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28 octobre 2021
Philippe Robitaille-Grou
Rubrique:

Compte rendu d’une causerie matinale présentée par l’Acfas

Trois jeunes passionné-e-s de vulgarisation scientifique, un animateur enthousiaste et une cinquantaine d’auditeurs et auditrices… Les ingrédients étaient réunis pour une savoureuse causerie matinale virtuelle présentée mardi le 26 octobre dans le cadre des Journées de la relève en recherche 2021 de l’Acfas. L’événement Vulgarisation scientifique : vous avez dit habileté? a rassemblé un trio de panélistes s’étant illustré-e-s lors de concours de vulgarisation afin de discuter de leurs parcours.

causerie
L’animateur Antoine Zboralski et les panélistes Audréanne Loiselle, Atma Adoungotchodo et Thomas Milan.

Mardi 26 octobre, 9h. Alors que les caméras montrent quelques visages sirotant leurs dernières gouttes de café, l’animateur Antoine Zboralski déclare l’ouverture de la causerie matinale. « Vulgariser les sciences, cela ne s’invente pas » proclame-t-il d’emblée. Les panélistes peuvent en témoigner. Chacun-e a dû travailler de nombreuses années à développer ses aptitudes en communication scientifique. 

Audréanne Loiselle, doctorante en sciences biologiques à l’Université de Montréal, vulgarise les sciences pour les jeunes et les moins jeunes depuis 2015. Thomas Milan, conseiller à l’Institut de Recherche en Immunologie et en Cancérologie, a créé sa propre chaîne sur la plateforme Twitch pour donner la parole à des chercheur-euse-s de la relève. Atma Adoungotchodo, au doctorat à l’École de technologie supérieure, est quant à elle mentore auprès d’adolescent-e-s chez qui elle cherche à nourrir l’appétit pour les sciences.

Une belle brochette d’invité-e-s, en somme. Au menu : trois questions sur les habiletés nécessaires en vulgarisation scientifique.

1. Quelles compétences avez-vous mobilisées ou développées grâce à la vulgarisation ?

Pour Atma Adoungotchodo, la vulgarisation est un bel exercice d’humilité, de clarté et d’enthousiasme.

« Un bon vulgarisateur n’est pas celui qui cherche à montrer toute l’étendue de son intelligence auprès de son auditoire », souligne-t-elle.

L’étudiante insiste sur la nécessité d’avoir un discours compréhensible plutôt que de se perdre dans un jargon d’initié-e-s pour étaler ses connaissances. 

« Quand on est spécialisé dans un domaine, on peut vraiment aller dans le détail du détail du détail, ajoute Thomas Milan. Lorsque vous vous adressez à un public plus large, c’est important de ne garder que l’essentiel. Demandez-vous : qu’est-ce que je veux que le public retienne ? » Le biologiste de formation admet d’ailleurs que cet esprit de synthèse l’a mené à faire de nombreuses coupures crève-cœur dans ses textes.

Du côté d’Audréanne Loiselle, la doctorante ne se doutait pas que sa formation parallèle en littérature l'aiderait un jour à communiquer les sciences. Or, ces études lui ont fourni l’habileté d’imager ses propos, de créer des récits.  Dans ses explications scientifiques, elle veille maintenant à « trouver des métaphores, des liens, des analogies pour que les gens puissent s’y rattacher. »

2. En quoi ces compétences ont-elles été utiles dans votre parcours ?

« Je me suis rendu compte, en effectuant le bilan de tout ce que j’ai pu faire en vulgarisation, d’à quel point j’avais développé des compétences transversales que mes collègues n’avaient pas forcément développées en étant 100% du temps au laboratoire », lance d’entrée de jeu Thomas Milan. Les compétences en question incluent notamment la communication, la gestion du temps et le développement d’outils graphiques.

Pour le conseiller scientifique, ces expériences en vulgarisation ont été d’autant plus utiles qu’elles lui ont permis d’élargir son réseau de contacts. Atma Adoungotchodo est du même avis. Le premier prix du jury qu’elle a remporté à la dernière finale canadienne du concours Ma thèse en 180 secondes lui a donné une grande visibilité. « Si vous travaillez sur un projet qui vous tient à cœur, saisissez toutes les chances de pouvoir en parler à un public large », s’exclame-t-elle.

La précieuse satisfaction de pouvoir expliquer ses recherches est d’ailleurs un sentiment partagé par les trois panélistes. « La première fois que j’ai rencontré la famille de mon conjoint, on m’a demandé ce que je faisais dans la vie, raconte Andréanne Loiselle. Personne n’a compris ! »

Les panélistes mettent aussi de l’avant l’apport de la vulgarisation dans leurs fonctions de chercheur-se-s. Apprendre à vulgariser permet d’être plus percutant-e pour des demandes de bourses, des dossiers administratifs, etc. Faire de la vulgarisation, c’est réfléchir au public, à l’auditoire, à ses attentes, et se concentrer sur l’essentiel.

Au-delà de ses travaux de recherches, Atma Adoungotchodo a même pu occuper un rôle de médiatrice dans la crise de la COVID-19. En retournant au Bénin, son pays d’origine, elle a constaté l’impressionnante désinformation qui y circulait au sujet de la vaccination. Elle s’est donc retrouvée à discuter avec famille et ami-e-s du vaccin et de la maladie, dans une posture d’écoute, sans se positionner comme experte.

3. Comment développer ces compétences en vulgarisation ?

Andréanne Loiselle suggère de commencer à s’intéresser à la vulgarisation scientifique en la traitant comme un buffet chinois (« imager ses propos », disait-elle). Elle souligne ainsi l’importance de goûter à tout ce qui se fait de bon : chaînes YouTube, balados, affiches, etc. Chacun-e pourra alors trouver le format dans lequel il ou elle se sent à l’aise. Elle explique aussi avoir acquis des compétences à travers ses nombreuses expériences en vulgarisation, tout particulièrement celles auprès des jeunes. 

C’est donc en étant directement en contact avec différents auditoires que l’on en vient à se remettre en question, à devoir modifier son propos et ajuster son approche. Thomas Milan en témoigne, lui qui se trouve maintenant à faire des vidéos en direct sur la plateforme Twitch.

« Osez, conseille-t-il. La vulgarisation scientifique peut paraître floue, mais n’hésitez pas à essayer, à vous faire relire ou réécouter, à prendre les commentaires. »

Atma Adoungotchodo renchérit : « On a beau regarder des vidéos, lire des livres, tant qu’on ne met pas la main à la pâte, on sera toujours au même niveau. »

Mettre la main à la pâte, cela peut commencer en présentant sa candidature à un concours de vulgarisation scientifique. Consultez ci-dessous les productions en vulgarisation qui ont valu les grands honneurs aux trois panélistes.

NDLR : pour développer ses compétences en vulgarisation scientifique, l'Acfas propose aux jeunes chercheur-se-s de participer à des événements, des prix et concours, et des activités de formation.

Auteur(e)

  • Philippe Robitaille-Grou

    Philippe Robitaille-Grou a fait son baccalauréat en mathématiques et sa maîtrise en algèbre à l’Université de Montréal. Passionné de communication scientifique, il s’est impliqué au sein de divers journaux étudiants tout au long de son parcours scolaire et a effectué un stage en journalisme de données au quotidien Le Devoir. Il est le récipiendaire du premier prix la bourse Fernand-Seguin 2021 de l'Association des communicateurs scientifiques du Québec pour son article son article intitulé « Progrès quantiques ou regrets éthiques? Telle est la question ».

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