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315 - Le dialogue : fondements, pratiques, conditions de possibilité – Congrès annuel de la Société de philosophie du Québec

Du mardi 28 au jeudi 30 mai 2019

Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.

La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.

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Remerciements

La Société de philosophie du Québec tient à remercier l'Université Saint-Paul et le Centre de recherche en éthique publique et gouvernance pour leur soutien financier.

Colloque
Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines
Responsables
USP - Université Saint-Paul
Cégep Montmorency
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Avant-midi
08 h 30 à 11 h 20
Communications orales
Les possibles des dialogues à travers une posture de vulnérabilité
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0225
08 h 30
Mot de bienvenue
08 h 35
La vulnérabilité comme outil critique, redéfinir les normes sociales et les frontières de l’exclusion
Eloi Paradis-Deschênes (Université d’Ottawa), Françoise Paradis-Simpson (Université Laval)

Le concept de vulnérabilité a récemment été mobilisé dans plusieurs écrits féministes. Chez la plupart des auteur.e.s, la reconnaissance de la vulnérabilité constitutive à l’être humain est indissociable d’« une conception du sujet radicalement alternative » (Ferrarese, 2009) qui remet en question le modèle du sujet autosuffisant. L’un des avantages de la vulnérabilité est qu’elle ne constitue pas en elle-même un idéal normatif. C’est plutôt sa distribution en rapport à un système de valeurs, de normes et de pratiques qui nous amène à lui accorder une valeur positive ou négative. Sur la base d’une condition commune à tout être humain, la distribution de la vulnérabilité se présente comme un problème normatif présent dans tout système, et peut être articulée à une pluralité de valeurs (autonomie, égalité, etc.). Ce concept ne possède pas en lui-même de présupposé susceptible d’exclure a priori certaines personnes ou certains types de savoir ou d’idéaux. Après avoir défini le concept de vulnérabilité, en nous appuyant sur les écrits de Judith Butler (2005, 2016), nous aborderons en quoi ce dernier contribue potentiellement à l’élaboration d’approches théoriques non-idéales et plus inclusives. Nous verrons que, sur le plan épistémologique, cette conceptualisation de la vulnérabilité permet d’éviter la fermeture à certains types de savoirs et d’idéaux et que, sur le plan politique, elle permet d’ouvrir l’espace politique et de redéfinir les frontières de la citoyenneté.

Résumé
09 h 10
La vulnérabilité: condition subjective des privilégié.es permettant d’entamer un dialogue décolonial
Laurie Gagnon-Bouchard (UQAM - Université du Québec à Montréal), Camille Ranger (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Nous nous intéressons aux philosophies féministes dans une perspective de décolonisation des connaissances. En ce sens que nos travaux visent à définir des lieux communs permettant un dialogue épistémique entre personnes/groupes différemment situés dans les rapports de pouvoir. Dans le cadre de cette communication, nous nous intéresserons à des propositions théoriques et éthiques qui, chacune à leur façon, font usage de la stratégie de reclaim afin de reconnaître la relationnalité de l’être-au-monde. Nous commencerons par aborder la logique du don telle que revendiquée par l’auteure Sami Rauna Kuokkanen. Cette dernière fait du don une pratique performative d’ontologies relationnelles. Nous nous intéresserons ensuite au concept de vulnérabilité tel que défini par Judith Butler. Ce dernier nous semble particulièrement pertinent pour la déconstruction/reconstruction des subjectivités dominantes. En effet, la vulnérabilité met de l’avant un ethos qui reconnaît le caractère ouvert et éminemment relationnel de l’être-au-monde humain. Enfin, nous soutenons que la reconnaissance par les femmes allochtones de leur vulnérabilité ontologique est la condition de la réception et de la mise en acte de la logique du don développée par Kuokkanen. Ici, la théorisation féministe de la vulnérabilité ontologique devient un fondement prometteur pour mettre en place les conditions d’un dialogue décolonial entre femmes et féministes différemment positionnées dans les rapports de pouvoir coloniaux.

Résumé
09 h 45
Pause
10 h 00
Vulnérabilité et authenticité; penser une éthique du care dans le rapport à soi
Élie Beauchemin (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

Cette communication propose d’explorer la notion de vulnérabilité dans une perspective du rapport à soi-même, en vue de poser la question des conditions de possibilité de l’authenticité ou de l’honnêteté vis-à-vie de soi. Pour ce faire, je m’intéresserai d’abord à la thèse avancée par Carol Gilligan dans Joining the Resistance (2011), faisant état d’une tension entre une part de l’identité humaine relationnelle («caring») et le type de subjectivité prescrite par les normes patriarcales, à partir de laquelle s’opérerait un processus de dissociation. Je proposerai d’approfondir la thèse de Gilligan selon laquelle la dissociation constitue un mécanisme psychique servant une fonction adaptative au niveau social et culturel. En m’appuyant sur son intuition d’un soi divisé, selon laquelle une part fondamentalement vulnérable de l’identité est refoulée, je poursuivrai en montrant comment les notions d’ignorance épistémique de la vulnérabilité développée chez Erinn Gilson et d’opacité du sujet chez Judith Butler viennent éclairer les mécanismes psychologiques qui sous-tendent la formation de ce qu’elles appelle la «subjectivité invulnérable», et président à ces processus de dissociation. Il s’agira ici de présenter comment ces deux auteures offrent une compréhension de la vulnérabilité et du rapport à soi qui soit complémentaire à l’éthique du care de Gilligan, qui permette à la fois de penser le soi comme d’emblée affecté et les implications sur ce que signifie être «authentique».

Résumé
10 h 20
La quête de « santé mentale », un prétexte pour exposer la vulnérabilité?
Marie-Ève Vautrin-Nadeau (UdeM - Université de Montréal)

La notion de « santé mentale » est fortement employée au sein de l’appareillage professionnel, institutionnel et légal de la santé publique au Québec, qui a connu un essor important dans la seconde moitié du XXe (Massé, 2003). Dans le discours public, elle est par ailleurs plus répandue. Selon Marcelo Otero (2003), ladite notion ne réfère pas tant à l’absence de maladie qu’à l’appel à développer « un certain potentiel d’adaptation atteignable par un travail du sujet sur lui-même et, le cas échéant, sur son réseau d’appartenance et de soutien » (p. 21). Or, la quête de « santé mentale » que théorise Otero en est récemment venue à faire l’objet d’initiatives médiatiques telles que la série télévisée Un vrai selfie (Unis TV, 2018). Dans la foulée du mouvement contre la stigmatisation des personnes aux prises d’un problème de « santé mentale », des voix s’élèvent pour parler de « difficultés » du quotidien, de rapports à soi troubles. Dans le cadre de cette communication, j’interrogerai les modalités de mise en visibilité d’enjeux de « santé mentale » en tant qu’ils traduisent une certaine vulnérabilité. M’inspirant de Judith Butler (2016), qui aborde la vulnérabilité comme une ressource politique pouvant ouvrir des espaces de parole et de solidarité pour des sujets différemment positionnés dans le champ social, je propose une exploration des manières d'exposer et de discuter des épreuves de vie, cela en m’appuyant sur des extraits de la série Un vrai selfie.

Résumé
10 h 40
Discussion
08 h 30 à 11 h 20
Communications orales
Qu’il est difficile de dialoguer. Les populismes, ennemis du peuple?
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0204
08 h 30
Aux origines des populismes de gauche : histoire et applications d’un concept
Andre MINEAU (UQAR - Université du Québec à Rimouski)

Le but de cette communication est de réfléchir sur les origines du populisme, dans le contexte de la Russie en particulier, pour mettre en lumière les liens qui relient le populisme aux grands courants idéologiques dont nous sommes aujourd’hui les héritiers. Il s’agira de jeter un peu d’éclairage sur les relations entre le libéralisme, la philosophie des Lumières et les populismes de gauche, au tournant du XXe siècle.  

