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La preuve par l'image

Exposition des finalistes 2012

Les images des 20 finalistes du concours La preuve par l'image 2012 sont présentement exposées à la Grande Bibliothèque, et ce jusqu'au 27 mai 2012.

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Finalistes 2012
Soleil magnétique
  • Dorian Pirot
UdeM - Université de Montréal

Le Soleil est une immense boule de gaz très conductrice. En effet, ce gaz est un plasma et ses ions sont séparés des électrons. Aussi, des champs magnétiques très intenses provenant de l’intérieur de l’étoile provoquent le rayonnement de ce gaz.

La migration des champs magnétiques de l’intérieur vers les couches externes explique la grande activité du Soleil à sa surface. Chauffé par ces champs magnétiques intenses, le plasma dessine sur la couronne solaire d’immenses boucles (petit encadré à droite). Dans le grand encadré, les boucles sont modélisées à partir d’observations de surface, en résolvant les équations décrivant la mécanique des fluides magnétisés. Cette visualisation permet de mieux comprendre les mécanismes à l’origine des champs magnétiques qui émergent des profondeurs solaires.

Les chercheurs visent à prédire l’activité magnétique afin d’anticiper l’occurrence d’éruptions solaires. Car ces phénomènes cataclysmiques ont un impact sur les régions situées à proximité des pôles magnétiques terrestres. C’est le cas du Québec où le réseau électrique et les communications s’en trouvent fragilisés. 

Les mots d'Esther Croft, nouvelliste, romancière et dramaturge                                                                                                    
                                                                                   Plonger
Tête première dans le corps du soleil. Répondre enfin à ses appels aveuglants. Glisser le long de ses coulées douces jusque dans les profondeurs d’une aube sans commencement ni fin. Se perdre dans les tourbillons de rouge et d’orangé qui célèbrent chaque jour la naissance du premier dieu. Se purifier au feu des origines et revenir au monde dans un poudroiement de lumière.
Le pourra-t-elle? Elle qui a toujours vécu au creux de la lune?

Sujets : énergie, espace
La reine organique
  • Alain Rochefort
École Polytechnique de Montréal

Voici une représentation du rubrène, une vedette parmi les molécules organiques semi-conductrices. Les petites lignes délimitent les zones spatiales où se trouvent les électrons. Cette molécule détient le record de mobilité des molécules de son espèce. En effet, elle laisse circuler très rapidement les particules qui assurent la communication dans les circuits intégrés.

Le rubrène est utilisé en électronique « plastique » dont les avantages sont la flexibilité, la légèreté et la simplicité d’assemblage. Avec une simple imprimante à jet d’encre, on peut créer des circuits électriques relativement complexes. Il s’agit alors de déposer l’encre contenant le rubrène sur une surface : métal, verre ou plastique. Cette électronique « flexible » rend possible la création de vêtements « intelligents » chauffants, refroidissants ou éclairants, ou encore la production de télévisions enroulables, voire pliables.

Les mots de Louis Hamelin, romancier, essayiste et scénariste
Des créatures qui ressemblent à cette chose vivent, vagues octopodes, au fond des fosses des océans où elles génèrent, dans ces abysses d’encre, une faible électricité, une infime et primitive lueur sursautante. Formes de vie cryptées dont la proto-intelligence sera un jour informée par la pulsation du rubrar organoïde de la planétule numéro 3 du système almachien, reliée enfin. Réseautée, à jamais au-delà de l’aigle et des téléviseurs pliants. 



Sujets : génie & technologie, matériaux & fabrication
Des bulles par milliers
  • Virginie Derycke
UQAT - Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

Ces bulles de tailles diverses permettent de fixer des sulfures. Ces sulfures sont des composés de soufre et de métal : cuivre, plomb, zinc, nickel, etc. Ils contiennent aussi parfois des traces d’or. Le sous-sol québécois contien beaucoup de ces sulfures.

