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12 mai 2014
Alexandra Nadeau
Journaliste

Le Pérou roule à deux vitesses : l’économie formelle qui caractérise la capitale, et une logique de marché essentiellement informelle en périphérie.

Domaine de recherche 405 - Milieux de vie, aménagement et appropriation de l'espace humain

Le soleil se lève sur Lima. Les Péruviens s’activent et se rendent sur leur lieu de travail, souvent des bureaux ou des commerces officiels. À quelques 20 km de là, au cœur des bidonvilles, c’est un tout autre univers qui s’éveille. Un homme prépare les sandwichs qu’il vendra depuis sa maison, les vendeurs de rue organisent leur étalage, le cireur de chaussures s’installe sur la place publique. Le Pérou roule à deux vitesses : l’économie formelle qui caractérise la capitale, et une logique de marché essentiellement informelle en périphérie.

En 1910, environ 98 % de la population habitait en el campo. En 1999, la ville comptait 82 % des Péruviens. Cet exil massif du rural à l’urbain a fait naître le phénomène des barriadas, ces bidonvilles qui s’installent autour de Lima. Dario Enriquez, doctorant en études urbaines à l’École de gestion de l’UQAM, étudie cette réalité qui remonte aux années 1950. Il tente, entre autres, d’identifier les dynamiques des barriadas qui façonnent cette économie de débrouille. Il conclut que les facteurs endogènes, comme l’entrepreunariat populaire, la sociodémographie et l’organisation communautaire/autogestion dominent sur les facteurs exogènes, comme les voies de communications, la localisation géographique, les services de base et la formalisation de la propriété.

«En 1910, environ 98 % de la population habitait en el campo. En 1999, la ville comptait 82 % des Péruviens.»

En 2004, les barriadas attiraient presque 60 % des Péruviens migrants. Certains bidonvilles atteignent même une croissance de 1 351 % sur une période de 30 ans, alors que Lima se situe autour de 13 % pour la même période. Toutefois, bidonville n’égale pas taudis. Un taudis fait plutôt référence à un espace urbain « coincé » dans un cercle de pauvreté. Dario Enriquez conçoit davantage le bidonville péruvien comme la première étape d’un processus d’urbanisation et de développement économique. Comme une petite ville émergente, en fait.

Le développement urbain des barriadas est très spontané. De Villa el Salvador à Huaycán, la croissance a été très organique. On n’y retrouve pas cette colonne vertébrale directrice qui caractérise les nouvelles villes planifiées qu’on voit éclore un peu partout sur le globe.

À l’image du caractère déstructuré de ce développement urbain, quand on plonge à l’intérieur des murs des barriadas, c’est une économie tout aussi informelle qui rythme ces villes. Ainsi, afin de subsister dans ce nouvel environnement, plusieurs Péruviens conçoivent des activités commerciales « extra-légales ». Un métier populaire est celui de datero, ou expert du chaos des barriadas. Il est souvent conseiller auprès des chauffeurs de bus opérant dans un réseau de transport informel, car lui seul connaît le meilleur itinéraire puisque ce dernier varie constamment selon les embouteillages ou encore la présence de compétiteurs. En raison d’absence d’endroits désignés, l’art aussi se manifeste dans des lieux spontanés, rendu possible grâce aux comicos ambulantes, ces artistes de rue. Les vendeurs de nourriture cuisinée et vendue de la maison ont aussi la cote, un emploi qui nécessiterait une infrastructure plus formelle et moins libre à Lima.

Les habitants des barriadas ont développé un nouveau savoir-faire. Dario Enriquez suggère même que le Pérou a fait naître une sorte de « capitalisme populaire ».

Auteur(e)

  • Alexandra Nadeau
    Journaliste
    Présentation de la journalsiteAlexandra Nadeau termine tout juste un baccalauréat en géographie urbaine et en environnement à l’Université McGill. Elle complète également un certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Elle s’intéresse au journalisme depuis le Cégep, et c’est avec Le Délit, le journal francophone de l’Université McGill, qu’elle viendra concrétiser son projet de devenir journaliste. Elle a travaillé au Délit pendant un an et demi, à titre de secrétaire puis de chef de section aux actualités. Elle a également fait un stage chez GaïaPresse, une plateforme web sur l’environnement au Québec. Alexandra a un intérêt marqué pour l’éducation, les problématiques urbaines et les enjeux environnementaux.

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