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La conclusion du rapport de 1972 est claire : la croissance illimitée de la population et de la production matérielle n’est pas viable à long terme. Les simulations du modèle informatique développé pour l’étude décrivent un monde dont la croissance effrénée au 20e siècle frappe un mur au cours du siècle suivant. S’en suit un déclin de la civilisation mondiale. La qualité et l’espérance de vie régressent.

Le rapport conclut aussi que nous avons une marge de manœuvre : si nous réagissons rapidement, il est possible de trouver l’équilibre avec les limites capacitaires de la planète. La remise en question de la poursuite « institutionnalisée » de la croissance permettrait à la majorité des humains d’avoir un niveau de confort appréciable pour de très nombreuses générations.

Couverture The limits of growth, 1972
Couverture de la version originale, 1972.

Généalogie d'une étude

Cette conclusion est celle du premier rapport du Club de Rome1 , aussi appelé rapport Meadows, publié il y a 50 ans cette année. À l’évocation de ces noms, nous sommes nombreux à n’avoir, au mieux, qu’une vague idée de l’objet de l’étude. On pense souvent changements climatiques ou encore fin du pétrole2 .

Cette ambiguïté découle probablement du fait que le rapport est surtout connu par la référence à ses commanditaires ou à l’illustre couple de scientifiques au cœur de l’étude, et non par son titre, Les limites à la croissance (dans un monde fini)3

Ce titre est à la fois la question que pose l’étude et l’injonction de sa conclusion.

En ce qui a trait aux commanditaires. On est en 1968 lorsque des capitaines d'industrie, des hauts fonctionnaires de l'ONU, des scientifiques et des chefs d'État qui s’étaient rencontrés lors de discussions à l'OCDE, décident de former un groupe de réflexion. Ils le baptisent Club de Rome en référence au nom de la ville où s’est tenue leur première réunion.

Aurelio Peccei4 , un des cofondateurs, a nommé the world problematique, l’enjeu au cœur des discussions du Club. Il s’agissait d’un ensemble complexe de problèmes qu’on observait partout sur la planète : dégradation de l'environnement, étalement urbain non contrôlé, pauvreté au milieu de l'abondance, perte de confiance dans les institutions, aliénation de la jeunesse, rejet des valeurs traditionnelles, problèmes économiques divers dont l'inflation5 . Le club considérait que les connaissances de l'époque ne permettaient pas de circonscrire les causes de ces tendances, d’en estimer la portée ou d’établir des liens entre elles, et qu'il était donc pratiquement impossible de déterminer comment réagir à la situation.

Mais pourquoi le libéralisme triomphant de l'après-guerre s'inquiétait-il tant à ce moment précis de l'histoire, encore perçu aujourd'hui comme celui de l'apogée de la société industrielle?

En fait, on décelait depuis longtemps des signes de tensions au sein du système. On sentait poindre une tendance à l'emballement dont les conséquences à long terme pouvaient se retourner contre la civilisation. Même si elle s’observait depuis la révolution industrielle6 , cette croissance explose après la Seconde Guerre mondiale. Cette période sera baptisée la « grande accélération » par les historiens de l’environnement7 .

Tout au long des Trente Glorieuses, des voix expriment de l’inquiétude. Dès 1948, Fairfield Osborn publie Our Plundered Planet (La planète au pillage, version française parue en 1949)8Silent Spring, de Rachel Carlson9 , paraît en 1962 (Le printemps silencieux, version française publiée en 1963). Ou encore, en 1968, Paul Ehrlich sort The Population Bomb (La Bombe P, version française parue en 1971)10 .

Le nombre d’études qui rapportent des résultats consternants est tel que la communauté scientifique organise, en 1971, une rencontre en France d'où sortira une lettre destinée au secrétaire général des Nations Unies. C’est en référence à ce « Message de Menton », que le Courrier de l'UNESCO titrera : « S.O.S. ENVIRONNEMENT : Un message de 2 200 savants aux 3 milliards et demi d'habitants de notre planète »11 .

Revenons au Club et à ses préoccupations. Lorsque Peccei entendit Jay Forrester12 du MIT parler de la toute jeune dynamique des systèmes, il se dit qu'ils avaient peut-être trouvé une façon d’analyser la problématique en tant qu’ensemble pour comprendre les liens entre ses composantes et, de ce fait, établir une base de réflexion sur la manière d’y réagir.

En 1970, le Club mandatera le MIT, la fondation Volkswagon fournira le financement et un ancien étudiant de Forrester, Dennis Meadows, dirigera l'équipe transdisciplinaire et internationale de 16 chercheurs qui travaillera 18 mois à produire un modèle global du monde pour l'une des études les plus médiatisées, les plus injustement critiquées et dont les conclusions et recommandations ont été, sur le long terme, les moins désirées.