L’enjeu consiste en fait à retrouver les sources du populisme moderne, dans ce contexte particulier qui, au siècle des Lumières, a créé les conditions qui ont permis l’entrée du peuple en politique. On verra en même temps comment ce processus a été dévoyé, tout au long du XIXe siècle, par les changements sociaux issus eux-mêmes des bouleversements économiques de l’ère industrielle. On arrive ainsi à la formation d’un premier populisme de l’époque contemporaine qui, à l’origine, ne pouvait être qualifié par rapport aux catégories de droite ou de gauche. On centrera l’analyse sur un cas de figure, à savoir la pensée révolutionnaire en Russie, justement parce qu’elle a situé le populisme dans la perspective de changements socio-politiques qui visaient le progrès des masses.  

On pourra voir en conclusion les rapports et les similitudes, le cas échéant, avec l’époque actuelle.

Résumé
09 h 10
Libre-échange, consensus néolibéral et populisme
Simon-Pierre Savard-Tremblay (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)

Faut-il établir une relation de cause à effet entre la signature de nombreux accords de libre-échange, le modèle néolibéral et l’essor du populisme? L’incapacité des élites néolibérales, durant ces dernières décennies, à mener des politiques économiques qui accroissaient le bien-être du plus grand nombre dans les sociétés développées serait précisément la cause de la multiplication des mouvements populistes, ou près de mouvements connexes. En réaction au fait que la mondialisation a, somme toute, profité à une minorité, le populisme apporte une réponse qui ne repose sur aucune idéologie et cumule les apports de plusieurs écoles de pensée; la réponse économique du gouvernement états-unien actuel n'est pas, par nature, anti-libérale. En revanche, chez nos voisins du sud, il y a eu au XIXe siècle un populisme s’inscrivant en faux contre le capitalisme financier symbolisé par Wall Street. Dans cette perspective, il vaut la peine d’examiner le bien ou le mal-fondé d’un populisme de gauche par lequel ses théoriciens viseraient à construire une frontière entre le « peuple » et cette « oligarchie », l’unique frontière politique qui vaille selon la philosophe belge Chantal Mouffe.

Résumé
09 h 50
Pause
10 h 00
Dialogue ou monologue? Ces empêcheurs de dialoguer d’égal à égal
France Giroux (Cégep Montmorency)

Philosophie oblige, commençons par définir les concepts avec lesquels nous pensons pour éviter qu’ils « pensent à notre place » (Patrick Moreau). La notion de populisme ne se définit pas par les mots qui lui ressemblent tels « peuple » ou « populaire », mais bien par « démagogie ». Bien qu’on ne puisse associer le populisme à un profil d’électeurs très particulier, il est observable que, souvent, ses électeurs déconsidèrent les élites académiques ou artistiques établies, sans pour autant concevoir que leur hostilité consiste en de l’anti-intellectualisme ou de l’inculture. En démocratie, où il convient d’établir une discussion équitable et rationnelle entre nous tous, l’approche démagogique pose problème. De fait, les interlocuteurs-démagogues occultent la parole de ceux qui, parmi nous, sont issus des minorités. Contre ces empêcheurs de dialoguer d’égal à égal, il faut amorcer l’analyse philosophique des inégalités à l’œuvre sans négliger leur dimension politique. Ce qui mérite notre attention, de plus, est la logique intrinsèque du populisme, laquelle influence l’exercice du pouvoir : les populistes, une fois élus, ne se contentent pas d’attiser l’animosité envers les élites, ils s’affirment anti-pluralistes; eux, et eux seuls, représentent le peuple, comme s’ils avaient réussi une OPA sur le mot peuple.

Résumé
10 h 40
Polarisation et populisme
Jean-Claude Simard (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Afin de rendre compte de la vague actuelle des populismes, qu’ils soient de droite ou de gauche, on analysera une série de facteurs explicatifs, dont l’effet cumulé devient ravageur. Depuis une vingtaine d’années, en effet, une nouvelle façon de faire de la politique est apparue dans plusieurs pays occidentaux : la politique polarisante (wedge politics). Cette stratégie de division cible volontairement des thèmes à haute teneur affective, tels la criminalité, les crispations raciales, les théories du genre, ainsi de suite. Cette approche entraîne des clivages tranchés, ce qui occasionne déjà de fortes tensions dans la population. Ajoutons-y un facteur sociologique, les phénomènes de migration massive, un facteur international, l’impact des nouveaux modèles de réussite économique associés à des régimes autoritaires (Chine, Russie, Turquie, Iran, etc.), et couplons enfin le tout à un facteur technologique délétère, la caisse de résonance des médias numériques; on obtient alors tous les ingrédients de la tempête parfaite. On examinera l’ensemble de ces facteurs afin de montrer comment cette étiologie multifactorielle exerce actuellement une forte pression sur les régimes démocratiques de type occidental et y facilite entre autres la montée du populisme.

Résumé
09 h 00 à 11 h 20
Communications orales
Recherches en philosophie médiévale
Présidence/Animation : Claude Panaccio (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0231
09 h 00
Les dimensions déterminées comme principe épistémologique d'individuation selon Thomas d'Aquin
09 h 40
Le principe d'uniformité modale de Godefroid de Fontaines contre Gilles de Rome et Thomas d’Aquin
Geneviève Barrette (Cégep Montmorency)

La question de savoir si la position de Gilles de Rome sur la distinction entre l’être et l’essence s’identifie à celle de Thomas d’Aquin divise les chercheur.ses. Par ailleurs, König-Pralong (2006), dans son ouvrage sur la controverse sur la distinction entre l’être et l’essence qui eut cours à l’Université de Paris dans les années 1270 et 1280, suggère que la position de Godefroid de Fontaines sur la relation entre l’être et l’essence ne serait pas antithomiste.

Dans cette communication, je montrerai que l'objection principale que Godefroid soulève contre la distinction entre l’être et l’essence défendue par Gilles atteint aussi la position de Thomas. Je défendrai que ce constat milite dans le sens de la convergence des positions de Gilles et de Thomas et de l’incompatibilité de leur position et de celle de Godefroid. 

Godefroid affirme qu’il n’y a pas d’intermédiaire entre le non-être et l’être en acte: l’être et l’essence d’une créature sont, selon lui, soit en puissance, soit en acte. Ce « principe d’uniformité modale », comme je l’appellerai, constitue une objection à l’argument de l’essence intelligée, un argument mis de l’avant par Thomas et Gilles dans leurs discussions sur la distinction entre l’être et l’essence. Par ailleurs, l’éclairage qu’apporte le principe d’uniformité modale sur certains présupposés de Thomas et de Gilles permet de voir que les deux maîtres échouent à éviter l’accidentalité de l’être qu’ils critiquent dans la position d’Avicenne.

Résumé
10 h 20
Pause
10 h 40
Concorde civile et vie bonne selon Marsile de Padoue
Antoine Côté (Université d’Ottawa)

L’autorité de faire les lois, selon Marsile de Padoue, revient à « l’ensemble des citoyens de la cité ou à sa partie prépondérante ». En effet, seul l’ensemble des citoyens (ou sa partie prépondérante) est à même d’établir des lois servant l’intérêt de la cité en son entier; et ce n’est que si l’intérêt de tout le corps social est pris en compte que pourra se réaliser cette paix civile que Marsile appelle de ses vœux, et sans laquelle les citoyens ne pourront mener une vie bonne.  Après une brève présentation de l’interprétation la plus plausible de l’expression « l’ensemble des citoyens ou à sa partie prépondérante », je parlerai de la postérité de cette formule dans la philosophie politique du Moyen Âge tardif.

