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19 mai 2020

[Coordonné par Catherine Girard, d'Isabelle Laforest-Lapointe et de Félix Mathieu, le dossier La relève pense le Québec d’après-COVID-19 a été publié initialement dans le journal La Presse. Le dossier s'est déployé du 4 au 20 mai toujours, où les auteurs de la présente synthèse ont développé leur pensée, cette fois en 700 mots. Ce deuxième dossier se joint au Penser le Québec de l'après-COVID-19, codirigé par Guy Laforest et Jean-Phillippe Warren. Le Magazine de l'Acfas, en collaboration avec toutes les parties, republie tous ces contenus dont la diversité des points de vue dessert bien la réflexion sur les enjeux de l'heure.]

Les articles du dossier sont réunis et publiés sous le titre Penser l'après-COVID-19 [PDF].

LasouchePrésentation du dossier

Tous les secteurs de la société sont appelés à contribuer aux efforts nécessaires pour affronter et sortir de la crise de la COVID-19. Le présent dossier rassemble 14 articles rédigés par « la relève du Québec », en provenance des sciences tant naturelles, humaines que sociales. Elles et ils réfléchissent aux nombreux défis qui nous guettent dans le contexte actuel.

Poursuivre la mission de l’école québécoise

Avant la COVID-19, le monde de l’éducation au Québec était en ébullition. Les nombreux changements législatifs et réglementaires opérés par le gouvernement Legault, ainsi que les négociations des conventions collectives du personnel enseignant, annonçaient un hiver chaud. La fermeture physique des écoles a toutefois reporté ces enjeux. Elle a également levé le voile quant à l’accessibilité de l’école, un idéal longtemps poursuivi au Québec et que plusieurs croyaient déjà atteint. Or, comment poursuivre la mission de l’école québécoise en contexte de crise ? Voilà la question qui préoccupe les acteurs scolaires depuis le 13 mars 2020.

– Olivier Lemieux, professeur en administration scolaire à l’Université du Québec à Rimouski

Une transition vers des villes plus vertes

Alors que la distanciation sociale restreint les déplacements des Québécois, les citadins sont plus que jamais conscients de leurs espaces verts locaux. Ceux qui ont la chance d'avoir une cour s'affairent à planter des jardins, tandis que d'autres cherchent le réconfort dont ils ont tant besoin dans les parcs et les sentiers. Le temps passé dans la nature est essentiel pour la santé mentale et physique, mais de nombreux quartiers ne disposent tout simplement pas d'infrastructures vertes pour répondre à ce besoin. Il s’agit donc d’une occasion unique pour plaider en faveur de villes plus vertes et plus équitables.

– Carly ZITER, professeure adjointe, Département de biologie, Université Concordia

Des valeurs féministes pour l’après

La pandémie révèle la grande vulnérabilité des corps humains, aussi divers soient-ils. Nous permettra-t-elle de reconnaître et d’affronter cette vulnérabilité commune ? Dans cette conjoncture critique, il est indispensable de réfléchir à l’impact qu’a la COVID-19 sur la vie des femmes. Encore une fois, ce sont elles qui se retrouvent au front pour les soins émotionnels, matériels, communautaires. Une approche féministe met en lumière la nécessité d’aborder les multiples inégalités qui se manifestent pendant comme après la pandémie : la violence conjugale, la précarité économique, la fausse idée du foyer comme lieu de protection, les migrations; bref, les autres pandémies.

– Priscyll ANCTIL AVOINE et Danielle COENGA-OLIVEIRA, doctorantes en science politique et études féministes à l’UQAM.

Modéliser les épidémies : mathématiques, biologie et politique

Pendant une pandémie, les modèles mathématiques nous éclairent-ils vraiment? Si les mathématiques nous renseignent sur les épidémies en général, ce sont les données des cliniciens et du système de santé qui doivent nous éclairer dans la pratique. Comprendre comment concilier la rigueur des modèles mathématiques, l’incertitude dans les données, et comment les deux interagissent dans les algorithmes d’intelligence artificielle, nécessite le besoin de former une nouvelle génération de biologistes « polyglottes ». Ce travail doit être encadré par la sociologie et la philosophie, pour maintenir au premier plan le respect de la dignité, de la vie privée et de l’éthique.

