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7 mai 2013
Bérengère Capdequi
Journaliste

Les familles des adolescents qui s’enlèvent la vie ne réagissent pas toutes de la même façon à ce traumatisme.

 

 

[Colloque 608 - Colloque international sur la résilience : conceptualisation, évaluation et intervention]

Christine Genest était infirmière en santé mentale quans elle a fait le constat que les familles des adolescents qui s’enlèvent la vie ne réagissent pas toutes de la même façon à ce traumatisme. « Certaines se recentrent sur elles-mêmes après un suicide, elles se soudent, alors que d’autres s'entredéchirent », explique-t-elle.

Interpellée par ces observations, elle a donc repris ses études et entamé une thèse, il y a sept ans, à l’Université de Montréal. Son objectif était de mieux comprendre les réactions de ces familles et de les aider à demeurer solidaires. Elle en parle en termes de résilience familiale, « cette capacité à surmonter une crise en mobilisant ses ressources tout en apprenant de cette expérience », et, en allant même jusqu'à réorienter positivement sa vie, malgré les blessures indélébiles.

 La famille, une « bouée de sauvetage »

L’étude de sept familles, le recueil de témoignages, ainsi que la récolte de documents personnels, tel un journal intime, ont permis à Christine Genest de mettre en place un modèle qui présente la famille comme une « bouée de sauvetage, une source de soutien ».

À partir de l’étude du contexte social et familial, et des réactions et émotions vécues par les personnes qu’elle a rencontrées, Christine Genest a mis en lumière quatre types de résilience familiale. « Certes il y a un processus général, mais il y a aussi des particularités : le rebondissement peut être plus ou moins rapide, l’émergence plus ou moins continue », explique la chercheure.

Ainsi, certaines résiliences apparaissent comme « énergiques », les familles se remettent rapidement et de façon continue, d’autres sont plutôt « stupéfaites », le processus de remise sur pied est fluide, mais il prend plus de temps. Certaines résiliences sont dites « combattantes », les crises sont nombreuses, mais le rebondissement est rapide. Enfin, la résilience est dite « tenace » lorsque l’altérité est difficilement surmontée, et la durée de retour à un équilibre familial est plutôt longue.

La résilience, un concept à la mode

La résilience vient d’un mot latin qui signifie « rebondir ». La compréhension de cette faculté de renaissance, après une épreuve de la vie, passe par l’intégration de diverses caractéristiques, comme les traits de caractère, le soutien familial, l’environnement social… Cette notion de résilience fait l’objet d’études dans de nombreuses disciplines depuis le début des années 1990, et notamment en psychologie, mais elle connaît un essor considérable depuis quelques années.

En juillet 2012, un congrès international sur ce thème se tenait à Paris. Comme le spécifie Bernard Michallet, professeur en orthophonie de l’Université du Québec à Trois-Rivières qui participe aussi au congrès, la résilience est « un concept à la mode, mais il n’y a pas de consensus autour de sa définition ». Le chercheur au Centre de réadaptation de Montréal place cette notion dans une démarche humaniste et l’explique comme « la capacité d’un individu à réinterpréter la signification d’une situation d’adversité, en réorientant sa vie positivement. »

Le présent colloque sur la résilience fait le point sur cette notion complexe. Serban Ionescu, professeur de psychopathologie à l’Université de Vincennes à Paris a notamment évoqué que l’étude de la résilience « naturellement » mise en place par les individus, pouvait donner lieu à la mise en place « organisée » d’une résilience assistée, destinée à soutenir les personnes.

Cette utilisation du modèle théorique a d’ailleurs inspiré Christine Genest à se servir de son étude pour améliorer le soutien apporté aux familles endeuillées par un suicide. « Certaines personnes n’ont pas besoin d’une aide immédiate, mais seraient plus réceptives quelques mois plus tard, indique-t-elle. J’aimerais par exemple évaluer ce qu’un système de relance téléphonique pourrait apporter à ces familles. »

Le centre Crise de prévention du suicide indique que le suicide constitue toujours la deuxième cause de mortalité chez les jeunes Québécois.

Auteur(e)

  • Bérengère Capdequi
    Journaliste
    Présentation de l’auteure :Un goût prononcé pour la biologie amène Bérengère Capdequi à entamer ses études à Bordeaux, en France, par un diplôme en science. Très vite, elle se passionne pour le journalisme qui lui permet de conjuguer sa curiosité, son sens de l’analyse et son goût pour l’écriture. Elle termine aujourd’hui une maîtrise en journalisme international à l’Université Laval. Bérengère a fait ses armes dans un journal régional avant d’intégrer la production d’une radio nationale, en parallèle de son baccalauréat en information et communication. Aujourd’hui, le congrès de l’Acfas lui permet de réunir ses envies : le journalisme et les sciences. Un mélange de rigueur et de créativité dans lequel elle se retrouve particulièrement.

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