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14 juin 2021
Michel Bonsaint
Gouvernement du Québec
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Le 5 mai 2006, à Québec, le premier ministre canadien Stephen Harper et son homologue québécois, Jean Charest, signent l’Accord Québec-Canada, consacrant ainsi la présence formelle du gouvernement du Québec au sein de la Délégation permanente du Canada auprès de l’UNESCO. À l’occasion du 15e anniversaire de cet Accord, le Magazine de l’Acfas s’est entretenu avec Michel Bonsaint, représentant du Québec au sein de la Délégation canadienne depuis septembre 2019.

Michel Bonsaint
Michel Bonsaint. Source : gouvernement du Québec

Zoé Barry1 : Quels impacts l’Accord Québec-Canada relatif à l’UNESCO a-t-il eu dans l’histoire des relations internationales et diplomatiques du Québec? 

Michel Bonsaint : Cet accord a permis au Québec, en tant qu’État fédéré, d’avoir une voix permanente dans une organisation du système des Nations Unies, par l’entremise de la Délégation du Canada, et de compléter la position canadienne. On a reconnu ainsi le caractère unique de la société québécoise en Amérique du Nord, une spécificité qui l’amène à jouer un rôle particulier au niveau international. Pour comprendre la place accordée au Québec, il faut revenir à la doctrine Gérin-Lajoie qui régit les relations internationales québécoises depuis les années 1960, et que l’on résume souvent comme « le prolongement externe des compétences internes du Québec ». Elle permet au gouvernement québécois de nouer des liens avec des gouvernements étrangers et des organisations internationales. 

Les champs d’action de l’UNESCO, soit l’éducation, les sciences, la culture, l’information et la communication, sont des domaines qui touchent directement aux compétences constitutionnelles du Québec. Il est donc primordial et naturel pour le gouvernement du Québec de participer aux travaux de cette institution et de s’exprimer lors des conférences et des travaux à l’UNESCO. La signature de cet accord a été un acte majeur qui, loin d’être resté théorique, a permis au Québec de faire valoir ses intérêts au niveau international sur des questions fondamentales pour son avenir culturel, social, politique et économique. 

La signature de cet accord a été un acte majeur qui, loin d’être resté théorique, a permis au Québec de faire valoir ses intérêts au niveau international sur des questions fondamentales pour son avenir culturel, social, politique et économique. 

Zoé Barry : Pendant ces 15 années de présence formelle du Québec à l’UNESCO, quels ont été les grands chantiers sur lesquels la Représentation du Québec a été mobilisée?

Michel Bonsaint : De manière générale, depuis 2006, le Québec à l’UNESCO a toujours été très actif sur les questions d’éducation et de culture, en lien étroit avec le ministère de la Culture et des Communications, et les ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Plus concrètement, par exemple, je soulignerais la mise en œuvre de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’UNESCO, qui a célébré en 2020 son 15e anniversaire. Avant même la signature de l’Accord Québec-Canada, le Québec est devenu le premier gouvernement à l’échelle mondiale à approuver le texte. Par la suite, il a participé activement avec le Canada aux travaux sur ce dossier, s’assurant de la prise en compte des intérêts québécois dans l’élaboration des positions canadiennes. Aujourd’hui encore, il s’agit d’un dossier qui nous mobilise au plus haut point autour des enjeux de visibilité et de découvrabilité des contenus culturels francophones en ligne. À cet égard, les travaux de la mission franco-québécoise sur la découvrabilité en ligne des contenus francophones2 ont été très précieux : ils nous ont permis de maintenir un rôle de premier plan sur ces questions et de partager notre expertise et nos bonnes pratiques en la matière.  

Zoé Barry : Pour faire entendre sa voix, défendre ses valeurs et faire valoir son expertise, la Représentation du Québec s’entoure de partenaires institutionnels et de la société civile québécoise. Quels bénéfices tirez-vous de cette mise en réseau? 

Michel Bonsaint : Effectivement, cette collaboration avec la Communauté Québec-UNESCO est prévue et soulignée dans l’Accord Québec-Canada. Il est fondamental pour le gouvernement du Québec de mobiliser, de fédérer et de s’entourer de partenaires institutionnels, des réseaux de l’UNESCO, d’expert-e-s, de chercheur-se-s, de chaires UNESCO, de membres de la société civile et d’organisations associées à l’Organisation. Ce sont des partenaires qui sont sur le terrain, qui ont des choses à dire, qui apportent une expertise précieuse dans des champs d’activité très divers et qui donnent une crédibilité d’autant plus importante au Québec à l’UNESCO. C’est là l’occasion de favoriser une approche citoyenne, collaborative et communautaire, car les questions de sciences, de culture, d’éducation, d’information et de communication concernent toute la société. 

Il est fondamental pour le gouvernement du Québec de mobiliser, de fédérer et de s’entourer de partenaires institutionnels, des réseaux de l’UNESCO, d’expert-e-s, de chercheur-se-s, de chaires UNESCO, de membres de la société civile et d’organisations associées à l’Organisation. Ce sont des partenaires qui sont sur le terrain, qui ont des choses à dire, qui apportent une expertise précieuse dans des champs d’activité très divers et qui donnent une crédibilité d’autant plus importante au Québec à l’UNESCO.

