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Conciliation postdoctorat-famille : synthèse d’une consultation

Bien que la conciliation travail-famille soit un enjeu de taille pour beaucoup de travailleurs et travailleuses du Québec, certains enjeux touchent plus particulièrement le groupe professionnel que constituent les postdoctorants et postdoctorantes, notamment en termes de mobilité, de statut et de bénéfices.

Qu’est-ce que le CIÉ?
Mis en place en 2014, le Comité intersectoriel étudiant des Fonds de recherche du Québec (CIÉ) conseille le scientifique en chef du Québec et les conseils d’administration des trois Fonds (Nature et technologies, Santé, Société et culture). Il a le mandat d’identifier des stratégies afin de promouvoir l’accessibilité du financement aux cycles supérieurs, d’œuvrer à l’excellence de la relève en recherche et de participer aux efforts de rayonnement de la recherche.

Dans le cadre de son groupe de travail portant sur la situation des postdoctorants et des postdoctorantes du Québec1, le Comité intersectoriel étudiant (CIÉ) des Fonds de recherche du Québec (FRQ) s'est penché sur les enjeux de conciliation travail-famille propre à cette population. Par conséquent, des groupes de discussion ont été menés en juin 2018 avec des postdoctorant-e-s originaires du Québec, ou provenant de divers pays et réalisant un postdoctorat au Québec.

Bien que la conciliation travail-famille2 soit un enjeu de taille pour beaucoup de travailleurs et travailleuses du Québec, certains enjeux touchent plus particulièrement le groupe professionnel que constituent les postdoctorant-e-s, notamment en termes de mobilité, de bénéfices sociaux et de statut. La mobilité géographique est fortement encouragée à cette étape de la carrière en recherche. Les postdoctorant.e.s doivent donc concilier les soins à apporter à leur famille avec les dérangements associés aux déménagements dans une autre ville ou à l’étranger. Les bénéfices sociaux associés à la famille  congés parentaux ou encore assurances maladie et dentaire  des postdoctorant.e.s divergent souvent de ceux détenus par des professionnel.le.s de recherche à l’emploi d’une université. La nature même du travail au postdoctorat est caractérisée d’une part par une forte flexibilité et d’autre part par une forte pression à produire et à publier des résultats de recherche pour faire « avancer sa carrière ».

Afin de mieux comprendre ces divers enjeux, deux questions ont guidé les discussions en groupe :

  • Quels sont les défis propres aux enjeux de conciliation travail-famille dans un contexte postdoctoral?
  • Quels sont les principaux besoins en matière de conciliation postdoctorat-famille?

Démarche de la consultation

Un appel à consultation a été lancé auprès de ceux et celles qui réalisent leur postdoctorat au Québec ou des Québecois et Québecoises réalisant leur postdoctorat à l’extérieur de la province. Les participant.e.s à ces groupes de discussion ont été recrutés par l’entremise d’institutions universitaires, de différentes organisations actives dans la communauté par exemple : Thèsez-Vous! et Science and Policy Exchange , d’associations de diplômé.e.s et d’organisations syndicales représentant la population postdoctorale. L'appel a également été diffusé sur les réseaux sociaux des FRQ. Dans le cadre de 6 groupes de discussion, 35 personnes ont été rencontrées. Bien que la vaste majorité des participant-e-s étaient en cours de postdoctorat, certain.e.s l’avaient été dans les dernières années et étaient maintenant en emploi ou de retour aux études.

Principaux enjeux et sommaire des discussions

La productivité scientifique, la compétitivité et l’incertitude liée à la carrière

Les postdoctorant-e-s rencontré-e-s ont souligné que la culture académique pouvait les amener à retarder des projets familiaux. En effet, ceux et celles qui décident de fonder une famille s’attendent à une diminution de leur productivité scientifique, ce qui peut s’avérer difficile à gérer sachant les impératifs du milieu dans lequel ils réalisent leurs activités professionnelles.