Une discipline et son modèle

C'est un peu comme si les questions existentielles du libéralisme industrialisé s'étaient trouvées une incarnation, le Club de Rome,  et une méthode, la dynamique des systèmes.

Pour faire image, on pourrait dire que la dynamique des systèmes13 est la science des liens. Selon cette approche, les liens entre les composantes d’un système complexe14 sont aussi importants pour comprendre son évolution que la nature des composantes.

Le système complexe analysé par l’équipe Meadows est le système socioéconomique mondial dans sa relation avec les autres composantes de la biosphère15 . «  Nous considérons les nombreux éléments constitutifs de la démographie, de l'économie et de l'environnement comme un seul et unique système planétaire aux innombrables interactions16 . »

Leur modèle informatique, World3, simule ce système. Ses principales composantes sont la démographie, les productions industrielle et agricole, les ressources naturelles et la pollution. Comme dans le monde réel, elles sont en interconnexion et en rétroaction les unes avec les autres.

Le modèle incorpore trois des limites physiques de la capacité de charge de la planète, c'est-à-dire la capacité de la biosphère à soutenir l’humanité et ses activités.

La première est liée à la finitude des gisements réalistement exploitables de ressources non renouvelables. Ainsi, le rendement décroissant de l’exploitation de ces ressources entraîne une hausse des coûts d’extraction. Cette dernière provoque des contraintes croissantes dans l’approvisionnement en matière première pour la production industrielle.

La seconde a trait à la saturation de la capacité de la planète à absorber les déchets métaboliques de la civilisation industrielle. Les dégradations écosystémiques qui en résultent entraînent une augmentation progressive des coûts de compensation pour les services perdus ou pour les dommages causés par les crises socioenvironnementales que ces dégradations engendrent.

La dernière se rapporte à la production agricole pour l’alimentation d’une population mondiale en croissance. La limite du réservoir de terres arables est à la fois quantitative et qualitative. Non seulement les terres arables de qualité sont limitées, mais leur quantité tend à diminuer en raison de l’érosion progressive des sols par surexploitation, empoisonnement agrochimique ou artificialisation (la culture du bungalow et des centres d’achats combinés aux routes pour les irriguer).

Tester les limites

Wold3 produit des projections sur 200 ans (1900 à 2100) de divers scénarios ou, si on préfère, diverses hypothèses du genre Qu'est-ce qui arrive si... Les auteur.e.s en retiendront 12 pour leur rapport. La majorité de ces scénarios sont structurés autour des politiques socioéconomiques qui prévalent à l'époque, c'est-à-dire ayant la croissance comme fondement, comme assise.

Le scénario 1 sert de ligne de base. Il ne prévoit aucune modification de la trajectoire historique qui a gouverné le développement de la civilisation industrielle capitaliste. Donc, pas de réels efforts concertés pour contrôler la démographie, la consommation de ressources ou l’émission de polluants. Le résultat de cette simulation est l’arrêt de la croissance par contrainte de l’approvisionnement en ressources non renouvelables. La production industrielle décline durant le premier tiers du 21e siècle et entraîne la décroissance des autres secteurs vitaux que sont la production alimentaire et les services tels que la santé17 .

Pour chacun des scénarios suivants, ils simulent les effets sur l’ensemble du système qu’aurait l’introduction d’innovations visant à contourner limites. Donc, les effets qu’auraient des technologies permettant la diminution de l’utilisation des ressources, la lutte contre la pollution, l’amélioration des rendements agricoles et la lutte contre l’érosion des sols. C’est un peu comme s’ils simulaient la réponse que pourrait apporter une société aux problèmes qu’elle rencontre afin de poursuivre sa croissance.

Et si chaque limite en cachait une autre?

Le résultat de cette accrétion d’améliorations technologiques est saisissant. À chaque nouvelle simulation, le système rencontre une nouvelle limite physique qui aboutit à l’effondrement de l’économie et, par ricochet, au déclin du reste de la société. Les auteur.e.s en concluent que « […] lorsqu'on supprime ou repousse une limite pour permettre à la croissance de continuer, on en rencontre une autre. Et lorsque la croissance est exponentielle, cette autre limite arrive étonnamment vite18 . »  

Un seul des 12 scénarios présentés permet d'éviter un dépassement des limites : combiner les innovations technologiques avec des changements de valeurs sociales et de priorités civilisationnelles. Pour le dire autrement, on ne peut faire l’économie de la réforme des politiques et des structures socioéconomiques qui produisent la croissance exponentielle. 

Dépassement et effondrement

Les résultats des simulations n’impliquent pas forcément un effondrement soudain et abrupt de la civilisation mondiale, mais plutôt une contrainte croissante obligeant les sociétés  « [...] à consacrer davantage de capital à la résolution de problèmes nés de l'association de plusieurs limites19 . »

En d’autres termes, repousser les limites rencontrées, à coup d’adaptations technologiques et d’innovation des marchés, ne les élimine pas, mais les remet à plus tard. Et lorsque « plus tard » arrive, le système, confronté simultanément à plusieurs limites, n’arrive plus à s’adapter, à « s’en sortir ».

