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Sylvain Poirier, Fédération des cégeps

Ce qui suit est un survol à très haute altitude de la recherche au collégial. Le but n’est pas d’en saisir les nuances et la complexité, mais de positionner la recherche au collégial dans l’histoire et dans l’écosystème de l’enseignement supérieur.

Sylvain Poirier
Sylvain Poirier. Source : l'auteur.

89e Congrès de l'Acfas, mai 2021
Actes du Colloque 19 – 100 de recherches : réalisations et destinations
Panel 4 – Institutions

Quelles sont les origines de la recherche au collégial?

On ne peut évidemment pas remonter très loin dans le temps pour parler de recherche dans les cégeps, ceux-ci n’ayant qu’un peu plus de 50 ans.

Mais, au moment même de la création des cégeps, il était déjà prévu que les enseignantes et les enseignants (que l’on nommait maîtres dans le rapport Parent1 ) soient qualifiés, par leur parcours universitaire, à produire de la recherche.

La création d’un nouvel ordre d’enseignement impliquait de facto le développement de connaissances et méthodes pédagogiques adaptées au contexte particulier des cégeps. Ainsi, de la recherche pédagogique était attendue du milieu collégial. « En 1970, le Conseil supérieur de l’éducation encourage les collèges à déployer eux-mêmes leur capacité à innover et à développer leur propre pédagogie2 ».

À partir du milieu des années 1970, les cégeps voient leur mission s'enrichir du rôle d'acteurs socioéconomiques régionaux. Ce changement est avalisé en 1979 et les six premiers centres de recherche spécialisés sont officiellement désignés en 1983. Ces derniers – devenus aujourd’hui les Centres collégiaux de transfert de technologie, les CCTT3 – feront de la recherche, du transfert de connaissances et de l’aide technique au bénéfice des entreprises et organismes de leurs régions, en intégrant du personnel enseignant dégagé de ses tâches qui viendra se joindre aux équipes professionnelles dédiées.

Nous connaissons la suite; les professeurs de cégep doivent enseigner. Ils et elles n’ayant pas d’activités de recherche prévues à leur tâche, au fil du temps et des conventions collectives, les fonds prévus pour du dégagement à la recherche ont fondu.

Mais ce n'est pas la fin de l'histoire. Portée par des gens passionnés, la recherche va trouver de multiples voies pour continuer à se faire et à se développer.

Qu’en est-il aujourd’hui?

La recherche au collégial est aujourd'hui bien vivante, et on la retrouve sous trois formes : appliquée, pédagogique et disciplinaire.

La recherche appliquée : probablement la plus visible. Majoritairement réalisée par les CCTT4 . On y retrouve plus de 2000 chercheuses et chercheurs répartis dans 59 centres spécialisés en technologie ou en pratique sociale novatrice et couvrant la majeure partie du territoire. Que l’on pense aux mines à Thetford et à Sept-Îles, aux ressources marines à Rimouski et à Gaspé, aux véhicules innovants à Saint-Jérôme, aux technologies 4.0 à Sherbrooke, Lévis ou Saint-Georges, mais aussi, à l’innovation ouverte à Rivière-du-Loup ou à l’intégration des immigrants au Cégep Maisonneuve. La recherche appliquée au collégial fait le pont entre la recherche universitaire et ses retombées commerciales et innovantes de PME et d'organismes divers. Par leur position sur le terrain, entre les entreprises et la connaissance, les centres occupent un espace privilégié pour percevoir et offrir des solutions aux besoins particuliers de leurs régions.

La recherche au collégial est aujourd'hui bien vivante, et on la retrouve sous trois formes : appliquée, pédagogique et disciplinaire.

La recherche pédagogique est présente depuis toujours et se renouvelle au gré des réformes, des changements sociétaux et des technologies. On peut donner pour exemple les classes actives, les classes inversées, ou l’intégration de la réalité virtuelle et de la simulation dans les parcours d’apprentissage. La recherche pédagogique est organisée et possède son propre écosystème, notamment avec l’Association québécoise de pédagogie collégiale5 ou le programme PERFORMA6 . Y participent : des conseillères et conseillers pédagogiques, des professeures et professeurs, des cadres, et des chercheuses et chercheurs spécialisés des centres de recherche et des CCTT.

Il existe également une recherche disciplinaire, menée principalement par des enseignantes et des enseignants à l’intérieur de leur parcours aux études supérieures, mais aussi par des gens passionnés et curieux qui ont soif de découvertes. On peut penser à Geneviève Perreault et sa Chaire UNESCO pour l’éducation en milieu carcéral7 , à Antoine C. Dussault et ses travaux en éthique de l’environnement8 , à Catherine S. Fichten qui mène depuis 25 ans des travaux sur les conditions d’études à l’enseignement supérieur9 , ou à Martin Geoffroy et son centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation10 .

Cette liste est un bien petit échantillon. La recherche disciplinaire au collégial couvre des horizons très larges et se métisse avec la recherche universitaire.

Pourquoi poursuivre des activités de recherche au secteur collégial?

