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16 mai 2014
Daphnée Paluszko
Journaliste

Des centaines d’élèves, des milliers de copies… et toujours les mêmes inquiétudes. Les notes sont-elles représentatives du travail qualitatif d’un étudiant? Quels critères faut-il prendre en compte?

[Colloque 50 - La culture de la recherche collégiale]

L’évaluation des apprentissages est une des préoccupations éthiques majeures des enseignants. Luc Desautels du Cégep de Lanaudière, France Jutras de l’Université de Sherbrooke, ainsi que Christiane Gohier et Philippe Chaubet de l’Université du Québec à Montréal mènent une étude afin de mieux cerner les questions déontologiques liées à l’éducation.

Selon leur recherche collaborative, c’est le second enjeu mentionné par les enseignants après la notion de valeurs (justice, honnêteté, compassion, etc.). Parmi l’ensemble des actes professionnels de l’enseignement, c’est l’intervention potentiellement la plus lourde de conséquences. Les notes obtenues conditionnent l’avenir scolaire des élèves et leur motivation à poursuivre leurs études, ainsi que leur épanouissement personnel et leur confiance en eux.

 

De nombreux facteurs peuvent biaiser l’évaluation des apprentissages : l’appréciation personnelle de l’élève par son enseignant, l’attention portée à la copie selon sa place dans la pile, etc. D’autres éléments compliquent davantage encore ce geste. Quelle tolérance faut-il appliquer en cas d’absentéisme répété d’un étudiant qui a des problèmes de santé? Faut-il accepter de faire passer un examen a posteriori à un étudiant absent le jour J à cause d’un accrochage en voiture?

Face à la diversité des dilemmes soulevés, la première option consiste à retourner aux balises communes en se référant à la Politique Institutionnelle d’Évaluation (PIE) de l’établissement. Le chercheur contrebalance cependant le poids que doit avoir la dimension réglementaire : « Regarder les normes, ça ne veut pas dire qu’il faut les suivre aveuglément, il faut utiliser son jugement».Si les directives de la PIE ne sont pas satisfaisantes, la discussion entre collègues est une autre alternative. Selon les résultats préliminaires des travaux, l’équipe de recherche a remarqué que des solutions émergeaient souvent des délibérations entre praticiens. Une troisième option serait le jugement professionnel construit par l’enseignant, en suivant des cours d’éthique ou en lisant des articles, par exemple.

En vue de délivrer des conseils pratiques au corps enseignant, l’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC) et le secteur PERFORMA de l’Université de Sherbrooke publieront prochainement un livre sur l’évaluation des apprentissages, dont un chapitre confié à l’équipe de Luc Desautels traitera de sa dimension éthique. Mais malgré l’éventail des démarches possibles, l’étape ultime reste immuablement la même : l’enseignant est seul à prendre une décision, et il y engage par conséquent sa responsabilité. 

Finalement, c’est aussi le format d’évaluation lui-même qui est remis en cause. Luc Desautels résume très bien le débat : « Il y a quelque chose d’artificiel à faire asseoir des étudiants pendant trois heures pour évaluer uniquement des compétences hors d’un contexte authentique. Il faudrait aussi élaborer des mécanismes d’évaluation faisant appel à l’entièreté du bagage de l’étudiant. Bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à faire... »

Il y a quelque chose d’artificiel à faire asseoir des étudiants pendant trois heures pour évaluer uniquement des compétences hors d’un contexte authentique.

Auteur(e)

  • Daphnée Paluszko
    Journaliste
    Présentation de la journalisteDaphnée Paluszko est communicatrice scientifique et auteure du site Libido Scientia. Après un Master Recherche en Biologie Cellulaire et Moléculaire réalisé à l’Institut Pasteur de Paris et à l’Université Paris VI, elle se réoriente vers la communication avec un Master Professionnel de Communication Scientifique. Son enthousiasme à transmettre aux autres et sa gourmandise insatiable pour les sciences auront certainement guidés ce choix. Présentement à Montréal, elle effectue son stage de fin d’études en tant que chargée de communication pour l’association Science pour tous.

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