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8 mai 2013
Laurence Houde-Roy
Journaliste

En pleine Expo 67, la France a commencé à voir le Québec comme un acteur diplomatique distinct du Canada.

 

 

[Domaine de recherche 301 - Arts, littérature et société]

En fouillant dans les boîtes d’archives du ministère français des Affaires étrangères, la chercheure Alice Cartier découvre un classement inhabituel. À partir d’août 1967, certains cartons sont identifiées uniquement par « Québec ». Ceux-ci sont nettement dissociés de la documentation avec l’étiquette « Canada ». L’étudiante post-doctorante à l’UQAM affirme qu’en pleine Expo 67, la France a commencé à voir le Québec comme un acteur diplomatique distinct du Canada.

À la fin des années 1960, la France perd de sa puissance économique. Loin derrière les États-Unis, l’Allemagne et le Japon, elle peine à retrouver son image d’antan, entachée par la période de décolonisation.

En regardant les Québécois, la France veut aussi prendre des leçons.

De l’autre côté de l’Atlantique, il y a son petit cousin, le Québec, qui clame sa nouvelle identité culturelle en pleine Révolution tranquille. « La France y observe comment les citoyens se réaffirment en tant que Québécois », précise Mme Cartier, qui a réalisé ses études doctorales à l’Université Paris IV-Sorbonne.

À travers la mare de rapports, dossiers et correspondances du ministère français des Affaires étrangères que la chercheure a épluchés, cet intérêt pour le « Québec moderne » des années 1960 est flagrant. Une curiosité qui n’est pas sans ambition. « En regardant les Québécois, la France veut aussi prendre des leçons. Elle cherche à comprendre ce qu’elle peut appliquer chez elle », explique la chercheure à propos de cette France en perte de vitesse.

Un Québec en mouvement

Le Québec, dans cette période de tranquille révolution, reprend doucement son retard économique. Il est en voie de rattraper son voisin ontarien. Même le Canada l’affirme dans ses rapports, non sans réticence. « Les Québécois investissent aussi dans l’éducation, une manière de rompre avec le fédéral. Ils comprennent que former les esprits peut servir leur politique économique », ajoute Mme Cartier.

« Quand tu vois que ton cousin est plus fort qu'avant, tu lui donnes plus de place. »

Voyant le Québec savant, doté d’une économie forte et d'un statut faisant l'envie à l’international, la France rapidement s’inspire de cette prise de pouvoir qu’elle prend en exemple. C’est ce qu'observe Alice Cartier à travers les communications entre les ambassades, consulats et ministères de l’époque.

« Lorsque le premier ministre du Québec se présente à l’Élysée, en 1967, on l’accueille comme un président. Quand tu vois que ton cousin est plus fort qu'avant, tu lui donnes plus de place », affirme la chercheure, traduisant la pensée française d'alors.

Tous francophones

« La mise en œuvre de la francophonie, à la fin des années 1960, accroît cette volonté d’identité commune », souligne Mme Cartier, qui croit que ce lien tend à rapprocher la France et le Québec.

Avec ses jumelles, la France regarde de loin son cousin francophone en pleine émancipation économique. Avec une langue commune, ce rapprochement culturel la séduit, « ce qui n’est pas nécessairement le cas du côté canadien », précise la chercheure.

Auteur(e)

  • Laurence Houde-Roy
    Journaliste
    Présentation de l’auteure :Laurence Houde-Roy est finissante à la maîtrise en journalisme international à l’Université Laval. Après un passage à l’étranger lors de stages avec Radio France et la French Radio London, elle poursuit sa collaboration comme journaliste à CIBL 101,5 Radio-Montréal.

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