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Camille Gagnon-Béland, Université du Québec à Trois-Rivières

Les infirmier·ère·s débutantes sont confrontées à d’importants obstacles dès leur entrée dans la profession. Une bonne capacité de résilience pourrait donc leurs être bénéfique pour réussir franchir avec succès cette étape. Cette « ressource naturelle » qu’est la résilience pourrait-elle ensuite être renforcée ou développée au cours même de l’insertion professionnelle? Je vous partage ici quelques réflexions et définitions en ce début de doctorat.

Résilience en santé
Crédits : Gordon Johnson. Source : Pixabay

Le présent texte a été réalisé dans le cadre du vulgarisathon de l’Acfas, qui mène à la production d’un contenu de recherche vulgarisé au cours d’une année.
L’autrice est membre de la cohorte-texte 2022.

La profession infirmière est exigeante. Souvent, les personnes qui s’y engagent sont déjà épuisées et démotivées alors même qu’elles s’apprêtent à entamer leur carrière. D’abord, les études en soins infirmiers sont hautement stressantes1 et la charge émotionnelle qui accompagne l’entrée dans le réseau de la santé est importante2 . De plus, dès le début de leur insertion professionnelle, les infirmier·ère·s prennent conscience de l’écart considérable entre les savoirs issus de leurs études et la réalité de la pratique. Que faire pour relever le défi?

 Il s’avère, heureusement, que pour affronter leur nouveau rôle, les personnes qui débutent dans la profession témoignent d’une « capacité humaine [à] se confronter à des expériences aversives, [à] les intégrer et [à] être transformé[es] par elles »3 . Elles auraient une capacité d’adaptation, une résilience dans laquelle elles pourraient puiser pour accueillir les changements, voire résoudre les problèmes4

Malheureusement, en sciences infirmières, le concept de résilience est peu connu, malgré les nombreuses recherches sur le sujet. L’état de situation des connaissances actuelles, par exemple, démontre qu’il n’existe aucune définition reconnue de la résilience en contexte infirmier5 ni en contexte, plus large, d’insertion professionnelle6 ; aucun consensus général, en fait, sur ce qui caractérise le concept7 .

Camille Gagnon-Béland
Camille Gagnon-Béland, 2022. Crédits photographiques : Daniel Jalbert.

Les résultats d’une revue intégrative du concept de résilience chez les infirmier·ère·s débutantes, que je suis en train de terminer, montrent que certains chercheur·euse·s8 posent ce concept en tant que trait de la personnalité, voulant que la résilience soit instinctive, voire innée, alors que d’autres9 optent pour une définition tenant compte de son potentiel de développement et la voient comme un processus dynamique. Il n’en demeure pas moins que cette dualité doit être examinée pour mieux comprendre le concept de résilience.

Il s’avère, heureusement, que pour affronter leur nouveau rôle, les personnes qui débutent dans la profession témoignent d’une « capacité humaine [à] se confronter à des expériences aversives, [à] les intégrer et [à] être transformé[es] par elles »

La résilience en tant que trait de la personnalité

La résilience se comparerait aux grands traits innés qui forgent la personnalité d’un individu et qui prédisposeraient à certaines réactions dans des situations données. Une force potentielle.

Chez les infirmier·ère·s débutantes, la résilience ainsi définie serait vue comme une capacité d’adaptation positive, soit efficiente. Prenons l’exemple de soins à prodiguer rapidement, mais qui ne mettent pas l’emphase sur les pratiques acquises lors de la formation. Si ces personnes sont résilientes de nature, elles vont reconsidérer l’ensemble de la situation de manière positive et trouver plus aisément des solutions efficaces. Elles seraient donc aptes à rebondir malgré les obstacles. À l’inverse, celles qui sont dépourvues du trait pourraient ne pas s’adapter positivement, ce qui aurait comme conséquence, par exemple, un abandon prématuré de la profession8 .

La résilience en tant que processus dynamique

Le processus dynamique se traduirait comme une capacité d’adaptation positive de niveau supérieur. Cette capacité résulterait d’interactions constantes entre la personnalité d’un individu et son environnement, et elle agirait sur sa santé psychologique en termes de bien-être.

Chez les infirmier·ère·s débutantes dont la capacité de résilience se développerait au fur et à mesure de leur pratique, l’état de bien-être pourrait être maximisé même si leurs activités professionnelles se déroulent dans un environnement de travail stressant et inadéquat. Fortes de leurs ressources personnelles, dont la résilience, ces personnes pourraient interagir avec leurs ressources externes et vice versa, pour ainsi être mieux préparées à faire face à l’adversité. Les effets interdépendants qui résultent de ces interactions seraient favorables à leur nouveau rôle professionnel. Leur satisfaction au travail serait ainsi meilleure, prévenant le choc de transition10 et affermissant leur bien-être11 .

Pour la suite

Les deux définitions ne sont-elles pas complémentaires? Et si on le suppose, la compréhension qu’on peut avoir de la résilience n’est-elle pas meilleure? Tout trait humain n’est-il pas une addition de culture, de nature et d’environnement?

Pour ma part, à la présente étape de mes travaux, je définirais la résilience chez les infirmier.ère.s débutantes comme une ressource personnelle de laquelle jaillit une énergie favorable à leur état de bien-être tout au long de l’insertion professionnelle, une étape charnière de leur carrière. Dès lors, en raison des obstacles importants, souvent inévitables, il serait nécessaire de renforcer ou de développer cette capacité afin de garder ces infirmier·ère·s engagées tout au long de leur parcours dans le milieu de la santé.

Pour ma part, à la présente étape de mes travaux, je définirais la résilience chez les infirmier·ère·s débutantes comme une ressource personnelle de laquelle jaillit une énergie favorable à leur état de bien-être tout au long de l’insertion professionnelle, une étape charnière de leur carrière.

 

Bibliographie

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  • Delgado, C., Upton, D., Ranse, K., Furness, T., et Foster, K. (2017). Nurses’ resilience and the emotional labour of nursing work: An integrative review of empirical literature. International Journal of Nursing Studies, 70, 71-88.
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  • Yu, M. et Lee, H. (2018). Impact of resilience and job involvement on turnover intention of new graduate nurses using structural equation modeling. Japan Journal of Nursing Science, 15, 351-362.
  • 1Rudman et Gustavsson, 2011
  • 2Delgado et al., 2017
  • 3Anaut, 2009, p. 71
  • 4Wahab et coll., 2017
  • 5Aburn et coll., 2016
  • 6Concilio et al., 2019
  • 7Kuldas et Foody, 2022
  • 8 a b Cao et coll., 2021; Yu et Lee, 2018
  • 9Eungyun et Eunha, 2022; Fong-Hong, 2019; Irwin et coll., 2020; Lee et de Gagne, 2020; Ohr et coll., 2020
  • 10Kim et Kim, 2021
  • 11Ohr et coll., 2020

  • Camille Gagnon-Béland
    Université du Québec à Trois-Rivières

    Infirmière de profession, Camille Gagnon-Béland est candidate au doctorat en sciences biomédicales à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Dans le cadre de ses travaux, elle s'intéresse aux facteurs pouvant agir sur le fonctionnement des infirmier·ère·s en début de carrière; plus spécifiquement, à l'effet de la résilience sur leur santé psychologique au travail.

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