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15 mars 2021
Marc Lamontagne
Cégep Édouard-Montpetit
Dossier:

L'auteur se lance ici, dans une prose poétique, dans une quête du génie de la musique qu'il voit occuper une place aussi singulière que puissante dans nos vies intérieures, nos corps, nos cerveaux. « Il y a beaucoup de choses dans la musique; il semble y avoir tout l’être humain, tout l’art d’être humain», écrit-il.

Lefort - Mingan
Le travail d'Alain Lefort, entre territoires intérieurs et extérieurs, illustre tout le dossier. Il présente dans un article ses photographies et vidéos issues de son mémoire de maîtrise en arts visuels et médiatique. Mingan 01, 2020, 42cm x 50cm, épreuve argentique
« Les îles et îlots de la réserve du Parc national de l’Archipel-de-Mingan s’étendent sur une distance de 152 kilomètres. Un paysage unique formé de monolithes de calcaire forgés par la mer. La lumière de cet après-midi du mois de juin était particulièrement contrastée. Un ciel sans nuage et un soleil de plomb. Le bleu du ciel qui se reflète dans le fleuve est, à quelques degrés près, du même gris que les rochers et les galets sur la grève ». Alain Lefort.

 

Le génie et la musique

La musique est l’art fondateur de l’humanité et consiste à reproduire pour l’ouïe le rythme de la vie résonnante de l’artiste qui l’imite pour celui qui l’entend.

En écoutant de la musique, nous laissons donc résonner en nous la vie intérieure d’un autre et non pas de l’Autre; l’étrangeté d’autrui n’est pas ici en jeu, mais bien plutôt notre ressemblance avec lui ~ en tant qu’être humain ~ jusque dans les connections neuronales de notre cerveau… là où nous pouvons être les mêmes.

En composant de la musique, nous faisons résonner pour l’ouïe et pour autrui la vie intérieure qui nous anime et tissons des liens avec lui.

La musique peut venir de deux directions, en revenant toujours sur soi-même comme une boucle : celle de l’artiste ou celle de l’œuvre d’art; elle nous sort des doigts, de la bouche, et de tout le corps… jusqu’à en chanter, ou elle nous rentre dedans par les oreilles et mobilise ainsi tout le cerveau, tout d’un coup... jusqu’à en danser.

La musique que l’on entend « dans nos oreilles », la musique intérieure, n’est pas le bruit du monde ambiant que l’on a tendance à oublier.

                Il y a beaucoup de choses dans la musique; il semble y avoir tout
l’être humain, tout l’art d’être humain en reproduisant et en accueillant le mouvement
de la vie intérieure, de la seule vie qui en fait existe, celle qui vibre en chacun de nous.

                Quel est le lien entre le fait d’écouter de la musique et l’œuvre
d’art?

Par l’écoute de la musique, l’être humain devient œuvre d’art; c’est au sein même de notre propre vie intérieure, en accueillant la reproduction de la vie intérieure d’un autre, que l’artiste nous atteint : il vit en nous et nous le laissons vivre en nous-mêmes.

L’œuvre d’art est l’accueil chez soi d’un réfugié; l’œuvre d’art est l’effet de ce que fait en nous l’artiste auquel nous ouvrons la porte.

Mais la vie fait aussi du musicien une œuvre d’art lorsqu’il transmet son mouvement et son rythme; le véritable musicien n’est pas créateur, il est l’imitateur flegmatique du mouvement de la vie qu’il entend à l’intérieur de lui-même… le rythme des battements de son cœur et les litanies des mouvements de son corps qui viennent résonner dans ses oreilles, de l’intérieur.

L’œuvre d’art n’est pas dans l’objet ou dans la partition, ni non plus dans l’instrument, mais bien dans la vie intérieure qui accueille l’expression et l’effort d’autrui visant à résonner dans celui qui l’entend, c’est autant le musicien que celui qui l’écoute!

Dans la musique, l’œuvre d’art est circulaire, dans le faire et dans l’écoute : l’humain étant l’œuvre d’art de la nature, la musique étant l’œuvre d’art de l’œuvre d’art de la nature qui se fait œuvre d’art dans l’œuvre d’art de la nature : l’être humain.