Résumé
09 h 00 à 11 h 20
Communications orales
Le dialogue avec les Grecs en philosophie allemande I
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0209
09 h 00
Vie et métaphysique : la critique diltheyenne de la Vernunftwissenschaft grecque
Jean-Christophe ANDERSON (Université d’Ottawa)

Les développements que réserve Dilthey au problème de la métaphysique sont généralement associés au versant négatif, ou critique, d’une entreprise qui serait, elle, résolument positive (fondation des sciences de l’esprit, herméneutique historique, philosophie de la vie, etc.). Les limites de cette interprétation se manifestent à notre avis dans son incapacité à rendre compte de la profondeur du dialogue que Dilthey a toujours entretenu avec le passé métaphysique de l’humanité. Si Dilthey n’hésite pas, dans plusieurs de ses travaux, à qualifier de « périmé » tout effort métaphysique, il n’en demeure pas moins qu’il se rapporte de manière récurrente aux différents systèmes métaphysiques comme à une sorte d’indépassable « patrie spirituelle» (B. Groethuysen, Introduction à la pensée philosophique allemande, 45). Il s’agira pour nous de mettre au jour l’ambiguïté qui caractérise le traitement diltheyen de la métaphysique à partir des analyses consacrées, dans le second livre de l’Introduction aux sciences de l’esprit, à la naissance de la métaphysique grecque ainsi qu’à l’élaboration du système aristotélicien – «l’œuvre la plus grandiose du monde antique » (GS VIII, 213). En rapportant les catégories métaphysiques grecques à leurs sources vivantes, c'est-à-dire à l’expérience qui les sous-tend, Dilthey croit pouvoir venir à bout de tout atavisme métaphysique et, d’un même geste, préparer un succédané qui serait à la hauteur des ambitions originaires de cette métaphysique.

Résumé
09 h 45
Husserl et la question de l’origine
Alexandre Leduc Berryman (Université d’Ottawa)

Edmund Husserl n’est assurément pas reconnu pour son dialogue avec la pensée grecque, contrairement à plusieurs héritiers de sa phénoménologie. Ses textes tardifs, pourtant, montrent un intérêt persistant de sa part pour ce qu’on pourrait nommer le « moment grec » de l’histoire de la philosophie. Pour Husserl, c’est là l’occasion de poser la question de l’origine de la philosophie, mais aussi, et peut-être plus fondamentalement encore, de l’origine de l’Idée ou de l’idéalité elle-même. Or, ces deux interrogations conduisent la phénoménologie husserlienne à ses propres limites. Si l’on suppose une origine de l’idéalité, en effet, l’on doit se demander comment une telle origine sera accessible à la description, puisque la possibilité de cette description repose sur l’idéalité elle-même. C’est pourquoi la question de l’origine, qui ressort de l’étude husserlienne du « moment grec », a conduit plusieurs, dont J. Derrida, à suggérer que la phénoménologie telle que conçue par son fondateur devait être dépassée. Nous chercherons à voir si la phénoménologie husserlienne est mise en échec par sa tentative de répondre à la question de l’origine ou si au contraire elle parvient à y répondre dans le cadre qu’elle s’est fixé.

Résumé
11 h 30 à 13 h 40
Panel
Plénière | Dialogue et débats publics
Présidence/Animation : Dany Rondeau (UQAR - Université du Québec à Rimouski)
Participants : Marianne DI CROCE (Université d’Ottawa), Dominique Payette (Université Laval), Dominique Leydet (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0204
Après-midi
14 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Vulnérabilités du dialogue I
Présidence/Animation : Sophie Cloutier (USP - Université Saint-Paul)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0225
14 h 00
Mot de bienvenue
14 h 15
La fragilité du dialogue : régression de l’écoute et accaparement de l’attention
Pascale Devette (UdeM - Université de Montréal)

À partir des analyses de Theodor W Adorno sur l’empire de la froideur, des réflexions d’Estelle Ferraresse sur la fragilité du souci des autres et du concept d’attention développé par Simone Weil, cette présentation explore la manière dont le capitalisme contemporain compartimente l’attention à autrui et diminue la capacité à être à l’écoute de certaines personnes. Dans un premier temps, nous constaterons que l’avènement du néolibéralisme n’a pas réalisé une libération des émotions, mais au contraire stimule certaines émotions précises, déjà reconnaissables, encouragées et orientées vers des catégories définies, laissant à l’écart les catégories marginalisées : c’est tout l’aspect de l’auto-entrepreneur qui sait être émotionnel, dans une forme de relation non-relationnelle aux autres, au sens où l’échange domine et où la commensurabilité des personnes ne permet pas une expérience vécue à autrui. Dans un second temps, il s’agira d’explorer une manière d’articuler l’attention et l’écoute qui ne soit pas immergée dans l’émotivité, mais dans une forme de distance à soi, permettant l’émergence d’un espace d’apparition pour l’autre dans lequel peut se développer le dialogue.

Résumé
14 h 45
Le dialogue autrement : vers une éthique féministe néomatérialiste de la vulnérabilité
Emilie Dionne (Université McGill)

La pensée féministe se démarque par son insistance sur une pensée qui opère (au moins) à deux. Pour ces auteures, impossible de savoir autrement qu’en mise en relation avec les autres, l’« autre » ou l’autrement. Être en dialogue, s’ouvrir et désirer ce dernier, n’est toutefois pas une condition suffisante pour articuler de nouveaux modes de pensée ou d’agir politique. Certes, la vulnérabilité est une facette ontologique, mais elle n’engendre pas d’elle-même l’affection sensible d’une personne à l’autre dans sa singularité.

Depuis une vingt ans, les penseuses féministes du nouveau matérialisme conçoivent des outils tant conceptuels que pratiques visant l’affection et l’articulation de nouveaux schèmes d’imagination pour la recherche fondamentale, la science, l’éthique et le politique. Ce travail de transformation sensible n’est pas simple à entamer, et doit se faire de concert avec une matière qui est dynamique, poreuse et dotée « d’agentivité ». Dans cette allocution, j’effectuerai une critique de l’intention du dialogue comme condition insuffisante d’une délibération réellement démocratique, et je démontrerai comment la vulnérabilité ontologique de l’humain peut (et doit) être affectée autrement pour que des voix qui n’existent pas, ne comptent pas ou ne sont pas vues ou entendues présentement, puissent émerger et être entendues dans leur singularité dont elles sont porteuses.

Résumé
15 h 15
Pause
15 h 45
Vulnérabilité et solidarité
André Duhamel (UdeS - Université de Sherbrooke)

Les personnes vulnérables s’entraident et ces échanges contribuent à alléger leur vulnérabilité. Une des dimensions de cette entraide est le témoignage, le dialogue et la parole publique. Ce phénomène d’agentivité dans la vulnérabilité (voire de résistance) n’apparaît pas facilement dans l’idée libérale qui considère d’abord la solidarité envers les vulnérables et moins celle entre les vulnérables. C’est ce lien entre la vulnérabilité des groupes et leur agentivité par la parole que je voudrais développer ici, en m’appuyant sur les idées de Butler (Vulnerability in Resistance, 2016) et en considérant la vulnérabilité dans une situation globale et dynamique. Car ce à quoi nous sommes vulnérables, que ce soit socialement induit ou non, ne recouvre pas toujours, tant s’en faut, ce dont nous sommes par ailleurs capables ; il se peut même que la vulnérabilité, à travers le témoignage et la dialogue, réveille ou même suscite des capacités nouvelles. Certes, cette parole, ce dialogue peuvent ne pas atténuer ce à quoi nous sommes vulnérables, ni même être suffisants pour nous rendre les uns avec les autres davantage maître de notre vie individuelle et commune. L’agentivité dans ces situations peut ainsi souffrir de la vulnérabilité du dialogue lui-même, et requérir à son tour la résistance dont nous parlons. Ce cercle peut être vicieux, mais aussi vertueux et conduire à un renforcement des groupes/individus, et ultimement à la transformation sociale des facteurs de vulnérabilité.