La flottation est une technique de séparation fréquemment utilisée dans l’industrie minière pour séparer les sulfures des autres minéraux constituant la roche. Il est d’abord nécessaire de broyer la roche et de la mélanger à de l’eau. Puis on ajoute un « collecteur » à cette pulpe. Ce collecteur est une molécule organique, tel le xanthate, qui rend le sulfure hydrophobe. Dans un second temps, l’ajout de bulles permet de recueillir les particules hydrophobes qui s’y fixent pour remonter à la surface. Ici, les bulles sont générées par le passage d’un flux d’air à travers un disque de verre fritté, de porosité connue. Le contrôle et l’évaluation continus de la taille des bulles sont essentiels, car celles-ci ont un impact majeur sur la récupération des particules hydrophobes par flottation. Notre recherche consiste à évaluer les mécanismes fondamentaux intervenant dans le processus complexe qu’est la flottation.

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Les mots de Nancy Montour, auteure de littérature pour la jeunesse
Des bulles par milliers
Me sont révélées
Juste à les regarder
J’ai le cœur plus léger
C’est une invitation
À tout oublier
Un moment d’évasion
Je me laisse emporter
L’étrange migration
De ces petits ronds
Éveille l’insouciance
Je suis la cadence
Joie pétillante
De la découverte
Le temps qui nous hante
Sonne l’alerte
Je quitte ma bulle
Je capitule
Car sur la Terre
J’ai beaucoup à faire!



Sujets : chimie, génie & technologie, matériaux & fabrication, ressources naturelles
Couronne de Noël « au féminin »
  • Claude Robert
Université Laval

Cette structure verte et circulaire délimite les contours d’un ovocyte de vache. Cette grosse cellule au cœur de la reproduction doit se transformer pour atteindre le stade d’ovule fécondable.

L’ovocyte est ici entouré d’une garde rapprochée dédiée à son bien-être. Ainsi, tout autour, les cellules du cumulus l’assistent dans son développement. En rouge, c’est leur ADN et en blanc, leur ARN.

L’ovocyte de tous les mammifères est entouré d’une coquille appelée « zone pellucide ». Les communications entre les cellules du cumulus et l’ovocyte se font grâce à des extensions des cellules du cumulus qui traversent la zone pellucide et qui viennent toucher la membrane externe de l’ovocyte. La présence de canaux au bout des extensions permet l’échange de petites molécules. La structure de ces canaux et l'étude des molécules y transigeant, en fonction du temps, sont des éléments essentiels à la compréhension du développement ovocytaire. Ce développement amènera l’ovocyte à devenir un ovule de qualité, fécondable et apte à soutenir le développement embryonnaire.


Les mots de Patrice Lessard, nouvelliste et romancier
     Aspic vert, il y a du bœuf là-dedans, dit Clara, jello fluorescent, bœuf, œuf! tu en veux? Non, réponds-je en admirant tout autour, ébloui, ce monde scintillant de boules, guirlandes, fausses pierres précieuses en petits miroirs déconfigurés, sa tante aviaire aussi qui crie, Le partage et l’amour! en charcutant la luisante couronne chlorophylle. Je me retourne, L’échange! crachotte un oncle soûl se glissant entre nous.
     Je me rabats sur un céleri.

Sujets : biologie
Gouffre de glycérol
  • Marie Matet
École Polytechnique de Montréal

Coupe transversale d’un film de chitosane, un biopolymère composé d’extraits de carapaces des crustacés. Biosourcé et biodégradable, il possède des propriétés antibactériennes le rendant intéressant pour les emballages alimentaires. Cependant, l’industrie de l’emballage utilise des techniques de transformation à chaud pour produire ses films plastiques. Et le chitosane n’a aucun point de fusion, il se dégrade avant de fondre.

Dans cette étude, du glycérol a été ajouté pour « plastifier » le chitosane, c'est-à-dire pour gonfler et disperser les molécules de chitosane avant sa gélification. Ici, une goutte de glycérol a détérioré le biopolymère, avant de s’évaporer. Mais cet accident a permis pour la première fois d’observer sa structure stratifiée en 3D.

