Aller au contenu principal
Il y a présentement 0 item dans votre panier d'achat.
7 mai 2013
Renaud Manuguerra
Journaliste

Derrière la façade de critique collective par les utilisateurs de réseaux de partage se cache aussi une industrie du marketing qui profite beaucoup du bouche à oreille.

[Colloque 484 - Nouveaux prescripteurs et transformation des goûts à l'ère numérique : de la quotidienneté au Web 2.0] 

Mettre à jour son profil Facebook. « Microbloguer » son opinion sur un évènement. Mettre en ligne une photo avec Instagram. Toutes ces actions informent vos amis de ce qui est important pour vous. Mais vous instruisez aussi les publicitaires… et devenez indirectement les porte-paroles d’une marque ou d’un produit! C’est ce qui est ressorti de la conférence de Nathalie Casemajor, stagiaire postdoctorale à l’Université McGill, portant sur la surveillance des goûts des consommateurs sur le web.

 L’usager à la rescousse du produit

La chercheure a particulièrement étudié le cas du réseau de partage Foursquare, qui permet aux internautes de donner leur avis sur un restaurant, un magasin, un musée ou un cinéma. Derrière cette façade de critique collective se cache aussi une industrie du marketing qui profite beaucoup de ce bouche à oreille. « Le site Foursquare a deux plateformes, l’une publique où l’on parle d’amis, et l’autre commerciale où l’on parle de clients », explique Nathalie Casemajor. « Des sociétés commerciales peuvent y avoir une page officielle et publier des listes de recommandations à leurs fans ou faire la promotion d’un évènement. C’est donc intéressant d’y établir des outils promotionnels ».

Les internautes sont activement encouragés à commenter, le plus souvent possible, leurs lieux préférés. En effet, Foursquare permet d’obtenir un statut différent si l’on est parmi les utilisateurs les plus fidèles à une marque, ce qui donne accès à des rabais ou des promotions. « La compétition encourage chaque client à en faire plus, et chacun devient un représentant de votre marque », note la chercheure.

La publicité, une sortie à la fois

À cela s’ajoute l’utilisation de téléphones intelligents, qui facilite la géolocalisation de l’internaute en fonction des lieux qu’il commente. Cela favorise une personnalisation supplémentaire du contenu publicitaire qui lui est livré. Les listes de recommandations ou d’évènements établies par les compagnies ainsi que la compétition entre usagers créé un système de « feedback » régional assez formidable pour le publicitaire : une recommandation proposée par une marque sera suivie, reprise et critiquée par un utilisateur, qui encouragera alors ses « amis » à l’essayer à leur tour. Pour Nathalie Casemajor, « c’est faire de la publicité sans en avoir l’air! »

«Une recommandation proposée par une marque sera suivie, reprise et critiquée par un utilisateur, qui encouragera alors ses "amis" à l’essayer à leur tour.» 

Ce modèle relativement nouveau (Foursquare a été fondé en 2009) doit encore faire ses preuves, et il n’est pas certain que la participation de l’utilisateur à la création de son propre profil de consommation deviendra la norme ou s’étendra à d’autres réseaux sociaux. Cependant les chiffres parlent d'un réel engouement, puisque Foursquare compte déjà, à lui seul, plus de 3,5 milliards de recommandations d’usagers!

« Les compagnies vont de plus en plus rechercher la complémentarité entre ce type d’interactions avec le consommateur et des campagnes publicitaires plus traditionnelles », croit Mme Casemajor. En autant que l’on puisse continuer de commenter nos nouveaux achats à nos amis…

Auteur(e)

  • Renaud Manuguerra
    Journaliste
    Présentation de l’auteur :Renaud Manuguerra est finissant au certificat en journalisme à l’Université de Montréal mais son attrait pour la science remonte à loin car il complète aussi présentement son doctorat en sciences biomédicales à la même université. Son intérêt pour la communication scientifique l’a mené à écrire pour le Quartier Libre mais son expérience à l’Acfas est sa première véritable occasion de faire de la vulgarisation.

Commentaires