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22 mai 2015
Isabelle Neveu

Les gestionnaires des établissements de santé et de services sociaux assistent à une bureaucratisation grandissante de leur travail depuis la mise en place, en 2003, de la réforme du réseau québécois de la santé.

[Domaine de recherche 111 - Services de santé]

 François Bolduc professeur à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) s’est intéressé à l’impact de cette réforme sur les tâches quotidiennes du personnel d’encadrement. Ces travaux ont été réalisés dans le cadre de sa thèse de doctorat publiée en 2013 : Impacts de la réforme du réseau québécois de la santé et des services sociaux (2003) sur la représentation qu’ont les gestionnaires de leur travail.

Rappelons que cette réforme, mise sur pied par Philippe Couillard alors qu’il était ministre de la Santé sous le gouvernement Charest, a créé les Centres de santé et de services sociaux (CSSS), résultant de la fusion forcée de centres hospitaliers, de CLSC et de CHSLD, dans le but d’augmenter la coordination entre les établissements.

Des visions divergentes

François Bolduc s'est attardé à la représentation qu’ont les gestionnaires de leur travail. Pour ce faire, il a mené 49 entrevues semi-dirigées auprès de cadres provenant de tous les secteurs et niveaux hiérarchiques de deux CSSS, dont l’un en milieu urbain et l’autre en milieu rural.

Les changements dans la nature du travail des gestionnaires s’expliquent en grande partie par la restructuration nécessaire à la formation des CSSS. « On a mis les cadres dans de nouvelles conditions d’exercices de leur travail et cela les a obligés à revoir la façon dont ils opèrent au quotidien », explique François Bolduc. Par exemple, dans certains CSSS, des cadres intermédiaires se sont vus donner la responsabilité de superviser des employés répartis dans plusieurs établissements. Ce changement entraîne inévitablement un éloignement entre les cadres et leurs subordonnés, ce qui oblige les gestionnaires à repenser la relation qu’ils ont avec ceux-ci.

«C’est du côté des cadres soignants que l’on retrouve le plus d’insatisfaction ».

« C’est du côté des cadres soignants que l’on retrouve le plus d’insatisfaction », précise le chercheur, en distinguant ces cadres, qui supervisent des équipes de professionnels offrant des soins directement aux patients, des cadres administratifs. Ces deux types de gestionnaires n’ont pas nécessairement la même représentation des priorités de l’organisation pour lesquels ils travaillent. François Bolduc souligne que des cadres aux visions opposées se retrouvent ainsi en compétition pour l’accès aux ressources financières, humaines et matérielles.

Un contrôle accru de l’État

La réforme de 2003 a permis au ministère d’augmenter le contrôle qu’il exerce sur les établissements de santé et de services sociaux, conclut François Bolduc. Par ailleurs, il mentionne que depuis les années 1960, soit le moment où l’État prend en charge le financement de ces établissements, le contrôle sur ces derniers a toujours été parmi ses préoccupations. Il rappelle qu’accéder à un poste de gestion représente un enjeu pour les professionnels soignants ainsi qu’un moyen de défendre des priorités, des valeurs et une certaine vision de l’organisation liée à la profession. Toutefois, « on retrouve aujourd’hui des gestionnaires pour qui la priorité consiste avant tout à atteindre les objectifs fixés par le ministère ». C’est ce qui amène le chercheur à penser que la réforme de 2003 a réellement accru le contrôle de l’État sur ces établissements.

La loi 10 proposée par le ministre actuel de la Santé, M. Gaétan Barrette, adoptée en février, va dans le même sens. Celle-ci créera des organisations encore plus imposantes que celles créées lors de la dernière réforme. Les nouveaux Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) découleront de la fusion des CSSS, des agences de santé et des établissements autonomes. Ainsi, les entités administratives passeront de 182 à 28 sur le territoire du Québec. Bien qu’il soit actuellement difficile d’évaluer les impacts de cette nouvelle réforme sur le travail des gestionnaires, François Bolduc croit que les résultats qu’il a observés à la suite de la réforme de 2003 seront probablement maintenus. Il fait l’hypothèse que la réforme actuelle ne fera que consolider les conditions d’exercice du travail des cadres résultant de la création des CSSS.

Auteur(e)

  • Isabelle Neveu
    Présentation de l’auteureIsabelle Neveu est étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal. Passionnée par les communications et le métier de journaliste, elle s’implique au sein du Journal des citoyens, un journal communautaire dans la région des Laurentides, depuis qu’elle est âgée de 11 ans. Interpellée par le domaine des sciences, elle se joint à l’équipe de Découvrir le temps du 83e congrès de l’Acfas.

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