– Timothée POISOT, professeur adjoint en sciences biologiques, Université de Montréal.

L’humour d’après

« À quoi je sers ? », « Que pourrais-je faire d’utile ? » La plupart des artistes, particulièrement les humoristes, sont désormais prisonniers de ces deux questionnements. À l’arrêt forcé depuis des semaines, ils attendent le retour à la normalité qui, hélas, ne reviendra pas avant longtemps. La crise actuelle ouvre la porte à un avenir qui portera la cicatrice du présent. Si l’humour en temps de crise est consensuel, à quoi ressemblera celui qui va naître après la pandémie de la COVID-19?

– Julie DUFORT, humorologue et professeure de science politique à l’École nationale de l’humour et au Collège André-Grasset, et Philippe-Audrey LARRUE-ST-JACQUES, humoriste.

Miser sur la démocratie de proximité

Pour relancer sa vie économique, sociale et culturelle, le Québec peut compter sur un État formé d’un gouvernement central et de municipalités. Celles-ci ont acquis récemment le statut de gouvernement de proximité. Elles jouissent maintenant d’une autonomie leur permettant de participer à la construction de villes démocratiques, inclusives et durables. Dans le contexte de la reprise, la collaboration entre ces gouvernements favorisera des actions publiques répondant aux besoins et aux aspirations variées des villes. Leur coopération sera facilitée si les élus évitent de réduire les municipalités au rang d’exécutantes du gouvernement central, comme ils l’ont fait lors de crises antérieures.

– Benoît Morissette, chercheur postdoctoral au Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie, UQÀM.

Décroissance ou transition écologique?

Le concept de décroissance porte à confusion, car il ne signifie pas d’une croissance négative. Or, pourquoi choisir une formulation qui réfère à un des termes les plus connotés dans l’imaginaire collectif, sans vouloir y référer ? En fait, la notion qui nous permettrait de sortir de la crise du coronavirus par la bonne porte est la transition écologique. Beaucoup plus fédératrice, la transition écologique révèle plus clairement les objectifs à poursuivre et les moyens par lesquels la population pourra en bénéficier, permettant notamment de stimuler le marché de l’emploi et les investissements.

– Alexandre GAJEVIC SAYEGH, professeur adjoint au département de science politique de l’Université Laval

Financer la transition industrielle

Dans la foulée de la crise financière de 2008, les économies avancées avaient déjà renoué avec l’interventionnisme et la planification, les subventions industrielles, l’investissement public dans les secteurs et entreprises de pointe, la protection des sièges sociaux et autres « champions nationaux », ainsi qu’avec le nationalisme économique. À cet égard, une multitude de nouvelles banques publiques d’investissement et d’agences de développement ont depuis été mises sur pied. La reprise industrielle post-COVID-19 aura certainement pour effet d’accentuer cette tendance, notamment en alliant recherche d’autarcie et transition énergétique. Comment le Québec et son écosystème financier répondront-ils à ces défis ?

– Hubert RIOUX, Chercheur à l’École nationale d’administration publique et Chargé de projet à l’Institut de recherche en économie contemporaine

Le Canada et le Québec, partenaires de la coopération internationale

La décision du président des États-Unis de suspendre la contribution américaine envers l’Organisation mondiale de la santé (OMS) engage à réfléchir sur l’importance de coopérer dans un ordre libéral international qui était déjà fragilisé avant la COVID-19. L’ampleur de nos interdépendances à l’échelle mondiale et de notre dépendance au commerce international, en particulier avec les États-Unis, poussent le Canada et le Québec à favoriser la voie de la coopération internationale. Il faudra faire preuve d’un réalisme éclairé en conjuguant nos valeurs et nos intérêts nationaux. Dans l’ère « post-COVID-19 », nous devrons repenser le triptyque Santé-Sécurité-Prospérité au Canada et au Québec.