Aujourd’hui, 50 ans « plus tard », il semble évident que les effets cumulés des dépassements de la capacité de la planète à absorber tout ce que la civilisation industrielle a déversé dans la biosphère, ont commencé à nous tomber dessus en tirs groupés : dérèglements climatiques, érosion des sols, effondrement de populations d’insectes, d’oiseaux et de mammifères, dangereuse dégradation des écosystèmes terrestres et marins, tensions sociales et géopolitiques, etc.

Ainsi, les courbes abstraites des simulations s’incarnent dans notre réalité en une litanie de crises et de catastrophes bien concrètes qui menacent d’accaparer de plus en plus de capitaux. Pour l’année 2021, le coût des désastres naturels au niveau mondial a été estimé à plus de 350 milliards de dollars canadiens20 . Prenant acte, l'Institut du Québec, début 2022, dans un rapport intitulé Intégration des risques climatiques dans les finances publiques du Québec21 , exhortait le gouvernement à intégrer les coûts croissants liés aux catastrophes naturelles dans ses prévisions budgétaires. Les bris de nos infrastructures routières et électriques étaient parmi les exemples cités.

De plus, le rapport Meadows mentionne que lorsque le dépassement des limites est tel que la croissance est forcée de s’arrêter, la capacité de charge s’est alors tellement érodée que la planète ne peut soutenir qu’une fraction réduite de la population mondiale, et ce, à un niveau de confort matériel sans commune mesure avec celui d’avant le déclin. C’est dans ce sens que le terme effondrement est utilisé.

Une invitation à l’analyse systémique des enjeux

Les limites à la croissance est une démonstration des dangers qui menacent la civilisation industrielle si la croissance en demeure le carburant. Mais plus qu’un cri d’alarme, l’ouvrage est aussi une démonstration qu’il existe une possibilité, si on modifie nos priorités et nos politiques, d’atteindre un équilibre confortable pour la majorité des humains, et ce, pour une très longue durée. Même si, en 1972, la feuille de route pour atteindre cet équilibre est encore difficile à établir, le livre présente une amorce de réflexion sur les changements à opérer.

Sans surprise, les auteur.e.s proposent d’utiliser une approche d’analyse systémique des enjeux. Selon eux, l'étude de la structure des systèmes socioéconomiques permettrait de repérer là où l'introduction de mécanismes élémentaires de rétroaction négative serait en mesure de ralentir la croissance de la production, de la consommation et des émissions. En résumé, des boucles de stabilisation toutes simples pourraient agir comme de puissants leviers de changement.

À titre d’exemples, ils proposent d’inclure dans le prix des biens manufacturés, le coût réel associé au travail effectué, aux ressources extraites et à tous les types d’émissions générés. On pourrait ajouter que d’ainsi freiner la surconsommation et le gaspillage, contribuerait aussi à éliminer l’externalisation de ces coûts, qui, en plus d’être refilés à d’autres – incluant les générations futures –, voient leurs effets exacerbés lorsqu’ils sont ainsi transférés. Dans le même esprit, ils proposent que chaque utilisateur de l’eau d’une rivière place son tuyau d’approvisionnement en aval du tuyau de rejets des eaux usées afin de s’assurer que là aussi, on élimine l’externalisation des impacts du traitement partiel, voire carrément inexistant de nos eaux usées.  

Au-delà des pistes proposées, ils insistent sur le besoin de reconnaître les profondes conséquences, dans tous les domaines de l’expérience humaine, de la transition d’une civilisation dopée à la croissance vers une humanité en équilibre apaisé avec la capacité de son milieu. Car pour y arriver, nous devons réformer nos représentations de ce qu’est la vie bonne et la juste conduite des affaires humaines. Autrement dit, revoir entièrement l’échelle de priorité de nos valeurs individuelles et collectives.

Présents sur tous les fronts depuis 50 ans

C’est donc avec l’objectif de stimuler la réflexion à tous les échelons et dans toutes les sphères de la société, que trois des auteur.e.s du livre The limits to growth, Donella Meadows, Dennis Meadows et Jørgen Randers, orientent leur vie professionnelle et universitaire. C'est par leurs fonctions de chercheur.se.s, de directeur.trice.s de programmes de recherches, de membres de conseils d'administration, de consultant.e.s pour le gouvernement, l'industrie et les organisations de la société civile qu’ils s’efforcent de convaincre les décideurs de l'impératif d’un changement de trajectoire. Le couple Meadows a aussi fondé le Groupe Balaton22 , un réseau international de chercheur.se.s et d'intervenant.e.s dans les champs de la systémique et de la durabilité. Toujours à l’affût de nouvelles approches sur la manière d’informer et d’éduquer, Dennis Meadows participe aussi au développement de jeux23 alliant stratégie et simulation.

