Imprimer

Ménage à trois pour forêt boréale

En stimulant l’activité microbienne, on augmente la disponibilité du phosphore pour les plantes. C’est ce que Christine Juge désigne comme une "fertilisation verte".
  • Colloque 204 : L’aménagement forestier durable pour optimiser les stocks de carbone en forêt boréale
  • Communication : La « fertilisation verte » avec minerai phosphaté pour séquestrer du carbone en forêt boréale : nourrir les microorganismes du sol qui nourrissent les arbres

Les forêts boréales sont un enjeu de taille dans la balance des gaz à effet de serre. En vue de compenser les émissions anthropiques, certains chercheurs d'ici misent sur la capacité d'absorption du CO2 atmosphérique de ce vaste écosystème. Afin d’augmenter ces réservoirs de carbone, Christine Juge, professionnelle de recherche en mycologie forestière à l’Université Laval, propose de stimuler les interactions entre des arbres et le peuple du sol.

Les arbres collaborent avec certains types de champignons pour effectuer des échanges mutuels de nutriments et d’eau. Ces échanges ont lieu au niveau des racines, et sont facilités par un troisième organisme, les bactéries. D’un côté les champignons et bactéries associées dégradent les roches pour y extraire les minéraux bien souvent inaccessibles aux arbres. De l’autre, les arbres produisent des sucres grâce à la photosynthèse. Les bactéries prolifèrent, les champignons étendent leur réseau et les arbres poussent, chacun est gagnant dans cette histoire.

L’idée de la postdoctorante Christine Juge? « Accélérer la croissance des peuplements forestiers pour augmenter de manière significative la captation du carbone », explique-t-elle. De fait, la chercheuse développe une méthode de fertilisation des sols qui consiste à éparpiller de l’apatite sur le parterre forestier comme source de phosphore et de calcium facilement assimilables par les bactéries. « On stimule l’activité microbienne pour augmenter la disponibilité du phosphore pour les plantes. Il n’est donc pas question ici d’ajouter des engrais chimiques dans les forêts boréales ». C’est plutôt ce qu’elle désigne comme une « fertilisation verte ».

Expérimentations à l’appui, elle et ses collègues de l’Université Laval constatent que les échanges entre les trois organismes s’intensifient, tout comme la croissance de l'arbre. “En fertilisant une forêt d’épinettes blanches, on observe une augmentation moyenne de la croissance de 50 % par rapport aux arbres témoins dans l’année suivant l’apport d’apatite,” souligne-t-elle. Nourrir les microorganismes du sol permet de nourrir les arbres.

«Nourrir les microorganismes du sol permet de nourrir les arbres».

Christine Juge ajoute que si on active les symbioses racinaires, il y a d’autres effets bénéfiques pour la forêt boréale tels que la santé des végétaux, la préservation de la biodiversité, la résistance aux stress et la lutte contre les pathogènes. « L'idée c’est d'accroître la fixation du carbone dans tout le système forestier ».

Mais capter le carbone atmosphérique d’aujourd’hui n’est-ce pas repousser le problème à plus tard? Qu’adviendra-t-il du carbone stocké à la mort des arbres? Dans le cas de coupe pour des matériaux de construction, le carbone restera confiné dans le bois. Sinon, il reprendra le cours du cycle du carbone lors de la décomposition du tronc.

Auteur(e)

Lou Sauvajon
Journaliste

Nominée aux Grands Prix du Journalisme Indépendant pour la catégorie de la relève, Lou Sauvajon est une jeune journaliste scientifique fascinée par la biologie, l’agriculture et l’éthique des sciences. Elle affectionne tout particulièrement la radio et les podcasts audio. À titre bénévole, elle a rejoint l’équipe de l’émission « L’œuf ou la poule? » et participe également à la création de podcasts scientifiques pour Québec Science.

Se connecter ou s'inscrire pour poster un commentaire