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22 mai 2021
Patrick Provost et Thierry Lefèvre
Université Laval

Comme toute citoyenne ou tout citoyen un tant soit peu informé-e, les scientifiques s’inquiètent des conséquences de la dégradation des sols et des écosystèmes, de la pollution et des changements climatiques. Ils et elles peuvent aussi souffrir d’éco-anxiété et sont aussi préoccupé-e-s par l’avenir de leurs enfants, d’autant plus que leur formation leur a permis de développer des méthodes et des compétences pour décrypter le monde tel qu’il se présente. Nombre de scientifiques aspirent donc à une transformation plus rapide de la société afin que les activités humaines cessent de dépasser les limites de la planète afin de préserver à long terme le bien-être humain et celui des autres vivants.

Provost et Lefevre - foret
Illustration accompagnant l'article « Crise présente, crises futures : il faut écouter les scientifiques », dans l'édition du 14 mai 2020 du quotidien Le Soleil, et dans celle du 21 mai 2020 de L'Aut'Journal.
Illustration : Pierre Brignaud

Les scientifiques prennent acte de l’évolution « écologique » de la société, mais celle-ci apparaît beaucoup trop lente pour sauvegarder le climat, l’environnement et la biodiversité. Des verrouillages sociétaux (p. ex. des habitudes à changer en l’absence d’incitatifs, des habitations de taille démesurée, l’étalement urbain, la prédominance et notre dépendance des énergies fossiles dont nous devons nous affranchir) ainsi qu’un manque de volonté politique aux différentes échelles de gouvernance bloquent la transformation vers une société plus respectueuse de l’environnement et des populations. Afin de stimuler cette transition socioécologique, des universitaires décident de s’engager et de s’exprimer.

Le regroupement Des Universitaires (DU) répond en partie à cette nécessité d’agir. Lancé dans la foulée de la grève étudiante et des grandes marches pour le climat du 27 septembre 2019, DU permet à de nombreux universitaires de rejoindre un mouvement de scientifiques qui descendent de leur tour d’ivoire et s’impliquent dans leur communauté pour partager leurs connaissances et leur expertise au bénéfice du bien commun. Pour les membres, il s’agit, entre autres, d’un moyen d’offrir un juste retour aux importantes ressources consacrées à la recherche universitaire pour l’acquisition des connaissances scientifiques, consenties à même les taxes et impôts que les contribuables versent à leurs gouvernements. Ces scientifiques estiment également qu’il est de leur devoir d’assumer le rôle social, voire le leadership, que la société est en droit de s’attendre de leur part.

Initié à l’Université Laval, DU rassemble aujourd’hui plus de 525 scientifiques issu-e-s en majorité de 17 des 19 universités québécoises. De nombreuses disciplines y sont représentées, et ce dans tous les grands secteurs : sciences naturelles et en ingénierie, sciences de la santé ou sciences humaines et sociales. Cette multidisciplinarité révèle que tou-te-s se sentent concerné-e-s, ce qui constitue un atout indéniable considérant que la transition énergétique, écologique et socioéconomique dans laquelle la société doit s’engager est particulièrement complexe et globale, et qu’elle nécessite le dialogue et la collaboration de toute la population, les individus comme les organisations, et de tous les secteurs de la société : les banques comme les coopératives, les gouvernements comme les entreprises, les universités comme les collèges, le communautaire comme le privé, etc.

Un des mandats du regroupement DU est de promouvoir la science dans l’espace public en la mettant au cœur des débats. Cela s’avère un véritable défi en cette ère où la connaissance et l’importance qui doit lui être accordée, en particulier dans la prise de décision politique, sont parfois malmenées dans la sphère publique. La pandémie de la COVID-19 a certes donné un peu de souffle à la confiance de la population envers la science, mais cette confiance est fragile et n’est jamais gagnée d’avance. Pour celles et ceux qui oeuvrent en politique, les données validées par la recherche doivent être centrales lorsque vient le moment d’établir les plans d’action et les priorités visant à juguler l’urgence climatique ou la crise environnementale. L’arrimage de la science à la prise des décisions politiques est non seulement délicat, mais également incontournable et mérite qu’on s’y attarde et qu’on l’améliore. 

Pour celles et ceux qui oeuvrent en politique, les données validées par la recherche doivent être centrales lorsque vient le moment d’établir les plans d’action et les priorités visant à juguler l’urgence climatique ou la crise environnementale. L’arrimage de la science à la prise des décisions politiques est non seulement délicat, mais également incontournable et mérite qu’on s’y attarde et qu’on l’améliore. 