Couverture Les limites à la croissance
Couverture de la traduction, parue en 2013, du 3e rapport The limits to growth, the 30-year update, paru en 2004.

De surcroît, ils continuent, en parallèle, à faire évoluer le modèle World3 en peaufinant sa structure et en l’alimentant avec les données les plus à jour. Ce travail, sur 30 ans, débouche sur la production de deux autres rapports.

En 1992, Beyond the Limits avertit qu'on a déjà dépassé certains seuils. Il s’agit désormais de faire redescendre notre empreinte sous la capacité de charge. Ce second « rapport » demeure néanmoins optimiste : nos excès, jusque-là, n'ont pas encore érodé les limites capacitaires de la planète.

En 2004, il y aura un dernier appel au changement avec The limits to growth, the 30-year update24 . La fenêtre d'opportunité pour préserver un optimum de confort en maintenant l’équilibre avec les limites de notre planète s'est dramatiquement refermée. « Les données, [le modèle] informatique et notre propre expérience nous montrent que les chemins qui pouvaient nous conduire vers l'avenir sont plus étroits aujourd'hui qu'en 1972 [...] Les niveaux de richesse qu'aurait pu connaître de façon durable l'ensemble de la population mondiale sont hors de portée aujourd'hui, les écosystèmes que nous aurions pu préserver sont exsangues et les ressources qui auraient pu faire la richesse des générations futures ont été consommées25 . »

En effet, les 30 ans qui venaient de passer avaient été marqués par une accélération de la croissance ayant propulsé notre dépassement de certaines limites à un niveau irréversible26 . Selon les auteur.e.s, il reste alors une dizaine d'années tout au plus pour forcer la décroissance contrôlée permettant de redescendre sous les limites. «  […] nous avons juste assez de temps pour réagir. Il faut donc faire vite. Il y a juste assez d'énergie, de matière, d'argent, de résilience environnementale et de vertu humaine pour enclencher une réduction planifiée de l'empreinte écologique de l'humanité [...]27 ».

À la suite de ce dernier rapport, Dennis Meadows continue à donner des conférences sur le sujet. Au début de la décennie 2010, son discours se transforme. Lors d’un événement organisé par l’Institut Smithsonian et le Club de Rome28 pour le 40e anniversaire du premier rapport, il déclare : « Il y a 40 ans on pouvait encore théoriquement espérer avoir du temps pour changer les manières de faire, afin de ralentir la croissance et d'atteindre un équilibre. Aujourd'hui, ce n'est plus envisageable. Ce qui nous attend, c'est une période de déclin non maîtrisé, qui nous amènera à un nouvel équilibre dont la plupart des caractéristiques demeurent inconnues29 . » Il est d’avis que le dépassement d’un grand nombre de limites capacitaires de la planète est trop avancé. Certaines cascades d'événements irréversibles sont enclenchées.

Mais s'il considère qu'il est trop tard pour atteindre un équilibre soutenable, Meadows continue néanmoins à préconiser un changement radical des politiques publiques et industrielles. Il faut changer nos comportements de consommation et nos habitudes de vie afin de rendre encore possible l’adaptation en évitant de pousser la dégradation de la biosphère à un point tel que ce ne sera plus uniquement notre qualité de vie qui sera menacée, mais la survie même de l’espèce humaine.

L'objectif de ces prises de parole passera donc de la promotion des politiques de prévention à celle des politiques d'adaptation-atténuation. Il faut se préparer pour résister aux chocs qu'on n’aura pas su s’éviter et en prévenir des pires encore.

Construire la robustesse

Pour ce faire, Meadows nous invite à développer notre robustesse, qu’il définit comme la capacité de subir des interruptions dans les chaînes de ravitaillement essentielles, sans en subir d’effets sérieux et permanents sur nos capacités de production30 : celle de l’industrie, mais aussi la production agricole et la production de services comme la santé et l’éducation.

Dans un article de 202031 sur les liens entre la COVID-19 et Les limites à la croissance, il affirme que la course à l’efficacité a réduit notre capacité d’adaptation. Ce serait la combinaison de la recherche obsessionnelle de la croissance et de la diminution des ressources disponibles qui aurait induit cette ruée technologique vers l’efficacité. Il fait remarquer que tous les secteurs de la société sont confrontés à ce compromis en faveur de l’efficience. L’abandon massif de méthodes qui avaient été développées pour favoriser la résilience s’est fait en faveur de productions à grande échelle, sans variété et sans redondance. La crise de la COVID-19 a servi de révélateur de la fragilité de cette mono culture industrielle à longue chaîne d’approvisionnement « juste à temps ».

