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2 septembre 2013
Maude Benoit
Université Laval et Université Montpellier 1
Rubrique:

Plusieurs chercheurs ne demandent pas mieux que de participer aux actions et aux débats publics. Mais est-ce que cette contribution survient suffisamment en amont des tragédies et des évènements qui attirent l’œil de la population?

Au Québec, l’été 2013 restera à jamais celui de la catastrophe de Lac-Mégantic. Comme d’autres tragédies qui ont marqué notre histoire – pensons à l’incendie de Chapais en 1980 et à la tuerie de Polytechnique en 1989 –, celle-ci entraînera fort probablement des modifications réglementaires et législatives visant à minimiser les risques qu’un tel évènement se reproduise. Une action réactive, mais tout de même un geste pour tenter de donner un sens à ce qui s’est passé.

Le déraillement de Lac-Mégantic bouleverse et continue de prendre de l’ampleur par les multiples crises qu’il ne cesse de faire naître : crise psychologique évidemment, mais également crise sociale, environnementale, économique, d’aménagement du territoire et des transports, des modes d’exploitation énergétique, etc. Il agit comme un catalyseur qui dévoile des questionnements cruciaux, auxquels aucune réponse unique n’est possible et qui exigent pour cette raison des débats complexes et des choix politiques collectifs.

La catastrophe agit comme un catalyseur qui dévoile des questionnements cruciaux exigeant des débats complexes et des choix politiques collectifs.

Les chercheurs et les problèmes complexes

Un tel contexte de questionnements nombreux, d’hypothèses multidirectionnelles, de cascades de relations de cause à effet, de possibilités à mesurer, de complexité des débats et de discussions nécessitant une communauté pour progresser, correspond à l’environnement de travail quotidien dans lequel évoluent les chercheurs. Cette façon de se mouvoir dans le monde de l’abstraction, pour ensuite articuler le théorique au réel et à son devenir, est une démarche autorisant l’élaboration de propositions raisonnées, appuyées sur des résultats scientifiques, mais aussi d’idées innovantes en raison des capacités créatives qui sont mobilisées par les penseurs dans leur cheminement. En cela, la place des chercheurs n’est pas seulement dans les universités et les laboratoires, mais aussi dans la société.

Les débats sur la dérèglementation du transport ferroviaire, sur le transport de matières dangereuses, sur l’exploitation de différents types d’énergie, sur la gestion collective des expériences traumatiques, sur la gestion écosystémique de crise environnementale et sur l’économie des régions, pour n’en nommer que quelques-uns, exigent la participation des multiples chercheurs et penseurs provenant de tous les horizons.

À voir les différentes contributions tant terrain qu’en tant qu’analystes et experts dans les médias, plusieurs ne demandent pas mieux que de participer aux actions et aux débats publics. Mais est-ce que cette contribution survient suffisamment en amont des tragédies et des évènements qui attirent l’œil de la population?

Plus de connaissances que de capacité à les absorber

En sciences politiques, des chercheurs s’intéressent au thème de l’ « evidence based-policy », autrement dit aux politiques publiques fondées sur des bases scientifiques. Ils observent assez clairement que d’un côté, les scientifiques produisent énormément de connaissances pouvant avoir des répercussions sociopolitiques d’importance, mais les diffusent essentiellement dans des revues scientifiques; tandis que de l’autre, les fonctionnaires des États et des grandes organisations internationales reconnaissent la pertinence de consulter les travaux scientifiques, mais manquent de temps pour cibler les plus porteurs, les analyser et les traduire en éléments concrets utilisables dans l’élaboration des politiques.

Les médias et la population sont généralement peu friands des discours à caractère scientifique, peut-être parce que ceux-ci sont nébuleux et remplis de nuances plutôt que d’affirmations claires et précises.

À ces obstacles déjà considérables, on pourrait ajouter que les médias et la population sont généralement peu friands des discours à caractère scientifique, peut-être parce que ceux-ci sont nébuleux et remplis de nuances plutôt que d’affirmations claires et précises. 

Le dialogue entre science et société est au cœur des préoccupations de l’Acfas depuis sa fondation par Marie-Victorin en 1923. L’été 2013 nous rappelle toute l’importance de ce dialogue, mais également tous les défis qu’il soulève dans sa réalisation.

Auteur(e)

  • Maude Benoit
    Université Laval et Université Montpellier 1

    Maude Benoit est candidate au doctorat en science politique à l’Université Laval (Québec) et à l’Université Montpellier 1 (France). Ses recherches portent sur les politiques publiques en agriculture au Canada et dans l’Union européenne. Elle s’intéresse plus particulièrement à l’intégration des préoccupations de développement rural et d’environnement dans l’action publique agricole.

     

    Note de la rédaction : Les textes publiés et les opinions exprimées dans Découvrir n’engagent que les auteurs, et ne représentent pas nécessairement les positions de l’Acfas.

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