Les actions énergiques coordonnées à très grande échelle et menées par les gouvernements en réponse à l’urgence sanitaire provoquée par la COVID-19 demeurent à bien des égards remarquables, voire inédites, par leur ampleur et leur impact sur la société. Il en est de même quant à la collaboration et aux efforts consentis par la population pour contenir la pandémie.

Cette capacité avérée des gouvernements de répondre à une urgence permet d’espérer une certaine implication de leur part, alors que de nombreuses voix s’élèvent pour leur demander d’appliquer la même volonté, voire la même vigueur, à la lutte aux changements climatiques. Le même leadership – c’est-à-dire fort, affirmé et entièrement dévoué – est nécessaire pour rallier toute la population autour de cette crise environnementale sans précédent. D’où la nécessité de poursuivre la sensibilisation et la conscientisation, autant de la population que des décideur-se-s politiques, à l’importance de la prise de décisions cohérentes basées sur les faits scientifiques, en l’absence de laquelle les gouvernements risquent de nourrir la méfiance et la défiance d’une partie de la population et de faillir au ralliement souhaité.

L’un des défis des universitaires membres du regroupement consiste à communiquer et à expliquer les connaissances scientifiques de manière vulgarisée aux lectrices et lecteurs, pour leur permettre de s’approprier et de sensibiliser, à leur tour, leur entourage, multipliant ainsi l’impact de nos communications grand public. En basant ses interventions sur la science, DU occupe une place intermédiaire à l’interface entre la production des connaissances et l’engagement citoyen, une place originale dans le milieu québécois, et peut-être même mondial.

Cette mission est accomplie notamment par la publication hebdomadaire d’un texte d’environ 1 000 mots d’un-e membre du regroupement dans la Tribune Des Universitaires dans le quotidien Le Soleil et les 5 autres journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i), soient Le Nouvelliste, Le Droit, Le Quotidien, La Tribune et La Voix de l’Est. Ensemble, ces médias rejoignent les grandes régions du Québec. « Ma cabane au Canada » : bâtiments sans émission et sortie du chauffage fossile, Les gestes individuels ne suffisent pas ou Puits de carbone terrestres, près d’un point de bascule? en sont quelques exemples. Ces textes visent à rendre compte des faits validés par la recherche scientifique en utilisant une approche didactique et positive. Ils sont généralement accompagnés d’une caricature de notre collaborateur Pierre Brignaud, qui illustre brillamment l’incohérence des situations que nous vivons ou des projets qui sont présentés aux gouvernements. Ces illustrations ont le don de provoquer, de susciter la réflexion et l’intérêt des lecteur-rice-s pour le contenu des textes. 

À l’automne 2020, nous avons effectué le lancement d’une seconde initiative majeure, soit le premier tome (2019-2020) de la Collection Des Universitaires. Ce recueil présente la compilation des communications, majoritairement francophones, des membres du regroupement dans les médias généralistes au cours des deux dernières années. L’ouvrage numérique, dont la préface est signée par l’illustre astrophysicien et écologiste Hubert Reeves, est disponible gratuitement

L’ouvrage a été conçu avec des didacticien-ne-s des sciences, qui ont élaboré des activités pouvant être réalisées en classe. L’objectif de cette initiative est de rejoindre le milieu éducatif et les jeunes, celles-là et ceux-là mêmes qui seront les plus affecté-e-s par les changements climatiques.

L’engagement des membres du regroupement DU au sein de leur communauté prend aussi la forme de plusieurs collaborations. Pensons aux contributions à la Feuille de route Québec ZéN 2.0 du Front commun pour la transition énergétique et à la synthèse des 101 idées pour la relance du Pacte pour la transition mené par Dominic Champagne et Laure Waridel. Ce dernier ouvrage collectif a fait l’objet d’une série de 13 articles écrits par les universitaires impliqué-e-s dans la Tribune Des Universitaires du quotidien Le Soleil à l’été 2020. Cette série a été réunie dans un numéro spécial de la Collection Des Universitaires.

L’engagement politique du regroupement a récemment franchi un pas de plus, lorsque tous les textes portant sur le projet GNL Québec ont aussi été réunis dans un numéro spécial de la Collection Des Universitaires intitulé « Des Universitaires se prononcent sur GNL Québec ». Les textes abordent différents aspects du projet : viabilité économique, émissions de gaz à effet de serre, protection de l’environnement, impact sur le tourisme et sur la santé. Le recueil a été déposé comme mémoire au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) portant sur la composante du projet Énergie Saguenay de GNL Québec et présenté par les coordonnateurs lors des consultations publiques. Cette action s’arrime au mandat du regroupement DU de remettre la science au cœur des processus de prises de décisions politiques.

