Découvrez les lauréats et lauréates 2008

  • Prix Acfas Adrien-Pouliot : Pierre Harvey, UdeS - Université de Sherbrooke
  • Prix Acfas André-Laurendeau : Robin Yates, Université McGill
  • Prix Acfas Léo-Pariseau : Michael Kramer, Université McGill
  • Prix Acfas Jacques-Rousseau : Pierre Hansen, HEC Montréal
  • Prix Acfas Michel-Jurdant : René Laprise, UQAM - Université du Québec à Montréal
  • Prix Acfas Marcel-Vincent : Maurice Tardif, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas Urgel-Archambault : James D. Wuest, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas Ressources naturelles : Benoit Lafleur, UQAT - Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
  • Prix Acfas Fondation Desjardins - Doctorat : Marie-Claude Richard, Université Laval
  • Prix Acfas Fondation Desjardins - Maîtrise : Ali Bransi, Université Laval
Pierre Harvey - Prix Acfas - 2008
Prix Acfas Adrien-Pouliot
Pierre
Harvey
UdeS - Université de Sherbrooke
Travaillant aux frontières de la chimie et de la physique, ce chercheur de l’Université de Sherbrooke est un expert de la dynamique entre énergie et lumière, soit la photophysique. Ses fructueuses collaborations avec des groupes de recherche de France lui ont permis d’effectuer de nombreuses découvertes menant à des applications allant de la conception de cellules photovoltaïques pour panneaux solaires à la fabrication de matériaux capables de capter efficacement la lumière.

Pierre Harvey a d’abord mené des recherches avec le professeur Roger Guilard de l’université de Bourgogne sur les stratégies de survie des bactéries pourpres pour en faire bénéficier la technologie électrochimique. Ils se sont intéressés à la façon dont ces micro-organismes photosynthétiques produisent de l’énergie avec la lumière dans les sombres fonds marins. En étudiant la molécule responsable de la photosynthèse chez cette bactérie, la bactériochlorophylle, ils ont constaté que le mécanisme de transport de l’énergie dans cet organisme était rentable à 99 % ! Ils ont donc réinvesti ce principe naturel, entre autres, dans la conception de cellules photovoltaïques. « La nature a passé des millions d'années à construire des dispositifs moléculaires, sortes de panneaux solaires, au niveau des membranes des cellules ou des bactéries photosynthétiques pour récolter la lumière solaire. Celles-ci ont appris à gérer cette énergie d'une manière efficace et contrôlée en fonction de leur milieu », souligne le chercheur dans une entrevue donnée au journal Liaison, en octobre 2006.

À l’occasion d’une autre coopération avec la France, cette fois-ci avec l’équipe du professeur Yves Mugnier, Pierre Harvey a travaillé sur les clusters de palladium. Ces assemblages de trois atomes, reliés entre eux par des liaisons métalliques, possèdent des propriétés structurales et électrochimiques qu’il a su exploiter. En effet, ces recherches ont permis l’utilisation de la réactivité de ce composé dans la synthèse de molécules complexes comme les fluorures d’acide ou les esters dissymétriques servant à synthétiser d’autres molécules à hautes valeurs ajoutées comme les médicaments, par exemple.

Durant les deux dernières années, Pierre Harvey a entrepris avec le professeur Michael Knorr de l’université de Franche-Comté un programme de recherche pour concevoir de nouveaux matériaux polymériques luminescents. Les composés actuellement présents dans les diodes électroluminescentes (DEL), convertissant l'électricité en lumière, utilisés pour les afficheurs numériques, sont particulièrement sensibles à la chaleur. Le tandem franco-québécois tente de résoudre ce problème en élaborant des composés à base de platine, cet élément noble offrant la possibilité d’obtenir des matériaux polymériques thermiquement stables pour des applications en photonique comme les cellules photovoltaïques.

Depuis 2004, les collaborations entretenues par le professeur Harvey lui ont permis d’obtenir un financement dans le cadre du Programme international de collaboration scientifique du CNRS, qui vise à promouvoir les collaborations internationales des chercheurs français. Cette subvention permet à des étudiants ou à des jeunes enseignants chercheurs d’effectuer des stages dans les laboratoires partenaires, et ainsi de consolider encore la collaboration.

