Aller au contenu principal
Il y a présentement des items dans votre panier d'achat.
Daniel Rivest, Société de biologie de Montréal (SBM)

En 1917, dans un texte choc publié dans la Revue canadienne, le frère Marie-Victorin, jeune enseignant de la congrégation des Frères des Écoles chrétiennes, prône vigoureusement et à contre-courant une meilleure connaissance de la nature et de notre territoire.

L’Université de Montréal, alors située dans le Quartier latin, rue Saint-Denis. Source : Archives de Montréal.
L’Université de Montréal, alors située dans le Quartier latin, rue Saint-Denis. Source : Archives de Montréal.

La naissance de la Société de biologie de Montréal (SBM), le 16 février 1922, s’inscrit dans un courant conduisant à l’éveil aux sciences de la société canadienne-française, en particulier aux sciences naturelles. 

Peu intéressée par la science, l’élite bourgeoise était surtout attirée par les études qui conduisaient aux professions libérales et religieuses, et elle s’exprimait essentiellement dans les domaines politiques et idéologiques, laissant le domaine industriel aux étrangers et aux Anglo-canadiens qui y investissaient de larges capitaux. Le clergé qui avait la mainmise sur la société civile et en particulier sur l’éducation voyait d’un mauvais œil, l’avènement d’un enseignement jugé utilitariste au profit d’un enseignement littéraire et philosophique.

En 1917, dans un texte choc publié dans la Revue canadienne, le frère Marie-Victorin, jeune enseignant de la congrégation des Frères des Écoles chrétiennes, prône vigoureusement et à contre-courant une meilleure connaissance de la nature et de notre territoire. Il était nécessaire de former ici des savants et une élite scientifique. C’est par l’accès à une meilleure éducation scientifique que devait se construire le chemin conduisant à la réussite économique et au développement de la société canadienne-française.  

Fondation de la Société de biologie de Montréal 

En 1919, l’Université de Montréal obtient son autonomie de l’Université Laval de Québec. On assiste dès 1920 à la création de plusieurs facultés. Celle des sciences fut une sorte d’école préparatoire à la Faculté de médecine, mais fut dépendante de celle-ci dans ses débuts. 

Les professeurs de cette nouvelle faculté devaient faire beaucoup de vulgarisation pour dissiper la méfiance qui persistait à l’égard de la science. De nombreuses activités sont organisées, comme des conférences et des émissions à la radio naissante. Les résumés des conférences sont même publiés dans les journaux. Cela a certainement contribué à la création d’un mouvement scientifique canadien-français. 

Il était nécessaire de former ici des savants et une élite scientifique. C’est par l’accès à une meilleure éducation scientifique que devait se construire le chemin conduisant à la réussite économique et au développement de la société canadienne-française.  

Sur l’initiative du professeur Louis-Janvier Dalbis, la SBM est fondée le 16 février 1922. Plusieurs médecins dont les Drs Georges-Hermyle Baril, Joseph-Louis-Arthur Bernier, Louis de Lotbinière-Harwood, Henri Larouche et Eugène Latreille, ainsi que le frère Marie-Victorin sont présents à la rencontre de fondation. Le Dr Léo Pariseau qui sera parmi les fondateurs de l’Acfas l’année suivante se joindra un peu plus tard au groupe. 

Sous la présidence du Dr Joseph-Louis-Arthur Bernier, elle a pour premier objectif de répandre le goût des sciences biologiques par le biais de conférences publiques, comme le mentionne le meilleur biographe de Marie-Victorin, Robert Rumilly. Elle prend pour modèle la Société de biologie de Paris avec qui elle tente de s’affilier dès sa création, ce qui fut fait dès décembre 1923 à la condition de ne plus accepter de travaux de vulgarisation. Les membres du corps médical monopoliseront les postes au conseil d’administration et fourniront la plupart des communications présentées au cours des séances d’études de la société. La SBM s’occupera donc des questions d’anatomie, d’histologie, de physiologie normale et pathologique, d’embryologie, etc. Les sujets d’étude sont canadiens et portent sur l’étude et la vulgarisation des sciences biologiques, sur le développement des travaux de recherche et l’établissement de rapports scientifiques entre les biologistes canadiens et étrangers. Marie-Victorin y présentera ses travaux sur l’hérédité : Transmission héréditaire des caractéristiques physiques du vivant. 