Résumé
16 h 15
Sans parole? Vers une ontologie plus nuancée de l’individu atteint de démence
Monique Lanoix (USP - Université Saint-Paul)

La démence, qu’elle soit causée par la maladie d’Alzheimer ou par d’autre lésions cérébrales, est inquiétante à au moins deux points de vue. Le premier est celui des soins médicaux et de soutien qui demandent une approche adaptée qui peut être très complexe. Le deuxième, qui intéresse la présente communication, est l’image de la personne atteinte de démence. 

La démence fait craindre la perte de la conscience de soi, qui est centrale chez l’humain. Cette perte nous touche au plus profond de nous-mêmes, car la démence interpelle la perte de ce qui nous est singulier. Souvent la personne qui souffre de démence est vue comme un corps vide de tout esprit : elle provoque la peur et même le dégoût. Mais cette image est-elle vraiment exacte? Nous interrogeons la représentation typiquement négative de la personne atteinte de démence en nous basant sur les écrits de Maurice Merleau-Ponty qui traitent de la passivité. Nous proposons qu’un comportement qui pourrait être jugé passif est plutôt un comportement qui comporte une activité sous-jacente dans le sens merleau-pontien.

Résumé
14 h 00 à 16 h 20
Communications orales
Travaux actuels en philosophie moderne I – Dialogue interne : raison et passion chez les modernes
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0231
14 h 00
Le Conatus et le principe d’inertie chez Spinoza
Alexandre Rouette (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

Dans l’Éthique, Spinoza affirme : « un corps en mouvement se meut aussi longtemps qu’un autre corps ne le détermine pas au repos ; et un corps au repos, également, demeure au repos aussi longtemps qu’un autre ne le détermine pas au mouvement » (E2L3C). Ce que décrit Spinoza et qu’on appelle aujourd’hui « principe d’inertie » est un des fondements de sa physique comme c’était le fondement de la physique cartésienne.

Parallèlement à cette énonciation du principe d’inertie, la troisième partie de l’Éthique introduit un second concept, le conatus, qui servira de fondement à la physiologie, à la théorie des passions ainsi qu’à la théorie politique de Spinoza. Selon ce concept, « Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être » (E3P6). Autrement dit, le concept de conatus désigne cette tendance à persévérer dans l’être que possède chaque chose.

Naturellement, on pourra rapidement observer une similitude entre ces deux concepts. Mais, un problème apparaît rapidement : aucun des deux énoncés ne fait de renvoi direct ou indirect à l’autre. Dans une œuvre qui fourmille de renvoi, cette absence de liens explicitement établis entre deux principes qui pourtant se ressemblent est une question importante surtout à la lumière du parallélisme des attributs que met en place Spinoza. C’est ainsi que cette communication a pour objectif de déterminer si la ressemblance entre ces deux concepts est fondamentale ou simplement cosmétique.

Résumé
14 h 40
Spinoza et les théories contemporaines de la cognition incarnée
Syliane MALINOWSKI-CHARLES (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

Un courant en plein développement au sein des études en psychologie et en sciences de l’esprit est celui de la « cognition incarnée ». Par exemple, on a démontré que goûter quelque chose d’amer augmente la sévérité du jugement moral, ou que les personnes qui pensent à l’avenir se penchent spontanément vers l’avant, tandis que penser au passé s’accompagne souvent d’un mouvement du corps vers l’arrière. De plus en plus s’impose l’idée qu’on ne peut étudier l’esprit sans le replacer dans un corps individuel et concret. Pour le dire de manière imagée, on n’est pas un cerveau dans un bocal, mais le cerveau, c’est notre corps tout entier, et ce corps est déterminant dans tous nos processus cognitifs.

Dans un article de 2008 sur la conscience chez Spinoza, Steven Nadler faisait quelques remarques programmatiques sur l’utilisation possible de Spinoza, notamment de son monisme et de l’égalité de l’esprit et du corps, pour fournir des outils théoriques aux théories de la cognition incarnée. Celles-ci semblent en effet limitées par un modèle foncièrement interactionniste qui diminue les perspectives explicatives. À l’inverse, on peut penser que les avancements récents en théorie de la cognition incarnée pourraient fournir des pistes pour lire certains éléments de la compréhension que nous offre Spinoza de l’individu comme esprit et corps à la fois. À ma connaissance, ces notes programmatiques n’ont pas encore été poussées plus loin, et c’est ce que cette communication tentera de faire.

Résumé
15 h 20
Pause
15 h 40
Spinoza et le problème de la nature dans l’ontologie du soi de Paul Ricœur
Jean-François Rioux (Université Laval)

L’objectif de cette présentation est de justifier le recours à Spinoza par Ricœur dans Soi-même comme un autre. Pour ce faire, j’examinerai les raisons pour lesquelles son Éthique constitue un horizon valable pour une ontologie du soi. À chaque fois, je mettrai l’accent sur la manière dont la philosophie de Spinoza répond à chacun des critères posés par Ricœur en vue d’une réappropriation de l’ontologie de l’acte et de la puissance. D’abord, je qualifierai l’importance de la notion de substance dans l’ontologie spinoziste. Ensuite, je montrerai que la spécificité de l’agir humain est préservée dans une ontologie qui semble à première vue la nier. Enfin, je montrerai la pertinence d’un certain concept de nature dans une ontologie du soi orientée vers l’agir.

Résumé
14 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Le dialogue avec les Grecs en philosophie allemande II
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0209
14 h 00
Hegel, Gadamer et l’expérience grecque du logos
Thomas Anderson (Université Laval)

« Quiconque veut se mettre à l’école des Grecs, écrit H.-G. Gadamer, est toujours passé par celle de Hegel. » (WM 466) Cette formule, tirée de la troisième partie de Vérité et Méthode, indique bien plus qu’une filiation simplement accidentelle dans l’histoire des idées. La médiation par la figure de Hegel, pour établir un dialogue avec la pensée grecque, constitue de fait un motif récurrent de l’herméneutique gadamérienne elle-même, comme en témoignent les cinq études réunies sous le titre Hegels Dialektik. En quoi donc cette médiation est-elle pertinente? Pourquoi la figure de Hegel apparaît-elle comme presque incontournable pour celui qui voudrait se « mettre à l’école des Grecs »? Selon Gadamer, la dialectique hégélienne peut en réalité se comprendre comme une reprise consciente de la dialectique grecque, mais dans le contexte de la modernité. C’est parce que Hegel aurait considéré sa propre philosophie comme l’accomplissement de l’expérience grecque du logos, qui était dialectique, et même spéculative, qu’il peut nous renseigner sur cette expérience initiale. L’achèvement, dans cette optique, aurait quelque chose à nous dévoiler sur le commencement. Nous tenterons, dans notre présentation, de montrer comment le concept de spéculation permet à Gadamer de rétrocéder de la dialectique hégélienne à l’expérience grecque du logos, pour ensuite définir ce qui se joue au cœur de toute compréhension.

Résumé
14 h 45
La médiation hégélienne de l’unité platonico-aristotélicienne chez Gadamer. Le cas de la République comme genre utopique
Antoine PAGEAU ST-HILAIRE (University of Chicago)

Dans un essai tardif, Gadamer écrit : « Un dialogue productif demeure toujours à accomplir, autant avec Platon qu’avec Aristote. Le niveau auquel Hegel a porté un tel dialogue ne me semble pas avoir été jusqu’aujourd’hui atteint » (GW 7, 380). Aussi, si Gadamer a conduit lui-même à plusieurs reprises ce dialogue avec Platon et Aristote, il semblerait naturel qu’il ait sollicité pour ce faire l’aide de Hegel. Nous chercherons dans cette communication à retracer cette médiation hégélienne dans les écrits tardifs de Gadamer sur Platon, en se concentrant sur le cas paradigmatique de la République. En plaçant ce texte sous le genre littéraire de l’utopie, Gadamer affirme qu’il invite à apprendre aux fils de jeux rationnels (Vernunftspielen) qui n’ont rien à voir avec le simple jugement d’un contenu déterminé. Il faut selon nous ramener ces jeux rationnels aux remarques herméneutiques faites au sujet de l’utopie dans L’idée du Bien entre Platon et Aristote. Celles-ci proposent qu’une lecture dialectique doit être opérée sur le texte platonicien, lecture qui se situe entre un sens littéral et une lecture négative. Nous solliciterons ici les passages de Vérité et Méthode sur Hegel et la notion d’expérience pour approfondir cette idée d’une dialectique qui laisse voir une positivité à travers la négativité. Nous monterons donc que c’est un sens hégélien de dialectique qui permet à Gadamer d’articuler une interprétation largement aristotélisante de la République de Platon.