Enfin, une prestigieuse Chaire d’excellence de recherche de 1.1 million de dollars a été attribuée au professeur Harvey, pour une durée de deux ans, par l’Agence nationale de la recherche (ANR) en France afin qu’il constitue une deuxième équipe de recherche à l’université de Bourgogne à Dijon. Il orientera ses travaux, en collaboration avec les Dijonnais, vers l’élaboration de nouveaux matériaux polymériques bio-inspirés des systèmes photosynthétiques des bactéries en vue d’applications dans les cellules solaires.
Robin Yates - Prix Acfas - 2008
Prix Acfas André-Laurendeau
Robin
Yates
Université McGill
Il y a une trentaine d'années, des découvertes archéologiques majeures, qui mettaient à jour des textes oubliés depuis 2000 ans, ont ouvert de nouvelles perspectives sur l'histoire de la Chine ancienne. Le lauréat a contribué à l'exploration de ce nouveau champ de recherche, un domaine jusqu'alors considéré comme quasi-anecdotique.

L'étude des textes chinois anciens est un défi difficile à relever; leur orthographe spécifique, leur état de conservation, et notre faible connaissance de la société antique chinoise en rendent l'interprétation très ardue.

Président de la Society for the Study of Early China, Robin D.S. Yates est un expert reconnu internationalement dans ce domaine. Fondant son travail sur une approche profondément pluridisciplinaire, il cherche à recontextualiser la pensée chinoise ancienne. Dans ce but, il met à profit le large champ de compétences de son expertise de recherche, de l'histoire militaire et l'histoire des femmes à la littérature chinoise, en passant par divers aspects de l'histoire scientifique, technologique et juridique. Face à ce gigantesque puzzle, il continue de contribuer à la lente reconstitution du contexte historique et social de la Chine antique. Ainsi, Robin D.S. Yates a bousculé les vues traditionnelles de la recherche en étudiant concurremment les courants de pensée taoïste, huang-lao et yin-yang, non seulement sous un angle philosophique, mais aussi dans leur contexte politique et intellectuel.

Ses écrits témoignent amplement de cette large vision de l'histoire. Il a, entre autres, rédigé la moitié, et supervisé la rédaction de l'autre moitié, d'un ouvrage sur les techniques militaires et les technologies chinoises pour la série renommée « Science and Civilisation in China », publiée par Cambridge University Press,. Il a aussi publié un livre, devenu une référence en la matière, sur les origines de la philosophie taoïste, Five Lost Classics : Tao, Huang-Lao and Yin-Yang in Han China. Ces cinq textes, issus d'une école de philosophie politique datant de l'empire Han, écrits avant la montée du confucianisme, sont tout aussi centraux pour l'histoire chinoise que les manuscrits de la mer Morte pour l'histoire occidentale.

Ses qualités humaines font de lui un excellent communicateur, tant dans le monde de la recherche qu'auprès du grand public. En tant que conseiller scientifique, il a assuré l'organisation de l'exposition « Xi'an, capitale éternelle » au Musée de la civilisation de Québec, qui a passionné en 2002 pas moins de 287 000 visiteurs. Il a aussi participé à de nombreuses émissions nord-américaines et européennes consacrées à l'histoire et à la technologie chinoises.
Michael Kramer - Prix Acfas - 2008
Prix Acfas Léo-Pariseau
Michael
Kramer
Université McGill
Le lauréat est reconnu comme un des meilleurs chercheurs en santé infantile à l’échelle internationale, et ce, tout particulièrement pour sa contribution à l’épidémiologie périnatale. Il a dirigé, par exemple, un vaste programme d’études démontrant les bénéfices de l’allaitement pour l’enfant, études qui ont littéralement modifié les politiques et les pratiques périnatales.

PROBIT (Promotion of Breastfeeding Intervention Trial), mis en place par le Dr Kramer et ses collègues canadiens et biélorusses, est une étude complexe et exhaustive sur l’allaitement. Il s’agit du plus grand essai randomisé jamais réalisé dans le domaine de l’allaitement maternel, et ce, auprès d’un échantillon de 17 000 mères et bébés. L’objectif de cette étude était d’examiner l’effet de l’allaitement exclusif et prolongé sur la santé de l’enfant à plusieurs niveaux dont la croissance, l’obésité, les infections gastro-intestinales et respiratoires, les allergies, l’eczéma et le développement cognitif et comportemental. Ses résultats concluants ont permis, entre autres, de convaincre l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de modifier ses politiques et recommandations.