Marie-Victorin dans les années 1924
Marie-Victorin au premier plan, dans le laboratoire de botanique de l'Université de Montréal, 1924. Source : Archives de l'Université de Montréal, cote : E01181FP05031.

Parallèlement à la SBM, d’autres sociétés savantes de différents domaines seront créées. Elles ont comme point commun la promotion des recherches spécialisées et la présentation de conférences de vulgarisation et ce, dans le but de susciter des carrières en science. La SBM offrit aux autres sociétés de former une fédération de sociétés savantes francophone en Amérique du Nord. Ainsi naquit l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences le 15 juin 1923. Marie-Victorin en sera le secrétaire pendant plusieurs années. Initialement, l’Acfas fédère neuf sociétés savantes en 1923. Elles seront 28 en 1936. Avec Louis-Janvier Dalbis et ses proches collaborateurs du laboratoire de botanique, Marie-Victorin fonde, le 11 juin 1923, la Société canadienne d’histoire naturelle (SCHN) qui s’affilie à l’Acfas. Dès 1925, Marie-Victorin et la SCHN, proposent la création d’un jardin botanique et le 27 janvier 1930, la SCHN se réunit pour créer l’Association du jardin botanique de Montréal. Il a rapidement la collaboration du journaliste du Devoir, Louis Dupire un passionné de botanique qui sollicitera Oscar Dufresne, un magnat de l’époque, pour l’obtention de fonds. Considérée comme la plus active des sociétés savantes de l’époque, la SCHN est également à l’origine des Cercles de jeunes naturalistes (CJN), qui seront au nombre de 526 en 1936.

Parallèlement à la SBM, d’autres sociétés savantes de différents domaines seront créées. Elles ont comme point commun la promotion des recherches spécialisées et la présentation de conférences de vulgarisation et ce, dans le but de susciter des carrières en science. 

À la fin de 1924, le conseil d'administration de la SBM décide de laisser à l’Acfas le soin d’organiser les conférences publiques de vulgarisation scientifique pour tenir plus fréquemment des séances privées, où ne seront admis que les membres qui se concentreront sur la présentation de communications techniques et de résultats de recherches en cours.

Louis-Janvier Dalbis fonde en 1927, en parallèle, l’Institut scientifique franco-canadien qui fait venir des professeurs de France pour donner des cours à l’Université de Montréal. S’en suit une discorde très profonde entre lui et Marie-Victorin. Dans un texte explosif, Marie-Victorin parle même de francolâtrie. Le professeur Dalbis démissionne de l’Université de Montréal en 1932 pour se consacrer entièrement à cette société. Très active entre 1922 et 1927, la SBM disparaît jusqu’en 1935, suite à une diminution de l’intérêt de ses membres. Dans un article publié dans L’Action universitaire de septembre 1944, le Dr Wilbrod Blondin alors président de la SBM mentionne avec une pointe d’ironie : « Après la première période d'activité intense, après les trois premières années, nous assistons à une diminution d'intérêt des membres pour leur société... comme cela se doit au Canada français. » 

Renaissance et démocratisation de la SBM

Le 15 juin 1935, Jacques Rousseau, un proche collaborateur de Marie-Victorin, écrit au président de l’Acfas pour mentionner que la SBM est relancée avec une nouvelle équipe avec l’objectif avoué de soumettre à la critique collective de ses membres les travaux individuels de ceux-ci; membres qui sont toujours en majorité des médecins. On crée alors un comité chargé du contrôle des communications et seules celles qui font avancer la connaissance seront acceptées. 

En 1935, dans un effort de vulgarisation des sciences biologiques, Georges Préfontaine, de l’Institut de zoologie à la Faculté, organise tous les jeudis sous les auspices de la SBM des conférences intitulées L’heure de biologie. Cette heure publique a eu beaucoup de succès, et ce, pendant plusieurs années. 

