Aller au contenu principal
19 novembre 2019
Valéry Ridde
Université de Montréal
Dossier:

J’utilise ce média [Twitter] comme un instrument complémentaire pour enrichir mes sources d’informations scientifiques (revues et conférences). Il me permet d’être à jour sur ce qui a été publié ou sur l’actualité concernant des domaines spécifiques, dans mon cas, ce sont les systèmes de santé au Sud. Je l’utilise aussi comme un moyen de partager mes résultats de recherche (articles, communications, etc.) – et ceux des étudiant-e-s que j’accompagne – et de communiquer sur nos activités de recherche dans les différents pays où je travaille. Mais je l’utilise aussi pour donner mon avis de scientifique et de citoyen sur les thèmes de mes recherches ou pour provoquer des débats et des controverses.

Valéry Ridde
@valeryridde, 19 900 Tweets, 1 659 abonnements, 2 959 abonnés

Pouvez-vous nous présenter votre pratique des médias sociaux?

Je ne suis pas du tout actif sur les médias sociaux pour partager ma vie et mes activités de loisirs (Facebook, Instagram, etc.). Cependant, dans le cadre professionnel, pour mon métier de chercheur, j’ai très rapidement compris l’intérêt d’y être présent. J’ai dans un premier temps investi LinkedIn. Mais je n’y ai pas trouvé mon compte, car ce réseau est peu lié aux affaires académiques, et il est plus orienté vers le secteur privé et la recherche d’emploi. Je ne me souviens plus vraiment comment j’ai découvert Twitter (@ValeryRidde), mais dès mes premiers pas dans ce réseau en 2012, j’ai perçu qu’il me serait utile. Après avoir lu quelques articles sur son mode de fonctionnement et quelques conseils prodigués aux scientifiques s’y aventurant, je me suis laissé entrainer et j'ai embarqué dans l’aventure. J’utilise ce média comme un instrument complémentaire pour enrichir mes sources d’informations scientifiques (revues et conférences). Il me permet d’être à jour sur ce qui a été publié ou sur l’actualité concernant des domaines spécifiques, dans mon cas, ce sont les systèmes de santé au Sud. Je l’utilise aussi comme un moyen de partager mes résultats de recherche (articles, communications, etc.), – et ceux des étudiants que j’accompagne – et de communiquer sur nos activités de recherche dans les différents pays où je travaille. Mais je l’utilise aussi pour donner mon avis de scientifique et de citoyen sur les thèmes de mes recherches ou pour provoquer des débats et des controverses.

Quels liens faites-vous entre cette pratique et vos travaux de recherche?

J’utilise ce média pour être à jour dans mon domaine. Avant, j’étais uniquement abonné aux tables des matières des principales revues m’intéressant, et je parcourrais quelques journaux de presse sur Internet. Maintenant, Twitter vient en complément, car je suis en mesure de suivre de manière plus précise l’actualité de chercheurs, d’institutions ou de sujets utiles à mes travaux, que j’ai ciblé au fur et à mesure de ma présence dans ce réseau. Comme je travaille dans le domaine de la santé mondiale, l’actualité des organisations internationales et non gouvernementales est essentielle à ma connaissance des contextes et des débats. J’ai des projets dans plusieurs pays, notamment en Afrique, et je suis donc plus facilement en mesure de sérier les personnes qui m’apportent des informations utiles sur des réflexions, des situations ou des contextes propres à mon activité. Je dois souvent aussi aller dans des pays où le contexte politique n’est pas très stable et ce média social fournit des actualités en temps réel sur la situation contextuelle, par exemple récemment lorsque je devais me rendre en Haïti (où j’ai annulé ma mission) ou au Burkina Faso (où je m’y suis rendu avec prudence). Twitter est un média qui me fournit des informations, mais que je nourris aussi de mes réflexions et informations à caractère scientifique, c’est donc bidirectionnel dans mon cas. L’outil est presque devenu indispensable à mon métier de chercheur. J’échange souvent avec des étudiants à travers ce média, tant pour partager des articles, des nouvelles ou des idées. Je l’utilise aussi parfois comme un outil de dialogue avec des collègues et la fonction des messages privés.

Comme je travaille dans le domaine de la santé mondiale, l’actualité des organisations internationales et non gouvernementales est essentielle à ma connaissance des contextes et des débats. J’ai des projets dans plusieurs pays, notamment en Afrique, et je suis donc plus facilement en mesure de classer les personnes qui m’apportent des informations utiles sur des réflexions, des situations ou des contextes propres à mon activité.

Quels sont les défis, les difficultés et les satisfactions?

Le premier défi, comme tous les médias sociaux, est celui d'éviter la dépendance et de se laisser la possibilité de décrocher lorsque cela devient nécessaire. Je suis très très souvent connecté, mais j’ai de nombreux moments où je ne le suis pas, y compris lors des très nombreuses semaines de vacances dont disposent les chercheurs français! Je ne suis jamais tombé dans une utilisation personnelle de ce média en montrant mes repas ou mes baignades de vacances, gardant toujours son usage à titre professionnel, mais j’imagine que cela doit être un défi pour certains (ou un choix). Un autre enjeu est celui de rester professionnel et scientifique, sans pour autant être lisse, creux et sans conviction. Je pense que ce type de média peut permettre de démarrer des débats et des controverses. Mais il faut être en mesure de rester rigoureux et surtout de ne pas oublier que rien ne remplacera la discussion réelle, en face à face, où l’on peut prendre le temps de développer des arguments en plus de 280 caractères. Mais je dois dire que globalement je suis plutôt satisfait de cet outil, j’apprends beaucoup, j’ai accès à de nombreuses informations et je peux partager avec le plus grand nombre. Je suis cependant parfois énervé par l’utilisation de certains chercheurs ou certaines organisations qui font de Twitter uniquement un outil de communication promotionnel (moi avec X, moi présentant à l’université Y, mon organisation est la meilleure, mon chat sur mon ordinateur, etc.)… mais je ne suis pas obligé d’y être abonné…c’est le propre de ce type de média!

Un autre enjeu est celui de rester professionnel et scientifique, sans pour autant être lisse, creux et sans conviction. Je pense que ce type de média peut permettre de démarrer des débats et des controverses. Mais il faut être en mesure de rester rigoureux et surtout de ne pas oublier que rien ne remplacera la discussion réelle, en face à face...

Auteur(e)

  • Vincent Larivière et Stefanie Haustein
    Université de Montréal

    Vincent Larivière est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante, professeur adjoint à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal, membre régulier du CIRST et directeur scientifique adjoint de l’Observatoire des sciences et des technologies. Ses recherches portent sur les caractéristiques des systèmes de recherche québécois, canadien et mondial, et sur la transformation, dans le monde numérique, des modes de production et de diffusion des connaissances scientifiques et technologiques. Il est titulaire d’un baccalauréat en science, technologie et société (UQAM), d’une maîtrise en histoire (UQAM) et d’un doctorat en sciences de l’information (Université McGill).

    Stefanie Haustein est chercheuse postdoctorale à la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante de l’Université de Montréal et analyste de recherche pour la firme Science-Metrix. Ses travaux actuels portent sur l’utilisation des médias sociaux dans la diffusion des connaissances scientifiques et, plus spécifiquement, sur la signification des indicateurs – communément appelés altmetrics – basés sur de telles plateformes. Elle est titulaire d’une maîtrise en histoire, philologie américaine et sciences de l’information, et d’un doctorat en sciences de l’information de l’Université Heinrich Heine de Düsseldorf en Allemagne.

Commentaires