Il fait aussi remarquer que si l'efficacité que procurent les innovations technologiques permet de repousser les limites, elle ne les élimine pas. Au contraire. Et au fur et à mesure que déclinent la quantité et la qualité des ressources, s'érode la capacité de charge dont dépend notre qualité de vie. Il donne en exemple une courte liste, trop connue, des marqueurs de cette érosion : la détérioration de la fertilité des terres arables, la diminution de la concentration des sources de minerais disponibles pour l’extraction, la qualité des eaux de surface, l’effondrement des populations de poissons. Il affirme que des milliers de ces indicateurs du déclin à long terme de la qualité moyenne des ressources ont été mis en évidence par les études scientifiques.

Il est donc urgent de reconstruire la robustesse du système. C’est pourquoi Meadows suggère de prioriser les politiques d’adaptation qui ont une portée méso, locale, voire communautaire pour leur pouvoir de répercussion plus immédiate, plus décisive. Dans cette même optique, il nous propose de distinguer entre problèmes universels et problèmes mondiaux.

Les problèmes mondiaux ne se corrigent qu'en s'y mettant à l'unisson, planétairement. Il donne en exemples le climat, la couche d'ozone ou la prolifération nucléaire.

Les problèmes universels sont ceux auxquels toutes les sociétés sont confrontées, mais qui se règlent régionalement, voire localement, donc ne requièrent pas une coordination internationale. Il prend pour exemple les enjeux de l'eau, de surface comme souterraine, pour lesquels l’approvisionnement et le traitement des rejets sont assujettis aux politiques municipales et régionales dans la majorité des cas32 . Il mentionne aussi la dépendance aux énergies fossiles qui est, entre autres, lié à l’aménagement du territoire, en ce qu’il détermine la nécessité des déplacements motorisés33 . Et il est facile d’allonger la liste. Par exemple, la question de la gestion des rebuts34 et des problèmes de gaspillage de ressources qui y sont associés. Ou encore, la gestion des rejets de l’industrie lourde et du secteur minier, et la toxicité environnementale35 . De même pour le sol avec les problèmes d’empoisonnement agrochimique, d’érosion et d’artificialisation36 .

Et si pour répondre à l'urgence on donnait du temps au politique?

Pour nous aider à désamorcer les résistances aux changements, Meadows nous invite à comprendre les obstacles causés par les défauts de l'électoralisme de nos démocraties représentatives et à trouver des façons de les contourner. Selon lui, la priorité doit être donnée à la dépolitisation des enjeux mortels auxquels fait face l'humanité et à l’allongement des horizons temporels du politique. Par rapport à ce dernier, il explique qu’en raison des cycles électoraux, les problèmes que les politiciens ont à affronter viennent en deux saveurs : les faciles et les difficiles.

Les faciles sont ceux pour lesquels les actions constructives proposées ont un impact positif sur la vie des gens, à court terme, en plus de contribuer à solutionner le problème à long terme. Par exemple, le verdissement des villes qui a un effet direct sur le bien-être au quotidien en plus de contribuer, sur le long terme, à la résistance aux nouvelles conditions climatiques par la réduction des ilots de chaleur et l’absorption des eaux de pluie.

Les difficiles, quant à eux, impliquent des solutions donnant l'impression qu'à court terme ils empirent la situation, même si à long terme ils l'améliorent. Il donne l'exemple des ressources naturelles, comme les carburants fossiles, et des mesures pour essayer de les conserver, comme les taxes ou les quotas; mesures qui à court terme les rendent relativement moins disponibles pour qu'à long terme elles continuent à être relativement accessibles37 .

Il ajoute que si, conceptuellement, on se projette suffisamment loin dans le temps, tous les problèmes deviennent faciles. D’où le besoin de trouver des façons de rendre les décisions difficiles à prendre indépendantes des impératifs de réélection. Il suggère de créer des instances de gouvernance, des conseils de gouvernement, dont la durée de vie dépasserait celle des cycles électoraux. Il évoque aussi le besoin de diminuer l’influence délétère des lobbys, dont l’intérêt financier à court terme détourne les perspectives à long terme que pourraient avoir les élus.

Changer de paradigme ou disparaître

Tout système a un but, une direction, un objectif38 . Celui de la civilisation capitaliste (industriel, numérique, financier, etc.), encore aujourd'hui, 50 ans après les conclusions du premier rapport, est toujours, et même plus que jamais, la croissance.

Force est d’admettre que nous n'avons pas encore entrepris sérieusement, à un niveau systémique, l'analyse prescrite par les auteur.e.s pour sortir de la société de croissance39 . Nous sommes à peine sortis de la phase de déni. À titre d’illustration, l'Agence européenne de l'environnement, dans son rapport Croissance sans croissance économique, en 202140 , admet finalement qu' il est peu probable qu’on arrive à un découplage significatif entre la croissance et la matérialité de l’économie. Autrement dit, les propositions du type Green New Deal et autre Croissance verte qui promettent la croissance économique sans conséquence environnementale sont tout simplement physiquement impossible. Donc, les initiatives politiques pour un avenir durable doivent surtout passer par des changements substantiels de nos modes de vie41 .

