la société, n’a guère eu le temps de se préparer au confinement. Ce qui demeure certain, c’est que de nombreux changements sont à prévoir dans les écoles québécoises à l’automne 2020. 

Les articles du dossier sont réunis et publiés sous le titre Penser l'après-COVID-19 [PDF].

ECOBES

Josée Thivierge, Suzie Tardif et Nadine Arbour

Dans le contexte où plusieurs défis se poseront aux élèves et au personnel scolaire, il s’avère essentiel de maintenir une communication et une collaboration de qualité avec les familles. Comme nul ne connait les mesures qui seront en vigueur l’automne prochain, les technologies numériques seront sans doute de précieux outils pour faciliter cette collaboration. Depuis quelques années, les écoles se sont d’ailleurs de plus en plus tournées vers le numérique pour informer et communiquer avec les familles. 

Si ces technologies s’avèrent des outils de communication généralement efficaces pour joindre les parents, diverses recherches montrent toutefois qu’elles peuvent aussi contribuer à la mise en place d’inégalités d’accès et d’usages, et ce, particulièrement dans les milieux moins favorisés dans lesquels on observe un moindre accès et des usages plus limités aux technologies numériques. Il y a d’abord des disparités dans l’accès aux divers équipements informatiques (ordinateurs, téléphones intelligents, etc.), ainsi qu’à l’accès au réseau Internet haute vitesse, condition essentielle à l’utilisation efficace des applications les plus avancées du Web interactif. À titre d’exemple, une enquête récente du CÉFRIO (2018) a révélé que la proportion de non utilisateurs d’Internet est significativement plus élevée chez les adultes québécois détenant une scolarité primaire ou secondaire (13%) que chez ceux ayant poursuivi des études universitaires (2%). À ces différenciations d’équipement s’ajoutent des inégalités au chapitre de l’appropriation, de l’apprentissage et de l’utilisation des outils numériques.  

Dans cet ordre d’idées, une étude qualitative exploratoire menée en 2018 par le centre ÉCOBES – Recherche et transfert du Cégep de Jonquière1 a montré qu’un grand nombre de parents sont nettement moins bien outillés et éprouvent d’importantes difficultés à utiliser les outils numériques. La communication du milieu scolaire avec ces parents « à la marge du monde virtuel » pose des défis particulièrement importants, lesquels ne sont pas près d’être atténués par les règles de distanciation physique qui limitent les liens sociaux. La collaboration avec les parents s’avérant essentielle à la réussite et à la persévérance scolaire des jeunes, les écoles doivent être conscientes que certains parents rencontrent des difficultés importantes qui limitent leur utilisation des TIC. Elles doivent privilégier la mise en place de sites simples, attrayants, bien vulgarisés et imagés; faciliter l’accès aux outils numériques et en simplifier la navigation; et, enfin, leur offrir du soutien et de la formation.

Dans cet ordre d’idées, le projet de recherche mené par ÉCOBES a permis l’élaboration d’un webdocumentaire (www.familledunumerique.ca). Familles à l’ère du numérique vise à sensibiliser les parents et les intervenants des milieux scolaires et communautaires aux nombreux défis posés par le numérique à la communication école-famille. Accessible par Internet, il s’appuie sur une navigation simple, mais ludique, un design coloré et attrayant, et il présente des vidéos, des animations et des bandes dessinées directement liées aux résultats du projet.

En cette période de changement accéléré imposé par la pandémie du Covid19, la collaboration et la communication efficace avec les parents constituent plus que jamais des atouts essentiels de la réussite scolaire de leur enfant.

Références

  • CEFRIO. 2018. Portrait numérique des foyers québécois. NeTendances 2018. Vol. 9, no. 4, 20 pages. [En ligne], Consulté le 29 novembre 2019.
  • THIVIERGE, J., JOYAL, I., TARDIF, S. et C. DUMOULIN. 2019. Pour une meilleure stratégie de communication numérique école-famille : Portrait de l’accès et des usages des TIC par des parents peu scolarisés. Jonquière, ÉCOBES – Recherche et transfert, Cégep de Jonquière, 37 pages. [En ligne] .
  • 1. Thivierge et coll., 2019

Auteur(e)s

  • Josée Thivierge
    ÉCOBES - Recherche et transfert

    Josée Thivierge, M. A., anthropologie, est chercheure au centre ÉCOBES - Recherche et transfert du Cégep de Jonquière depuis 2007. Spécialisée en évaluation de projets et en analyse qualitative, elle a collaboré au fil des ans à de nombreux projets de recherche en éducation, en santé et en développement des communautés. Madame Thivierge a notamment effectué plusieurs études sur l’accès, les usages et l’appropriation des technologies de l’information et des communications, réalisant récemment un webdocumentaire sur les défis posés à la communication école-famille par le numérique.

  • Suzie Tardif

    Suzie Tardif, Ph.D.(c), est chercheuse au centre ÉCOBES - Recherche et transfert du Cégep de Jonquière. Ses principaux intérêts de recherche sont le trouble développemental du langage (dysphasie), l’éducation inclusive et la résilience scolaire. Elle est également chargée de cours en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi. 

  • Nadine Arbour

    Forte de quinze années d’expérience comme enseignante dans le réseau collégial, Nadine Arbour possède une connaissance aigüe des enjeux éducationnels et administratifs. En effet, en plus de détenir un baccalauréat en administration ainsi qu’une maîtrise en éducation, elle a été responsable de la coordination départementale au Cégep de Jonquière pendant plusieurs années et a siégé à la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial du Québec (CEEC). Après avoir agi en tant que chercheuse, elle assure, depuis 2007, la direction d’ÉCOBES. À ce titre, elle assume également la charge de projet du Conseil régional de prévention de l'abandon scolaire (CRÉPAS). Madame Arbour siège par ailleurs sur le conseil d'administration du Réseau québécois en innovation sociale (RQIS) et est membre de plusieurs comités mettant en lien la communauté scientifique et les milieux de pratique.

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