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17 mars 2021
Jean-Marie Schaeffer
École des hautes études en sciencs sociales (EHESS)
Dossier:

Jean-Marie Schaeffer s'intéresse aux arts du langage et aux différentes manières de conter. Qu'il soit question des récits formels – discours ou romans – ou des formes narratives moins structurées de nos parlures quotidiennes. Dans se dernier ouvrage Les troubles du récit : pour une nouvelle approche des processus narratifs, il part à la recherche des fondements biologiques et anthropologiques des récits. L'entretien audio réalisé avec le philosophe explore ce territoire pour mieux comprendre ces vagues narratives qui nous traversent, et qui parfois nous submergent.

Lefort - Le fleuve
Le travail d'Alain Lefort, entre territoires intérieurs et extérieurs, illustre tout le dossier. Il présente dans un article ses photographies et vidéos issues de son mémoire de maîtrise en arts visuels et médiatique.
Fleuve 1, 47min 40sec (en boucle), 2019, lien vidéo.
« Ici la caméra vidéo cadre une vague rebelle. Le plan est fixe et la caméra enregistre durant un temps déterminé. Un zoom avant constant est appliqué sur l’image en postproduction. Cet effet de rapprochement décompose l’image, de plus en plus pixellisée, jusqu’à ce qu’elle soit réduite à ne montrer qu’un unique pixel dans tout l’espace de l’écran lorsque le zoom a atteint son extrémité maximale.» Alain Lefort.

 

Lien audio - RENCONTRE AVEC JEAN-MARIE SCHAEFFER - 47:44 min.

Nous sommes tissés narrativement

Jean-Marie Schaeffer catégorise les processus narratifs en trois grands types : la proto-narrativité, la narration et le récit. Il mentionne que ce sont les mêmes compétences cognitives de base, les mêmes circuits neuronaux, qui rendent possibles tous ces types de mises en histoire. Toutes nos narrations, incluant nos rêves, circuleraient sur les mêmes chemins intérieurs.

Lors de l'entretien, le philosophe aborde aussi les relations entre la fiction et le récit factuel. Il mentionne que la frontière entre les deux est très claire, « empiriquement irréfutable », même si elle est poreuse et qu'elle connait de nombreux mouvements transfrontaliers. Et cette frontière entre factuel et fiction serait « indispensable pour éviter une déstabilisation cognitive et éthique par rapport au monde et à autrui ».

"[...] la plupart de nos remémorations, de nos souvenirs, mais aussi de nos imaginations, de nos projections dans l'avenir ou de nos fantasmes sont organisés narrativement. Et rares sont nos états émotifs – la peur, la joie, la tristesse, la colère, et bien d'autres encore – dépourvus de toute dimension narrative. J'ai peur de tel ou tel événement, j'en veux à telle personne pour telle ou telle action à mon égard, et ainsi de suite". Jean-Marie Schaeffer, Les troubles du récit, p.44.

Auteur(e)

  • Jean-Marie Schaeffer
    École des hautes études en sciencs sociales (EHESS)

    Jean-Marie Schaeffer est philosophe des arts du langage. Il est chercheur au CNRS, et directeur d'études à l'EHESS.

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