Résumé
15 h 30
Pause
15 h 45
La conception grecque de l’être et du temps chez Hegel d’après un séminaire non publié de Martin Heidegger (1925/26)
Francisco Gonzalez (Université d’Ottawa)

À l’hiver 1925-26, peu avant la publication d’Être et temps, Heidegger donne ce qui semble avoir été son premier séminaire sur Hegel. Outre sa critique de la Logique de Hegel, ce séminaire est important pour sa tentative de démontrer que la philosophie de Hegel est de part en part grecque. Dans la séance du 25 novembre 1925, Heidegger aurait dit : « J’ai donc tendance à dire que Hegel est le Grec le plus radical qui n’ait jamais été. Avec les moyens qui étaient préformés dans l’ontologie grecque comme dans une semence, les moyens qui se trouvent aux racines de l’ontologie grecque, Hegel a maîtrisé quelque chose (grosso modo l’esprit, l’histoire) qui dans cette forme n’avait jamais été expérimenté par les Grecs. Ceci n’est qu’affirmé ici. Une preuve de cette thèse est naturellement très difficile. » Nous examinerons comment Heidegger cherche à démontrer cette thèse en concluant par une analyse de la conception du temps dans la Physique Aristote, laquelle vise à montrer que la conception du temps et la conception de l’être qu’elle présuppose sont aussi celles de Hegel. Heidegger confie la présentation initiale de la conception aristotélicienne du temps à un de ses étudiants, bien qu’il critique cette présentation à certains moments clés : cet étudiant n’est nul autre que H.-G. Gadamer. On trouve donc concentré dans ce seul séminaire un dialogue entre la philosophie grecque et non moins que trois philosophes allemands qui pourraient tous être décrits comme des «Grecs radicaux».

Résumé
16 h 30
Discussion
14 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Éthique, appropriation culturelle et conditions sociales de production artistique (Comité équité de la Société de philosophie du Québec)
Présidence/Animation : Marie-Andrée Ricard (Université Laval)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0204
14 h 00
Mot de bienvenue
14 h 10
Des perspectives conflictuelles: liberté artistique et responsabilité des artistes. Les cas SLAV et Kanata
Marie-Noëlle Ryan (Université de Moncton)

Les controverses suscitées par deux créations de Robert Lepage à l’été 2018, SLAV et Kanata, ont remis en question une certaine conception de la liberté artistique et des responsabilités qui viennent avec. Les revendications de groupes minorisés impliqués dans ces deux productions, trop souvent absents de la scène culturelle, ont paru à certains comme une forme de censure et à d’autres comme l’expression d’un besoin de « décolonisation » de la scène artistique. Nous proposerons une analyse critique de la notion de la « liberté artistique », de ses limites et des responsabilités qu’elle engage dans le contexte contemporain.

Résumé
14 h 35
Arts visuels et « appropriation culturelle » : quels enjeux?
Monia ABDALLAH (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Dans le monde des arts – que ce soit celui des arts visuels modernes ou contemporains, celui du théâtre ou encore celui de la musique -­‐, les polémiques autour du concept d’« appropriation culturelle » entourant certaines créations artistiques se succèdent donnant l’impression de s’intensifier ces dernières années. Pourtant, ce concept et ce qu’il implique ne sont pas nouveaux puisqu’ils sont apparus dans le monde anglophone dès les années 1990. Dans le cadre de cette communication, nous présenterons divers exemples de polémiques apparues ces dernières années dans le champ des arts visuels. À partir de ces exemples, nous tenterons de différencier l’« appropriation culturelle » de la « réappropriation culturelle » et des emprunts culturels qui ont toujours existé. Il s’agira ainsi de saisir, à travers ces distinctions, ce que doit ce concept aux théories culturelles et postcoloniales, nous éclairant sur ses spécificités, condition essentielle à toute compréhension de ses enjeux éthiques et sociaux des plus contemporains.

Résumé
15 h 00
Discussion
15 h 20
Pause
15 h 30
Domination et appropriation culturelle : pour une éthique de l’Alterophagie
Amadou Sadjo Barry (Cégep de St-Hyacinthe)

Depuis la fin du XXe siècle, l’appropriation culturelle est perçue comme une forme de domination culturelle. Celle-ci aurait sa source dans l’asymétrie de pouvoir entre la culture majoritaire et la culture minoritaire, dont l’effet est de consacrer le privilège des personnes issues de la majorité en rendant invisible ceux et celles qui sont issus des minorités. Mais cette perception de l’appropriation culturelle ne repose-t-elle pas sur des considérations de justice politique qui ne sont pas nécessairement liées à la nature de la pratique artistique et à la signification des œuvres culturelles pour le travail de l’artiste ? En m’inspirant de l’approche républicaine de la non-domination, théorisée par Philip Pettit, je soutiendrai l’idée suivante : si l’appropriation n’exclut pas la possibilité d’une domination, on ne peut pas a priori faire de l’appropriation culturelle un synonyme de la domination culturelle. Pour ce faire, je discuterai tout d’abord le concept d’appropriation ; ensuite, j’esquisserai une ontologie des œuvres culturels. Ces deux préalables théoriques me conduiront à dégager les principes normatifs censés organiser les pratiques d’appropriations culturelles, afin qu’elles ne se traduisent pas dans des formes directes ou indirectes de domination culturelle.

Résumé
16 h 05
La reculturation : le cas des artistes adopté·e·s transraciaux
Anne-Julie Beaudin (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Les expériences culturelles des adoptés transraciaux et internationaux sont affectées de façon unique par leur adoption et à travers les cultures et les groupes raciaux et ethniques dans lesquels ils et elles naviguent. Lors de l'adoption, les adoptés transraciaux s'identifient généralement rapidement à la culture blanche de leurs parents adoptifs, faisant ainsi ombrage sur le fait qu'ils et elles sont migrant·e·s de première génération. Si bien que la tendance à mettre l'accent que sur l'expérience de l'adoption et très peu, voire jamais, sur celle de la migration amène certain·e·s a éventuellement chercher à retrouver leur culture de naissance, qui ne saurait, par ailleurs, se réduire uniquement à un retour au pays d'origine. En regard de l'interaction vraisemblablement complexe qu'il y a entre la race, l'ethnicité et la culture chez les adopté·e·s transraciaux, ce sera l'occasion de se pencher sur le processus de reculturation manifeste dans la pratique de certain·e·s artistes adopté·e·s racisé·e·s. Cette proposition de communication souhaite ainsi contribuer aux réflexions entourant les enjeux relatifs à l'appropriation culturelle par le biais de la reculturation ayant court chez les adopté·e·s. Il s'agira de voir comment certain·e·s artistes issu·e·s de l'adoption transraciale investissent cette posture hybride et transgressive qui les placent autant hors et dedans c'est-à-dire comme membre du groupe honoraire et hors de la blanchité et des privilèges qui y sont associés