Les mots d'Héloïse Côté, essayiste, nouvelliste et romancière
Science-fiction

Au bord de l’abîme, j’hésite : me reste-t-il assez d’oxygène pour m’y aventurer? Le bruit de ma respiration, amplifié par mon casque, réduit à un murmure le mugissement du vent glacial dans la lande orangée. « Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité », a dit Neil Armstrong. Je ne suis qu’un instrument au service de la science, au service de la race humaine, et la planète a encore tant de secrets à livrer… Je saute.

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Sujets : génie & technologie, matériaux & fabrication
Bocage
  • Joan Laur
Université d'Alberta

Cette recherche vise à analyser les capacités d'adaptation de jeunes plantes, issues de culture en serre industrialisée. Ici, nous avons une feuille d’un jeune plant de peuplier cultivé en environnement contrôlé et saturé d'eau. Notez les orifices appelés stomates. Ils permettent l'entrée du CO2 nécessaire à la croissance de l'arbre. Quand on simule la sécheresse, ces orifices demeurent ouverts, et l'eau s'en échappe massivement. Les plantes issues de culture traditionnelle, elles, vont fermer leurs stomates en période de stress. La robustesse des plantes industrielles est donc plus faible face aux conditions climatiques extrêmes.

Les mots de Nicolas Dickner, romancier
Le peuplier deltoïde est un pionnier. Il émerge de la forêt, colonise les trouées et les friches, déferle sur le paysage en armadas clairsemées. On peut voir, estampée à même ses feuilles, la carte des pays à conquérir : une carte couverte de frontières, de haies et de limbes, qui devient obsolète au fur et à mesure que le peuplier redessine le monde.
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Sujets : biologie, environnement
La forêt des affamés
  • Steve Charette
Université Laval

Ces petits « arbres » hauts de deux millimètres sont appelés « corps fructifères ». Ils sont formés par l’agglutination de milliers d’amibes affamées. Ces organismes unicellulaires mangent des bactéries pour leur besoin en énergie. En période de famine, après avoir englouti tout le voisinage, leur instinct de survie les pousse à travailler en groupe. Un cinquième des amibes meurent pour former la tige, donnant ainsi la chance aux autres cellules de s’élever au-dessus de la mêlée. Devenues un amas de spores, les amibes survivantes entrent en dormance. Au retour de conditions favorables, elles se remettront à croître pour former une nouvelle société amibienne!

L’étude de la formation de ces structures permet de comprendre les mécanismes de communication intercellulaire qui sont aussi utilisés, entre autres, par les cellules de notre système immunitaire.

Les mots de Nicole Brossard, essayiste, poète et romancière
dans le quotidien de mots et de gestes personne ne sait encore si nous connaîtrons l’effroi et autres
appétits de vie pour nous réunir
on levait la tête on aimait les petits arbres 
derrière le fer forgé du cinquième étage 
personne ne tombait jamais
plus bas que notre habitude de la vie

Sujets : organismes vivants
À l'attaque!
  • Baptiste Lacoste
Université McGill

Cette image illustre un mécanisme naturel de défense immunitaire cérébrale : la neuro-inflammation. Elle survient ici dans le cerveau d'une souris atteinte de la maladie d'Alzheimer. En rouge, on aperçoit les fameuses plaques séniles dites « toxiques ». Ce sont en fait des amas d'une petite protéine insoluble, appelée amyloïde, qui engendrent dans le tissu cérébral un ensemble de réactions de défense qui malheureusement conduisent à la production de molécules neurotoxiques. Autour de ces dépôts, ici en rouge, se précipitent des cellules « mangeuses de plaques » : en vert, la microglie et en bleu, les astrocytes. C'est en stimulant cette réaction inflammatoire, de façon contrôlée, que certains traitements pourraient s'avérer efficaces dans la lutte contre cette maladie, véritable fléau associé au vieillissement cérébral.