En bref, il nous faut radicalement réévaluer, transformer, nos aspirations individuelles et civilisationnelles. Réexaminer ce à quoi on donne de la valeur. Rien de moins… Pas surprenant qu'on résiste, qu'on erre à essayer, encore et encore, de faire entrer le carré dans le cercle... ou est-ce le contraire?

Les chantiers sont pharaoniques et Meadows, dans ses conférences, et avec ses coauteur.e.s pour les trois rapports, en convient. Ces chercheur.se.s savent bien que la courte liste de suggestions qu’ils fournissent n’est qu’une amorce à la réflexion en profondeur et à la discussion indispensable que doit avoir la civilisation humaine si elle veut survivre à ses propres débordements. Mais déjà, si on s’arme de l’outil d’analyse qu’est le raisonnement systémique, on se donne la chance d’orienter nos actions dans la bonne direction.

Pour faciliter cette analyse, Donnella Meadows, en 1999, dressait une liste de 12 points de levier42 comme autant d’endroits clés où intervenir dans un système afin d’en changer l’évolution . Elle divise cet inventaire en fonction de la capacité à affecter le comportement du système et selon l’aisance d’utilisation. 

Il y a les leviers faciles à utiliser, mais qui produisent peu d’effets, et ceux très puissants, qui ont un pouvoir d’impact majeur, mais qui sont difficiles à opérer parce qu’ils impliquent une grande résistance, sous forme de long délai, de forte inertie ou d’opposition socio-politique frontale.

Les innovations technologiques se rangent en général dans la première catégorie alors que les changements de règles, de valeurs, d’objectifs sont dans la seconde.

Il est essentiel de savoir où mettre nos efforts pour maximiser l’ampleur des transformations. Il faut donc comprendre le système qu’on veut métamorphoser.

C’est pourquoi, pour paraphraser Tocqueville, l'inédit de la situation à laquelle nous sommes confrontés nous oblige à inventer des nouvelles manières, exige une totale reconfiguration des normes, catégories, structures et institutions. Sans ces changements nous ne parviendrons pas à nous défaire du paradigme de la croissance illimitée et la décroissance nous sera imposée par l'effondrement de nos civilisations, incapables de résister aux pénuries et aux crises découlant des nouvelles conditions climatiques, environnementales et sociales issues du dépassement des limites capacitaires de la planète.

À nous de choisir : on agit ou on subit. La différence est aussi fondamentale que le changement à opérer.

 

Références principales
  • MEADOWS, Donella H., MEADOWS, Dennis L., RANDERS, Jørgen and BEHRENS III, William W. (1972), Limit to Growth : a Report for the Club of Rome's Project on the Predicament of Mankind, Potomac Associates – Universe Books (Les pages en références sont celle de la version pdf téléchargée sur la page https://donellameadows.org/the-limits-to-growth-now-available-to-read-online/).

  • MEADOWS, Dennis, MEADOWS, Donella et RANDERS, Jørgen (2013), Les limites à la croissance (dans un monde fini) : le Rapport Meadows, 30 ans après (traduction de The limits to growth, the 30-year update paru en 2004), préface d'Yves-Marie Abraham, Écosociété.