Le Dr Michael Kramer s’est aussi intéressé aux problèmes des nouveau-nés de faible poids. Il a mené une grande étude à ce sujet en collaboration avec l’OMS. Alors qu’auparavant les problèmes de croissance in utero et la prématurité étaient étudiés conjointement, le Dr Kramer a démontré que leur origine épidémiologique était clairement distincte. Plus de 20 ans après la publication de ses résultats, cette étude est encore abondamment citée comme une référence dans son domaine. Depuis, il a continué de s’investir dans des recherches scientifiques sur la santé de la population en périnatalité, surtout en ce qui concerne les causes, les tendances temporelles et les disparités socio-économiques des problématiques importantes telles la prématurité, la croissance fœtale, la mortinaissance, la mortalité infantile et les césariennes.

Le Dr Michael Kramer n’a pas seulement participé à faire avancer la connaissance, il a aussi fait évoluer les méthodes de recherche empiriques dans son milieu. En repérant les biais méthodologiques des autres études, il a contribué à leur amélioration. Il a d’ailleurs mis en place un institut d’été sur les méthodes épidémiologiques reproductives, en partenariat avec le National Institute of Child Health and Human Development.
Pierre Hansen - Prix Acfas - 2008
Prix Acfas Jacques-Rousseau
Pierre
Hansen
HEC Montréal
Donnez-lui quelques minutes, et ce chercheur résoudra votre problème d’optimisation en griffonnant un algorithme complet sur une serviette de table. Créatif et polyvalent, le lauréat possède cette tournure d’esprit qui lui permet d’apporter un éclairage original sur des questions qui lui sont à priori peu familières. Passant d’un champ disciplinaire à l’autre, au gré de sa carrière, Pierre Hansen a résolu des problèmes dans près de quinze domaines différents dont l’exploitation de données, la distributique, le génie électrique, la biologie, l’intelligence artificielle ou encore le marketing.

Initialement formé en génie chimique, Pierre Hansen s’est très vite tourné vers la recherche opérationnelle et les méthodes d’optimisation. Il s’intéresse alors aux variables discrètes, ces variables ne comptant qu’un nombre limité de valeurs; le nombre d’enfants ou le sexe, par exemple, sont des variables discrètes. Il a développé et étudié un nombre considérable d’algorithmes dans ce domaine permettant d’exploiter les variables 0-1 dans les processus de prise de décision par le « tout ou rien » (choix d’investissement, localisation, supports publicitaires, etc.). Il a aussi largement appliqué ses connaissances en théorie des graphes pour résoudre des problèmes de coloration, de couplage ou de chemins; résultats qui trouvent leurs applications en chimie, biologie, gestion, informatique, géographie, économie et même phytopaléontologie.

Depuis plus de trente ans Pierre Hansen s’intéresse à l’exploitation de données; ce que l’on qualifie aujourd’hui de « data mining ». Il a contribué aux trois principaux « chapitres » de cette discipline: (i) la classification automatique qui a pour but de trouver parmi un ensemble d’objets des classes homogènes et bien séparées; (ii) la discrimination qui vise à obtenir des fonctions permettant de séparer des objets en deux classes, une bonne et une mauvaise (par exemple, les banques qui feront faillite ou non, les titulaires de cartes de crédit qui rembourseront leur dettes ou non); (iii) la découverte de relations satisfaites par un ensemble d’objets données (par exemple, des relations entre caractéristiques de graphes, problème pour lequel le système AutoGraphiX, développé par Pierre Hansen et son équipe, a permis la découverte de plus de 1500 conjectures dont les deux tiers ont été prouvées).

