Aller au contenu principal
27 mai 2015
Geneviève Quevillon
Journaliste

Selon Juan-Luis Klein, l'élément central de cette transformation du modèle québécois est le fait qu'on laisse de côté une tradition d'inclusion de la société civile et une approche de concertation avec les différents acteurs sociaux.

[Colloque 633 - L'innovation sociale en contexte d'austérité]

Réduire la taille de l'État. C'est ce que prône essentiellement le livre de chevet de Philippe Couillard : The Fourth Revolution: The Global Race to Reinvent the State. Selon le journaliste Antoine Robitaille du Devoir, c'est ce livre qui inspire les politiques du premier ministre. C'est la vision d'une nouvelle démocratie; l'État efficace qui contribue à l'expansion du marché. Elle soutient aussi que syndicats, groupes de pressions et de citoyens empêchent les élus de réduire la taille de l'État.

Crise et opportunité

Le colloque organisé et présidé par le professeur et chercheur de l'UQAM Juan-Luis Klein propose un regard critique, mais constructif sur la transformation de la gouvernance au Québec. L'austérité affecte le modèle québécois, mais selon M. Klein, quand il y a des crises, il y a aussi des opportunités. « Évidemment ça doit se passer du côté gouvernemental, mais ça se passe aussi du côté des acteurs sociaux qui contribuent avec des expérimentations de diverses natures, des revendications nouvelles, des aspirations nouvelles ». Selon lui, il est important d'avoir une vision large, de ne pas cibler une seule chose dans un seul ministère.

« Nous vivons une crise de confiance à l'égard du modèle néolibéral, certains le prônent, mais plusieurs sont conscients du fait que le modèle ne peut pas être appliqué indéfiniment, car il est en train de détruire les collectivités, leurs outils politiques et sociaux, mais aussi la planète sur le plan environnemental », constate le chercheur.  

L'élément central de cette transformation du modèle québécois, selon Juan-Luis Klein, est le fait qu'on laisse de côté une tradition d'inclusion de la société civile et une approche de concertation avec les différents acteurs sociaux. Dans la cadre de sa communication La voie de l'austérité et la vision cachée du gouvernement Couillard, Benoit Lévesque, professeur émérite au département de sociologie de l'UQAM, abonde dans le même sens et parle d’une « régulation par le conflit et non par la concertation » dans la façon de traiter les problématiques sociales. Dans les dernières années, les exemples ne manquent pas, pensons à la grève étudiante de 2012 ou à l'exploitation de gaz de schiste. « La privatisation partielle du mont Orford ça fait quatre ans que ça dure et ce n'est pas encore terminée. Quand il y a une forte résistance et qu'on laisse aller les choses, on jette de l'huile sur le feu, cela entraine un problème qui perdure, et au final, c'est très couteux et très pauvre en solutions », observe M. Lévesque. La société se polarise et la cohésion sociale est alors menacée.

Démocratie et associations

Plus une société est démocratique, plus elle favorise l'association des gens. Une société autoritaire se méfie des regroupements, car cela menace son pouvoir. La nouvelle « démocratie » et la transformation du modèle québécois amènent une réduction de l'intérêt collectif. En faisant disparaitre les Centres locaux de développement (CLD) et les Conférences régionales des élu(e)s (CRÉ), par exemple, on réduit les lieux d'échanges et de délibération. Mais selon M. Lévesque, il ne faut pas cependant pas idéaliser ces organisations. « On peut se demander si ces organismes sont pleinement représentatifs de leurs membres et bien ancrés dans le territoire. Si un conseil d'administration a déjà coupé ses liens avec ses membres et ne fait que gérer des services, il peut disparaitre dans l'indifférence. Ça me semble bien être ce qui se passe », avance-t-il.  

La vague de coupures et de transformation de la gouvernance affecte particulièrement les régions et centralise les pouvoirs. La prochaine vague, croit M. Lévesque, selon la logique néolibérale, serait la privatisation. « Pour privatiser, c'est plus facile si tout est centralisé au gouvernement. C'est très délicat. Le gouvernement sait qu'il marche sur des œufs, mais c'est quelque chose qui est dans l'air. »

 «La prochaine vague de coupures et de transformations, croit le chercheur Benoît Lévesque, selon la logique néolibérale, serait la privatisation».

Auteur(e)

  • Geneviève Quevillon
    Journaliste
    Présentation de l’auteureGenevieve Quevillon est étudiante en dernière année de baccalauréat de journalisme à l’Université du Québec à Montréal. Impliquée dans plusieurs médias étudiants et communautaires, son approche est collaborative et ses savoirs multidisciplinaires. Autonome et créative, Genevieve aime trouver des angles originaux qui font comprendre le plus aisément possible l’essentiel d’une information à ses publics.

Commentaires