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22 mai 2015
Rachel Hussherr
Journaliste

Il ne faudrait pas oublier qu’une activité liée aux hydrocarbures induit aussi des répercussions sociales importantes sur les populations avoisinantes.

[Colloque 3 - Environnement socioécologique du golfe du Saint-Laurent : sommes-nous prêts pour l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures?]

Lundi matin, vous feuilletez rapidement votre journal et saisissez au passage le mot « hydrocarbures » en gros titre. Quel autre mot vous vient à l’esprit? Environnement? Pollution? Changement climatique? Vous n’auriez pas tort, mais il ne faudrait pas oublier qu’une activité liée aux hydrocarbures induit aussi des répercussions sociales importantes sur les populations avoisinantes, comme nous l’explique Geneviève Brisson.

Communautés sous le choc

Juriste de formation, cette professeure d’anthropologie à l’Université du Québec à Rimouski traitera ce jeudi 28 mai des impacts sociaux liés à l’exploitation des hydrocarbures, des travaux qui ont paru dans un rapport traitant des gaz de schistes, publiés sous sa direction en 2013 : État des connaissances sur la relation entre les activités liées au gaz de schiste et la santé publique1.

Ce rapport, qui s’appuie sur un large éventail d’études, montre notamment que les petites communautés sont souvent moins bien préparées à l’effet boomtown. Cette onde de choc se traduit d’abord par une augmentation subite de la population qui nécessite le développement rapide d’infrastructures (écoles, centres de soins, etc.) et provoque la flambée des prix de l’immobilier. Ensuite, « lorsque les travailleurs quittent et que l’exploitation s’arrête, le maintien des infrastructures est économiquement difficile à supporter et peut mener à la fermeture des établissements en question. Il y a alors perte des services qui avaient été acquis », constate Mme Brisson.

Le document met aussi au jour quantité d’autres externalités négatives, dont la hausse du trafic routier et des nuisances sonores à proximité des sites d’exploitation, l’augmentation de l’anxiété et un sentiment de perte de confiance de la part des populations environnantes.

Jusqu’à présent, un moratoire exclut l’extraction des gaz de schiste en sol québécois. Néanmoins d’autres hydrocarbures non conventionnels dont l’exploitation est autorisée au Québec, pourraient avoir des incidences sociales comparables. Selon Geneviève Brisson, « bien que présentant des différences géochimiques, la plupart de ces hydrocarbures ont des méthodes d’extraction assez semblables. La technique de fracturation horizontale [aussi employée pour les gaz de schiste] devrait par exemple être utilisée sur l’île d’Anticosti pour l’extraction du pétrole de schiste ».

«Une étape préalable décisive consiste à créer "un processus de démocratie participative, processus qui doit être mené pour s’assurer que tout le monde ait voix au chapitre. Mais surtout, il faut que les mots de chacun aient du poids", précise l’anthropologue».

Au Québec, l’implantation d’activités liées aux hydrocarbures affecterait particulièrement les petites communautés rurales et isolées, dont la population vieillissante, serait d’avantage vulnérable aux effets pervers  de telles exploitations.

Cependant, « ces risques sociaux sont souvent évitables si on est prévoyant », affirme l'anthropologue, qui souligne toute l’importance de bien connaître chaque type de communauté. En effet, le risque se modulant en fonction du contexte local, il est nécessaire de cerner la dynamique sociale de chaque collectivité, sa « trajectoire symbolique » – la direction vers laquelle tend la communauté dans son développement –  qui est tissée par son histoire, ses relations avec la nature et le milieu, ses apprentissages. « Par exemple, un village comme St-Camille, en Estrie, fondé par des agriculteurs et toujours centré autour de cette pratique, pourrait être secoué par l’annonce d’un projet minier », poursuit Geneviève Brisson.

Il s’agit donc de jauger l’acceptabilité sociale de tels projets pétroliers, étape préalable décisive puisqu’elle consiste à créer « un processus de démocratie participative, processus qui doit être mené pour s’assurer que tout le monde ait voix au chapitre. Mais surtout, il faut que les mots de chacun aient du poids », précise l’anthropologue.  Ainsi, les décisions se prendraient de concert entre les habitants de la communauté, les élus locaux et l’industrie.

Ce processus est cependant encore totalement absent des modes de gouvernance au Québec. Il gagnerait pourtant à y être instauré, sur l’île d’Anticosti par exemple, où des forages exploratoires sont déjà en cours depuis 20143.

Références :

Auteur(e)

  • Rachel Hussherr
    Journaliste
    Présentation de l’auteureFérue d’écriture, c’est son grand-père qui a transmis à Rachel Hussherr le goût des belles phrases et la folie des mots. Étudiante à la maîtrise en biologie à l’Université Laval, elle est originaire de France, et elle a précédemment complété un baccalauréat en biologie à l’Université de Lausanne, en Suisse. Au travers de ses études en sciences, elle tente de trouver du temps pour rassasier sa soif de vulgarisation et son goût pour l’écriture.

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