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6 mai 2013
Renaud Manuguerra
Journaliste

Maintenir l’écocertification nécessite des progrès constants, et une bonne dose d’innovation!

 

 

[Colloque 126 - Les sciences de la mer au cœur des enjeux environnementaux et de santé publique] 

Pour ne pas se faire complices de l’effondrement des stocks de poissons, de grandes chaines d’épicerie exigent ou exigeront bientôt que « leurs » produits de la mer aient reçu une certification de pêche durable comme celle établie par le Marine Stewardship Council. Ce sera par exemple le cas de Loblaws dès l'automne 2013. Pour vendre, les pêcheurs n’auront pas le choix : ils devront revoir leurs pratiques.

Innover pour rester certifié

Au Canada, l’industrie de la crevette a été une des premières à s’adapter à ces nouvelles règles. Mais maintenir l’écocertification nécessite des progrès constants, et une bonne dose d’innovation! C’est dans cette optique que l’Association des capitaines propriétaires de la Gaspésie s’est tournée vers le centre d’innovation Merinov, basé à Gaspé. Ce Centre collégial de transfert de technologie a été fondé en 2010 par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, le Cégep de la Gaspésie et des îles, et l’Université du Québec à Rimouski. Il a pour mission de soutenir l’industrie de la pêche face à ses nouveaux défis. « Les pêcheurs sont conscients que l’éco-certification devient la norme et qu’ils se devront d’innover », affirme Antoine Rivierre, agent de développement chez Merinov, au congrès.

«Les pêcheurs sont conscients que l’écocertification devient la norme et qu’ils se devront d’innover.» 

Pour qu’elle soit rentable, la pêche à la crevette est pratiquée avec des chaluts de fond, sortes de grands filets qui raclent le plancher de l’océan pour en déloger les crustacés. Ces filets endommagent non seulement les fonds marins, mais ils ont aussi un impact majeur sur la consommation de carburant des bateaux de pêche, puisque près de 70% de la puissance des navires est nécessaire au remorquage de ces filets! Les chaluts sont maintenus ouverts par de petits panneaux obliques fixés au cordage. Ces panneaux, traînés au fond de l’eau, endommagent l’écosystème en creusant des sillons, tout en ralentissant les navires.

L’industrie à la recherche d’innovation

Un nouveau type de panneau plus léger surnommé « panneau volant », récemment développé en Europe, attire l’attention des pêcheurs gaspésiens. Ceux-ci se sont tournés vers Merinov pour en évaluer l’impact. « Merinov a fait le transfert technologique. On a vérifié que ces panneaux ne raclent plus le fond comme le disaient les Européens, et on a évalué leur impact sur la consommation de carburant », explique Antoine Rivierre. En remplaçant les panneaux conventionnels par ces nouveaux panneaux volants sur deux bateaux de pêche, les chercheurs ont constaté que la consommation de carburant diminuait en moyenne de 6%. Selon les conditions de mer, l’économie pourrait même avoisiner les 20%! Le rendement de la pêche n’a en revanche pas changé : avec ou sans ces panneaux, les bateaux ont ramené la même quantité de crevettes de leurs expéditions.

«Une économie de carburant qui pourrait avoisiner les 20%!» 

L’objectif de Merinov est maintenant de convaincre plus de pêcheurs d’utiliser cette technologie. « Actuellement, seuls les deux bateaux de pêche qui ont participé à notre étude utilisent les panneaux volants. Car l’investissement – au-delà de 20 000 dollars – représente une dépense importante pour les pêcheurs», dit Antoine Rivierre. Mais s’il faut cela pour que la pêche soit plus durable, les consommateurs devront peut-être accepter de payer un peu plus cher pour garnir leurs assiettes de belles crevettes roses.

Auteur(e)

  • Renaud Manuguerra
    Journaliste
    Présentation de l’auteur :Renaud Manuguerra est finissant au certificat en journalisme à l’Université de Montréal mais son attrait pour la science remonte à loin car il complète aussi présentement son doctorat en sciences biomédicales à la même université. Son intérêt pour la communication scientifique l’a mené à écrire pour le Quartier Libre mais son expérience à l’Acfas est sa première véritable occasion de faire de la vulgarisation.

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