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16 décembre 2020
Antoine Zboralski
Université de Moncton

En un demi-siècle, la température moyenne de notre planète a augmenté de 1°C par rapport à l’ère préindustrielle. Sans initiatives majeures prises très rapidement à toutes les échelles, elle aura augmenté de 3 à 5°C en 2100. Les conséquences seront dramatiques pour toutes les espèces, la nôtre inclue. Un million d’espèces animales et végétales, soit un quart des espèces évaluées, sont déjà menacées d’extinction, alors que d’autres, innombrables, ont déjà disparu. Ce constat, terrible, me guide dans mon implication.

Antoine Zboralski - portrait
Antoine Zboralski sur le campus de l'Unversité de Moncton. Source : Antoine Zboralski .

Pour moi, comme je l’observe chez beaucoup d’autres, faire de la recherche est un engagement en soi. J’ai choisi un sujet lié à l’agriculture pour contrer certaines de ses dérives. Tel qu’elle est majoritairement pratiquée aujourd’hui dans nos pays si riches, elle est source à la fois de gaz à effet de serre et de destruction de biodiversité. Mon travail de doctorat se concentre sur l’étude de bactéries capables d’améliorer la croissance des plantes et la lutte contre les maladies. Ces travaux pourraient, à moyen terme, contribuer à diminuer l’empreinte environnementale de l’agriculture. Mais la recherche possède son propre rythme, qui conduit à un grand décalage entre le moment où l’on définit un problème et celui où l’on parvient à des changements de pratiques sur le terrain. Ce décalage semble parfois difficilement compatible avec l’urgence d’agir pour limiter les dégâts climatiques et environnementaux. J’ai donc ressenti le besoin d’aller voir d’autres types d’engagement pendant mon doctorat.

Le monde associatif offre des leviers d’action plus directs et de ce fait, probablement plus de satisfaction. J’ai eu l’opportunité de présider une association étudiante environnementale et de travailler sur des enjeux locaux importants. Par exemple, la réduction de la place de la voiture en ville, la protection de cours d’eau, l’autonomie alimentaire, les risques climatiques, et plus généralement, la réduction de l’empreinte environnementale. J’ai organisé des activités, animé des groupes de militants, préparé des budgets, rédigé des communiqués de presse, participé à des entrevues dans les médias, écrit des discours, etc.

Ma formation scientifique a été un atout précieux pour mon engagement. J’ai constaté à quel point la curiosité, la rigueur, la concision, l’esprit critique, la résolution de problèmes et l’humilité dont on doit faire preuve en recherche étaient tout aussi indispensables pour mener à bien des luttes sociales et environnementales. Mon profil académique a ainsi beaucoup apporté à mon engagement militant. À l’inverse, mon implication associative m’a également enrichi en savoir-faire utiles en recherche, notamment en communication, en animation de groupes et en gestion financière. Ces habiletés sont généralement peu développées durant les cursus académiques menant aux parcours de recherche. Ils sont pourtant essentiels pour aborder des aspects non scientifiques des projets de recherche : animer un groupe de travail, organiser des activités de médiation scientifique, diffuser sa recherche, mais aussi rédiger des demandes de subvention, construire des budgets ou encore encadrer des étudiant-e-s. Sortir du cadre de la recherche me semble donc être une excellente voie pour enrichir ses savoir-faire en recherche.

Ma formation scientifique a été un atout précieux pour mon engagement. J’ai constaté à quel point la curiosité, la rigueur, la concision, l’esprit critique, la résolution de problèmes et l’humilité dont on doit faire preuve en recherche étaient tout aussi indispensables pour mener à bien des luttes sociales et environnementales.

Il est vrai que tout cela demande du temps. Et le doctorat est généralement perçu comme une période où l’on travaille intensément sur son projet sans pouvoir dégager du temps pour autre chose. Mais pour moi, m’impliquer au-delà était indispensable. Cela m’a aussi permis de m’enrichir d’un point de vue plus personnel, de faire des rencontres, et finalement, de prendre soin de ma santé mentale, qui peut être malmenée, avouons-le, durant un doctorat.

Je conçois difficilement la recherche comme une activité déconnectée de la société. Je ne peux donc que conseiller aux jeunes chercheuses et chercheurs de s’impliquer au-delà de leurs activités de recherche. Dépendamment du temps que vous êtes prêt à y mettre, il y a différents niveaux d’implication possibles. Pour ma part, ce qui m’a le plus apporté est d’avoir animé un groupe de militants environnementaux et une association, et d’avoir siégé au conseil d’administration d’un organisme provincial environnemental majeur. À chacun de déterminer ce qui lui correspond!

Je conçois difficilement la recherche comme une activité déconnectée de la société. Je ne peux donc que conseiller aux jeunes chercheuses et chercheurs de s’impliquer au-delà de leurs activités de recherche.

Antoine Zboralski
Pour ses recherches, Antoine Zboralski cultive des arabette des dames (Arabidopsis thaliana), une plante modèle en biologie végétale. Source: Antoine Zboralski

 

Auteur(e)

  • Antoine Zboralski
    Université de Moncton

    Antoine Zboralski est doctorant en sciences de la vie à l’Université de Moncton (NB). Il s’engage dans des causes environnementales et sociales au sein de sa communauté. Il a notamment présidé l’organisme étudiant Symbiose et siégé au conseil d’administration du Réseau environnemental du Nouveau-Brunswick. Il est désormais représentant étudiant à l’Acfas-Acadie, l’antenne locale de l’Acfas dans les provinces de l’Atlantique.

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