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17 novembre 2021
Sylvain St-Onge
Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML)

La revue de littérature de la présente recherche a permis de recenser plusieurs études montrant la grande attraction exercée par la langue anglaise dans le domaine des sciences, et ce, à l’échelle planétaire. C’est la lingua franca des sciences de notre époque, la langue qui permet aux chercheur-se-s provenant d’horizons linguistiques différents de se rencontrer, d’échanger et de diffuser leurs travaux.

En contexte francophone minoritaire, nous observons que l’anglais exerce un pouvoir d’attraction encore plus grand chez les chercheur-se-s qui vivent, en outre, des difficultés particulières et persistantes, nuisant à leur épanouissement et les empêchant d’atteindre l’égalité de statut vis-à-vis leurs collègues anglophones. En comparaison avec le français, par exemple, les revues internationales de langue anglaise offrent une plus grande visibilité, atteignent un réseau de chercheur-se-s plus vaste, et constituent des lieux de publication « prestigieux » ayant un impact scientifique et médiatique plus intéressant. En raison d’un facteur d’impact généralement plus élevé, les chercheur-se-s décident souvent de publier dans ces revues1 .

La fragilité des infrastructures et l’isolement des chercheur-se-s

La revue de littérature témoigne de la fragilité des infrastructures de la recherche en français et de l’isolement des chercheur-se-s d’expression française à l’extérieur du Québec. Cet isolement se caractérise par le nombre restreint de chercheur-se-s qui partagent le même intérêt, mais aussi par le peu de collègues qui s’expriment en français au sein de leur établissement. Nous pouvons notamment penser à tous ceux et celles qui œuvrent dans une petite université, dans un campus, dans une université anglophone ou bilingue2 . Il en ressort que pour assurer la pérennité de la recherche en français, il faut non seulement la valoriser, mais aussi augmenter le financement et assurer la survie des programmes de 2e et 3e cycle; la communauté francophone en situation minoritaire se doit de disposer d’infrastructures qui permettent de mieux financer les professeur-e-s dans le but d’améliorer leur qualité de vie3 .

Chiffres_rapport_type_universites
Crédits : Jennifer St-Georges, Acfas.

Le financement de la recherche

Le manque de ressources ou de financements constitue possiblement l’un des défis les plus récurrents relevé par la littérature. D’ailleurs, les chercheur-se-s qui travaillent de manière isolée entretiennent la perception d’avoir moins de chance d’obtenir du financement en raison des difficultés d’établir des partenariats ou des collaborations avec d’autres collègues. D’ailleurs, le manque de financement serait l’une des raisons qui décourage les chercheur-se-s de faire de la recherche sur les communautés francophones en situation minoritaire. Il y a de cela déjà plusieurs années, l’étude de Kelly Sears Consulting Group (2008) avait soulevé plusieurs lacunes relatives au rôle des organismes fédéraux de financement de la recherche du Canada dans la promotion des langues officielles. Quelques années plus tard, l’étude préparée par Malatest (2011) a mené à plusieurs suggestions afin d’améliorer le cas de la recherche en français en situation minoritaire, notamment l’uniformisation et la simplification des démarches pour l’obtention de subventions, l’assurance d’un financement pour améliorer l’infrastructure de recherche des petites universités bilingues et de langue officielle en situation minoritaire, et l’instauration d’un financement pour les activités de recherche, de réseautage et de création de partenariats.

Le soutien de la recherche et les partenariats

Les écrits révèlent que ce ne sont pas tous les chercheur-se-s qui ont accès à un service de soutien à la recherche, particulièrement pour la préparation et le perfectionnement des demandes de subventions en recherche ou pour le service de révision d’article. La réalité des chercheur-se-s d’expression française à l’extérieur du Québec est bien différente de celle de la majorité; ils n’ont pas tous les mêmes conditions favorables pour effectuer leurs travaux. Ainsi, les chercheur-se-s d’expression française entretiennent une perception de favoritisme envers les grandes universités de la majorité anglophone à l’égard de la langue, mais également la pertinence du sujet de recherche de l’auteur-trice- et du soutien financier obtenu par l’intermédiaire du CRSH4 . En parallèle, avec l’impératif du publish or perish les chercheur-se-s doivent également respecter, ce qui se veut une tâche additionnelle, les exigences de leur profession à l’égard de l’enseignement, de la direction de thèses et des services à la collectivité.

Chiffres subventions
Crédits : Jennifer St-Georges, Acfas.