Parmi les nombreux champs de connaissance explorés par Pierre Hansen, la chimie mathématique semble être une de ses disciplines de prédilection. Les graphes y jouent un rôle important car ils permettent de modéliser les molécules chimiques, les atomes étant associés aux sommets du graphe et les liaisons à ses arêtes. À l’aide de tels modèles il a énuméré des nombreuses familles de molécules telles que les benzenoïdes, et il a apporté une contribution très importante à la science des fullérènes. Ces molécules composées uniquement de carbone et ayant la forme d’un ballon de soccer ont été découverts par Harold Kroto et ses collaborateurs ce qui leur a valu le prix Nobel de chimie. Pierre Hansen a réfuté expérimentalement une conjecture du premier papier de ces auteurs sur ce sujet en montrant que la stabilité du Buckminsterfullerène n’implique pas le plus grand nombre de structures de Kékulé (ou en termes de graphes de couplages parfaits). Il a également montré à l’aide de deux principes de chimie et de méthodes d’énumération pourquoi on peut attacher au plus 24 atomes de brome au Buckminsterfullerène et d’une seule façon alors qu’il y en a priori plus de 300,000 milliards.

C’est cependant dans le champ des métaheuristiques que Pierre Hansen s’est le plus illustré. Cette discipline consiste à définir un cadre général permettant de concevoir au mieux des méthodes de résolution approchée de problèmes. Les travaux du chercheur ont permis, entre autres, d’établir une métaheuristique très usitée aujourd’hui : la recherche à voisinage variable (VNS). Le principe de la VNS est de travailler à partir d’une solution initiale, que l’on fait évoluer dans une multitude de voisinages prédéterminés. La solution, ainsi intégrée dans des contextes différents, subit des transformations successives qui permettent son optimisation. Le routage (dispatching), la planification, la logique, la coloration des graphes ou encore l’intelligence artificielle bénéficient de cette approche.

Pierre Hansen est aujourd’hui reconnu comme un des dix meilleurs chercheurs mondiaux dans sa discipline. Et son éclectisme lui a permis d’enrichir considérablement l’approche des grands problèmes en théorie de l’optimisation.
René Laprise - Prix Acfas - 2008
Prix Acfas Michel-Jurdant
René
Laprise
UQAM - Université du Québec à Montréal
La plus grande contribution du lauréat a été de poser les bases de la modélisation climatique régionale en tant que discipline scientifique. Les méthodes numériques qu’il a mises en place sont aujourd’hui adoptées, entre autres, par le Canada, le Japon, la France et les États-Unis.

En tant que membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il est l’un des lauréats du prix Nobel de la paix 2007, attribué ex aequo au GIEC et à Al Gore. Son expertise lui a valu d’être un des principaux auteurs, et unique Québécois, du 4e rapport d’évaluation du GIEC, dans lequel des experts du monde entier affirmaient que les activités humaines avaient des conséquences incontestables sur le climat.

René Laprise œuvre dans les domaines de la dynamique de l’atmosphère, de la science du climat, des méthodes numériques de discrétisation et de simulation de l’environnement physique. Ses travaux ont permis la mise au point d’une méthode unique de modélisation de la dynamique de l’atmosphère à l’échelle régionale. Avant d’aboutir au Modèle régional climatique canadien (MRCC), René Laprise a dû réaliser des travaux pour convertir les équations de dynamique de l’atmosphère de l’échelle globale à l’échelle régionale. Puis il a développé une technique de contre-vérification, appelée le protocole Big-Brother, qui est devenue un champ d’études.

Au cours de sa carrière, René Laprise a aussi fait preuve d’une remarquable force fédératrice. Dès les années 1990, il crée le Réseau canadien de modélisation régionale du climat, un groupe d’une quinzaine de chercheurs, puis, en 2003, il fonde le Centre pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale (ESCER). Par la suite, le lauréat contribuera à l’implantation d’une chaire de recherche du Canada en modélisation régionale du climat à l’UQAM. Enfin, toutes ces initiatives ont conduit à la fondation du groupe Ouranos, auquel il participe activement en tant que collaborateur de l’axe « Recherches en modélisation climatique régionale ».

