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15 mai 2014
Rémi Léonard
Journaliste

Au Québec, les expériences participatives ont même mené à une diminution du pouvoir des citoyens. À Marseille, Caroline Patsias et sa soeur Sylvie ont tenté de comprendre pourquoi la tentative d’implanter des instances participatives s’est révélée infructueuse.

[Colloque 19] - La participation contre la démocratie, 30 ans plus tard : retour sur la pensée de Jacques T. Godbout, 7e colloque sur la participation des citoyens

« Devant les faiblesses de la démocratie représentative, il faut se tourner vers la démocratie directe » déclare le sociologue Jacques T. Godbout dès l’ouverture du colloque. Pourtant dans son ouvrage La participation contre la démocratie, paru en 1983, l'auteur témoigne plutôt des limites de cette idée progressiste, mais sans pour autant la rejeter. À l'époque, il avait été étonné par certaines dérives d'expériences participatives québécoises ayant mené à une diminution du pouvoir des citoyens. 

Pour leur part, parce qu'aussi sensibles aux défis de ce type de démocratie, Caroline Patsias et sa sœur Sylvie, respectivement de l’Université du Québec à Montréal et de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, ont tenté de comprendre pourquoi la tentative d’implanter des instances participatives à Marseille s’est révélée infructueuse.

C’est le pouvoir central à Paris qui, en 2002, a eu l’idée d'obliger l'implantation des conseils de quartiers dans toutes les villes françaises de plus de 80 000 habitants. La loi Vaillant, du nom du ministre de l’Intérieur de l’époque, se voulait décentralisatrice et « les modalités relatives au fonctionnement de ces conseils ont donc été laissées aux soins des municipalités afin de respecter leur spécificité locale », explique Caroline Patsias. Malgré tout, cette volonté d’implanter une démocratie locale et participative a été très mal reçue par la société civile marseillaise.

La raison est simple : de telles organisations étaient déjà en place sous la forme de comités d'initiative et de consultation d'arrondissement (CICA). Héritage d’une autre vague de décentralisation, en 1982, les CICA ont réussi à conserver leurs prérogatives face à la loi Vaillant, en tant que comités locaux et participatifs grâce à une forte mobilisation, prétextant une ingérence du pouvoir central et un inutile « surplus de démocratie », affirme Caroline Patsias.

Peut-on avoir trop de démocratie?

Selon elle, la véritable motivation des CICA est ailleurs : fortement ancrés dans une logique de clientélisme local, ils cherchaient avant tout à maintenir ce système en écartant les conseils de quartiers promus par le pouvoir central. Ce sont surtout les associations qui agissent au sein des CICA et non les individus, ajoute la politologue. Même en poursuivant des objectifs parfois légitimes, ces associations agissent cependant en étroite collaboration avec les élus municipaux. Ces derniers distribuent les fonds européens (sans passer par Paris) à ces regroupements et, en échange, ceux-ci mobilisent leurs sympathisants lors des élections. Les associations qui n'entrent pas dans ce schéma sont donc « faibles et fragmentées », note-t-elle.

«La participation ne peut pas fonctionner si elle est imposée du haut vers le bas.»

Cette relation patron-client, « à la limite de la légalité », s'avère particulièrement efficace dans les quartiers les plus pauvres, observe Caroline Patsias. Même un emploi de fonctionnaire mal rémunéré devient une monnaie d’échange attrayante pour une jeunesse qui souffre d’un fort taux de chômage et qui n’a que son bulletin de vote à offrir. Ajouté au fait que les instances participatives restent purement consultatives, « rien n’est là pour changer les rapports asymétriques en place », conclut la chercheuse.

Ce cas éclaire d'un jour nouveau les limites de la démocratie participative. Ce concept très idéalisé s’avère en effet des plus complexes à appliquer dans la réalité, comme l’a découvert Jacques T. Godbout il y a plus de 30 ans. S’il y a une leçon à tirer de l’expérience marseillaise, outre le danger de favoriser le développement du clientélisme, c’est que la participation ne peut pas fonctionner si elle est imposée du haut vers le bas. «Le pouvoir ne se donne pas, il se prend » résume le sociologue québécois.

Auteur(e)

  • Rémi Léonard
    Journaliste
    Présentation du journalisteRémi Léonard est étudiant en journalisme à l’Université du Québec à Montréal. Originaire de la Montérégie, il collabore depuis deux ans dans différents journaux étudiants et au Journal des Alternatives, un média indépendant montréalais. Il a également complété des études en sciences humaines avant de se joindre à Découvrir pour ce "spécial congrès".

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