Aller au contenu principal
10 mai 2016
Aurélie Lagueux Beloin
Journaliste

"Il faut se mettre la tête sous l’eau, car, pour le moment, la mesure de la biodiversité du fleuve Saint-Laurent est loin d’être satisfaisante".
  • Colloque 216 - Stratégie maritime : concilier développement et protection
  • Communication : Biodiversité : cœur du fonctionnement des écosystèmes marins

 

Au secours de la biodiversité

Surpêche, pollution et changements climatiques, le fleuve Saint-Laurent est sous pression. Toutes ces perturbations laissent des traces sur le milieu marin et le fragilisent. Mais nous avons besoin d'un fleuve en santé qui nous rend d’immenses services. Cependant son écosystème demeure encore très mystérieux, alors que sa connaissance est nécessaire à sa protection. Pour l’écologiste aquatique de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Mathieu Cusson, il faut se mettre la tête sous l’eau, car, pour le moment, la mesure de la biodiversité du grand fleuve est loin d’être satisfaisante.

Quoi mesurer?

Le chercheur explique en quoi la biodiversité est un atout pour les communautés marines : « C’est l’idée de se diversifier pour durer. C’est comme investir dans un portefeuille financier : on ne veut pas mettre tous ses œufs dans le même panier et se retrouver qu’avec des actions de Nortel ».

Souvent, la biodiversité n’est mesurée qu’en se fiant à la richesse spécifique, c’est-à-dire au nombre d’espèces présentes dans l’écosystème. Toutefois, cet indice peut facilement être biaisé. Quelque 80 % des espèces marines sont encore à découvrir, et les biologistes marins en découvrent de nouvelles chaque année. Mais cependant, ces petites nouvelles déséquilibrent le bilan des espèces dans le calcul de la biodiversité. Sans compter que les espèces éteintes ne sont pas retirées du bilan. Mathieu Cusson remarque que « le processus pour déclarer une espèce marine éteinte peut prendre jusqu’à une cinquantaine d’années ».

Pour le biologiste, il faut connaitre à la fois le nombre d'individus d'une espèce et leur répartition. Un écosystème qui compte cinq espèces réparties dans les mêmes proportions est bien différent de celui où une espèce domine ces quatre comparses.

Mathieu Cusson propose de pousser plus loin la connaissance de l’écosystème et de s’intéresser à la résilience de celui-ci, soit à sa capacité de rebondir sous les chocs. Comment se remet-il de perturbations extrêmes, par exemple? L’un des écosystèmes étudiés par Mathieu Cusson a mis un mois à retrouver sa richesse spécifique après une perturbation tandis qu’il a fallu trois mois pour que l’abondance revienne à son état initial et 11 mois pour retrouver sa résilience.

Les services écosystémiques

Les effets de la biodiversité varient aussi d’un écosystème à l’autre. Dans certains où elle est considérée comme forte, la forêt amazonienne par exemple, la perte d’une espèce aura moins d'impact moins. Toutefois, là où il y a une faible biodiversité, la perte d’une ou deux espèces peut être suffisante pour le chambouler.

Un écosystème bouleversé n’arrivera plus à fournir les services qu’il nous rend, à notre insu bien souvent : « C’est à ce moment-là que Monsieur et Madame Tout-le-monde se rendent compte de tout ce qui dépend d'un écosystème. S’il est mal en point, il y a moins de poissons, la qualité de l’eau diminue, etc. ».

Pour Mathieu Cusson du Laboratoire d’écologie aquatique de l’UQAC, il nous manque définitivement de l’information pour bien comprendre nos écosystèmes : « Quelles sont, par exemple, les fonctions d'un barachois, d'une plage ou d'une zone intertidale?  Au moment, où on le comprendra parfaitement, on aura plus de poids face aux décideurs pour les convaincre de leur importance et mettre en place des aires protégées ».

Auteur(e)

  • Aurélie Lagueux Beloin
    Journaliste

    Aurélie Lagueux-Beloin est étudiante en journalisme à l’Université de Montréal. Titulaire d’un baccalauréat en biologie de l’Université du Québec à Rimouski, elle s’intéresse à la science pour comprendre ce qui l’entoure et partager ses découvertes. En plus de se joindre à l’équipe du magazine Découvrir, le temps du congrès, elle anime une émission de vulgarisation scientifique hebdomadaire sur les ondes de CISM 89,3FM

Commentaires