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Pour un monde meilleur

Passagers d’un Titanic titanesque, on ne doit plus se demander si nous pouvons éviter l’iceberg, mais plutôt comment y survivre collectivement.

Au bord du précipice

Le 30 janvier 2012, M. Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, recevait un rapport portant sur la « viabilité mondiale » et qu’il avait commandé à un groupe de personnalités de haut niveau provenant de tous les horizons politiques. Dans ce rapport, intitulé Resilient People, Resilient Planet , on peut lire : « Sous sa forme actuelle, le modèle de développement mondial n’est pas viable. Nous ne pouvons plus nous leurrer : notre action collective nous mène au bord du précipice, car elle met à mal les seuils environnementaux et inflige des dommages irréversibles aux écosystèmes et aux populations. »

Le rapport appelle à un changement drastique de paradigme si nous ne voulons pas tomber dans ce précipice. Or, passer d’une économie capitaliste où l’humain demeure trop souvent accessoire aux finalités poursuivies, à une économie centrée sur celui-ci ne peut pas se réaliser par un simple coup de baguette magique.

Il est illusoire de s’imaginer un seul instant que les scénarios peu ou prou angéliques de conscientisation planétaire, permettant sur un horizon d’à peine une ou deux décennies de prendre les virages requis, se concrétisent. Passagers d’un Titanic titanesque, on ne doit plus se demander si nous pouvons éviter l’iceberg, mais plutôt comment y survivre collectivement.

Mutation et coopération

Notre survie passe inévitablement par un ensemble de traits déjà présents au sein des cultures humaines et qui pourraient s’avérer décisifs pour assurer une mutation en profondeur de notre civilisation. L’économie sociale et solidaire, auquel appartient le mouvement coopératif, en fait partie.

Edgar Morin écrivait l’an dernier, parlant de celle-ci : « Elle constituerait, à côté de l’économie de profit et de l’économie d’État, la troisième voie entre le tout-marché et le tout-État, celle de l’économie sociale et solidaire des mutuelles, coopératives, entreprises citoyennes, du micro-crédit, du commerce équitable ». Et plus loin d’ajouter : « Ces initiatives visent à produire, consommer, employer, épargner et décider autrement, de manière plus respectueuses des hommes, de l’environnement et des territoires. »

L’économie sociale à l’agenda de Rio+20

Pas étonnant alors que le hasard du calendrier ait fait en sorte que l’Année internationale des coopératives coïncide avec la tenue du 20 au 22 juin prochain de la Conférence sur le développement durable, mieux connue sous le nom de Rio+20.

Mais, paradoxalement, dans les discussions préparatoires à ce sommet qui ont lieu à l’ONU, personne ne parle de l’économie sociale et solidaire comme alternative au modèle dominant pour s’affranchir des menaces qui pèsent sur l’humanité. Pourtant le mouvement coopératif, c’est plus d’un milliard de membres dans le monde  générant plus de 100 millions d’emplois produit par 750 000 coopératives dont le chiffre d’affaires mondial est égal au PIB du Canada.

Aussi les dirigeants du milieu coopératif et mutualiste réunis en novembre 2011 à Chamonix sous l’égide de l’Association des Rencontres du Mont-Blanc ont-ils adopté une lettre adressée aux chefs d’État dans le cadre de la préparation du Sommet de Rio+20. Cette lettre contient 20 propositions formant 5 chantiers. Le 26 mars au cours d’un side event organisé aux Nations Unies à New York en marge de la 3e Réunion intersession préparatoire à Rio+20, les participants ont demandé à tous les décideurs de la scène internationale d’adopter la résolution suivante :

« Nous reconnaissons le rôle fondamental des organisations et des entreprises de l'économie sociale et solidaire, dont les principes de gestion démocratique, épanouissement des personnes, liberté d’adhésion, juste répartition des excédents, attachement à la propriété collective et d’indépendance vis-à-vis de l’État, replacent l’Humain au cœur des préoccupations, pour instaurer une société plus équitable, plus solidaire et plus démocratique et contribuent à un développement durable, c’est-à-dire économiquement viable, socialement équitable et écologiquement durable. »

Pour en savoir plus sur cette démarche, je vous invite à visiter le site suivant donnant accès aux interventions effectuées lors des assises des Rencontres du Mont-Blanc ainsi qu’à la lettre aux chefs d’État.

L'entraide, pour ne pas disparaître...

Plus que jamais, la coopération, la solidarité et la recherche du bien commun doivent être mises de l'avant comme des alternatives à l’individualisme et au matérialisme. Les entreprises de l’économie sociale et solidaire, dont au Québec, le Mouvement Desjardins , ont un rôle essentiel à jouer dans la promotion de ces valeurs, le Québec ayant développé une expertise singulière qui doit être mieux connue de sa population, tout autant que plus largement partagée avec les autres peuples.

Si jamais n’émergeait aucun de ces traits marqués par l’entraide et nous permettant de rétablir un équilibre en cette ère anthropocène, l'Homo sapiens risquerait fort de se condamner à n'avoir été qu’un court intermède du monde vivant.

Auteur(e)

Pierre-Alain Cotnoir
Coopérateur

Pierre-Alain Cotnoir se définit comme un coopérateur. Il est présentement président de la Coopérative de développement régional de Montréal-Laval, président de la Coop de solidarité WEBTV, secrétaire général de la Coopérative de télécommunication CoopTel, président de la Coopérative de solidarité ADAPTE et secrétaire de la Fédération des coopératives d’habitation intermunicipale du Montréal métropolitain (FECHIMM).