Les mots de July Giguère, poète
nuit et sang
étendue sur la neige, les yeux au ciel, presque seule et silence, abandonnée à la nuit : ni aujourd’hui ni hier, demain peut-être; tu ne sais pas : tu as douze ans, l’ignorance des corps célestes; immobile, tu songes à tes formes naissantes, aux étoiles mortes encore illuminées, à la profondeur du néant ‒ ces eaux noires en toi ‒, le combat que se livrent les désirs et les peurs dans ton sang… tu ne peux détourner les yeux de l’infini.

Sujets : santé
L'amour ancien du cannabis
  • Erik Harvey-Girard

Les récepteurs cannabinoïdes CB1 sont présents dans le cerveau de tous les vertébrés, de la lamproie à l’humain. Cette présence remonte à plusieurs centaines de millions d’années, mais leur existence n’a été établie qu’en 1990. On cherchait alors à identifier les neurorécepteurs responsables des effets du cannabis.

On sait maintenant que les vertébrés produisent naturellement des molécules semblables à celles du cannabis appelées endocannabinoïdes. Ces moléculent modulent la communication entre les neurones, au niveau des synapses. Ainsi, les messages synaptiques trop puissants sont atténués grâce au système endocannabinoïde-récepteur CB1.

Sur la présente image, l’ARN messager des récepteurs CB1 est marqué en mauve sur des tranches de cerveau d’Apteronotus leptorhynchus, un poisson faiblement électrique. La localisation des neurones qui expriment les récepteurs CB1 est la première étape pour mieux comprendre leurs rôles dans le cerveau des poissons.

Les mots de Paule Noyart, nouvelliste, romancière et traductrice
Cœurs mouchetés de bruine 
Enfançons enlacés
Tendre gémellité
 
Vous êtes si beaux,
cannabinoïdes
Qu’on vous mangerait!

Sujets : neurosciences & psychologie
L'abeille : victime de sa performance?
  • Monique Boily
UQAM - Université du Québec à Montréal

L'abeille domestique est le pollinisateur le plus utilisé dans le monde pour la production de fruits, de noix et de grains. Grâce à son corps velu, Apis mellifera transporte le pollen de fleur en fleur comme en fait foi cette tête qui en est chargée (points verts).

Ce transport, indispensable au maintien des colonies, est aussi la source d'entrée de nombreux contaminants dans la ruche. En effet, pendant leur croissance, les plantes non seulement absorbent des contaminants présents dans le sol mais servent de réceptacles aux polluants atmosphériques : poussières et aussi particules provenant d'applications de pesticides et d'engrais. Les chercheurs étudient les effets de ces contaminants sur la physiologie de l'abeille et développent des biomarqueurs (mesures biochimiques qui témoignent d'une exposition à des substances toxiques). Ces travaux pourraient contribuer à contrer l'affaiblissement des colonies et les taux de mortalité élevés, non seulement au Québec mais partout dans le monde.

Les mots de Nicolas Chalifour, romancier
                                                                                          ARS CONTAMINATIONIS
Sortir, quitter son trou, sa ruche et s’en aller voler dans les mondes en fleurs, fictions folles des livres ouverts. Vrombir, agiter le vide, batifoler dans les failles, puis se frotter aux choses, s’enfoncer dans le cul des couleurs, dans les replis sucrés de tout ce qui déjà se fane. Plonger, s’en mettre plein les moustaches en suçant partout le sens. Rentrer ivre et, couvert de poussière et d’éclats de mort, régurgiter son or, faire son miel.

Sujets : biologie, environnement
Étoile de vie
  • Hassan Chadjaa
Centre National en Électrochimie et en Technologies Environnementales - CNETE

Ce champignon baigne avec gourmandise dans un milieu liquide spécialement « cuisiné » pour lui. Dans la nature, Streptomyces melanosporofaciens se développe sur des substrats solides. Du bois mort, une feuille, de la terre. Voulant le faire croître à l’échelle industrielle, les chercheurs ont finement analysé ses besoins en nutriments, azote, substances carbonées (sucres), vitamines, phosphore, etc., et ils ont produit le bouillon lui permettant de vivre et de bien se développer.

