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15 mai 2014
Pierre Barthélémy
Journaliste scientifique, Le Monde

À l'inverse de ce qui se passe dans la vulgarisation, en médiation nous mettons le public dans la position de celui qui en sait davantage.

 

 

 

 

[Colloque 530 - Les sciences et le spectacle vivant : des pratiques aux recherches]

Directeur de l'Espace des sciences Pierre-Gilles de Gennes à Paris, enseignant-chercheur à l'Ecole normale supérieure, président-fondateur de Traces, groupe de réflexion sur la science, sa communication et son rapport à la société, Richard-Emmanuel Eastes a une corde supplémentaire à son arc, en tant que président-fondateur de l'association Les Atomes crochus, qui promeut une approche de la science par la voie du jeu et du spectacle, notamment à travers la figure des clowns de science.

Vous explorez la voie du spectacle vivant, est-ce parce que la vulgarisation scientifique traditionnelle ne fonctionne pas?

Il faut avant tout distinguer vulgarisation et médiation. La vulgarisation porte sur les connaissances produites par la science. C'est un mode frontal où quelqu'un qui sait – chercheur ou journaliste spécialisé – s'adresse à des personnes qui savent moins. Cela nécessite une pratique, une rhétorique et un certain charisme. Mais il y a une limite vite atteinte quand les sujets qu'on aborde entrent en résonance ou en discordance avec l'opinion du public. Je donne souvent l'exemple d'un chercheur parlant des organismes génétiquement modifiés. Il va faire sa conférence en expliquant comment on fabrique un OGM, comment il fonctionne, etc. Quand il a terminé, l'animateur remercie le chercheur pour cet excellent exposé et dit qu'il reste 10 minutes pour deux ou trois questions du public. Et c'est à ce moment-là qu'on s'aperçoit que 10 minutes, c'est bien insuffisant pour répondre à toutes les interrogations, que cela crée une frustration, une tension dans la salle et que la forme n'était pas appropriée au sujet...

Quelle différence avec la médiation, alors?

La médiation, elle, va certes apporter des connaissances mais, surtout, elle va introduire la question de l'opinion des participants. Elle peut même inverser l'ordre des facteurs, c'est-à-dire partir de l'opinion pour susciter un besoin de connaissance. Au fond, pour faire de la bonne médiation, on est obligé de passer par la sociologie des sciences et l'épistémologie. Prenons l'exemple de l'astrologie. Le vulgarisateur expliquera pourquoi, d'un point de vue astronomique, physique, l'influence des astres ne peut s'exercer sur les humains mais les gens ne cesseront pas de lire leur horoscope pour autant. Le discours du médiateur sur l'astrologie sera différent : il s'attachera plus à expliquer pourquoi l'astrologie n'est pas une science, en parlant par exemple des critères de scientificité de Popper...

Finalement, cela revient à dire que la question des connaissances pures n'est pas prioritaire.

Exactement. Comme l'idée est surtout de travailler sur le rapport des gens à la science, le personnage du clown est parfait pour cela. Le public s'identifie à lui et en premier lieu les enfants parce que c'est leur camarade, un des leurs. Quand on a un clown et un personnage en blouse blanche sur scène, les enfants disent « tu » au premier et « vous » au second. Dans nos spectacles, nous mettons le clown en situation d'apprentissage. Il fait des bêtises mais il expérimente aussi beaucoup : il manipule de l'azote liquide, il fait brûler de la limaille de fer en croyant que c'est du poivre, etc. Nous nous débrouillons toujours pour que le public comprenne ce qu'il faut faire avant lui. Finalement, à l'inverse de ce qui se passe dans la vulgarisation, nous mettons le public dans la position de celui qui en sait davantage.

Auteur(e)

  • Pierre Barthélémy
    Journaliste scientifique, Le Monde
    Présentation de Pierre BarthélémyPierre Barthélémy est journaliste indépendant, chroniqueur scientifique pour Le Monde et Elle, auteur du blogue Passeur de sciences sur LeMonde.fr. Après avoir exercé tous les métiers du journalisme au sein du Monde (secrétaire de rédaction, rédacteur, reporter, chef de service) et été rédacteur en chef du magazine Science & Vie, il a pris un chemin de traverse en 2010 en devenant pigiste et en quittant Paris la trépidante. Un pied dans la presse papier, un autre dans la presse en ligne, quelques livres à écrire, quatre enfants à élever et une passion... pour le jeu d’échecs dont il couvre les grands événements depuis plus de vingt ans. Remerciements :La venue de Pierre Barthélémy et de Marion Montaigne au congrès de l’Acfas a été rendue possible grâce au soutien du service scientifique du Consulat général de France à Québec.

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