Plusieurs ont par ailleurs souligné être prêts à accepter des conditions de travail moindres ou plus précaires durant le postdoctorat dans l’espoir de pouvoir offrir éventuellement une meilleure situation à leur famille. À titre d’exemple, certains travaillent de nombreuses heures les soirs et les fins de semaine, ou assument eux-mêmes les frais d’inscription, de déplacement et d’hébergement pour prendre part à des conférences afin que leur dossier demeure compétitif. Néanmoins, il semble faire consensus parmi les participant-e-s qu’il n’existe aucune garantie quant à l’obtention d’un poste de professeur. Ce serait, sans surprise, l’ensemble de la famille qui subirait les conséquences de cette incertitude.

Organisation du travail en milieu académique

Des participant-e-s aux groupes de discussion soulignent au contraire qu’il s’agit d’un moment propice pour fonder une famille en raison de la flexibilité des horaires ou du lieu de travail. Le niveau d’acceptabilité des aléas d’une situation familiale et les possibles aménagements semblent varier beaucoup d’un milieu à l’autre. Par contre, rares sont les postdoctorant.e.s ayant accès à un service de garde sur leur lieu de travail.

Mobilité géographique

Il est souvent encouragé pour le ou la titulaire d’un doctorat de gagner en expérience au contact de chercheur-se-s à l’international. Pour les postdoctorant-e-s ayant des enfants, envisager un tel déménagement peut s’avérer impensable. Certain-e-s laisseront donc de côté des projets pour être auprès de leur famille, ou s’éloigneront de manière temporaire. Dans tous les cas, les postdoctorant-e-s et leurs proches ont souvent à faire des choix et des sacrifices majeurs pour favoriser leur ascension professionnelle tout en assurant une présence auprès des leurs.

Aspects financiers et bénéfices

Bien que les postdoctorant-e-s détenant des revenus d’emploi puissent être admissibles à des aides financières telles que le Régime québécois d’assurance parentale, plusieurs ont comme revenu principal des bourses d’organismes subventionnaires. Les postdoctorant-e-s rencontré-e-s mentionnent que ces dernières réservent souvent des montants pour des congés parentaux inférieurs à ceux auxquels les employé-e-s à temps plein d’un même niveau professionnel ont droit. Des participant-e-s nous ont indiqué être toutefois prêt-e-s à prendre le risque de ces conditions moindres, sachant qu’une bourse enrichit davantage le curriculum vitae en milieu académique qu’un revenu d’employé.

En conclusion

Le présent article met bien en évidence l’incertitude et la précarité des postdoctorant-e-s ayant des enfants ou un projet de famille. Plusieurs autres dimensions de la situation des postdoctorant-e-s ont été explorées par le CIÉ dans le cadre des travaux menés avec son groupe de travail, dont les conditions financières et l’insertion professionnelle. L'analyse des ces autres aspects sera publiée au cours des prochains mois3, cependant on peut déjà avancer qu'un constat général en ressort : la finalité incertaine du parcours des postdoctorant-e-s tout comme l’instabilité de leur situation.

  • 1. Le CIÉ tient à remercier Virginie Barrère, Claude Bhérer, Maxime Boivin, Julie Ravary-Pilon, Maxime Sasseville, Alexandre Turgeon et Amina Yagoubi pour leurs contributions dans le cadre de son groupe de travail sur la situation des postdoctorant.e.s québécois.e.s.
  • 2. Pour consulter la définition de la conciliation travail-famille employée par le ministère de la Famille du Québec : https://www.mfa.gouv.qc.ca/fr/Famille/CFTE/Pages/index.aspx
  • 3. La rédaction : le présent magazine rendra compte de la suite de l'analyse.

Auteur(e)

Comité intersectoriel étudiant des Fonds de recherche du Québec

Le Comité intersectoriel étudiant des Fonds de recherche du Québec (CIÉ) est composé des personnes suivantes :

  • Jean-Christophe Bélisle-Pipon
  • Dorothée Charest-Belzile
  • Nicholas Cotton
  • Jérôme Gélinas-Bélanger
  • Ariane Girard
  • Flavie Lemay
  • Olivier Lemieux
  • Stéphanie Luna
  • Annie Montpetit
  • Madison Rilling

Pour joindre le CIÉ : cie@frq.gouv.qc.ca

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