Les barrières linguistiques

Les compétences linguistiques et culturelles des examinateur-trice-s qui évaluent les publications est un défi auquel les chercheur-se-s d’expression française à l’extérieur du Québec sont confrontés. Cela peut inciter des chercheur-se-s à soumettre des demandes de financement en anglais afin d’améliorer les chances qu’elles soient acceptées par de grands conseils subventionnaires5 . Pour les autres chercheur-se-s, le risque que leurs demandes soient mal comprises est accru. Pour les projets qui portent sur les communautés francophones, cela représente en outre une source potentielle d’incompréhension des problématiques et des objets d’étude. Dans ces conditions, des études pertinentes pourraient être éliminées en raison d’un clivage linguistique et culturel. Bref, les examinateur-trice-s doivent être en mesure d’évaluer les projets dans les deux langues officielles et d’être sensibles à la réalité culturelle de la minorité francophone au Canada.

Conclusion

Cette revue de littérature démontre l’importance et la persistance d’enjeux comme le sous-financement, le manque de reconnaissance ou de soutien des chercheur-se-s d’expression française en situation minoritaire au Canada. Malgré les défis rencontrés dans le milieu de la recherche en français, il s’agit néanmoins d’un milieu de recherche dynamique qui témoigne d’un intérêt et d’une volonté réels chez les chercheur-se-s d’expression française de contribuer à l’avancement des savoirs. Il ressort finalement de cette revue de littérature que peu de travaux ont porté sur cette problématique depuis 2011. Une mise à jour des données sur les pratiques de publication de ces chercheur-se-s et sur la langue dans laquelle ils déposent des demandes de subvention s’imposait.

 

Références
  • Acfas (2019). La recherche en francophonie minoritaire canadienne : état des lieux et pistes d’action - bilan du colloque tenu à l’UQO les 30 et 31 mai 2019. https://www.acfas.ca/sites/default/files/documents_utiles/compterenducolloque_ acfas_2019_francophonieminoritaire_0.pdf. Consulté le 1er mars 2020.
  • Forgues, É. et Pépin-Fillion, D. (2012). La recherche en contexte francophone minoritaire. Communication présentée à la table ronde de l’Acfas. Les enjeux et l’avenir de la recherche, en français, en milieu minoritaire, Sudbury, Ontario.
  • Kelly Sears Consulting Group (2008). Le rôle des organismes fédéraux de financement de la recherche du Canada dans la promotion des langues officielles. Ottawa : Le Commissariat aux langues officielles. https://www.clo-ocol.gc.ca/sites/ default/files/promotion_f.pdf
  • Landry, R., Forgues, É. et Traisnel, C. (2008). La recherche sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire : chercheurs, réseaux et grands thèmes. Communication présentée au symposium Les enjeux de recherche sur les langues officielles, Ottawa, Ontario.
  • Malatest & Associates Ltd. (2011). Examen de la gestion des langues officielles. Ottawa : Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH).
  • Vézina, S. et Doiron Robichaud, J. (2011). Vers une démarche concertée pour le renforcement de la recherche sur les langues officielles dans le secteur de la santé : bilan et pistes d’action. Moncton, Nouveau-Brunswick : Groupe de recherche et d’innovation sur l’organisation des services de santé.
À consulter :

Le rapport long - https://www.acfas.ca/sites/default/files/documents_utiles/rapport_francophonie_final_1.pdf
Le rapport sommaire - https://www.acfas.ca/sites/default/files/documents_utiles/rapport_francophonie_sommaire_final_1.pdf
Le rapport en anglais - https://www.acfas.ca/sites/default/files/documents_utiles/rapport_francophonie_sommaire_en_final_0.pdf

Pour consulter les autres articles du dossier Francophonie canadienne, cliquez ici.

  • 1Warren et Larivière, 2018; Meneghini et Packer, 2007
  • 2Acfas, 2019
  • 3Landry, Forgues et Traisnel, 2008
  • 4Vézina et Doiron Robichaud, 2011
  • 5Forgues et Pépin-Fillion, 2012

Auteur(e)

  • Sylvain St-Onge
    Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML)

    Sylvain St-Onge détient un doctorat en éducation de l'Université de Moncton. Il a été récipiendaire d'une bourse de la Fondation Baxter et Alma Ricard pour ses études doctorales. Depuis 2010, il travaille comme assistant de recherche et chercheur à l'Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML).

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