Aller au contenu principal
Il y a présentement 0 item dans votre panier d'achat.
9 mai 2013
Rabéa Kabbaj
Journaliste

Avec les projets d’urbanisme, il faut aussi stimuler les sens et les émotions du citoyen, favoriser son implication physique dans l'espace, tout en sollicitant sa créativité et sa réflexion.

 

 

[Colloque 614 - Lieux de passage et vivre-ensemble]

Du sable, des transats et l'ombre de quelques palmiers... un cocktail infaillible pour vous arracher au train-train du quotidien en ville! La carte postale ne provient pas de la Riviera Maya, mais bien des berges de la Seine où, été après été depuis 2002, Paris Plages investit la capitale française. Pourtant, rien ne prédisposait ce tronçon d’autoroute urbaine à devenir le nouveau lieu branché des estivants parisiens. Pour Noémie Lago, Paris Plages est l’exemple parfait d’une initiative urbaine réussie, visant à rendre un lieu attractif en modifiant l’expérience des citadins.

Doctorante en urbanisme à l'Université de Mons en Belgique, Noémie Lago a montré, dans sa présentation au congrès, comment les artistes et les services d’urbanisme d’une ville pouvaient œuvrer ensemble.

Pourquoi fréquenter un endroit plutôt qu’un autre ?

Partant du constat initial que toute ville est une mosaïque composée de lieux exerçant un fort pouvoir d'attraction et d'espaces publics où les gens n'ont pas envie d'être, la chercheure a voulu comprendre ce qui pousse les citoyens à fréquenter un endroit plutôt qu'un autre.

En analysant les caractéristiques des lieux attractifs, Noémie Lago s'est aperçue qu'ils proposent souvent une large palette d'activités de loisirs originaux, mais également, et surtout, qu’il y règne une ambiance « spéciale » à même de faire vivre une expérience subjective à leurs visiteurs. Dès lors, elle s'est questionnée sur le comment un coin non fréquenté pouvait se transformer en lieu prisé.

« Si on veut valoriser le vécu d'expérience dans un espace où il n'y a pas grand chose, voire dans un endroit qui rebute, on travaille alors avec des artistes dont les idées créatrices le transformeront en un lieu unique et attirant  », souligne la chercheure.

Un urbanisme expérientiel

L'exemple de l'île de Nantes est significatif. Située dans la ville française du même nom, cette zone de 13 hectares d’anciens chantiers navals a été transformée en lieu de divertissement, suite à une collaboration de la Communauté urbaine de Nantes et de deux directeurs artistiques de troupes de théâtre. « Cela s'est fait dans l'esprit du passé industriel de la ville, explique l’urbaniste, puisqu'il a été proposé de conserver l’image des chantiers actifs, qui désormais ne produisent plus de navires mais des machines imaginaires, géantes et mobiles ».

«Si le public ne saisit  ce que l'oeuvre véhicule, il ne pourra pas y vivre d'expérience».

Partager du sensible, ce n'est pas seulement d'installer une œuvre quelconque sous le regard de tous. « Si le public ne saisit  ce qu'elle véhicule, il ne pourra pas y vivre d'expérience », explique Noémie Lago. L'Hommage à Confucius, une sculpture installée à Montpellier, n'a rien suscité chez les locaux. Placée sans plaque explicative, ni logique particulière devant une faculté de médecine, cette œuvre n'a ni rendu le lieu plus attractif, ni plus propice à l'interaction. « Pour que l'alchimie opère, la collaboration entre urbanistes et artistes doit être harmonieuse, chacun prenant l'autre en compte et lui permettant de remplir sa mission spécifique ».

Cet urbanisme expérientiel, comme l'appelle Noémie Lago, s'appuie sur les travaux en marketing expérientiel qui vise à faire vivre « des sensations » au consommateur. « De la même manière, avec les projets d’urbanisme, il faut stimuler les sens et les émotions du citoyen, favoriser son implication physique dans l'espace, tout en sollicitant sa créativité et sa réflexion. » L'espace créé devrait également assurer un lien, tant entre les usagers et le lieu, qu'entre les usagers entre eux. 

Auteur(e)

  • Rabéa Kabbaj
    Journaliste
    Présentation de l’auteure :Actuellement étudiante à la Maîtrise en Journalisme international à l’Université Laval, Rabéa Kabbaj a découvert le journalisme en 2011, année durant laquelle elle a été reporter puis rédactrice en chef de l’hebdomadaire universitaire L’Exemplaire. Passionnée de littérature et de culture, elle envisage cette immersion dans le journalisme scientifique, à l’occasion du Congrès de l’ACFAS, comme une chance d’acquérir de l’expérience dans un domaine qui lui était jusqu’ici moins familier.

Commentaires