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12 mai 2014
Katy Larouche
Journaliste

Idle no more, signifiant Jamais plus l’inaction, s’est élevé contre l’adoption de la loi omnibus C-45, modifiant entre autres des aspects territoriaux de la loi sur le Indiens. Le mouvement a alors fait tourner le regard des Canadiens vers les communautés autochtones

Colloque 443 - Participation citoyenne et affirmation identitaire en contexte autochtone

En décembre 2012, la chef crie Theresa Spence de la réserve d'Attawapiskat entreprenait une grève de la faim qui deviendrait le symbole d’un des plus importants mouvements de contestation autochtone au Canada. Idle no more, signifiant Jamais plus l’inaction, s’est élevé contre l’adoption de la loi omnibus C-45, venant modifier, entre autres, des aspects territoriaux de la loi sur les Indiens - comme une goutte faisant déborder un vase déjà rempli à ras bord. Les changements impliqués violent certains traités ancestraux, disaient les communautés autochtones. Le mouvement fera alors tourner le regard des Canadiens vers les communautés autochtones.

L’anthropologue Carole Lévesque de l’Institut national de recherche scientifique (INRS), qui s’intéresse aux Premières Nations depuis le début de sa carrière, voit dans ce mouvement de contestation politique le résultat d’une certaine invisibilité de ces communautés pour la majorité de la population. Pour bien répondre au cri du cœur d’Idle no more, la chercheuse croit qu’il faut revoir notre façon de concevoir ces peuples, les simples modèles théoriques ne convenant plus. « Évitons de tout construire d’en haut, lance-t-elle. Nous devons retourner sur le terrain.»

«Carole Lévesque (...) constate, entre autres, un besoin criant de  communication et de cohésion entre autochtones et non-autochtones.»

Carole Lévesque parle en connaissance de cause : elle a séjourné plusieurs années dans les communautés cries, inuit et naskapies pour étudier les particularités de ces peuples méconnus. Elle constate, entre autres, un besoin criant de  communication et de cohésion entre autochtones et non-autochtones.

Certaines initiatives lui donnent cependant espoir. Elle cite l’exemple de la clinique Minowé établie à Val d’or, qui a pour objectif d'offrir un accès aux services de santé et de services sociaux en milieu autochtone. Résultat du partenariat entre le Centre de santé et de services sociaux local et le Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or (CAAVD), elle démontre que des projets adaptés, impliquant les deux communautés sont réalisables et donnent des résultats.

De tels projets démontrent également, selon elle, qu’on apprend des erreurs du passé. Dans les années 1980 s'était amorcé un mouvement de prise en charge autochtone, reliées à l’éducation et à la santé, mais le résultat immédiat n’avait pas été celui escompté, puisque les programmes développés étaient très souvent dupliqués des programmes gouvernementaux existants. « Les communautés ont un fonctionnement parallèle, il s’agit complètement d’une autre réalité, d’un autre monde, impossible à comparer avec des critères identiques », explique Carole Lévesque.

Selon la chercheuse, quand on cesse de percevoir les communautés autochtones comme en retard par rapport au reste de la société, et que l’on cherche à comprendre plutôt leurs spécificités, alors là des projets comme celui de la clinique Minowé peuvent émerger. Bien que l’appui financier des gouvernements soutienne, projet par projet, certaines initiatives, il n’y a pas, selon Carole Lévesque, de stratégie globale pour combattre les inégalités.

La chercheuse décrit Idle no more d'abord comme un mouvement de contestation politique qui aura donné aux Premières Nations une voix dans l’espace public. Maintenant que les regards sont tournés vers eux, le grand défi sera de troquer les bannières pour la table à dessins afin de créer des projets alternatifs, bien ancrés dans la réalité de cette communauté cumulant les défis de plusieurs générations.

Auteur(e)

  • Katy Larouche
    Journaliste
    Présentation de la journalisteKaty Larouche est étudiante au certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Adepte du multiplateforme, elle a complété un baccalauréat en télévision à l’UQAM et a contribué à différents médias étudiants sur le web. C’est toutefois sur le voilier-école des Reporters de la mer qu’elle a fait ses premiers pas en journalisme de terrain en sillonnant le fleuve St-Laurent. Cette expérience a confirmé son intérêt pour les questions environnementales qu’elle souhaite aborder sous diverses facettes, dont celle de la science.

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