L’objectif était  de produire un biopesticide avec les spores de ce champignon ; spores qui une fois germées sur les cultures deviennent les ennemies de certaines maladies du blé et de la patate. Sur l’image, on voit la forme végétative du champignon, les points noirs sont les spores formées. Mais, oh surprise ! pour les chercheurs, ce bouillon contenait un antibiotique intéressant, enrichi de champignons. Après différentes procédures de raffinement, maints tâtonnements, un antibiotique, la geldanamycine,  est désormais à l’étape d’essais cliniques dans des batteries médicamenteuses de traitements de certains cancers…

Les mots de Sergine Desjardins, essayiste et romancière

Pendant que les étoiles filantes portent nos vœux aux confins de l'univers
La science se fait complice de notre désir de survie
Elle débusque les étoiles de vie lovées au cœur de l'infiniment petit
Perce leurs mystères
S'émerveille de leur potentiel
Fait d'elles nos alliées dans la lutte contre la faim et la mort
Et leur insuffle un extraordinaire destin intimement lié au nôtre.
Désormais, des myriades d'étoiles pourront remplir leurs promesses.

Sujets : organismes vivants, santé
Des écouteurs laser
  • Francis Vanier
  • Mathieu Maisonneuve
École Polytechnique de Montréal

Minuscules sphères situées tout au bout de fibres optiques. Leur diamètre de 20 millionièmes de mètre et leur surface, parfaitement lisse, permet d’emprisonner la lumière « incroyablement » longtemps. Un photon peut y parcourir jusqu’à 80 mètres en 400 milliardièmes de seconde, suffisamment longtemps pour y faire plus d’un demi million de tours!

Puisque ce temps de vie est très long, ces microcavités deviennent un milieu de choix pour les interactions optiques non linéaires. Parmi ces interactions, la plus surprenante est la génération de nouvelles fréquences optiques (nouvelles couleurs). En effet, si on y injecte de la lumière infrarouge, il est possible d’en tirer de la lumière verte! L’utilisation de ces interactions non linéaires va des traitements des signaux optiques à la détection biologique et moléculaire.

Pour fabriquer ces cavités, la pointe d’une fibre optique est amincie par étirage puis refondue en une sphère avec un laser haute puissance. Puis on observe au microscope si la qualité est parfaite.

Les mots de Louise Bouchard, poète et romancière
L’une remue le monde et laisse ses empreintes sur les astres. L’autre veille et n’a pas bougé depuis Homère et Sapho. Quand la seconde voit passer la première, elle la salue et lui souhaite bonne chance. Au combat livré contre les silences de la matière et les mirages du temps, la Science et la Poésie s’épaulent, si bien que leurs traits parfois se confondent. L’objet de leurs vœux est le même, voyez-vous, et pareil le jour fait pour nous.
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Sujets : génie & technologie, matériaux & fabrication, physique
Un micro-tombeau de lumière
  • David Roy-Guay

Nous sommes à la surface d’un diamant artificiel ; une mine de potentiel d’interaction magnétique et électrique. Ce diamant, « né » au laboratoire, est constitué exclusivement de carbone, comme sa version naturelle. Il a ici été bombardé d’atomes d’azote afin de créer avec une précision inégalée des imperfections… En fait, ce bombardement « fait sauter » un certain nombre d’atomes de carbone, créant des trous dans la structure du diamant. Et près de ces « trous » sans carbone viennent se loger des atomes d’azote. Ce phénomène crée des « centres colorés » qui émettent de la lumière dans le spectre du visible.

