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Postdoctorants et postdoctorantes : portrait quantitatif d’une population

Dans le cadre de ces travaux, le CIÉ a collaboré avec l’Association canadienne des stagiaires postdoctoraux (ACSP), qui a mené en 2016 une vaste consultation auprès de la population des postdoctorants canadiens et canadiennes.

Qu’est-ce que le CIÉ?
Mis en place en 2014, le Comité intersectoriel étudiant des Fonds de recherche du Québec (CIÉ) conseille le scientifique en chef du Québec et les conseils d’administration des trois Fonds (Nature et technologies, Santé, Société et culture). Il a le mandat d’identifier des stratégies afin de promouvoir l’accessibilité du financement aux cycles supérieurs, d’œuvrer à l’excellence de la relève en recherche et de participer aux efforts de rayonnement de la recherche.

Mise en contexte

Passage valorisé dans la plupart des disciplines, les parcours postdoctoraux sont de plus en plus fréquents. Nombreux et très productifs, les postdoctorants et postdoctorantes deviennent alors des joueurs davantage importants dans la génération et la dissémination de la connaissance. Cependant, leur statut souvent mal défini ou mal compris – ni tout à fait étudiant, ni tout à fait chercheur autonome – et la variabilité de leurs situations d’un établissement à un autre font en sorte que leurs conditions d’embauche et de vie, ainsi que leur insertion professionnelle, se font rarement sans heurts. Leur précarité est souvent mise de l’avant. Aussi, cette population est hétérogène, ce qui appelle à porter un regard sous toutes les déclinaisons.  De fait, les Québécois détenteurs et détentrices de doctorat sont fortement invités à parfaire leur expérience ailleurs au Canada ou ailleurs, tout les comme les ceux et celles de l’international sont fortement invités à venir joindre les universités québécoises.

Pour mieux saisir ce faisceau d’enjeux, le Comité intersectoriel étudiant des Fonds de recherche du Québec (CIÉ) a mandaté un groupe de travail composé de deux de ses membres (Dorothée Charest-Belzile et Madison Rilling) et de postdoctorants au profil varié1 afin de documenter la réalité de cette population en l’abordant sous quatre thèmes différents : le statut, le financement, l’insertion professionnelle et la conciliation postdoctorat-famille.

Dans le cadre de ces travaux, le CIÉ a collaboré avec l’Association canadienne des stagiaires postdoctoraux (ACSP), qui a mené en 2016 une vaste consultation auprès de la population des postdoctorants canadiens et canadiennes. Le CIÉ tient à remercier chaleureusement  l’ACSP, et tout particulièrement Joseph S. Sparling,  pour l’analyse spécifique des données qui sont présentées dans cet article2.  Elles offrent un éclairage sur cette population d’intérêt et sur ce qui la caractérise, tout en identifiant certains enjeux qui la touchent. Il est à noter que les commentaires accompagnant la présentation des données sont rédigés par les membres du CIÉ.

L’échantillon : 386 individus

Au total,  2109 postdoctorants et postdoctorantes  – actuels ou ayant détenu ce statut dans les dernières années  ont pris part au sondage mené par l’ACSP en 2016. Parmi eux, 386 individus réalisaient leur postdoctorat au Québec qu’ils ou elles soient en provenance de la province ou d’ailleurs , ou étaient du Québec et réalisaient leur postdoctorat dans une autre province ou dans un autre pays. L’ensemble des informations et analyses suivantes portent sur ce sous-échantillon présentant les caractéristiques suivantes :

  • Proportion équivalente d’hommes et de femmes
  • Moyenne d’âge de 33 ans
  • 50 % de citoyenneté canadienne
  • 14 % ont un statut de résident permanent
  • 34 % provenant de l’extérieur du Canada et réalisant un postdoctorant au Québec
  • 63 % en couple (marié ou mariée, conjoint ou conjointe de fait)

Situation professionnelle et financière

Concernant la durée estimée durant laquelle les répondants s’attendaient à détenir le statut de « stagiaire postdoctoral », 15 % indiquent moins d’un an, 46 % de 1 à 3 ans, 32 % de 3 à 5 ans et 8 % plus de 5 ans. Le postdoctorat apparaît donc comme une transition vers la carrière, mais de durée variable, souvent moins brève que ce que l’on pourrait penser.

Dans l’ensemble, 30 % des répondants ont réalisé plus d’un postdoctorat. Plusieurs considéraient devoir en compléter plus d’un afin d’atteindre leurs objectifs professionnels, montrant bien que la transition vers l’emploi escompté peut prendre plusieurs années dans le milieu de la recherche. Bon nombre de ces personnes hautement diplômées ont ainsi un parcours professionnel sans stabilité assurée.

Plusieurs considéraient devoir compléter plus d'un [postdoctorat] afin d’atteindre leurs objectifs professionnels, montrant bien que la transition vers l’emploi escompté peut prendre plusieurs années dans le milieu de la recherche.

