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14 mai 2014
Maxime Bilodeau
Journaliste

Le surdiagnostic et le surtraitement des "maladies mentales" des enfants et des adolescents ne seraient pas de vagues hypothèses, mais bien des faits avérés.

[Colloque 649 - La pharmaceuticalisation de la société? Selon quels processus et dans quelles limites]

Multiplication par cinq de la prescription de psychostimulants entre 2000 et 2009, consommation de plus du tiers des médicaments contre le déficit de l’attention (TDA) au Canada, diagnostic de TDA chez plus d’un élève sur dix au secondaire : telles sont quelques-uns des « chiffres de fous » lancés en vrac par le congressiste Jean-Claude St-Onge. Parlant du Québec, ils illustrent cependant un phénomène mondial, celui de la pharmaceuticalisation à outrance des enfants et des adolescents.

Docteur en socio-économie, Jean-Claude St-Onge est aussi professeur de philosophie retraité du Cégep Lionel-Groulx. En 2012, il publie Tous Fous?, un essai présentant les résultats d’une vaste enquête qu’il a menée sur l’industrie pharmaceutique.

En coulisse de cette épidémie, mentionne-t-il, une véritable campagne pro-médicaments orchestrée par les compagnies pharmaceutiques se profile. De l’embauche de meneurs d’opinions pour influencer les praticiens au financement de nombreuses publicités de « sensibilisation », l’auteur dénonce avec véhémence l’influence disproportionnée de ces « exploitants du mal-être ». Paru en 2012, cet ouvrage présente les résultats d’une vaste enquête qu’il a menée sur l’industrie pharmaceutique.

«Entre 1980 et 2013, la prévalence du déficit de l’attention est passée de 3% à 11% aux États-Unis du simple fait d’avoir abaissé le nombre de critères requis pour poser un diagnostic.»

Même les critères diagnostic des troubles mentaux y passent. « Entre 1980 et 2013, la prévalence de TDA est passée de 3 % à 11 % aux États-Unis du simple fait d’avoir abaissé le nombre de critères requis pour poser un diagnostic », affirme-t-il. Le marché américain pour la vente de psychostimulants, ces médicaments anti-TDA, est passé de 15 millions de dollars en 1990 à 9 milliards en 2012.

« Le pire, poursuit Jean-Claude St-Onge, c’est que l’efficacité de ces médicaments est loin d’être prouvée. » Sur ce point, il cite une flopée d’études indépendantes qui démontrent l’incapacité des psychostimulants à améliorer les résultats scolaires et le comportement sur le long terme, deux motifs pour lesquels ils sont pourtant couramment utilisés.

À ce portrait alarmant s’ajoute la remise en cause de la sûreté même des psychotropes, la transformation du quotidien en maladies mentales ainsi que l’apparition d’effets secondaires graves suivant leur consommation. Ce qui fait dire à Jean-Claude St-Onge qu’« il y a lieu de s’interroger sur la balance entre les risques et les bénéfices de l’intervention pharmacologique ».

Confondre la normalité et le pathologique

Florence Piron voit dans ce phénomène une « pathologisation » de tout ce qui s’écarte un tant soit peu de la norme sociale. La professeure-chercheure au Département d’information et de communication de l’Université Laval parle de « tentative d’adapter l’enfant aux réalités de l’école » ainsi qu’à celles d’un « monde du travail axé sur la performance ».

Elle-même mère, Florence Piron se sent interpellée par cette tendance à la pharmaceuticalisation infantile. « Quand je vois des écoles et des familles droguer les enfants en pensant leur faire du bien, je trouve cela alarmant », déplore-t-elle.

Pour elle comme pour Jean-Claude St-Onge, la solution à ce problème se trouve dans la remise en question des institutions et des exigences sociales. C’est pourquoi ils ont fondé l’Alliance sur les risques de la médicalisation des enfants (ARIME), un organisme qui invite à la réflexion collective sur le sujet. « Nous devons protéger les enfants du système que nous avons mis sur pied », conclut Florence Piron.

Auteur(e)

  • Maxime Bilodeau
    Journaliste
    Présentation du journalsiteMaxime Bilodeau est un jeune journaliste basé dans la région de Québec. Diplômé en 2013 au Baccalauréat en kinésiologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), il a ensuite entamé des études en journalisme à l’Université Laval. En plus d’acquérir les rudiments du métier au sein du média-école L’Exemplaire, il a collaboré dans la dernière année aux médias étudiants lavallois en plus d’effectuer quelques contrats à la pige. Dès l’automne prochain, il dirigera le pupitre des sports d’Impact Campus, le journal étudiant de l’Université Laval. Il arrive au 82e Congrès de l’Acfas assoiffé de science, comme jamais.

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