Dans les dunes et la pyramide que nous observons ici, on retrouve ces centres colorés. Ces derniers, piégés dans la structure parfaite du diamant, sont des détecteurs électromagnétiques atomiques très sensibles à leur environnement. De plus, ils ont une relation singulière avec la lumière qu’ils émettent. À l’image d’une ampoule, leur état peut être changé « d’allumé à éteint » par l’application de micro-ondes. Étonnamment, ils peuvent être allumés et éteints en même temps, une superposition d’états dits quantiques. Cette propriété, normalement observable à des températures cryogéniques, persiste à température ambiante, ce qui fait de ces centres colorés d’excellents transistors quantiques. Certainement utiles pour le développement de l’informatique quantique, mais également pour la recherche de traceurs biocompatibles et d’imageurs de résonance magnétique à l’échelle cellulaire.

Les mots de Louise Dupré, essayiste, nouvelliste, poète, romancière et dramaturge
Le sang des mots

Scrutée de près
de plus près que les yeux

la matière devient
une pyramide de laine
surgie par hasard
au milieu des dunes
mémoire momifiée
des millénaires
endormis sous la pierre
pur diamant qui t’écorche
le doigt
jusqu’au sang des mots
Tu imagines la mort
comme une tapisserie
aux couleurs indécentes
que tu t’acharnes à défaire
chaque nuit de tes mains
ridées

Sujets : génie & technologie, matériaux & fabrication
Cristaux vivants
  • Laure de Montety
UQAR - Université du Québec à Rimouski

Voici une colonie animale appelée « bryozoaire ». Ces colonies présentent des formes spécifiques à chaque espèce, ce qui permet aux spécialistes de les différencier. Le présent spécimen, Cellepora nordenskjoldi, est calcifié. Il a été échantillonné à 52 mètres de profondeur dans l’océan Arctique canadien lors d’un projet de recherche visant à mieux connaître la biodiversité des invertébrés vivant sur les fonds marins, qu'on appele le benthos. Pour ce faire, la taxonomie, science permettant de nommer  les êtres vivants, demeure essentielle à la connaissance et à l’évaluation de la biodiversité.

Les mots de Martin Michaud, nouvelliste et romancier
Si tu pouvais voir sous la surface, la meute s’organise, il y a toujours une face cachée où enfouir les secrets, des espaces de lutte et de lumière pour prononcer la grandeur des choses; phare égaré dans le noir infini de la mer des solitudes : traverse les frontières fluides, vrille la glace arctique de colonies translucides; si tu pouvais voir sous le lit déchiqueté où nous dormons, la meute s’organise, la guerre des espèces se poursuit en silence.

Sujets : organismes vivants
Piège à photons
  • Yves-Alain Peter
École Polytechnique de Montréal

Cette structure circulaire de l'épaisseur d'un cheveu est appelée « tore ». Elle est en verre, et elle est montée sur un pilier en silicium. Lorsque lancés dans le tore avec l’angle et l’énergie appropriés, les photons y tournent comme dans un carrousel infernal. La lumière, ainsi injectée à l’intérieur, est piégée pour un temps 1000 fois plus long que dans d’autres types d’attrape-photons. Comme si au lieu de tourner pendant une minute dans un manège, vous y restiez plus de 16 heures…

Ce phénomène s’explique grâce à la loi de Snell-Descartes. Cette loi physique exprime comment un rayon lumineux change de direction à l’interface de deux milieux différents (exemple : verre/air). Sous certaines conditions, choix du matériau ou direction de départ, la trajectoire peut être telle que le rayon lumineux est totalement réfléchi à l’interface. C’est ce phénomène de réflexion totale qui est exploité dans un tore. Avec une direction de départ appropriée, le rayon est réfléchi successivement sur les parois internes du tore jusqu’à en faire plusieurs fois le tour. On obtient ainsi un piège à lumière de grande efficacité. En retenant le photon, de nature très fuyard, les chercheurs peuvent l’étudier et ainsi mieux le comprendre.