Résumé
16 h 30
Discussion
16 h 50
Mot de clôture
Soir
17 h 00 à 19 h 00
Cocktail
Cocktail de la Société de philosophie du Québec
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0231
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Avant-midi
08 h 30 à 11 h 15
Communications orales
De la finitude de la raison à l’horizon infini de la liberté humaine. Colloque en hommage à l’œuvre et à la pensée du philosophe québécois Marc Renault (1928-2018) I
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0204
08 h 30
Mot de bienvenue
08 h 40
Lecture d'un poème de Marc Renault
Danièle Letocha (Université d’Ottawa)
08 h 45
La tradition franciscaine au Québec, une filiation occultée
Jean-Claude Simard (UQAM - Université du Québec à Montréal)

L’augustinisme et le thomisme constituent les deux grands courants de la philosophie chrétienne occidentale. Si le second a fortifié la doctrine catholique dès le Moyen-Âge tardif, avant de cuirasser la scolastique après le Concile de Trente, le premier a plutôt inspiré le protestantisme, après avoir contribué à la naissance de la tradition franciscaine. Au Québec, c’est par le Ratio Studiorum des Jésuites que le thomisme a pu s’imposer dans l’enseignement, donnant naissance aux collèges classiques, avant de devenir, dans la seconde moitié du XIXe siècle, une intransigeante orthodoxie académique, sociale et politique. Mais souterraine, la tradition augustino-franciscaine n’a jamais disparu. Après en avoir décrit les principales composantes, on montrera comment elle a surgi périodiquement dans notre histoire intellectuelle, chez des chercheurs (Éphrem Longpré), des poètes (Alfred Desrochers), des essayistes et activistes politiques (Pierre Vallières), et enfin, chez des philosophes comme Marc Renault.

Résumé
09 h 30
Marc Renault, lecteur de Maurice Blondel. Un regard phénoménologique?
Alain Létourneau (UdeS - Université de Sherbrooke)

Des quatre ouvrages publiés par le professeur Renault, aucun ne manque de se référer aux travaux de Maurice Blondel, en particulier les textes de la première période (1890-1914) et notamment l’Action de 1893, œuvre marquante s’il en fut. Dans la présente communication, je reviendrai sur l’ouvrage Déterminisme et liberté dans l’Action de Maurice Blondel, publié en 1965 et qui est la thèse remaniée de l’auteur. L’hypothèse de la présente lecture est que le travail de Renault se comprend bien sous le titre de la phénoménologie, alors qu’un regard épistémologique conduit à une lecture différente de certains thèmes traités en 1965, notamment ce qui concerne les mathématiques et l’empirisme.

Résumé
10 h 15
Pause
10 h 30
À propos de l’ouvrage Le singulier. Essai de monadologie (1979) de Marc Renault
Syliane MALINOWSKI-CHARLES (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

En 1979 paraissait un essai philosophique original de Marc Renault chez Bellarmin : Le singulier. Essai de monadologie. Dans cet ouvrage, l’auteur tentait de montrer que le rationalisme qui culmine dans un universalisme abstrait doit se métisser d’un souci pour le réel concret et l’existence individuelle. Faisant appel à des auteurs tels que Leibniz et Spinoza, mais aussi Platon, Descartes, Kant et surtout Blondel, Marc Renault proposait ainsi un essai de dimension à la fois métaphysique, éthique et épistémologique. Dans le cadre de cette communication, j’exposerai les idées de l’ouvrage et offrirai un contrepoint critique.

Résumé
09 h 00 à 11 h 20
Communications orales
Dialogue et cognition : analyses cognitives de la conversation collaborative (LANCI) I
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0209
09 h 00
Relation et légitimité dans la délibération
Louis Chartrand (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Si une autorité se définit par sa capacité à réaliser la performance d'une action, alors l'autorité légitime est celle qui motive l'action en desservant ses sujets (Raz 1988). Par exemple, une autorité légitime peut permettre de résoudre un problème de coopération (Robichaud et Turmel 2012). Cependant, cela suppose que, même en l'absence de coercition, une autorité peut être illégitime si elle prétend faussement fonctionner en vue du bien commun. Un sujet d'autorité se doit donc d'évaluer la légitimité d'une autorité, afin d'éviter de se situer en position d'oppression. Or, disposant de moyens limités, on peut s'attendre à ce que celui-ci conçoive des heuristiques pour faire ce jugement.

Dans le contexte des délibérations en vue d'une décision commune, on peut se demander comment les gens qui y participent font cette évaluation. J'argue à partir de l’interprétation de plusieurs sources que les facteurs individuels les plus importants pour cette décision sont relationnels (en particulier, l'identité perçue et la confiance). J'en conclus que la détection d'illégitimité est un processus distribué, et en tire des leçons pour la construction d'espaces de délibération.

Résumé
09 h 40
L’IA, un dialogue possible?
Jonathan St-Onge (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Le plus souvent, lorsque l’on pense au dialogue, nous pensons à une discussion entre deux personnes, lesquelles se synchronisent par une dynamique complexe qui n’est pas sans rappeler les fameuses pendules de Huygens. Selon cette perspective de couplage, et en considérant le progrès technologique en intelligence artificielle (IA) des dernières années, est-il permis de considérer le dialogue entre individus et ordinateurs? Quelle forme, et surtout, dans quel langage, est-ce que cette conversation prendrait place?

Pour y répondre, nous allons nous intéresser à deux perspectives sur l’IA. Selon la première approche, laquelle remonte au moins à Leibniz et à son concept du calculus ratiocinator, l’IA est principalement une machine à calculer. Bien qu’il y ait un couplage entre questions et réponses, elle vise simplement à mieux prédire le monde. Afin de transcender les limites cognitives de l’individu, cette approche met l’accent sur des modèles sous forme de ‘boîtes noires’ qui compilent des données massives. Cette première approche permet difficilement le dialogue. La seconde approche met l’accent sur le processus itératif de construction de modèles génératifs à l’aide d’un langage probabiliste. Cette approche, dite d’augmentation cognitive, permet la discussion car le couplage entre l’interface de haut-niveau et l’individu vise la collaboration, laquelle permet un narratif plus sophistiqué des phénomènes complexes du monde.

Résumé
10 h 20
Pause
10 h 40
Modélisation scientifique et dialogue : le rôle des modèles conceptuels en science
Jean-Guy Meunier (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Dans un contexte de collaboration scientifique, diverses attitudes épistémiques s’opposent. Certaines visent la découverte et la créativité, et d’autres, la preuve et démonstration. Comment un projet de recherche peut-il se développer au sein d’attitudes aussi opposées ? Selon les approches pragmatiques des théories scientifiques (Cartwight, Rheinbeger, Morrison, Giere, …), la science est une pratique sociale produisant dynamiquement un ensemble de modèles, interreliés et occupant des fonctions épistémiques spécifiques et complémentaires. Ces modèles sont multiples: conceptuels, formels, computationnels et informatiques.

Le modèle conceptuel qui retiendra notre attention rend explicites les diverses dimensions que met en œuvre une recherche telles les présupposés, les biais épistémiques, les objectifs, les hypothèses et la méthode. Il est exprimé en langage naturel à travers des stratégies discursives qui lui sont propres, telles les énoncés, la rhétorique, la métaphore, l’analogie, l’argumentation, voire même la fiction. De ce fait, il est un lieu privilégié de discussions, de conversations dont la fonction créative est d’ajuster, de consolider la compréhension mutuelle et de modifier les multiples points de vue d’où émergeront les modèles formels, computationnels et informatiques. C’est là que les croyances et points de vue deviennent contraints à la démonstration, à la preuve et à la validation, etc. Le tout sera illustré dans la pratique concrète des activités du LANCI.