  • 1Le Club de Rome a publié à ce jour plus de 50 rapports ayant pour objet les principaux enjeux de la civilisation mondiale. https://www.clubofrome.org/publications/?filter=reports-to-cor. Consulté en janvier 2022.
  • 2Le rapport n’aborde pas directement les questions du changement climatique ou de la fin du pétrole. L’étude porte sur le dépassement des limites physiques de la planète sans entrer dans les manifestations concrètes de ses conséquences.
  • 3Le titre original est Limit to Growth : a Report for the Club of Rome's Project on the Predicament of Mankind. La traduction française, publiée la même année, s'intitule Halte à la croissance?, puis prend son titre actuel lors de la réédition en 2012. https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_limites_%C3%A0_la_croissance#cite_not…. Consulté en janvier 2022.
  • 4Industriel et philanthrope italien, Aurelio Peccei a participé activement à la reconstruction de l’Italie d’après-guerre, notamment au redressement de Fiat puis d’Olivetti et à la fondation d’Alitalia. https://en.wikipedia.org/wiki/Aurelio_Peccei
  • 5Meadows et coll., 1972, p. 12
  • 6« Mis à part des épisodes météorologiques extrêmes, des fluctuations économiques, des évolutions techniques, des épidémies ou des troubles qui provoquent quelques hauts et quelques bas dans la courbe, la croissance exponentielle est dans son ensemble une particularité dominante du système socioéconomique humain depuis la révolution industrielle.» Meadows et coll., 2013, p. 57.
  • 7Selon Wikipédia, le terme serait apparu dans la première décennie du 21e siècle. https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_acc%C3%A9l%C3%A9ration
  • 8https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Plan%C3%A8te_au_pillage
  • 9https://fr.wikipedia.org/wiki/Printemps_silencieux
  • 10https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Bombe_P
  • 11Courrier de l'UNESCO, juillet 1971 (https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000052944_fre). La lettre sonne l'alarme sur « [le] péril dont la gravité et l'ampleur relèvent de la conjugaison de plusieurs phénomènes. Chacun d'eux suffirait déjà à lui seul à créer des problèmes insolubles; tous à la fois, ils signifient que les souffrances humaines vont terriblement s'aggraver dans un proche avenir et que toute vie s'éteigne ou risque de s'éteindre sur la planète... »; les recommandations de la section « Que faire? » sont, 50 ans plus tard, encore brûlantes d’actualité!
  • 12Jay W. Forrester titulaire d'une chaire à la Sloan School of Management du Massachusetts Institute of Technology (MIT)
  • 13« La dynamique des systèmes fait partie de la théorie des systèmes. C'est une approche pour comprendre le comportement des systèmes complexes dans le temps [...] fondée sur des modèles qui sont une formalisation de nos suppositions à propos d’un système. » https://fr.wikipedia.org/wiki/Dynamique_des_syst%C3%A8mes
  • 14« Un système complexe est un ensemble constitué d'un grand nombre d'entités en interaction dont l'intégration permet d'achever un but commun. Les systèmes complexes sont caractérisés par des propriétés émergentes qui n'existent qu'au niveau du système et ne peuvent pas être observées au niveau de ses constituants. » https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_complexe. Les exemples de tels systèmes incluent le climat global de la planète, les organismes vivants, le cerveau humain, les sociétés, etc.
  • 15Selon Wikipédia, la biosphère, aussi appelée écosphère, comprend l’ensemble de tous les écosystèmes. Dit autrement, il s’agit du système écologique global, intégrant tous les êtres vivants et leurs interactions entre eux et avec les composantes géophysiques de la Terre que sont la lithosphère, l’hydrosphère et l’atmosphère. https://fr.wikipedia.org/wiki/Biosph%C3%A8re. Notez que l’article en anglais (https://en.wikipedia.org/wiki/Biosphere) est plus complet.
  • 16Meadows et coll., 2013, p. 41.
  • 17Ils ont aussi testé l’impact potentiel d’une évaluation erronée de la quantité en ressources non renouvelables disponible. C’est pourquoi le scénario 2 est construit sur la même base que le 1, mais avec le double des réserves de ressources estimées par les projections de l’époque. Dans ce cas, c’est la pollution qui finit par tellement affecter la santé humaine et l’agriculture que la croissance s’arrête environ deux décennies plus tard, provoquant un déclin de la civilisation. Il est intéressant de noter qu’en dépit du doublement de départ, l’épuisement des ressources survient malgré tout autour de 2050. L’explication qu’en donnent les auteur.e.s est que le doublement des ressources a permis à la croissance de se poursuivre durant une vingtaine d’années supplémentaires (soit le temps de doublement de la production industrielle lorsqu’elle est laissée à sa dynamique de croissance exponentielle) et donc d’épuiser les ressources.
  • 18Meadows et coll., 2013, p. 322.
  • 19Meadows et coll., 2013, p. 19.
  • 20« Based on provisional data, Munich Re found that storms, floods, wildfires, earthquakes, and other extreme weather events destroyed assets totaling US$280 billion in 2021, a dramatic increase from US$210 billion in 2020 and US$166 billion in 2019. » Natural catastrophe losses soar in 2021 – Munich Re report. Insurance Business Canada, 10 janvier 2022. (https://www.insurancebusinessmag.com/ca/news/catastrophe/natural-catast…)
  • 21https://institutduquebec.ca/integration-des-risques-climatiques-dans-le…
  • 22https://en.wikipedia.org/wiki/Balaton_Group