Les mots de Pierre Ouellet, essayiste, poète et romancier
ça fuse et se
diffuse droit debout
ourlé roulé haute tour
de boue adam et ève en un
seul homme mais une
tonne d’êtres une grosse
somme d’air toute en
poussière prise en
photo prise en
étau moulin à
prière de l’univers en
suspens tour de
lumière où la vie moule
le monde belle am-
phore d’ombre : l’urne
des corps par delà
leur mort dans la
photogénie de l’es-
pace nu


Sujets : physique
Fibres en bouquet
  • Nicolas Sgarioto
Université McGill

La perte de masse musculaire, et par conséquent de sa fonction, s’appelle « sarcopénie ». Ce phénomène est causé, entre autres, par le vieillissement, des maladies neurologiques ou des problèmes de nutrition. Les techniques d’immunologie combinées à l’magerie permettent de déterminer précisément la composition des fibres et de comprendre les mécanismes entraînant cette « fonte musculaire ».

On observe, sur cette coupe transversale d’un muscle de la cuisse, les trois types de protéines (myosines) constituant les fibres musculaires. Ces différents types de fibres possèdent leurs caractéristiques métaboliques propres. Les fibres lentes, constituées de myosines de type I (bleu), sont bâties pour l’endurance. Les fibres rapides, composées de myosines de type IIA (rouge) ou IIX (vert), sont dédiées aux efforts brefs et intenses. Avec l’âge, des fibres hybrides, composées de différents types de myosines apparaissent. Ces hybrides peuvent être le reflet de changements pathologiques du muscle. 

Les mots de Élise Turcotte, romancière et poète
Plus tard

Je dansais
Je me souviens des arabesques
Quand le soupçon hantait nos muscles
Et retenait un instant les images

Au coin de la rue
Il y avait toujours autre chose
Je plantais des personnages vieillissant
Dans le carré rouge du soir

J’avais fuit dans une ville étrangère
Souvent recluse
Au centre d’un cabinet de curiosités
À la science aussi inexacte que vraie

Ce mouvement
Je l’écris maintenant
Un soir de brume légère
Puisque mon corps est automne

  • 

Sujets : biologie, santé
Des neurones branchés!
  • Marie-Eve Laramée
UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières

Voici vingt neurones classés selon le volume de leur réseau de dendrites, ces extensions servant à accueillir les « communications » externes. Ce sont des neurones du néocortex impliqués dans des intereliant les différentes aires sensorielles. Ils proviennent des aires auditives, visuelles et somesthésiques (pression, chaleur, douleur) et se connectent au cortex visuel primaire. On peut noter la grande variété morphologique des neurones impliqués dans ces connexions.

Les mots d'Hélène Monette, conteuse, poète et romancière
                                                                                              étoiles comprises
vigilance échevelée * les tragédies enracinées de la fragilité vacillant dans le terreau du rêve * les silences ramifiés, violences invisibles, secrets sacrés * lorsque soudain * l’âme multipliée tient debout  pour ne pas se briser * le cœur à l’envers * secouant ses ramilles * la brindille se tient droite dans le champ des tempêtes * repousse ses énervements * à tue-tête dans les racines * frêle, s’étiole en plein néant * l’espoir en filaments sous les assauts du ciel

Sujets : neurosciences & psychologie
Microeil
  • Julien Lemyre-Camirand
Université de Sherbrooke

Une des approches pour développer des ordinateurs quantiques demande que l’on soit capable de manipuler les électrons un par un. Pour ce faire, on dessine des nanofils métalliques sur le matériau semiconducteur.

La fabrication de ses nanofils se fait en trois étapes.  D'abord, on étale une résine sensible aux électrons sur le semiconducteur. Un faisceau d'électrons focalisé sur la résine balaie ensuite la surface afin de dessiner des nanotranchées. Finalement, ces nanotranchées sont remplies d’une fine couche métallique composée de titane et d'or.