Résumé
09 h 00 à 11 h 20
Communications orales
Travaux actuels en philosophie moderne II – Penser avec autrui
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0231
09 h 00
Hobbes et l’illusion de la prise de décision
Andre Rocha (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

Selon une hypothèse historiographique de Jonathan Israël, dans son livre Enlightenment Contested, l’aversion à la morale et à la politique absolutiste de Hobbes a été un point commun entre les philosophies libertaires de la modernité. La critique de Hobbes, malgré les différentes conceptions de « liberté », a pu assembler philosophes tels que Spinoza, Locke, Diderot et Rousseau. Cependant, une tradition interprétative de la philosophie moderne tend à lire la philosophie morale et politique de Spinoza comme une sorte de glose de celle de Hobbes, notamment en ce qui concerne le « déterminisme » et la négation du libre-arbitre. Dans cette communication, je propose analyser la théorie de la délibération dans le Léviathan pour montrer de quelle façon Hobbes dénie la liberté de la volonté à partir du concept de conatus. Cette analyse permettra ensuite montrer la différence radicale qui sépare Hobbes et Spinoza. Après démasquer l’illusion d’un libre-arbitre séparé du corps, Hobbes se rend à une morale fataliste de la finitude, tandis que Spinoza s’efforce de reconstruire une nouvelle éthique de la liberté en partant de la moderne ontologie de l’infini.

Résumé
09 h 40
Le problème de l’imitation musicale chez Jean-Jacques Rousseau et Adam Smith
Thierry Côté (UdeM - Université de Montréal)

Jean-Jacques Rousseau et Adam Smith se sont tous deux livrés à une réflexion approfondie sur la question des pouvoirs imitatifs de la musique en adoptant des démarches et des conclusions tout à fait opposées. Partant d’un postulat normatif : la musique doit imiter les passions sous peine de se réduire à une vaine excitation des sens, Rousseau façonne une conception originale de l’imitation musicale qu’il livrera notamment dans les articles de musique rédigés pour l’Encyclopédie et plus tard dans le Discours sur l’origine des langues. Smith, qui discute explicitement certaines thèses de Rousseau dans son Essay on the Nature of that Imitation which takes place in what are called the Imitative Arts, adopte une démarche plus empirique et envisage la musique comme un cas esthétique limite mettant en échec le pouvoir explicatif de la catégorie d’imitation. Je me propose de reconstruire ce débat en envisageant les thèses respectives de Rousseau et Smith comme deux réponses possibles et opposées à la question de savoir si la musique représente quelque chose. Pour l’un, son pouvoir mimétique est illimité ; pour l’autre, il est simplement nul.

Résumé
10 h 20
Pause
09 h 30 à 11 h 00
Communications orales
Vulnérabilités du dialogue II
Présidence/Animation : Julie Paquette (USP - Université Saint-Paul)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0225
09 h 30
L’hospitalité comme pratique dialogique à l’ère de l’anthropocène
Sophie Cloutier (USP - Université Saint-Paul)

Si la crise environnementale a une dimension globale, plusieurs penseur.es de l’éthique de l’environnement s’accordent pour dire que cette dimension globale ne doit pas masquer pour autant les différences régionales et que les solutions sont à trouver au niveau local. Dans son analyse de l’anthropocène comme nouveau grand récit, C. Larrère (2015) rappelle que le global n’existe que dans sa relation avec le local, véritable lieu de l’action et de la responsabilité. M.-H. Parizeau (2016) avance que les forces sociales pour faire face aux problèmes environnementaux se retrouvent dans les formes usuelles des cultures traditionnelles ou des cultures populaires et ordinaires. Elle mobilise le concept de diversité culturelle de l’UNESCO compris comme un dialogue continu entre le passé et le futur. Pour paraphraser Arne Naess, la diversité des cultures augmente les chances de survie, le développement et la richesse des formes de vie. Cependant, et c’est là le problème de fond qui nous intéressera, les savoirs traditionnels, les pratiques culturelles et les différents modes de relation à la nature sont occultés par les discours dominants à teneur économique et instrumental. On assiste donc à une sorte de processus de vulnérabilisation de certains types de savoir et de pratique, qu’on pourrait qualifier d’injustices épistémiques. L’éthique de l’hospitalité nous semble prometteuse pour relever ces difficultés et déploie un potentiel novateur pour l’éthique de l’environnement.

Résumé
10 h 00
La conception du dialogue interculturel chez François Jullien
Dany Rondeau (UQAR - Université du Québec à Rimouski)

Cette proposition de communication a pour objectif d’exposer la conception du dialogue interculturel chez François Jullien et d’en montrer le potentiel politique. Philosophe spécialiste de la Chine, sa conception du dialogue est à comprendre à partir du concept d’écart qui traduit mieux, selon lui, l’idée de diversité culturelle que la notion de différence. Le concept d’écart pense la séparation sous l’angle de la distance plutôt que de la distinction. Cette distance produit de l’ « entre » et c’est dans cet entre que se construit du commun. Contrairement à la différence, l’écart n’exclut pas, mais maintient les deux termes en dépendance.

Le commun qui se construit dans cet écart qui sépare les cultures, ou dans cet « entre » les cultures, ce sont différentes ressources culturelles dont la mise en commun est essentielle pour faire face aux défis que rencontre l’humanité contemporaine. D’où l’importance de maintenir et d’assurer la possibilité de ces écarts et, donc, de la diversité. Dans cette perspective, le dialogue est compris comme la communicabilité (logos) dans un écart (dia) qui met en tension ce qui est séparé. Développant la métaphore spatiale, Jullien pose ainsi les conditions du dialogue : « déclôturer sa position, la mettre en tension et l’instaurer en vis-à-vis », la réélaborer pour entrer en communication, donc s’obliger à se réfléchir. Ce vis-à-vis instaure ainsi une dépendance féconde entre les positions de départ.

Résumé
10 h 30
Quand les élites se parlent entre elles : Déboires du dialogue interculturel à l’aune de la crise anglophone au Cameroun
Amadou Ghouenzen Mfondi (USP - Université Saint-Paul)

L’un des enjeux majeurs de la gouvernance dans les pays multiculturels est de favoriser la représentation des différentes entités ethnoculturelles du pays au sein des institutions de l’Etat. Le Cameroun en tant que Afrique en miniature dotée par l’histoire coloniale et postcoloniale de deux langues officielles (le français et l’anglais) et de plus de deux cents entités ethniques avec autant de langues locales n’échappe pas à ce défi de la multi-culturalité. L’une des stratégies adoptées par l’Etat pour assurer la cohésion sociale dans ce vaste ensemble est l’équilibre régional, entendu comme politique de redistribution de poste administratif sur les bases ethno-régionales. Ainsi, se pose la question de la représentativité des élites politico-administratives coptées par l’Etat dans chaque groupe pour réaliser le projet et le dialogue interculturel de la nation. Le propos de cette communication est de montrer que la fracture entre les élites politiques et le monde d’en bas est à l’origine des crises de l’hétérogénéité socioculturelle que connait le Cameroun depuis quelques années. L’hypothèse de ce travail est que l’équilibre régional au Cameroun est plus un mécanisme de partage des privilèges républicains entre les élites politiques qu’un modèle de dialogue entre les populations issues des aires culturelles différentes.

Résumé
11 h 30 à 12 h 30
Communications orales
Conférence plénière
Présidence/Animation : Sophie Cloutier (USP - Université Saint-Paul)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0204
11 h 30
Le dialogue, un modèle de la vie humaine
Marie-Andrée Ricard (Université Laval)

En raison de son caractère vivant, le dialogue constitue non seulement la réalisation langagière de la vie en commun, mais aussi un modèle pour cette vie. Toujours tendu entre deux, entre l’idéal et la réalité, entre la connaissance et la vie bonne, entre l’affirmation et la négation, entre le même et l’autre, pour ne mentionner que ces quelques pôles, il résiste d’un côté à toutes les tentatives récentes d’en faire un outil et d’ériger sur lui ce qu’on pourrait décrire comme un discours de la méthode éthique, et nous appelle, de l’autre, à redoubler de soins envers le langage. De plus en plus négligé malgré la formidable expansion des moyens et des réseaux de communication, le langage reste pourtant le médium par excellence à travers lequel un pont avec l’autre parvient à s’ériger parfois.

