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Steve Charette, Université Laval

J’ai eu le plaisir de découvrir le monde fascinant des microbes en m’intéressant, pendant mon stage postdoctoral en Suisse, à une amibe chasseuse de bactéries, dénomée Dictyostelium discoideum. Les amibes sont des organismes unicellulaires vivants, entre autres, dans les mares et les sols forestiers. Elles ont un comportement ressemblant à celui du personnage Pac-Man qui mange tout sur son passage! Revenu au Québec pour occuper un poste de professeur, je me suis de plus en plus intéressé aux bactéries pouvant être en relation avec cette amibe. Parmi ces bactéries, on retrouve des agents pathogènes causant des infections chez les humains et les animaux. L’usage des antibiotiques pour les contrer finit par les rendre résistantes et donc difficiles à éliminer. C’est ici qu’entre en jeu mon amibe comme l’un des moyens pour lutter contre ces costaudes. Voilà ce qui est devenu le cœur de mes recherches.

forêt des affamée
Ces petits « arbres » hauts de deux millimètres sont appelés corps fructifères. Ils sont formés par l’agglutination de milliers d’amibes affamées. Cette photographie du petit peuple au centre des travaux de l'auteur, a été prise par celui-ci et soumise au concours La preuve par l'image de l'Acfas en 2012. Elle a remporté l'un des prix du jury.
Qu’est-ce qui vous motive dans le geste de transmission des savoirs de recherche? 

Être vulgarisateur scientifique est une vocation qui a pris naissance chez moi bien avant de devenir professeur. Déjà, à l’école, j’aimais partager avec mes camarades ma fascination pour les sciences. Cet intérêt s’est précisé pendant mes études graduées, il y a vingt ans de cela. Même si pendant de nombreuses années, je n’ai pas été dans des conditions favorables pour m’impliquer en vulgarisation scientifique, mon intérêt ne diminuait pas. Je me suis même mis à l’enseigner dans un cours de communication scientifique que je donne à des étudiants en biochimie, microbiologie et bio-informatique.

Il y a environ sept ans, après avoir mis en place mes activités de recherche, je sentais que le moment était favorable, et j’ai pris la décision de m’investir plus intensivement en vulgarisation scientifique auprès de différents publics. Vulgariser la microbiologie me semble essentiel à la compréhension des microbes omniprésents dans nos vies, et les circonstances autour de la pandémie de la COVID-19 le confirment davantage. Je suis motivé à faire découvrir, particulièrement aux jeunes, comment les microbes sont essentiels à la vie humaine, animale ou végétale, au-delà de cette minorité plus maligne qui provoque des problèmes. Je souhaite prévenir par la transmission de la connaissance et combattre ainsi l’obscurantisme et la désinformation.

Comment vos pratiques de transmission ont-elles évolué avec le temps? 

Au départ, mon implication en vulgarisation s’est faite particulièrement par le biais de concours dont le Concours de vulgarisation de la recherche et La preuve par l’image, tous deux organisés par l’Acfas. Par la suite, j’ai utilisé mon rôle de professeur comme levier pour avoir une approche plus proactive en vulgarisation. Par exemple, j’ai initié le cours universitaire en ligne « Les microbes et vous », dont je suis aussi le professeur responsable. Développé avec l’aide d’une dizaine de collaborateurs, ce cours vulgarise la microbiologie aux personnes inscrites à l’Université Laval qui n’ont pas de formation en microbiologie dans leur cursus. Près de 4000 personnes ont à ce jour suivi ce cours. 

Le succès de cette aventure m’a motivé à accentuer mes activités de vulgarisation. Je donne donc maintenant des conférences sur une base régulière dans des cégeps et des écoles secondaires, et j'ai mis en place une formation continue accessible à tous. Ces initiatives sont inspirées du cours « Les microbes et vous ». Toujours avec cette idée d’aller plus loin, surtout auprès des plus jeunes, j’ai initié le projet « Microbes pour tous ». Il s’agit d’une plateforme web en préparation qui s’adressera plus particulièrement aux élèves du secondaire pour leur faire découvrir les microbes et leurs modes de vie aussi complexe qu’étonnant. 

Est-ce qu’il y a des effets particuliers pour vous ou vos étudiant-e-s, quand vous utilisez votre propre recherche comme exemple? 

Selon moi, la microbiologie est l’une des sciences les plus concrètes et les plus accessibles à monsieur et madame Tout-le-monde. Les microbes sont partout : sur nous, dans nous et autour de nous. Ils ont des impacts concrets et perceptibles dans notre vie même si on ne les voit pas. La recherche que je réalise et plus particulièrement celles sur le développement d’alternatives aux antibiotiques est très appliquée. Quand je présente ces travaux de recherche dans mes conférences, je sens que cela interpelle l’auditoire. C’est un peu comme si je les amenais dans mon laboratoire pour les initier à comment on sait ce que l’on sait. Je sais aussi que cela en surprend plus d’un puisque mes recherches ne portent pas sur les bactéries infectant les humains, mais plutôt les poissons d’aquaculture. Cela permet de réaliser que des problèmes comme la résistance aux antibiotiques concerne d’autres êtres vivants.

Vulgariser la microbiologie me semble essentiel à la compréhension des microbes omniprésents dans nos vies, et les circonstances autour de la pandémie de la COVID-19 le confirment davantage.


  • Steve Charette
    Université Laval

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La culture scientifique est ici traitée, entre autres, à travers deux grandes séries d'articles. La série la plus récente, publiée en 2022, donne la parole à 12 chercheuses et chercheurs. Elles et ils ont été invité.e.s à faire part de leurs pratiques de transmission et/ou de vulgarisation. L'autre série, publiée en 2017, donne un aperçu des questions de culture scientifique telles qu’elles se posent dans une dizaine de pays. On y traite, entre autres, des pratiques et d’expériences faisant « vivre » cette culture.

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