                C’est étourdissant! La musique en effet m’engourdit, m’enjoint et
me prend dans son tourbillon de sons!

                Elle m’entortille dans son sillon, mais où m’emporte-t-elle ainsi
sans vraiment que je ne le veuille?

À l’intérieur de toi-même et de toutes tes possibilités artistiques comme l’œuvre d’art la plus illustre de toute la Terre, celle précisément qui ~ par son mouvement autoréflexif ~ est responsable de toute la Vie sur Terre.

Mais la musique n’est pas un tourbillon de sons entendus ou uniquement un son se faisant étendre; il n’y a pas de musique, s’il n’y a pas une certaine relation entre les sons.

Or ce n’est pas une relation aléatoire ou relative à chacun : ce sont les relations neuronales qui nous servent à entendre et à mettre en action, dans l’harmonie, les possibilités humaines du sens de la Vie.

Il ne faut pas négliger la force de son cerveau, il peut nous transporter dans des régions non encore explorées, et la musique est un instrument de cette exhortation.

C’est ainsi que le loup devient le gardien de l’agneau, en connaissant les parcours ~ en en piétinant les sentiers ~ il arrive à juger de ses propres pulsions et à les diriger vers ce qu’il croit possiblement le meilleur.

                Mais qu’est-ce que la musique peut bien à voir avec la science?
La science est-elle un art? La musique n’est certainement pas la science!

                Et la croyance, et la vérité… la science peut-elle être vraie
dans ces conditions? La vérité est-elle une religion?

La musique n’est pas la science, mais elle y conduit… lorsque nous l’écoutons jusqu’au bout; elle peut conduire aussi à la religion, à la position qui consiste à croire en la possibilité de l’avènement d’une chose ou d’un individu étant représenté comme modèle.

La science ne vient pas de rien; elle vient elle-même d’une musique profonde qui cherche à connaître, à tracer les contours de l’expérience possible de l’humanité.
L’importance de ce but, est sa vérité.

C’est donc une possibilité de notre corps, de notre corps qui cherche à vivre vers un sens qui doit exister et qui soit le même pour toute l’humanité.

La vérité n’est pas une religion qui ne fait que croire en ce qu’elle croit, la vérité est une croyance en ce qui peut arriver; n’est-ce pas ce que cherche la science?

La vérité est une recherche.

                Le lien entre la vérité, la science et la musique est encore flou.

                Tout cela semble tellement distant et si rapproché à la fois, qu’il
est difficile de distinguer la science et la musique… n’est-ce pas seulement ce qui nous
arrive et que l’on appelle le dévoilement de la vérité?

Si la vérité est vraiment un chemin, un chemin qui nous conduit à une éclaircie, et bien la science n’est rien d’autre que la recherche de ses contours pour tous les êtres humains.

La vérité est une carte qui nous conduit vers ce que nous sommes : des êtres humains qui cherchons le chemin par lequel atteindre un sommet, le tracé le plus accessible de la vue que nous rend possible une montagne.

Lorsque la musique devient un chemin qui nous conduit à la vue englobante d’un moment humain, elle est fondatrice de science.

Cela n’arrive pas tout le temps!

Cela arrive quand nous cherchons notre propre destinée … en chantant!

                Chercheurs de toute la Terre! Faîtes-vous entendre, pour vous-
mêmes et pour les autres ~ jusqu’au bout de la musique qui vous anime !

                Mais faîtes-vous entendre, pour l’amour de la Vie sur Terre!

Auteur(e)

  • Marc Lamontagne
    Cégep Édouard-Montpetit

    Marc Lamontagne est professeur de philosophie au Cégep Édouard-Montpetit et poursuit des recherches en santé du cerveau et en enseignement depuis 2012. Spécialiste en herméneutique et en philosophie allemande, il collabore à un dialogue interdisciplinaire de la philosophie et à l'interprétation du travail de plusieurs artistes contemporains. Son oeuvre principale est Das Werden im Wissen [Le Devenir dans Le Savoir], parue aux Éditions Königshausen & Neumann 2012. Il est corédacteur du dossier Vie intérieure du présent magazine.

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