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16 mai 2014
Amélie Cléroux
journaliste

Sur la forme, ou sur le fond, avec des sujets choquants comme la sexualité, le cinéma d'avant garde, né en France au début du 20e siècle, visait la libération du contrôle de la raison en plus de la lutte contre les valeurs reçues.

[Colloque 327 - Le sexe de l’avant-garde]

Le cinéma d'avant-garde est novateur, et tend à bousculer les attentes du spectateur. Sur la forme, par un récit déconstruit, ou sur le fond, avec des sujets choquants comme la sexualité. Sans être un genre cinématographique, il se définit contre le cinéma traditionnel et prend racine avec la montée du surréalisme, explique Yves Laberge, professeur à la Faculté des arts à l'Université d'Ottawa. Le surréalisme, né en France lors de la première moitié du 20e siècle, visait la libération du contrôle de la raison en plus de lutter contre les valeurs reçues. Ce mouvement a traversé tout autant la poésie, la littérature, la philosophie que le cinéma.

Selon le sociologue, l'un des réalisateurs emblématiques de l'avant-garde, et ayant traité la sexualité, était de fait adepte du surréalisme : Luis Buñuel. Son film Un chien andalou a fait scandale à sa sortie en 1929. Le cinéaste espagnol y mettait en scène une représentation du désir sexuel brute. Très provocateur, le film montre, entre autres, un homme violentant une femme, l'objet de son désir qui lui est refusé.

Le cinéaste Pier Paolo Pasolini et son œuvre Salò ou les 120 Journées de Sodome a aussi été avant-gardiste en représentant une sexualité anormale et pathogène, mentionne Yves Laberge. L'œuvre est une libre adaptation du livre Les Cent Vingt Journées de Sodome du scabreux auteur du 18e siècle, le Marquis de Sade. Pour le chercheur qui a longtemps enseigné l'histoire du cinéma, un film avant-gardiste peut avoir un visuel et de la musique sublime, mais une morale inacceptable, et demeurer « intéressant ».

L'avant-gardisme, au cinéma ou ailleurs, est un concept qui n'est pas rigide. Il est influencé par l'époque, ou encore le contexte politique ou social. Un avant-gardiste ailleurs ne l'est peut-être pas ici. Par exemple, si représenter une scène amoureuse homosexuelle était de l'avant-garde autrefois, elle ne l'est plus dans le Québec d'aujourd'hui. C'est devenu le reflet d'une réalité, tout simplement.

Le miroir d'une société?

Étudier la représentation de la sexualité présente un grand intérêt, selon le chercheur : « C'est à la fois un acte très personnel et intime, mais révélateur d'une société, d'un groupe. Cela donne un indice de la conception des choses, des relations hommes femmes ou de l'ouverture d'un peuple ». Yves Laberge nuance toutefois en soulignant qu'on ne peut pas généraliser sur la base du cinéma, qui n'est construit que par quelques individus. De plus, il ne faut pas dissocier les œuvres des valeurs individuelles des auteurs. « Aussi, ce n'est pas parce qu'on ne montre pas la sexualité quelque part qu'il n'y a pas de pratiques sexuelles », lance le sociologue. Inversement, il donne l'exemple de quelqu'un qui a vu les films de Xavier Dolan, comme J'ai tué ma mère ou Les amours imaginaires, et en conclut que les homosexuels sont plus nombreux au Québec qu'ailleurs. « Cela ne dit rien sur le nombre, mais cela laisse voir qu'on le montre davantage et que les cinéastes d'ici ont l'intérêt et la liberté de le faire ».

Pour Yves Laberge, il y aura toujours des avant-gardistes, ne serait-ce que ceux qui doivent s'expatrier de leur pays d'origine pour travailler sur des projets qu'ils ne pourraient aborder chez eux. Et la sexualité, avec toutes les controverses qu'elle suscite, restera un sujet de choix pour eux.

Auteur(e)

  • Amélie Cléroux
    journaliste
    Présentation de la journalsiteAmélie Cléroux est finissante du baccalauréat en journalisme à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Pour elle, le journalisme est un métier extraordinaire qui permet des découvertes et des rencontres enrichissantes. Elle se sent privilégiée de nourrir sa curiosité et d’apprendre tous les jours. Le stage à l’Acfas fait partie de ses premiers pas comme journaliste professionnelle et lui permet enfin d’explorer la vulgarisation scientifique, un univers fascinant, mais qu’elle n’a pas eu la chance de découvrir pendant sa formation.

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