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Témoignage : Une expérience malienne

L’adaptation aux contextes culturel et local pour effectuer une étude peut aussi être un défi. Étant un toubabou (un blanc occidental), le manque d’intimité ou l’exercice de rhétorique lors des entretiens pouvaient parfois devenir pénibles.

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La réalisation d’une étude à l’étranger présente plusieurs défis. Pour ma part, mon mémoire au Mali m’a permis d’en relever quelques-uns, le premier étant de faire travailler mon système « D », alias ma débrouillardise. Ceci implique une certaine flexibilité et la nécessité d’oser faire certaines choses : camper dans des centres de santé, faire des kilomètres à moto sur des pistes dans la brousse ou faire de l’autostop le long du goudron avec un sac-à dos de 40 kilos. La facilité avec laquelle on peut faire les choses à Montréal contraste bien avec le contexte malien, où se déplacer sur 20 km peut devenir le défi logistique de la journée.

L’adaptation aux contextes culturel et local pour effectuer une étude peut aussi être un défi. Étant un toubabou (un blanc occidental), le manque d’intimité ou l’exercice de rhétorique lors des entretiens pouvaient parfois devenir pénibles. Entre le cri du coq dans l’enregistreuse, le bruit des motos ou les gens qui viennent simplement dire bonjour, conduire un entretien sans interruption relève parfois du miracle. Une fois le dialogue en marche, c’est toute une gymnastique mentale que d’obtenir des réponses aux questions. Sortir du discours « préfabriqué » demande beaucoup de travail et occasionne quelques frustrations. C’est avec le temps qu’on apprend et que l’on devient plus patient.

Si la logistique ou la conduite des entretiens étaient des défis qui me poussaient à me dépasser, le choc culturel au quotidien a toutefois été le plus difficile. Ce choc se retrouve dans les petites choses de la vie : acheter des légumes, prendre le taxi, marcher dans la rue; en bref, être un toubab parmi les farafis (un noir africain). Rien n’est fait comme « il se devrait » : changer de vendeuse de tomates est un acte d’infidélité, entrer dans un taxi est un exercice interminable de négociation (si l’on ne veut pas payer le prix toubab), et marcher dans la rue signifie très souvent être l’objet de tous les regards. Toutes ces petites histoires, incompréhensions ou moments d’inconfort peuvent sembler insignifiants ou anodins; c’est quand on en fait la somme que cela devient un « choc » culturel plus difficile à supporter. La première réaction est l’isolement ou la réduction à un minimum des contacts avec les gens. Puisqu’on ne fonctionne pas comme les gens le voudraient, il est très tentant de simplement se cacher chez soi. Pour ma part, ces entrechoquements quotidiens m’ont drainé énormément d’énergie et m’ont même paralysé pendant un certain temps.

Quelles solutions avez-vous adoptées?

C’est un peu la chaleur intense et le manque de puissance des ventilateurs qui m’ont fait sortir de cet état d’engourdissement et qui m’a dirigé vers un lieu salvateur : la piscine. La natation m’a fait un bien immense. Je pouvais me rafraichir et me changer les idées tout en faisant des longueurs. Je noyais toutes les petites frustrations accumulées durant la journée dans cette piscine, j’en ressortais donc plutôt zen. Après environ une heure de natation, l’acquisition de mes tomates ou les négociations avec les chauffeurs de taxi me semblaient moins irritantes.

J’imagine que tout ceci est un processus normal, il suffit de se trouver une manière à soi de sortir la frustration, de la ventiler un peu. Le sport est une solution, tout comme parler avec des gens avec de bonnes oreilles, ou encore de partir quelques jours à l’aventure. Comme n’importe quel défi, il y a toujours un moyen de le surmonter. Comme on dit là-bas : On est ensemble!

Il suffit de se trouver une manière à soi de sortir la frustration, de la ventiler un peu. Le sport est une solution, tout comme parler avec des gens avec de bonnes oreilles, ou encore de partir quelques jours à l’aventure.

Auteur(e)

Mathieu Seppey
Université de Montréal

Formé à l’Université McGill en politique et en développement international, à l’Université de Sheffield en santé publique et à l’Université de Montréal en administration de la santé, Mathieu Seppey s’intéresse notamment aux inégalités en santé, à la gestion de projet et au contexte humanitaire. Son mémoire porte sur la pérennisation d’un projet de financement basé sur les résultats au Mali.

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