La Collection Des Universitaires est publiée par le Regroupement Des Universitaires (Éditeur) sur une base annuelle, alors que des numéros spéciaux peuvent être publiés en réponse à la conjoncture scientifique, politique et sociétale du moment. Les ouvrages de la Collection portent la licence Creative Commons BY-NC 4.0, pour en permettre un usage sans restriction sauf commercial, et un numéro ISBN permettant de les repérer facilement. Ces ouvrages ont fait l’objet d’un dépôt légal à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec pour être disponibles au grand public dans toutes les bibliothèques, d’où ils pourront être téléchargés gratuitement et distribués librement.

Les actions que le regroupement entreprend sont inspirées et déterminées par ses membres. Fort d'un bassin d’universitaires ayant des expertises diversifiées, et alors que le mouvement continue de grandir, on peut s’attendre à ce que les universitaires se fassent de plus en plus entendre à l’avenir.

En conclusion

Les actions que le regroupement entreprend sont inspirées et déterminées par ses membres. Fort d'un bassin d’universitaires ayant des expertises diversifiées, et alors que le mouvement continue de grandir, on peut s’attendre à ce que les universitaires se fassent de plus en plus entendre à l’avenir.

À cet égard, la tendance actuelle clairement affichée de certains gouvernements à vouloir écouter la population et à considérer le critère d’acceptabilité sociale dans l’évaluation des projets est appréciable. Mais encore faut-il que cette population soit bien informée en lui procurant l’accès aux meilleures connaissances et aux plus récentes avancées scientifiques, afin qu’elle puisse s’en saisir et réclamer que les décisions politiques soient davantage basées sur la science. En contribuant à la communication des connaissances scientifiques, rendues accessibles par un exercice de vulgarisation, auprès du grand public, le regroupement DU pallie, en quelque sorte, le manque de communication de ce genre de la part des gouvernements et des médias généralistes.

Généralement, les auteur-e-s dressent l’état des lieux, identifient le-s problème-s rencontré-s et présentent les solutions à implanter. Ce que nous avons appris depuis le lancement du regroupement DU, c’est que plusieurs solutions aux problèmes que nous vivons actuellement existent déjà! Il ne manque que la volonté politique, qui est d’ailleurs soumise à la pression populaire résultant de la force du nombre et de la mobilisation.

Les universitaires intéressé-e-s à contribuer à notre mission sont invité-e-s à soumettre leur demande d’adhésion

Informer, sensibiliser, conscientiser et mobiliser : voilà le défi que les membres du regroupement Des Universitaires tentent de relever.

 

Lefevre et Provost - fracturation
Illustration accompagnant l'article « La "transition" selon GNL Québec/Gazoduq : Plus tard? Trop tard! », dans l'édition du 10 décembre 2020 du quotidien Le Soleil, et dans celle du 14 janvier 2021 dans L'Aut'Journal.
Illustration : Pierre Brignaud

 

Auteur(e)s

  • Patrick Provost
    Université Laval

    Patrick Provost est professeur titulaire à la Faculté de médecine de l’Université Laval et chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec/Pavillon CHUL depuis 2002. Scientifique et citoyen socialement engagé et soucieux de l’avenir de ses quatre enfants, il milite pour des décisions basées sur la science. Il a fondé, avec son collègue Thierry Lefèvre, le regroupement Des Universitaires, qui rassemble des professeur-e-s, chercheur-se-s et diplômé-e-s universitaires qui prennent position publiquement en faveur de la lutte aux changements climatiques, et de la protection de l’environnement et de la biodiversité.

  • Thierry Lefèvre

    Université Laval

    Thierry Lefèvre est professionnel de recherche, coordonnateur du Centre de recherche sur les matériaux avancés de l’Université Laval (CERMA). Chercheur en biophysique au Département de chimie de l'Université Laval, il a étudié pendant plus de 20 ans les systèmes biologiques comme la soie d'araignée et les protéines amyloïdes. Il s’intéresse aux interactions sociétés-nature et à l’actuelle insoutenabilité de la civilisation, notamment à la consommation de ressources dans un contexte d’Anthropocène. Il est l’auteur de Sortir de l’impasse : qu’est-ce qui freine la transition écologique, aux Éditions MultiMonde.

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