Parce que ces activités sont singulières, tout simplement. De fait, la recherche au collégial participe à l’écosystème de la recherche et de l’innovation en couvrant des territoires disciplinaires, pédagogiques et géographiques autrement peu fréquentés.

Par leur étalement dans tout le Québec, ces activités soutiennent la vitalité socioéconomique régionale en maintenant une capacité de recherche près des entreprises et des communautés, et elles fournissent de bons emplois en régions à des chercheuses et chercheurs diplômés;

Par leur étalement dans tout le Québec, les activités [de recherche au collégial] soutiennent la vitalité socioéconomique régionale en maintenant une capacité de recherche près des entreprises et des communautés.

Par les travaux de son personnel enseignant et de ses centres spécialisés, ces activités contribuent à la formation de la relève en fournissant des stages et des emplois à des étudiantes et des étudiants collégiaux et universitaires;

Par l’implication de son personnel enseignant dans des recherches en santé, en sciences humaines ou en technologie, ces activités maintiennent la qualité et l’actualisation de l’enseignement et l’accès à la communauté à un parc d’équipements de pointe de grande valeur.

Quel avenir alors pour la recherche au collégial?

J’aimerais ici faire ressortir trois caractéristiques qui font que cette recherche est pertinente pour les communautés locales comme pour l’ensemble du milieu de la recherche.

D’abord, la recherche au collégial se fait en réseau : elle est… collégiale. S’il y a un avantage dans l’absence d’obligation de recherche dans les tâches au collégial, il se trouve dans son aspect volontaire et non compétitif. Les relations entre chercheuses et chercheurs, de même qu’avec les entreprises et organismes clients favorisent les regroupements et, les échanges sont nombreux et ouverts dans une constante mouvance.

Aussi, la recherche au collégial est multidisciplinaire et collaborative : La recherche et l’innovation du 21e siècle sont hautement technologiques par leurs moyens, mais obligatoirement humaines et environnementales dans leurs retombées. Le design thinking, la cocréation, la recherche collaborative, les données ouvertes sont des concepts maintenant incontournables. L’ampleur des défis sociétaux justifie le regroupement des cerveaux et des idées. Les échanges avec les universités québécoises, avec les collèges et universités hors Québec, avec les organismes civils et politiques et avec les entreprises vont demeurer et croître.

Enfin, la recherche au collégial se fait toujours au plus près de la formation. On note une forte tendance pour inclure la recherche dans le parcours des étudiants et étudiantes. Que ce soit dans son cursus, par des stages ou des emplois, la population étudiante de tous les programmes se voit offrir des initiations à la rigueur de l’approche scientifique. Certains collèges offrent même une mention au bulletin pour la réussite de parcours en recherche. De plus, dans l’esprit des règles d’équité, de diversité et d’inclusion, les cégeps agissent comme vitrine des carrières scientifiques pour les jeunes issus de tous les groupes de la société.

La recherche au collégial se fait toujours au plus près de la formation.

En conclusion

Un regard sur le passé de la recherche collégial fait réaliser à quel point celle-ci est tributaire du financement gouvernemental. Des réinvestissements dans les dernières années se traduisent donc aujourd’hui par une recherche en croissance, portée par des chercheuses et des chercheurs volontaires œuvrant à transmettre leurs connaissances et leur passion à la génération montante qui à son tour contribuera au développement durable de notre société.

La recherche au collégial ne devrait plus avoir à défendre sa pertinence et sa qualité. Elle s’inscrit dans la mission des cégeps, dans ce « modèle québécois » où les institutions d’enseignement supérieur participent à maintenir la vitalité socioéconomique et le bien commun.

Toutefois, il importe de demeurer vigilant pour que la recherche au collégial demeure bien vivante. Il faut (mieux) la diffuser, la faire connaître et la transmettre auprès d’acteurs sociaux de tout ordre. En mettant en valeur les nombreuses collaborations avec la recherche universitaire, nous pourrons aussi mieux défendre le financement de la recherche publique et développer ses collaborations multisectorielles, multidisciplinaires et internationales pour que cette recherche publique remplisse pleinement son rôle dans l’écosystème de la recherche-innovation, et ce, au bénéfice du développement durable de notre société.

Soyons et soignons nos institutions…


  • Sylvain Poirier
    Fédération des cégeps

    Sylvain Poirier est directeur adjoint de la recherche pour la Fédération des cégeps depuis août 2021 et actif dans le milieu collégial depuis 12 ans. Il a, tour à tour, participé à la création d’un programme technique en design industriel, été enseignant au programme, mis sur pied un centre de recherche en design industriel et dirigé un CCTT. M. Poirier est actif au sein de différents comités et instances liés à la recherche au collégial.

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Commentaires

Dans ce dossier, pendant l’année du 100e de l’Acfas (mai 2022 à juin 2023), le Magazine présentera la recherche sous une perspective évolutive.

On voit ici le laboratoire d’anatomie-pathologie et de bactériologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval, amorçant ses activités en 1914. Source : Archives de la Faculté.

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