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Questions pour Francis Laliberté, postdoctorant

À une époque où l’éducation est vue par plusieurs comme un processus menant à une profession, la poursuite de longues études, relativement peu rémunérées, requiert une forte conviction personnelle.

Postdoctorat LalibertéQuelles étaient vos attentes quant au postdoctorat?

Initialement, je voyais le postdoctorat comme une occasion de lancer ma carrière de chercheur, et de développer mon autonomie et mon expertise, tout en apprenant une nouvelle technique expérimentale. Mais réalistement, je savais que la voie qui mène à un poste de chercheur ou de professeur est longue et compétitive. Je savais aussi que je n’avais pas l’intention de faire les sacrifices familiaux qui en découlent. Faire un postdoctorat était donc une manière de continuer d’évoluer dans le milieu de la recherche et de travailler dans un laboratoire, tout en vivant une expérience de vie enrichissante à l’étranger.

Quel est votre domaine de recherche?

J’évolue depuis une dizaine d’années dans le milieu de la physique de la matière condensée. Ce domaine s'intéresse au comportement des électrons dans une multitude de matériaux qui présentent des propriétés surprenantes; dont la supraconductivité est certainement l’exemple le plus connu. Je travaille dans un laboratoire permettant de mesurer de minuscules échantillons dans des conditions de très basses températures, de forts champs magnétiques et de grandes pressions. Je mesure différentes propriétés de transport électrique et thermique afin de sonder le comportement des électrons. J’utilise également la propagation ultrasonore pour étudier le couplage entre le réseau cristallin et les électrons.

Quels constats faites-vous aujourd’hui quant à votre parcours de postdoctorat?

N’ayant pas la ferme intention de poursuivre à tout prix le cheminement vers le professorat, je suis revenu au bercail dans le groupe où j’ai fait mon doctorat pour réaliser un second postdoctorat. C’était une décision peu stratégique dans un objectif d’obtention d’un poste permanent, mais la plus sensée pour ma vie familiale. Je continue donc de faire ce que j’aime, soit de chercher à étendre les limites de notre connaissance et de notre compréhension de la nature et de ses lois, d’apprendre tout en transmettant mon savoir à des étudiants, bref, de faire un métier passionnant qui n’a rien de routinier.

Quels conseils donneriez-vous à des doctorants envisageant d'entreprendre un postdoctorat?

Une profonde réflexion s’impose avant d’entreprendre un tel parcours. C’est également vrai avant le doctorat et la maîtrise! Il faut savoir ce qui nous motive à faire ce choix qui peut sembler irrationnel. En effet, à une époque où l’éducation est vue par plusieurs comme un processus menant à une profession, la poursuite de longues études, relativement peu rémunérées, requiert de fortes convictions. Si on contourne cette réflexion, elle nous rattrape tôt ou tard, et parfois à un moment qui n’a rien d’idéal. Lorsque la motivation interne est bien ancrée, il est alors possible de vivre l’expérience de la recherche pleinement et sereinement.

Comment envisagez-vous l’après-postdoctorat?

La réponse la plus courante est certainement : un autre postdoctorat! Dans mon cas, mon deuxième sera mon dernier. L’Université de Sherbrooke, comme d'autres, limite à cinq ans, après l’obtention de la thèse la période, la possibilité de réaliser des postdoctorats. Je resterai dans le même groupe avec un statut d’assistant ou de professionnel de recherche. Ce statut n’est pas très fréquent dans le système nord-américain, comparativement au système européen, et il dépend directement des fonds de recherche des chercheurs. Ici, les postes permanents sont généralement réservés aux professeurs et aux techniciens, tandis que les débouchés pour les postdoctorants qui ne deviennent pas professeurs ne sont pas très nombreux. Ce serait une ouverture intéressante si les laboratoires et les facultés engageaient des personnes formées pour la recherche en tant que professionnels.

[...] les débouchés pour les postdoctorants qui ne deviennent pas professeurs ne sont pas très nombreux. Ce serait une ouverture intéressante si les laboratoires et les facultés engageaient des personnes formées pour la recherche en tant que professionnels.

Auteur(e)

Francis Laliberté
Université de Sherbrooke

Francis Laliberté est un physicien expérimentateur qui étudie le comportement des électrons dans des matériaux dits « quantiques », soit des matériaux dans lesquels de fortes interactions entre les électrons sont responsables de l’émergence de propriétés remarquables telles que la supraconductivité. Il a soutenu sa thèse de doctorat en physique à l’Université de Sherbrooke en 2013 sous la supervision du professeur Louis Taillefer. Il a ensuite effectué un postdoctorat au Laboratoire national des champs magnétiques intenses de Toulouse, en France, sous la supervision du chercheur Cyril Proust. Il est présentement postdoctorant à l’Institut quantique de l’Université de Sherbrooke.