Cette couche de métal forme les nanofils. Or, pour déposer le métal dans les nanotranchées, on doit focaliser un faisceau d’électron sur une cible métallique. Lorsque la cible d’or est utilisée, beaucoup d’électrons sont éjectés dans toutes les directions. Les électrons qui entrent en collision avec la résine modifient sa structure chimique sur toute sa surface. Ce contact  violent crée de fortes tensions et même des micro-explosions, comme ce "microeil". La taille des explosions, des milliers de fois supérieure à celle des nanofils, ces derniers deviennent complètement inutilisables.

Les mots de Jocelyn Boisvert, auteur de littérature pour la jeunesse
Fleur nucléaire dans des contrées microcosmiques
Méduse radioactive dans les entrailles de la matière
Feu d’artifice dans de vastes cieux microscopiques
Étoile croqueuse de foudre, infime soleil éphémère
Éclat d’éternité entre l’invisiblement petit
                               et l’inconcevablement grand

Le chaos originel poursuit son œuvre
La fin des temps
En perpétuel recommencement.

Sujets : génie & technologie, matériaux & fabrication, physique
Le stress d’Arabidopsis
  • Justin Wright
  • Patrick Gulick
Université Concordia

Détail d’une racine et d'une feuille d'Arabidopsis thaliana. Ces plantes expriment plusieurs gènes quand elles subissent un stress. Pour visualiser l’expression du gène Response to Drought (RD20), les chercheurs l’ont fusionné à un autre gène qui produit une pigmentation bleue. Le gène RD20 est déclenché, entre autres, par la sécheresse et le stress salin. Il influence alors le développement de l’architecture des racines. Le gène influence le développement de l’architecture des racines dans des conditions de stress. Cette recherche peut être stratégique à la lumière des récentes études démontrant une augmentation de la famine.

Les mots de Marie-Renée Lavoie, romancière
RD20 [DYdevR] n.m. •2274 : Cactus translucide très répandu dans les champs extragalactiques, le RD20 est une forme transgénique de cactées terrestres (Terre : planète du système solaire évacuée en 2112). Il projette des épines diaphanes pour se créer un bouclier flottant qui rend le pilotage périlleux en zone de forte concentration. Son suc azuré fournit en eau les néants du Trou Noir. « En route Jim, il nous faut des RD20, j’ai soif. » (Z. Jurff)



Sujets : génétique
Cerveau en croissance
  • Marc Fournier
UdeM - Université de Montréal

L’objectif de cette recherche est de mettre en relation l’anatomie et l’activité électrique d’un cerveau de nouveau-né prématuré, en cours de développement. Résultant de calculs et de traitements informatiques, cette image présente l’évolution de ces deux phénomènes dans un cerveau en croissance entre 7 et 9 mois. C’est la période où les circonvolutions cérébrales sont en pleine formation. Les couleurs de la surface (du bleu vers le rouge, en passant par le vert et le jaune) indiquent les changements dans les courbures. Les zones bleues sont établies depuis un certain temps, et les zones rouges seront formées ultérieurement. Pour leur part, les lignes irradiantes rendent compte de l’activité électrique du cerveau en lien avec les modifications de courbures. Si elles sont longues, c’est que les deux activités sont simultanées. Les points blancs indiquent les endroits où des mesures sont effectuées, pour ensuite être interpolées sur l’ensemble de l’image.

Les mots de Francis CATALANO, poète, romancier et traducteur
Maman tu me manques
et ton manque fait se mouvoir ma croissance :
suis venu atterré dans un monde mou
par les portes de l’oxygène, refoulé dans l’embrasure jamais mon cri n’est né.
J’habite mon cerveau
mon cerveau m’habite et c’est déjà
un berceau, un caveau
où se déversent d’étranges formes,
des bouches, un hochet, la couleur du lait.
Je sens une île, un archipel 
des ondes qui n’ont point de cesse, ma croissance
se meut c’est une marée
bleue de syzygie.

Sujets : neurosciences & psychologie

En partenariat avec