Entre 1935 et 1941, des exposés des communications présentées devant les membres sont publiés dans les Comptes rendus de la Société de biologie de Paris et ensuite dans la Revue canadienne de biologie fondée en 1941, revue bilingue publiée par l’Université de Montréal jusqu’au début des années 1980. Elle deviendra de 1980 à 1983 la Revue canadienne de biologie expérimentale. En 1941 et 1948, la SBM s’ouvre à davantage de membres qui s’intéressent à la biologie et n’est plus aussi exclusive. Des déjeuners-causeries très populaires sont organisés dans la cafétéria de l’université. Début 1953, est publié le Bulletin de nouvelles de la Société de Biologie de Montréal. En 1959, avec collaboration des étudiants, la SBM présente Ciné-biologie où sont projetés des documentaires sur les sciences naturelles. La SBM restera encore un certain temps une association plus académique que populaire. Dans un élan de revitalisation de la société sous la gouverne du professeur Jean-Romuald Beaudry, la SBM organise des sorties, des visites et des excursions ouvertes au grand public. Cela ressemble déjà à la SBM d’aujourd’hui.

La SBM restera encore un certain temps une association plus académique que populaire. Dans un élan de revitalisation de la société sous la gouverne du professeur Jean-Romuald Beaudry, la SBM organise des sorties, des visites et des excursions ouvertes au grand public. Cela ressemble déjà à la SBM d’aujourd’hui.

Au fil des 50 premières années de son histoire, les objectifs de la SBM ont évolué à mesure qu’étaient formés de nouveaux scientifiques. Initialement, c’était l’ouverture aux carrières relatives à la recherche qui rendait nécessaire la communication entre scientifiques et avec le public d’abord universitaire puis élargi. Une fois atteint cet objectif de favoriser l’émergence de chercheurs et chercheuse et d’une relève en sciences biologiques, la SBM se tourne dans les années 1960 vers le grand public. La science pouvait voler de ses propres ailes. Un véritable mouvement scientifique était né. Le rêve de Marie-Victorin de voir les jeunes de la société canadienne-française puis québécoise embrasser une carrière scientifique fut exaucé. 

En poursuivant son travail depuis 100 ans, la SBM continue sa mission de démocratiser les connaissances scientifiques touchant les sciences naturelles, et de faire aimer et protéger la nature. Depuis 2018, la SBM est partenaire du Département des sciences biologiques et de la Faculté des sciences de l’UQAM. Ses archives y étaient déjà déposées depuis de nombreuses années. Ce nouveau partenariat permet maintenant aux membres d’avoir accès à des laboratoires, à la station d’écologie, à une salle de conférences et à un important bassin de conférenciers. La SBM supporte et publie également des articles parus dans le Point biologique, la revue de vulgarisation des finissants du baccalauréat en sciences biologiques de l’UQAM. C’est un peu un retour aux sources académiques de sa naissance en février 1922.  

Station écolgique
Récolte et identification de plantes aquatiques à la station d’écologie de l’UQAM (La Huardière) à St-Michel-des-Saints. Source : SBM.

  

SBM - sortie ornithologique
Sortie d’ornithologie dans la région de Lanaudière. Source SBM.

---

Références
Enregistrements vidéo en ligne

  • Daniel Rivest
    Société de biologie de Montréal (SBM)

    Diplômé en écologie du département des sciences biologiques de l’UQAM où il a obtenu sa maîtrise et d’un DESS en toxicologie de l’Université de Montréal, Daniel Rivest a passé toute sa carrière à l’UQAM, comme technicien de laboratoire et comme chargé de cours.  Il est membre de la Société de biologie de Montréal (SBM) depuis 2016 et vice-président depuis 2020. La retraite lui donne maintenant du temps pour partager sa passion pour la nature et sa préservation avec le grand public.

Vous aimez cet article?

Soutenez l’importance de la recherche en devenant membre de l’Acfas.

Devenir membre Logo de l'Acfas stylisé

Commentaires

Dans ce dossier, pendant l’année du 100e de l’Acfas (mai 2022 à juin 2023), le Magazine présentera la recherche sous une perspective évolutive.

On voit ici le laboratoire d’anatomie-pathologie et de bactériologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval, amorçant ses activités en 1914. Source : Archives de la Faculté.

Logo de l'Acfas stylisé

Infolettre