Zoé Barry : Vos liens avec la Commission canadienne pour l’UNESCO vous permettent-ils aussi de rejoindre et de collaborer avec la société civile québécoise?

Michel Bonsaint : Tout à fait. La Commission canadienne pour l’UNESCO est un partenaire essentiel du gouvernement. L’UNESCO est la seule agence des Nations Unies à disposer de ce réseau mondial de près de 200 organismes nationaux de coopération qui catalysent, rassemblent et coordonnent les activités portées par la société civile. Pour nous, la Commission canadienne constitue le trait d’union entre la société civile au Canada, les différents paliers de gouvernement et l’UNESCO. C’est donc un partenaire majeur pour renforcer notre action quotidienne et nous soutenir dans la mobilisation, la consultation et la valorisation de la Communauté Québec-UNESCO. 

Zoé Barry : Pour les années 2020-2021, parmi les travaux que mène l’UNESCO, le gouvernement du Québec a identifié plusieurs dossiers prioritaires3, tels que l’éthique de l’intelligence artificielle et la promotion des sciences ouvertes. Sur ces deux dossiers, quels sont les enjeux spécifiques pour le Québec? 

Michel Bonsaint : Depuis deux ans, les enjeux relatifs à l’éthique de l’intelligence artificielle (IA) et aux sciences ouvertes ont fait l’objet de consultations mondiales qui ont abouti à l’élaboration en cours de deux recommandations. Ces instruments normatifs réunissent de grands principes pour orienter le développement de politiques et de pratiques nationales et internationales en IA et dans le domaine des sciences ouvertes. Elles seront présentées pour adoption aux États membres à l’occasion de la prochaine Conférence générale de l’UNESCO, en novembre 2021. Une consultation mondiale pour la recommandation sur l’éthique de l’intelligence artificielle a été confiée à Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle basé à Montréal depuis les années 1990, et à l’Algora Lab, le laboratoire de recherche interdisciplinaire de l’Université de Montréal sur l’éthique de l’intelligence artificielle et la pratique délibérative. Cela montre bien la pertinence et le dynamisme de l’écosystème québécois en IA, et surtout l’importance de mettre en valeur cette expertise à l’UNESCO pour l’élaboration et la mise en œuvre de cette norme internationale qui viendra encadrer l’IA. Ce dossier d’éthique de l’IA est aussi étroitement lié à celui de la promotion des sciences ouvertes pour lequel nous collaborons étroitement avec l’Acfas. Il s’agit d’un dossier d’autant plus prioritaire que la pandémie de COVID-19 a exacerbé les enjeux d’accès et de partage des données scientifiques et de lutte contre la désinformation. À ce titre, la collaboration avec les Fonds de recherche du Québec, particulièrement dynamiques et engagés sur les questions de sciences ouvertes, a permis au Québec à l’UNESCO de contribuer activement au processus d’élaboration de normes internationales en la matière. 

Pour nous, la Commission canadienne constitue le trait d’union entre la société civile au Canada, les différents paliers de gouvernement et l’UNESCO. C’est donc un partenaire majeur pour renforcer notre action quotidienne et nous soutenir dans la mobilisation, la consultation et la valorisation de la Communauté Québec-UNESCO.

Zoé Barry : Comment voyez-vous les 15 années à venir pour la Représentation du Québec au sein de la Délégation permanente du Canada auprès de l’UNESCO ?

Michel Bonsaint : Cela dépendra bien sûr des travaux menés par l’UNESCO et des priorités globales qui seront identifiées, mais le Québec continuera à saisir toutes les opportunités de faire entendre sa voix sur la scène internationale ainsi que celles des partenaires de la Communauté Québec-UNESCO. Il est certain cependant que l’avenir de l’éducation va être une priorité de premier plan, notamment au vu des bouleversements et des profondes inégalités qui se sont creusées à travers le monde suite la pandémie de COVID-19. Dans le cadre du Programme Éducation 2030 et de l’initiative « Les futurs de l’éducation4 », le Québec va donc avoir l’opportunité d’échanger avec les 193 États membres et 11 membres associés de l’UNESCO pour trouver des solutions aux défis des prochaines décennies sur le plan de l’éducation, de l’apprentissage et de l’accès aux savoirs. 

Auteur(e)

  • Michel Bonsaint
    Gouvernement du Québec

    Michel Bonsaint est le représentant du gouvernement du Québec au sein de la Délégation permanente du Canada auprès de l’UNESCO depuis le 17 septembre 2019. M. Bonsaint a occupé diverses fonctions à l’Assemblée nationale du Québec depuis novembre 1989 et en a été le secrétaire général de septembre 2010 à septembre 2019. Tout au long de sa carrière, Il s’est impliqué activement dans la consolidation des institutions démocratiques en participant à plusieurs actions de coopération internationale dans l’espace francophone, principalement sur le continent africain, mais aussi en Asie et en Haïti. Dans ce cadre, il a notamment été appelé à travailler en étroite collaboration avec l’Organisation internationale de la Francophonie, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, l’Université Senghor à Alexandrie (Égypte) et la Chaire sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval à Québec (Canada).

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