René Laprise s’est fait remarquer notamment par son dynamisme, ce qui lui vaut aujourd’hui de jouir d’une importante reconnaissance au sein de la communauté scientifique. Mais surtout, il faut souligner sa contribution à la prise de conscience collective actuelle des effets néfastes des changements climatiques et de l’importance cruciale de développer des stratégies préventives d’adaptation.
Maurice Tardif - Prix Acfas - 2008
Prix Acfas Marcel-Vincent
Maurice
Tardif
UdeM - Université de Montréal

[Depuis 2013, le prix Marcel-Vincent des sciences sociales porte le nom de Thérère Guouin-Décarie]

La démarche de ce chercheur est très pragmatique : pour étudier et améliorer le système éducatif, il soutient qu’il faut pénétrer au cœur même du travail des enseignants dans les classes et les établissements scolaires. Les nombreuses études empiriques qu’il a menées sur le terrain lui ont ainsi donné une connaissance aiguë de la réalité du métier d’éducateur.

Maurice Tardif est un acteur de premier plan en sciences de l’éducation tant au Canada qu’à l’international. Sa maîtrise de multiples disciplines – philosophie, histoire, sociologie, psychologie – lui a permis de développer une conception originale et systémique du domaine. Publiés dans une quinzaine de pays, ses travaux sur la profession enseignante, par exemple, recouvrent aussi bien l’évolution sociohistorique de cette profession et l’analyse des pratiques d’enseignement, que l’étude des connaissances et de la formation de ces praticiens.

D’un point de vue théorique, il définit l’enseignement comme une forme très singulière de travail, puisque sa matière première est l’humain lui-même. L’enseignement cherche, en effet, à transformer les personnes, au même titre que d’autres métiers d’interactions humaines comme la médecine ou l’assistance à la personne. Ses travaux théoriques dépassent ainsi largement le cadre des sciences de l’éducation et englobent les métiers et professions de relations humaines qui sont de plus en plus au cœur de l’organisation du travail dans nos sociétés modernes avancées.

Lorsque Maurice Tardif analyse le système éducatif, il s’intéresse non seulement aux enseignants, mais aussi aux professions périphériques telles que les directions d’établissement, les orthopédagogues, psychologues, conseillers, techniciens, etc. De plus, il a étudié l’enseignement dans tout son contexte, de l’échelle individuelle à l’échelle provinciale, du micro au macrosocial. Enfin, les rapports et avis qu’il produit alimentent les politiques de l’éducation et permettent d’améliorer la formation des enseignants, la conception des programmes ou l’architecture des systèmes scolaires.

Le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE) occupe une place prépondérante dans la carrière de ce chercheur, puisqu’il a fondé l’institution et l’a dirigée pendant quatorze ans. Considéré comme le plus grand centre de recherche en sciences de l’éducation du Canada, le CRIFPE réunit plus de 90 chercheurs réguliers et associés. Au sein de cette organisation, le lauréat a mené, entre autres, le programme des Grands travaux de recherche concertée du CRSH qui a permis de suivre l’évolution du personnel de l’enseignement primaire et secondaire au Canada, en collaboration notamment avec Statistique Canada.

Par ailleurs, il a contribué à la diffusion des résultats de sa discipline en rédigeant plusieurs ouvrages significatifs, traduits en différentes langues, sur les savoirs des enseignants, les réformes internationales d’enseignement ou encore la division et l’organisation du travail des agents scolaires.

Finalement, Maurice Tardif a dirigé, de 2005 à 2008, en Suisse, la Haute École Pédagogique des cantons de Berne, du Jura et de Neuchâtel, une université professionnelle consacrée à la formation du personnel scolaire.

James D. Wuest - Prix Acfas - 2008
Prix Acfas Urgel-Archambault
James D.
Wuest
UdeM - Université de Montréal
Lauréat du Prix Marie-Victorin 2013, le Prix du Québec en sciences naturelles et en génie

Ce chercheur, fait rare, a fondé son propre domaine de recherche : la tectonique moléculaire. Cette méthode originale permet de bâtir des structures ordonnées à partir de molécules très singulières : les tectons. Ses découvertes ont eu un impact significatif, notamment en science des matériaux et en nanotechnologie, ouvrant ainsi un vaste champ de possibilités aux applications industrielles.

