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Quand les oiseaux répliquent à la tordeuse

Pierre Drapeau observe que les espèces qui se nourrissent d’insectes sur le feuillage, connaissent une augmentation de population au moment du pic d’abondance de tordeuses.
  • Colloque 213 - Vers la nouvelle épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette : évaluation des impacts et élaboration des interventions
  • Communication : Réponse de l’avifaune durant une épidémie dans les forêts de différentes compositions
    Un insecte gagne du terrain dans nos forêts boréales et fait des ravages partout où il passe. Il dévore avec un tel appétit les aiguilles du sapin baumier et de l’épinette blanche qu’il peut causer leur mort en quelques années! Rien ne résiste à cette maligne, la fameuse tordeuse des bourgeons de l’épinette. Alors qu’une épidémie s’abat présentement sur le Québec, Pierre Drapeau s’intéresse à la réaction des oiseaux forestiers face à ce buffet à volonté. Le chercheur en écologie animale de l’Université du Québec à Montréal connaît bien les effets d’un feu de forêt sur l’écosystème forestier, et tout particulièrement sur les oiseaux. Mais qu'en est-il d’une épidémie d’insectes défoliateurs? Pour le biologiste, les modifications de l’habitat lors de ces  « catastrophes » montrent des similarités. Dans les deux cas, les mortalités simultanées d’un nombre important d’arbres bouleversent l’écosystème et entraînent un changement dans les interactions entre les oiseaux et les insectes.
 En étudiant les communautés d’oiseaux de la forêt boréale de la Côte-Nord, Pierre Drapeau observe que : « les espèces qui se nourrissent d’insectes sur le feuillage, connaissent une augmentation de population au moment du pic d’abondance de tordeuses. Et elles demeurent nombreuses dans l’écosystème jusqu’à neuf ans après l’épidémie ». C’est le cas de la paruline obscure, la tigrée et celle à poitrine baie. Le biologiste note également que  la paruline tigrée semble avoir plus de flair que ses consœurs puisqu’elle est la première arrivée sur les lieux de l’épidémie. Et la suite de l’épidémie?Le boum démographique de tordeuses chamboule la chaîne trophique même après que l’épidémie ait battu son plein. Les insectes saproxyliques, par exemple, tirent parti de la mortalité de nombreux conifères pour y creuser des galeries et s’en nourrir. Au contraire des arbres calcinés par les feux de forêts, les victimes de la tordeuse conservent une forte valeur nutritive tout en perdant leur défense chimique. À leur tour, les insectes saproxyliques attirent une nouvelle vague de prédateurs tels le pic à dos noir et le chevelu. Etonnamment, l’équipe de Pierre Drapeau n’a pas observé une augmentation des populations de pics dans les points d’écoute1 visités. Leur présence avait pourtant été documentée lors de la dernière épidémie, au tournant des années 1980. Pour le biologiste du Centre d’étude de la forêt, l’explication se trouve dans la variation de la sévérité des cas: « Il y a 30 ans, l’épisode de tordeuses a probablement causé plus de mortalités que celui qui touche actuellement le Québec ». Le nombre d’arbres atteints fait donc varier « le signal » envoyé à l’écosystème, et il influence la réponse des oiseaux prédateurs d’insectes saproxyliques. 
 Contrairement aux feux de forêts qui provoquent des changements spectaculaires dans l'habitat forestier sur de très courtes périodes de temps (de quelques jours à quelques mois), les modifications apportées à la chaîne trophique par les épidémies de tordeuses se mettent en place sur de beaucoup plus longues périodes de temps et représentent  un défi fascinant quant à la compréhension de la dynamique complexe entre les insectes et les oiseaux en forêt boréale. Note :
  • Les points d'écoute sont une technique utilisée par les ornithologues pour faire l'inventaire des oiseaux chanteurs. On se déplace le long d'un transect en s'arrêtant systématiquement à différents endroits pour identifier les chants entendus.

Auteur(e)

Aurélie Lagueux Beloin
Journaliste

Aurélie Lagueux-Beloin est étudiante en journalisme à l’Université de Montréal. Titulaire d’un baccalauréat en biologie de l’Université du Québec à Rimouski, elle s’intéresse à la science pour comprendre ce qui l’entoure et partager ses découvertes. En plus de se joindre à l’équipe du magazine Découvrir, le temps du congrès, elle anime une émission de vulgarisation scientifique hebdomadaire sur les ondes de CISM 89,3FM

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