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9 mai 2013
Alexandre Guertin-Pasquier
Journaliste

Très peu d'études scientifiques se sont penchées sur les impacts environnementaux de l'industrie des sables bitumineux sur la culture des communautés autochtones.

[Colloque 466 - Les répercussions du redéploiement des activités d'exploitation des ressources naturelles sur la relation des Autochtones au territoire]

Des plantes médicinales qui disparaissent en même temps qu’apparaissent de nouvelles maladies venues du sud. Des orignaux aux intestins qui entrent en ébullition au contact de l’air. Une eau brune qui goûte le pétrole et qu’on ne peut boire, même si une usine de traitement de l’eau de 2 millions de dollars se trouve juste à côté. Bienvenue dans le quotidien de la petite communauté Crie de Driftpile, située à 300 km au nord d’Edmonton, en bordure de dépôts dangereux provenant de l’exploitation des sables bitumineux.

Des impacts sociaux importants

« De nombreuses études scientifiques critiquent les impacts environnementaux de cette industrie sur un territoire grand comme celui de la Floride, mais très peu se sont penchées sur leurs effets sur la culture des communautés autochtones », explique Jessyca Champagne, étudiante à la maîtrise en sciences sociales du développement territorial à l’Université du Québec en Outaouais.

Cette chercheure a donc voulu documenter la réalité vécue par le village de Driftpile. Pendant deux mois, sur place, elle a mené une série d’entrevues auprès de quelques-uns des deux mille habitants. Ce qu’elle a pu constater est désolant. « Avant l’arrivée des compagnies pétrolières, les habitants se nourrissaient essentiellement de la chasse, de la cueillette de petits fruits et de la pêche. Puis, en l’espace de quelques années seulement, l’eau, les animaux et les plantes sont devenus impropres à la consommation et ont été remplacés par de la nourriture de supermarché. Qui voudrait manger des poissons tapissés de tumeurs et boire une eau qui n’inspire aucune confiance? », se  questionne la chercheure.

« Qui voudrait manger des poissons tapissés de tumeurs et boire une eau qui n’inspire aucune confiance? »

L'arrivée soudaine de la culture occidentale dans la région a bouleversé leur mode de vie. « La plupart des jeunes du village considèrent maintenant le mode de vie de leurs parents comme un passe-temps fatigant et coûteux. Un important fossé intergénérationnel s'est creusé », explique Jessyca Champagne. Les jeunes pensent aux possibilités d’emplois qu’apportent les nouvelles entreprises. Les aînés, eux, voient avec tristesse les territoires de chasse de leurs ancêtres, parcourus depuis des générations, disparaître.  

Le pire, c’est que la population n’a presque pas de pouvoir décisionnel. « Le mieux qu’un habitant de Driftpile puisse faire, c’est discuter avec l’entreprise pour déplacer de quelques mètres le trajet d’un pipeline, explique la chercheure. C’est comme dire "ne passez pas à travers ma maison, passez plutôt par mon balcon!" ».

Driftpile, un cas parmi d'autres

La situation de Driftpile est loin d’être unique au Canada. Au Québec par exemple, plusieurs communautés ont été transformées par le déploiement de l’industrie forestière, la construction de barrages hydroélectriques et l'exploitation minière. « Bien que l’on perçoive un sentiment général de découragement au sein des Premières Nations, certains jeunes leaders se mobilisent pour faire valoir leurs droits et communiquer leur vision de l’environnement », explique Roxanne Dupont, une collègue.

Cette étudiante-chercheure analyse, pour sa part, l’impact du projet Wapikoni Mobile sur ces jeunes Autochtones. Ce studio ambulant de formation/création audiovisuelle et musicale leur est destiné circule depuis 2004 dans les communautés des Premières Nations du Québec. Par cette plateforme, près de 2000 de ces jeunes ont participé à la réalisation de plus de 450 courts-métrages. Ils ont eu cette rare opportunité de faire connaître leurs inquiétudes et leurs pistes de solutions.

«La plupart du temps, le développement industriel se fait sans l’approbation initiale de la majorité de la communauté.»

« La plupart du temps, le développement industriel se fait sans l’approbation initiale de la majorité de la communauté. Ces jeunes doivent donc se battre à contre-courant, souvent contre des membres de leur propre famille, pour faire entendre leurs voix », déplore-t-elle.

Le processus de consultation des Premières Nations par l’industrie comporte encore de nombreuses lacunes, selon le professeur en sciences politiques Thierry Rodon, titulaire de la Chaire sur le développement durable du nord à l’Université Laval et présent lors du colloque. « L’octroi des contrats précède trop souvent l’évaluation environnementale des projets. Au moment de la consultation, les jeux sont déjà faits : le projet aura lieu », s’indigne-t-il. 

Auteur(e)

  • Alexandre Guertin-Pasquier
    Journaliste
    Présentation de l’auteur :Alexandre Guertin-Pasquier est étudiant au certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Il est également chargé de cours au département de géographie de cette même université, là où il a complété une maîtrise en paléoécologie en juin 2012. Il est aussi vice-président du Musée de paléontologie et de l’évolution à Montréal.

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