L’hétérogénéité des situations évoquée précédemment se reflète tout particulièrement dans les formes diverses de revenus et de sources de financement. Dans 36 % des cas, les principaux revenus provenaient des fonds de recherche d’un chercheur; 37 % détenaient une bourse des principaux organismes subventionnaires québécois ou canadiens; 12 % étaient financés par Mitacs; et 2 % par un gouvernement étranger. Parmi les autres sources de financement, on compte notamment les bourses internes des institutions universitaires, celles de fondations privées ou celles offertes par l’industrie.

Une disparité importante a été relevée en ce qui a trait au revenu annuel des postdoctorants québécois. En dollars canadiens de 2016, 4 % gagnaient moins de 30 000 $, 11 % entre 30 000 $ et 35 000 $, 21 % entre 35 000 $ 40 000 $, 36 % entre 40 000 $ et 45 000 $, 12 % entre 45 000 $ et 50 000 $  et 10 % entre 50 000 $ et 55 000 $.  Moins de 5 % gagnaient plus de 55 000 $. Parallèlement, 4 % des personnes sondées se disaient satisfaites de leur revenu. De plus, 70 % ont affirmé n’avoir cumulé aucune dette d’étude à ce jour.

Outre la source et le montant de financement, le quart des répondants a affirmé pouvoir se prévaloir d’une assurance en cas d’absence pour raison de maladie, bien que plusieurs aient spécifié ne pas avoir une bonne connaissance des avantages sociaux liés à sa condition.

Insertion professionnelle

Lorsque sondés sur la formation reçue dans le cadre du postdoctorat, les répondants ont souligné la qualité de leur formation en recherche et en communication, mais en contrepartie, ils ont mentionné les lacunes sur le plan de leur formation à l’enseignement et du développement des habiletés de gestion et de réseautage.
        
En ce qui a trait à l’insertion professionnelle dans des carrières non universitaires, seulement 11 % se disaient très préparés. Très peu avaient été exposés à des milieux divers, bien qu’il soit fréquent que les diplômés de programmes en recherche travaillent hors des murs de l’université, sachant la rareté des postes en milieu universitaire, mais également la diversité des opportunités et centres d’intérêt : 85 % ont souligné désirer obtenir plus d’informations sur ces possibilités d’emplois.

Par ailleurs, environ la moitié des individus sondés ont exprimé leur insatisfaction quant à leurs options de carrière, bien qu’ils ou elles perçoivent dans une même proportion que le postdoctorat leur permettra de cheminer professionnellement. Notons par ailleurs que le quart a changé de plan de carrière depuis le début du postdoctorat.

Lorsque sondés sur la formation reçue dans le cadre du postdoctorat, les répondants ont souligné la qualité de leur formation en recherche et en communication, mais en contrepartie, ils ont mentionné les lacunes sur le plan de leur formation à l’enseignement et du développement des habiletés de gestion et de réseautage.

Conciliation postdoctorat-famille

Le tiers des répondants avait au moins un enfant. Seuls 8 % mentionnaient la présence d’une garderie sur leur lieu de travail et 28 % bénéficiaient d’une assurance parentale. Les enjeux de conciliation travail-famille sont tout particulièrement saillants chez cette population, une proportion importante ayant des enfants ou le projet d’en avoir prochainement et certaines contraintes inhérentes à la réalisation du postdoctorat se posant, notamment les impératifs de productivité ainsi que la mobilité géographique.

En conclusion

Ce portrait donne un aperçu des postdoctorants et postdoctorantes actifs au Québec ou provenant du Québec et réalisant un postdoctorat à l’extérieur. Bien que leur présence sur les campus et dans différentes organisations tende à augmenter, ils et elles sont relativement peu nombreux et nombreuses (environ 2500 au Québec en 2015-2016, vs environ 10 000 doctorants pour la même période de référence (voir ce document du ministère de l’Enseignement supérieur, 2017). Le CIÉ a voulu cerner et approfondir leur réalité et les enjeux auxquels ils et elles sont confrontés afin de développer un discours sur la question.

  • 1. Le CIÉ tient à remercier Virginie Barrère, Claude Bhérer, Maxime Boivin, Julie Ravary-Pilon, Maxime Sasseville, Alexandre Turgeon et Amina Yagoubi pour leurs contributions dans le cadre de son groupe de travail sur la situation des postdoctorants québécois.
  • 2. Pour citer le rapport sur les données québécoises, nous vous invitons à employer la référence suivante : Sparling, J.S. (2018). Report to the Québec Research Funds (FRQ) Intersectoral Student Committee: Québec-specific Analysis of the CAPS/ACSP 2016 Canadian National Postdoctoral Survey, Canadian Association of Postdoctoral Scholars/L'Association canadienne de stagiaires postdoctoraux.

Auteur(e)

Comité intersectoriel étudiant des Fonds de recherche du Québec

Le Comité intersectoriel étudiant des Fonds de recherche du Québec (CIÉ) est composé des personnes suivantes :

  • Jean-Christophe Bélisle-Pipon
  • Dorothée Charest-Belzile
  • Nicholas Cotton
  • Jérôme Gélinas-Bélanger
  • Ariane Girard
  • Flavie Lemay
  • Olivier Lemieux
  • Stéphanie Luna
  • Annie Montpetit
  • Madison Rilling

Pour joindre le CIÉ : cie@frq.gouv.qc.ca