– Marc-André ANZUETO, professeur en développement international, Université du Québec en Outaouais

Diète touristique : repenser la mobilité

Tout porte à croire que la COVID-19 aura un impact significatif sur les comportements touristiques des Québécois. Le tourisme de masse est largement remis en cause à l’heure des interdictions globales de rassemblements. Dans l’impossibilité, voire devant la peur d’aller à l’étranger, on peut imaginer un intérêt accru pour le local et la valorisation de sa propre société et de ses richesses, tant naturelles que culturelles. Le virus impose une réflexion quant à la nécessité d’implanter une véritable « diète touristique », centrée sur le durable et l’expérience sensible. Bref, la crise pourrait conduire à un réel changement de paradigme.

– Marco ROMAGNOLI, doctorant en ethnologie et patrimoine culturel et boursier Vanier, Université Laval et Catherine CHARRON, ethnologue et co-directrice de l'organisme Les forges de Montréal

La politique « autrement »

La pandémie actuelle pourrait fort bien représenter un point tournant et changer la politique, ainsi que la manière de la faire. À l’ère de la distanciation sociale, les formes de militantismes, déjà en redéfinition chez les plus jeunes générations, pourraient se numériser davantage. Comment les partis adapteront leurs pratiques et leurs actions, notamment en temps d’élection ? Dans ce contexte, l’épineuse question de l’utilisation des données personnelles à des fins partisanes est inévitable. Et quand est-il de la circulation de l’information, parfois tout aussi fausse qu’haineuse ? Un impact sur la teneur des discours est-il envisageable ? À qui profiteront ces changements ?

– Philippe DUBOIS et Katryne VILLENEUVE-SICONNELLY, respectivement doctorant et doctorante en science politique, Université Laval.

Unir les générations

Traverser la pandémie de la COVID-19 est le combat le plus important de notre vie collective, comme le veut l’expression consacrée. Cette épreuve est aussi celle de notre solidarité intergénérationnelle. Nous devons être résilients devant le sacrifice de la liberté des jeunes pour protéger la santé des bâtisseurs du Québec d’aujourd’hui. C’est un devoir de mémoire, la promesse du « Je me souviens ». Mais nous avons aussi un devoir d’avenir : plus que jamais, il importe d’unir les générations pour revoir concrètement nos décisions d’investissement, de consommation et de politique afin d’assurer la pérennité des ressources de notre planète.

– Catherine GIRARD, chercheuse postdoctorale, Centre d’études nordiques, Université Laval
– Isabelle LAFOREST-LAPOINTE, professeure adjointe, Faculté des Sciences, l'Université de Sherbrooke
– Félix MATHIEU, doctorant en science politique, UQÀM.

Vivre ensemble : pour un Québec plus inclusif

Les crises font ressortir les inégalités sociales vécues par les personnes les plus démunies et les groupes négligés. L’inclusion doit être mise de l’avant avec une approche intersectionnelle, afin de mettre en lumière les défis auxquels font face les individus vivant simultanément de multiples obstacles et injustices. L’un des défis après la crise sera d’appliquer une approche intersectionnelle afin de reconnaître les dynamiques de pouvoir et les défis des groupes marginalisés qui sont souvent sous-représentés. Cette approche sera nécessaire afin d’écouter et de soutenir nos concitoyens, et ainsi favoriser une inclusion sociale et le vivre ensemble de demain.  

– Camille ESTHER GARON, agente de communication organisatrice d'événements et conférencière

Le « chez-soi » des communautés autochtones

Alors que le Québec entier est appelé à se confiner chez lui, dans le refuge symbolique que représentent ses maisons, les communautés autochtones sont une fois de plus coupées de leur demeure identitaire : le territoire. Car la notion de chez-soi, qui se cristallise dans la maison chez les Allochtones, s’étend au territoire entier pour les communautés autochtones. Au sortir de la crise, de nombreux Autochtones souhaiteront enfin pouvoir rentrer chez eux, sur le territoire. Il sera alors temps de reprendre le processus esquissé cet hiver, d’entamer un dialogue authentique, de nation à nation, sur nos rapports différenciés au territoire.

– Élisa GOUIN, architecte et candidate au doctorat à l’École d’architecture de l’Université Laval et Yasmine FONTAINE, Innue de la communauté de Maliotenam et étudiante au baccalauréat en anthropologie, Université Laval

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