Imprimer

Insertion professionnelle hors des murs de l’université : pistes de solutions issues d'une consultation

La consultation 2017 du Comité intersectoriel étudiant (CIÉ) intitulée La relève en recherche et les carrières hors des murs de l’université : état des lieux et pistes de solutions visait à creuser la thématique de l’insertion professionnelle de la relève en recherche. Plus précisément, nous nous sommes penchés sur l’insertion professionnelle hors des murs de l’université, c’est-à-dire aux carrières qui s’écartent du milieu académique dit traditionnel (professeure, professeur, recherche en milieu universitaire). Menée en trois volets, les résultats d’un premier volet ont été publiés en septembre 2017 dans l’article intitulé Le CIÉ consulte : état des lieux sur les carrières hors des murs de l’université. Nous souhaitons ainsi rendre compte des réflexions et des discussions suscitées par les résultats de l’ensemble des volets de notre consultation.

Qu’est-ce que le CIÉ ?
Mis en place en 2014, le Comité intersectoriel étudiant des Fonds de recherche du Québec (FRQ) conseille le Scientifique en chef et les trois Fonds. Il a le mandat d’identifier des stratégies afin de promouvoir l’accessibilité du financement aux cycles supérieurs, d’œuvrer à l’excellence de la relève en recherche et de participer aux efforts de rayonnement la recherche.

Le nombre de titulaires d’un diplôme d’études supérieures accédant au marché du travail est en augmentation constante depuis plusieurs années1. En parallèle, un nombre important de doctorantes et de doctorants aspire à une carrière universitaire. Or, c’est moins d’une personne titulaire d’un diplôme de doctorat sur cinq qui atteindra cet objectif2. Partant de l’idée que la médiatisation de ce type d’information pourrait décourager la poursuite d’études aux cycles supérieurs, la thématique de l’insertion professionnelle hors des murs de l’université nous semblait en adéquation avec notre mandat et soulevait des questions fort intéressantes.

Effectivement, les aspirations professionnelles des étudiantes et des étudiants de cycles supérieurs de même que l’expérience d’insertion sur le marché du travail des titulaires de diplômes avec un profil en recherche sont peu connues au Québec. De ce constat, quelques questions ont émergé :

  • Quels sont leurs plans de carrière?
  • Jusqu’à quel point les carrières hors des murs de l’université sont-elles considérées par cette population?
  • Quels sont les défis auxquels la relève en recherche est confrontée sur le plan de l’insertion professionnelle?
  • Et finalement, quelles sont les pistes de solution à envisager pour faciliter cette transition?

La méthodologie

Pour répondre à ces questions, nous avons consulté les étudiantes et étudiants inscrits dans un programme de cycle supérieur d’une institution universitaire du Québec, les stagiaires postdoctoraux

CIÉ - Montpetit - figure
Figure 1. Séquence itérative de la consultation

et les personnes ayant obtenu un diplôme de cycle supérieur depuis moins de cinq ans. Adoptant une démarche exploratoire, la collecte des données s’est déroulée en trois volets, chacun éclairant un pan de la thématique générale (voir Figure 1). D’abord, un premier sondage (90 questions) a été réalisé en vue d’en savoir davantage sur les aspirations professionnelles de la relève en recherche. Ensuite, des groupes de discussion semi-dirigés ont permis d’identifier des stratégies et des pistes de solution destinées à différents acteurs du milieu (université, bailleurs de fonds, employeurs, étudiantes et étudiants) pour faciliter la transition vers une carrière hors des murs de l’université. Finalement, un deuxième sondage a été mené afin d’identifier des stratégies et pistes d’action jugées prioritaires.

Les résultats

Les résultats montrent qu’en dépit des statistiques peu encourageantes concernant les débouchés dans le milieu académique, l’attrait pour la carrière professorale demeure encore important. En effet, nous constatons que près de 40% des personnes ayant répondu au premier sondage envisagent une carrière professorale (poste de professeure, professeur, recherche en milieu universitaire). Toutefois, les profils de carrières projetées par les répondantes et les répondants sont variés et les carrières extra-muros sont une perspective professionnelle largement envisagée puisque 36% des personnes ayant participé au sondage envisagent une carrière non reliée à la recherche.

Toutefois, ce sont les réponses entourant les plans de carrière de la relève en recherche de même que les ressources utilisées par celle-ci pour favoriser l’insertion professionnelle qui nous ont davantage surpris. Nonobstant les ressources existantes (services d’aide à l’emploi, d’orientation, offres d’ateliers sur la valorisation des compétences) au sein des campus universitaires, ce sont surtout les réseaux moins formels comme la famille et les amis qui semblent avoir joué un rôle dans la définition des plans de carrière de la relève en recherche. Les personnes qui ont participé aux groupes de discussion ont par ailleurs souligné que les services d’orientation et d’aide à l’emploi ne sont pas adaptés à la réalité des cycles supérieurs, et elles ont identifié ce problème comme étant l’un des obstacles majeurs à l’insertion professionnelle hors des murs de l’université. Les douze pistes de solution proposées lors des groupes de discussion (voir Tableau 1) tendaient donc globalement à un meilleur arrimage entre les milieux professionnel et académique.