Les propriétés des matériaux moléculaires sont déterminées par l'identité des composantes moléculaires et par leur organisation tridimensionnelle. Il est donc primordial de pouvoir contrôler l'agencement moléculaire. À cet effet, James Wuest a proposé, dans les années 1980, d’utiliser la tectonique moléculaire, une méthode alors inédite qui fonctionne à la manière d’un jeu de construction à l’échelle du nanomètre où l’on peut créer de multiples architectures moléculaires par un processus d’auto-assemblage spontané. Les briques de base sont les tectons, des molécules capables de s’associer solidement de façon déterminée et prévisible.

Développée au début pour la construction d’architectures moléculaires très ordonnées, tels des cristaux, la tectonique moléculaire a par la suite montré son utilité pour la création de nouveaux matériaux moins bien structurés, tels des gels, des cristaux liquides et des films organisés en deux dimensions. Il est même possible de s'inspirer du concept de la tectonique moléculaire pour empêcher la cristallisation et favoriser ainsi la formation de matériaux moléculaires amorphes. La synthèse, la caractérisation et la mise en application de ces nouveaux matériaux moléculaires exigent une approche hautement interdisciplinaire, axée sur la tectonique moléculaire. Cette approche offre une opportunité exceptionnelle pour la fabrication d'une nouvelle génération de cellules solaires et d'autres dispositifs à couche mince dont la performance sera déterminée par une organisation judicieuse des composantes moléculaires.

Titulaire depuis 2001 de la chaire de recherche du Canada en matériaux moléculaires, James Wuest est un chercheur mondialement reconnu. Ses diverses collaborations industrielles sont à l’origine d’une dizaine de brevets.

Benoit Lafleur - Prix Acfas - 2008
Prix Acfas Ressources naturelles
Benoit
Lafleur
UQAT - Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
Comment faire un usage industriel de la ressource naturelle qu’est le bois tout en assurant sa durabilité ? Les réponses ne sont pas évidentes, mais on sait qu’on utilise parfois des méthodes de récolte qui ne sont pas adaptées aux caractéristiques des peuplements forestiers exploités et qui limitent la croissance des arbres et la régénération des forêts. Alors, comment adapter nos pratiques sylvicoles aux caractéristiques des peuplements forestiers afin d’assurer la régénération de nos forêts ? C’est le sujet de recherche de ce doctorant en sciences de l’environnement, travaillant sous la direction de David Paré et d’Yves Bergeron.

Dans son étude, Benoît Lafleur remet en question la méthode de Coupe avec protection de la régénération et des sols (CPRS), pratiquée dans les forêts d’épinettes noires entourbées du Nord-Ouest du Québec. La CPRS a été instaurée afin d’assurer la protection des jeunes pousses et des sols lors des opérations de récolte. Toutefois, l’absence de perturbation des sols dans les forêts d’épinettes noires entourbées entraîne une baisse de la productivité des forêts. Or, dans ces forêts, la perturbation des sols, notamment par le feu, joue un rôle important, en nettoyant les sols de la matière organique accumulée et en limitant l’entourbement. Ils permettent ainsi la pousse de nouvelles générations très productives d’arbres. Benoît Lafleur cherche donc à identifier les traitements sylvicoles les plus susceptibles de perturber les sols à la manière du feu et d’assurer la régénération des forêts. Une telle étude reçoit évidemment un vif intérêt et un appui important de l’industrie forestière.

Au cours de ses recherches, Benoît Lafleur a mis en place de nombreux dispositifs expérimentaux, fruits de sa collaboration avec des scientifiques, des techniciens et des industriels. Dans une de ses expériences, il compare les effets de diverses méthodes de récolte sur le contrôle de l’entourbement et la croissance des arbres. Un autre dispositif lui permettra de déterminer quelle méthode de préparation de terrain devrait être utilisée après une CPRS afin de permettre une croissance optimale des arbres.

Ce jeune chercheur, dont les recherches ont déjà fait l’objet de 5 publications, fait également preuve d’une grande compétence sur le terrain et a démontré sa bonne connaissance des zones bioclimatiques du Québec. Pendant sa maîtrise, il a d’ailleurs étudié le rôle des fourmis dans la fertilisation des sols dans les pessières à lichens du Parc national des Grands-Jardins.