  • 23Voir la fiche Wikipédia de Dennis Meadows (https://en.wikipedia.org/wiki/Dennis_Meadows#Biography); l'article « The Strategic Game ‚Stratagem’ by Dennis Meadows as method to reflect the SDGs in student’s education », publiée dans la revue en ligne Medium (https://medium.com/rme-research-conference-2016/the-strategic-game-stra…) et la page Games du site web du Balaton Group (https://www.balatongroup. org/games/)
  • 24La version française est publiée, au Québec chez Écosociété, en 2014 sous le titre Les limites à la croissance (dans un monde fini) : Le rapport Meadows, 30 ans après
  • 25Meadows et coll., 2013, p. 52.
  • 26Même si le changement climatique vient immédiatement à l’esprit, leur rapport ne l’aborde pas si ce n’est indirectement avec un graphique de l’évolution de la concentration des gaz à effets de serre dans l’atmosphère pour illustrer les conséquences de la croissance démographique et industrielle. Voir Meadows et coll., 2013, p. 42.
  • 27Meadows et coll., 2013, p. 400.
  • 28Perspectives on Limits to Growth: Challenges to Building a Sustainable Planet, a symposium hosted by the Smithsonian Institution and the Club of Rome. https://www.triplepundit.com/story/2012/perspectives-limits-growth-chal…
  • 295. Dennis Meadows - Perspectives on the Limits of Growth: It is too late for sustainable development. https://www.youtube.com/watch?v=f2oyU0RusiA. Vers 11 min. Traduit par l’auteur.
  • 30Meadows, D. L. Limits to Growth and the COVID-19 epidemic, Resilience, 2020. https://www.resilience.org/stories/2020-04-13/limits-to-growth-and-the-…
  • 31Meadows, D. L., 2020
  • 32Certes, il y a la question des bassins versants, qui englobent souvent de vastes territoires, mais là encore on reste, sauf exception, à l’échelle méso, donc sous la gouvernance d’un nombre restreint de juridictions.
  • 33C’est par l’aménagement du territoire qu’on peut avoir une incidences sur les transports en général — marchandises et personnes —, et les distances à parcourir pour les besoins de la vie quotidienne en particulier.
  • 34Les rebuts sont ce que traditionnellement on qualifie de déchets, mais qui pour une bonne part, n’en sont plus, car une grande partie de ce qu’on jette n’est pratiquement pas usée étant donné la culture du jetable : des objets à usage unique aux multiples formes de l’obsolescence. Notez que l’obsolescence programmée est quant à elle, un problème mondial puisque nous ne produisons pratiquement aucun de nos biens de consommation nationalement.
  • 35Encore aujourd’hui, nos gouvernements donnent leur aval à des projets qui prévoient rejeter des centaines de millions de tonnes de résidus miniers directement dans des lacs, cours d’eau et milieux humides essentiels à la santé et à la résilience écosystémique de notre territoire et, par extension, de la biosphère. https://www.lapresse.ca/affaires/2022-03-07/residus-miniers/quebec-dit-…. Consulté le 8 avril 2022
  • 36Fait à noter, la recherche a mis en évidence à quel point un sol en santé – dont les écosystèmes sous-terrain débordent de vie – a une grande capacité d’absorption de CO2. Changer nos méthodes de production agricole pour pérenniser, au niveau local, notre capacité de production alimentaire et notre autonomie permet, par la même occasion, de séquestrer du carbone. Donc, le travail sur un problème universel, la fertilité des sols, a un effet sur les changements climatiques, un problème global. La même chose dans la gestion de nos forêts et de leurs sols. Voir Recherche : préparer la vie à +2 °C, La méthode scientifique, France Culture, 2022, vers 45 min. https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-metho…
  • 37« […] if we need to make energy relatively availlable in the future we need to make it relatively less availlable now by taxes or quotas or … something.» The Club of Rome and Limits To Growth: Achieving the Best Possible Future, Santa Fe Institute, 2012, vers 60 min. https://www.youtube.com/watch?v=Pc3SWj-hjTE
  • 38Voir la note 14
  • 39Expression empruntée à l’économiste français Serge Latouche, qui distingue entre société de croissance et société avec croissance. Dans le premier cas, c’est le paradigme à la base de toute valeur, à l’aulne de laquelle on évalue tout le reste. Serge Latouche, Crise du capitalisme ou crise du sens?, 2013, vers 36 min. https://www.youtube.com/watch?v=BtzcFf8py8g
  • 40Rapport de l'AEE, 2021 Croissance sans croissance économique. J’ai trouvé la version en français du rapport reproduite dans un blogue de Kotté, P. sur Medium (https://medium.com/revolutions-de-la-transition/croissance-sans-croissa…). On peut trouver la version en anglais sur le site de l’AEE (https://www.eea.europa.eu/publications/growth-without-economic-growth)
  • 41« Full decoupling of economic growth and resource consumption may not be possible. The European Green Deal and other political initiatives for a sustainable future require not only technological change but also changes in consumption and social practices. » (https://www.eea.europa.eu/publications/growth-without-economic-growth). Consulté en décembre 2021.
  • 42Meadows, Donella (1999), Leverage Points : Places to Intervene in a System, Sustainability Institute. L’article est disponible au téléchargement en version pdf sur le site The Donella Meadows Project : Academy for Systems Change (https://donellameadows.org/archives/leverage-points-places-to-intervene…)

  • Alain R. Tremblay
    essayiste

    M.Sc. Neurophysiologie de système

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