Le deuxième sondage visait, dans un premier temps, à évaluer la pertinence des douze moyens à l’aide d’une échelle d’appréciation. Soulignons d’emblée que l’ensemble des moyens proposés a été jugé pertinent par les personnes sondées. Dans un deuxième temps, ce sondage visait à identifier, parmi l’ensemble des moyens, les trois qui semblaient les plus importants à déployer pour favoriser l’insertion professionnelle extra-muros. Ainsi, trois moyens se sont clairement démarqués comme étant prioritaires par les personnes ayant répondu au sondage :

  • Le réseautage
  • les stages en milieu de pratique
  • et la recherche collaborative

Ces trois moyens se retrouvaient parmi les trois priorités pour 44% des personnes interrogées. À la lumière de ces résultats, nous avons été fortement étonnés de constater le très faible intérêt accordé à la promotion des initiatives d’entrepreneuriat. Ceci est d’autant plus surprenant qu’à l’instar des initiatives telles que la semaine d’immersion entrepreneuriale Savoir Affaires, organisée par l’Université du Québec, ou encore des Start up weekend, organisés par plusieurs universités, d’autres initiatives similaires semblent se multiplier sur et à l’extérieur des campus universitaires. L’entrepreneuriat ne semble donc pas être l’avenue privilégiée par les personnes sondées pour faciliter l’insertion professionnelle. Ceci laisse entendre que l’insertion professionnelle est envisagée au sein d’organisations et d’institutions déjà établies plutôt que par la création d’entreprises.

Pistes d’action destinées aux acteurs concernés par l’insertion professionnelle

Annie Montpetit - tableau 1

Puisque la mission du CIÉ consiste notamment à participer aux efforts de rayonnement et de valorisation de l’excellence de la relève en recherche, nous avons jugé qu’il était important de réfléchir aux pistes de solutions à élaborer afin que la relève puisse s’épanouir professionnellement. Notre rapport de consultation contient donc plusieurs pistes d’action destinées aux acteurs (organismes subventionnaires, milieu privé, instances gouvernementales et universités) concernés par l’insertion professionnelle.

Les pistes d’action développées incluent par exemple :

  • de favoriser le maillage entre l’université et les employeurs externes dès le début et tout au long du parcours académique aux cycles supérieurs, de développer des compétences diversifiées au cours des études;
  • et d’assurer une présence (sous forme de kiosque lors d’événements spéciaux ou de conférences) des organismes offrant des programmes de bourses pour stages en milieu de pratique sur l’ensemble des campus universitaires afin d’informer la relève en recherche.

Le microprogramme en administration publique (orientation recherche), développé en collaboration avec l’École nationale d’administration publique et les FRQ, de même que l’incubateur d’innovation District 3 (Université Concordia), qui vise à favoriser le maillage entre la relève en recherche et les industries, sont des exemples d’initiatives qui sont en adéquation avec les pistes d’action. 

En conclusion

Globalement, les pistes d’action proposées montrent que la complexité de la problématique de l’insertion professionnelle hors des murs de l’université nécessite des efforts concertés par l’ensemble des acteurs du milieu de la recherche, allant des universités aux organismes subventionnaires.

Les résultats de cette consultation montrent aussi clairement que la relève en recherche désire jouer un rôle actif dans le développement et la mise en œuvre de pistes de solution lui permettant de s’épanouir professionnellement.

Au-delà des résultats de cette consultation, nous avons surtout constaté à quel point les questions entourant l’insertion professionnelle préoccupent la relève en recherche. Il ne nous semble pas trop risqué d’émettre l’hypothèse que la perception des défis inhérents à l’insertion professionnelle constitue un frein à la poursuite d’études aux cycles supérieurs et à leur bon déroulement. Nous espérons donc que notre rapport s’avèrera un outil de base aux échanges et discussions entourant l’insertion professionnelle hors des murs de l’université et nous souhaitons que d’autres études détaillées viennent documenter cette question.

Auteur(e)

Comité intersectoriel étudiant des Fonds de recherche du Québec

Le Comité intersectoriel étudiant des Fonds de recherche du Québec (CIÉ) est composé des personnes suivantes :

  • Jean-Christophe Bélisle-Pipon
  • Dorothée Charest-Belzile
  • Nicholas Cotton
  • Jérôme Gélinas-Bélanger
  • Ariane Girard
  • Flavie Lemay
  • Olivier Lemieux
  • Stéphanie Luna
  • Annie Montpetit
  • Madison Rilling

Pour joindre le CIÉ : cie@frq.gouv.qc.ca