Intéressé par le partage des connaissances, Benoît Lafleur consacre une partie de son temps à communiquer sa passion pour les forêts. Il participe au programme Les innovateurs à l’école de la Société de promotion des sciences et des technologies, une activité qui met en relation les chercheurs et les élèves.
Marie-Claude Richard - Prix Acfas - 2008
Prix Acfas Fondation Desjardins - Doctorat
Marie-Claude
Richard
Université Laval
La lauréate développe un projet de recherche sur la question de l’insertion sociale et le passage à l'âge adulte de jeunes ayant fait l'objet d'un placement en milieu de vie « substitut » jusqu’à leur majorité. Ce projet s'inscrit dans un contexte où le nombre de jeunes Québécois bénéficiant de mesures de protection de la jeunesse ordonnées jusqu'à 18 ans est en augmentation. Au Québec, au cours de la période 2006-2007, 6 697 enfants faisaient l’objet de mesures de protection ordonnées jusqu’à 18 ans, une augmentation de 574 enfants par rapport à la période précédente. La question de la transition vers l'âge adulte de cette population est donc particulièrement d'actualité.

La chercheuse s’est donné pour objectif général de cerner les logiques d’actions sous-jacentes aux trajectoires de passage à la vie adulte de ces jeunes et, éventuellement, de voir dans quelle mesure les politiques concernant la jeunesse sont adpatées ces logiques.

Pour ce faire, un recensement et une analyse des données dénominalisées du Centre jeunesse de Québec-Institut universitaire permettront de dresser un portrait de ces jeunes en regard, par exemple, du sexe, du type et de la durée des mesures de placement précédant la sortie de ce « dispositif de soutien social » aux mineurs. Puis une série d'entrevues qualitatives auront pour but de mieux connaître et d’approfondir le parcours d'une trentaine de jeunes. Ces derniers seront sélectionnés selon une stratégie d'échantillonnage intentionnel. Dans cette approche, le but n'est pas d'obtenir un échantillon statistiquement représentatif, mais de choisir des individus dont les trajectoires de vie sont les plus pertinentes pour l'étude.

Lors de ces entrevues, pour amorcer la relation de confiance, la lauréate fera usage d’un support photographique. Chaque jeune sera invité à fournir une photo, prise ou sélectionnée par lui-même, et représentant sa conception de l'âge adulte. Les premiers échanges se construiront autour de cette illustration.

Loin de vouloir étudier l'insertion sociale des jeunes adultes en termes de difficultés, d'échec ou de réussite, Marie-Claude Richard s'attachera à retracer des chemins de vie. Son approche prend donc assise dans l’expérience de l’individu au lieu d’être articulée autour de catégories analytiques préétablies.

L'option de donner la parole aux jeunes n'est pas anodine. Alors que la plupart des études recensées sont centrées sur les obstacles rencontrés par ces adultes en devenir, Marie-Claude Richard tentera, elle, d'entrer dans leur univers afin d'étudier les dimensions de résilience émergeant de leur transition vers l'âge adulte. Elle cherchera à décrire leur capacité à mettre en place des stratégies leur permettant d’atteindre ce qu'ils considèrent comme l'âge adulte, malgré leur situation exceptionnelle marquée de contraintes contextuelles et personnelles.

Le projet de recherche de la lauréate découle d'un solide parcours académique, mais aussi d'une cohérence démontrée tout au long de son cheminement personnel. Son intérêt pour le travail social a été nourri d'interventions au Centre de développement personnel et conjugal (CDPEC) de Chicoutimi et de participations à plusieurs projets de recherche axés sur les adolescents. Aux dires de ses superviseurs, elle possède les qualités humaines nécessaires à l'établissement de la relation de confiance qu'implique l'aspect original de son étude. Enfin, la longue liste de ses publications orales ou écrites s'enrichit depuis peu d'une dimension internationale puisqu'elle a présenté en mai dernier une communication au colloque de l'Association internationale des sociologues de langue française (AISLF) à Brest en France.
Ali Bransi - Prix Acfas - 2008
Prix Acfas Fondation Desjardins - Maîtrise
Ali
Bransi
Université Laval
Ses travaux visent à caractériser une protéine issue d’un virus mettant parfois en échec la fermentation du lait lors de la fabrication du fromage et à démontrer que cette protéine est un homologue d'une protéine humaine de réparation de l'ADN. Cela permettrait, d'une part, de mieux comprendre les mécanismes d'infection virale et de réduire les pertes de l'industrie fromagère et, d’autre part, d'établir des similarités dans les processus intracellulaires de défense contre l'infection virale chez des organismes aussi différents que l'homme et la bactérie.

Le processus de fermentation est réalisé à l’aide de bactéries qu'on inocule au lait. Cependant, ce processus est souvent freiné ou arrêté par des bactériophages. Ces virus, présents naturellement dans le lait, même pasteurisé, attaquent les bactéries. De nouvelles souches de bactériophages émergent régulièrement et mettent en échec les stratégies des industriels. C'est là qu'interviennent les travaux d'Ali Bransi.

Les bactéries lactiques comme Lactococcus lactis possèdent toute une batterie de défenses contre l'infection phagique, parmi lesquelles les divers mécanismes abortifs d’infection induisant la mort cellulaire de la bactérie permettent d’éviter la généralisation de l'infection. AbiK est l'un de ces systèmes abortifs d'infection. Or plusieurs travaux de recherche, dont ceux de chercheurs canadiens (1), ont identifié chez certains phages, des gènes qui, lorsque mutés, procurent une résistance au mécanisme de défense bactérien AbiK. Ces gènes codent une protéine nommée Sak pour Sensitivity to AbiK.

Le projet de maîtrise d’Ali Bransi, en collaboration avec le laboratoire du professeur Sylvain Moineau, consiste en la caractérisation structurale et fonctionnelle de la protéine Sak afin de démontrer qu'elle est un homologue de Rad52, une protéine impliquée dans la réparation de l'ADN chez les eucaryotes. De tels résultats suggéreraient que des fonctions clés dans la réparation de l'ADN et de l'infection virale chez les procaryotes et les eucaryotes sont plus étroitement liées qu'admis précédemment. Les procaryotes, telles les bactéries, se distinguent des eucaryotes, les humains par exemple, par leur absence de noyau cellulaire et en sont très éloignés du point de vue évolutif.

L’autre intérêt de cette démonstration est d’avoir établi que l'absence totale de Rad52 dans des cellules souches embryonnaires de la souris entraîne une sensibilité accrue à l'infection par le VIH. Faire un parallèle entre Sak et Rad52, toutes deux impliquées dans un processus d'infection virale, intéresse donc particulièrement le laboratoire de Jean-Yves Masson du Centre de recherche en cancérologie de l'Université Laval où travaille Ali Bransi. Les premiers résultats obtenus ont fait l'objet d'une publication dans le numéro d'août 2008 de la prestigieuse revue Current biology (2).

À terme, l'objectif des recherches du lauréat est de comprendre comment la mutation du gène viral codant pour la protéine Sak permet au phage de contourner le système de défense bactérien AbiK. Il sera alors possible d’envisager de nouvelles stratégies pour combattre les bactériophages s'attaquant à Lactococcus lactis.

Au delà de son excellent dossier scolaire qui lui a valu l'obtention de plusieurs bourses, Ali Bransi fait déjà preuve de remarquables aptitudes pour la recherche et de qualités humaines indéniables. Preuve de la valeur de son travail, cet étudiant de maîtrise a déjà plusieurs publications scientifiques à son actif. Son rôle de futur chercheur n'est pas dissociable de son rôle de citoyen, il avoue être très attentif aux problèmes de la société que la science peut aider à résoudre.



(1) Julie D. Bouchard et Sylvain Moineau, « Lactococcal Phage Genes Involved in Sensitivity to AbiK and Their Relation to Single-Strand Annealing Proteins », Journal of Bacteriology, juin 2004, Vol. 186, No 11, p. 3649-3652.

(2) Mickaël Ploquin, Ali Bransi, Eric R. Paquet, Alicja Z. Stasiak, Andrzej Stasiak, Xiong Yu, Anna M. Cieslinska, Edward H. Egelman, Sylvain Moineau et Jean-Yves Masson, « Functional and Structural Basis for a Bacteriophage Homolog of Human RAD52 », Current Biology, 5 août 2008, Vol. 18, p. 1142-1146.