Résumé
Après-midi
14 h 00 à 16 h 30
Communications orales
Vulnérabilités du dialogue III
Présidence/Animation : Monique Lanoix (USP - Université Saint-Paul)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0225
14 h 00
L'envers précurseur de la schizoanalyse : la psychologie de la philosophie de Denton J. Snider
Aurélien Chastan (Université d’Ottawa)

Après J. Wahl, c’est en posant le problème d’une renaissance de l’ontologie qui reprenne les questionnements de l’empirisme pluraliste anglo-américain que G. Deleuze a mis au jour la philosophie comme une sorte de science-fiction marxiste, en dialogue avec son propre fond : le délire sur l’histoire, les races, les continents, les cultures. Elle serait aussi, pour une part, un art dialogique qui peut rendre polyphoniquement manifeste, par anticipation, des modes d’existence à l’état latent, non capitalistes. Or il est remarquable que la science-fiction elle-même ait pu, après coup, envisager, de manière fantaisiste, « une future Renaissance américaine dans la lignée de la longue tradition révolutionnaire de Berkeley » (N. Spinrad, Le printemps russe, chap. 15) quand on sait que, dans l’histoire de la philosophie américaine, le monisme communiste pré-soviétique est un fait : dans le cadre circonscrit par les interrogations récentes sur l’histoire de l’histoire de la science politique (J. G. Gunnell), c’est sur ce moment philosophique américain communiste (connu en français depuis 1955 suite aux travaux de H. W. Schneider à ce sujet) que je propose de revenir, en tant qu’envers précurseur du pluralisme philosophique américain et de la schizoanalyse deleuzienne.

Résumé
14 h 30
Relationalité, dialogue et reconnaissance : réflexions
Margea Globensky (Université d’Ottawa)

Lorsque vient le temps de penser la démocratie, les enfants semblent bien souvent mis à l’écart. En effet, un certain nombre de dispositions juridiques théorisent les droits et libertés des enfants, mais au-delà de celles-ci, la théorie politique ne pense pas systématiquement la démocratie pour cette tranche de la population qui ne trouve d’ailleurs pas d’expression autonome. Partant de ce constat, nous aborderons la possibilité d’un approfondissement du répertoire démocratique en mobilisant le concept de reconnaissance tel que théorisé par Axel Honneth. Reprenant les théories développementales en psychologie de l’enfance, Honneth reconnait que l’enfant développe son ouverture aux autres sur la base de son lien d’attachement avec sa mère (précisons que la figure peut être autre, cependant). Celle-ci, en répondant aux pleurs de son enfant par des soins lui fournira la confiance nécessaire à l’exploration du monde et pour tendre vers les autres. La capacité relationnelle de l’enfant se construit donc largement à partir de la reconnaissance de son existence, un processus qui se fait grâce à un échange émotionnel et à des soins. Ainsi, nous proposons de voir la reconnaissance comme une partie intégrale de l’exercice démocratique, se faisant entre autres dans un dialogue sans paroles. L’expression de l’enfant, vulnérable en soi, susceptible de ne pas être entendue ou comprise pourrait donc être intégrée à la démocratie et, par le fait-même, participer à l’élargissement du concept.

Résumé
15 h 00
Pause
15 h 30
Les vulnérabilités du dialogue : Réflexions préliminaires sur les scènes éthiques et politiques instituées autour des débats sur la liberté d’expression
Julie Paquette (USP - Université Saint-Paul)

Depuis quelques années nous travaillons à recenser, détailler, analyser et classifier différents cas de scandale artistique en tenant compte du contexte et de la pluralité des acteurs qui prennent place sur les scènes politiques qui s’instituent au détour de ces affaires. Nous avons observé que s’opère, dans ce qui fait scandale, une mise en relief des enjeux qui caractérisent une époque donnée, exemplifiant par le fait même les contradictions qui la caractérise. Ces contradictions sont, le plus souvent, autant de points de tension qui posent de sérieux défis à l’institution de pratiques dialogiques qui seraient à même de faire advenir sur cette scène l’ensemble des acteurs. Encore que, il importe de se poser la question : tous les acteurs ont-ils / devraient-ils avoir droit de cité sur cette scène ?

Pour cette conférence, nous décalerons notre regard en appréhendant ces points de tension par le prisme de la liberté d’expression. Nous chercherons à problématiser les définitions qui sont susceptibles de lui être conférées et à en détailler les multiples usages. Nous déterminerons ensuite de quelle manière se déploie (à une époque caractérisée par la résurgence des populismes) une logique systémique d’utilisation de la rhétorique de la liberté d’expression aux fins de marginalisation d’autres discours. Les fluctuations discursives produites autour de cette idée nous serviront de bases pour mieux appréhender de quelle manière son usage quadrille l’espace de la prise de parole.

Résumé
16 h 00
Discussion
14 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Travaux actuels en philosophie moderne III – Le dialogisme comme forme de la philosophie moderne
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0231
14 h 00
Le Dialogue comme exercice de la pensée, selon Montaigne
Zoraia RIBEIRO DOS SANTOS (UdeM - Université de Montréal)

Pour Montaigne, le plus fructueux et naturel exercice de notre esprit est la conférence, soit le dialogue, ainsi que tout débat et toute communication orale. Dans son temps, le terme conférence signifie la conversation, ou la discussion, exposée en public comme un art de bien parler, soumis à des règles, à des préceptes des arts et de politesse. Dans le chapitre l’Art de Conférer (III, 8), des Essais, le philosophe nous donne une espèce de propédeutique en la matière, en publiant et accusant ses imperfections à lui. De plus, il y présente, d’un côté, parmi plusieurs critiques, celles contre le pédantisme académique, l’Éducation, la Science, le discours centré dans l’autorité. De l’autre côté, il décrit un ensemble de caractéristiques d’une pragmatique, sans revendiquer pourtant une valeur absolue et incontestable. Par conséquent, la conférence devient un moyen par lequel il exerce les idées, dans la manière dont il en fait usage, afin de former continuellement ses jugements. Montaigne y met le dialogue libre en exergue par l’idée de passer par-dessus les règles populaires de la civilité, en faveur de la vérité et de la liberté, avec originalité et indépendance. En ce sens, la manière de faire la conférence s’aligne à la démarche intellectuelle des Essais, révélant encore plus ce qu’est l’homme.

Résumé
14 h 40
Le Scepticisme : fondement de la pratique dialogique chez Diderot
Sophie Williamson (Université d’Ottawa)

Notre communication portera sur le scepticisme de Diderot en tant que fondement de sa pratique dialogique. Notre objectif est de montrer les liens qui existent entre une posture philosophique ouverte, active et zététique, telle celle du scepticisme diderotien, et l’usage du dialogue. Nous proposerons l’hypothèse selon laquelle le scepticisme est à la fois un fondement et une condition nécessaire à cet usage. Nous chercherons ensuite à montrer comment la pratique dialogique chez Diderot a une dimension politique. Le mode de transmission discursive et polyphonique du scepticisme correspond d’abord au passage d’une philosophie théorique à une pratique esthétique concrète. Ainsi, la mise en dialogue du scepticisme correspond au même moment à son incorporation dans le monde sensible. L’écriture dialogique est un geste esthétique qui vise ultimement des effets politiques. Nous tenterons de montrer comment le mouvement donné à une position philosophique théorique par l’usage du dialogue peut permettre de donner concrètement le pli du vrai au lecteur ou le goût pour la connaissance. Le dialogue possède une utilité pratique qui se veut double ; morale et heuristique. Il favorise à la fois la vie philosophique et la connaissance ; la recherche et la découverte. Nous chercherons en somme à rendre compte du dialogue comme mode de communication sceptique dans la philosophie de Diderot.

Résumé
15 h 20
Pause
15 h 40
Le Dialogue de Diderot avec l’histoire de la philosophie dans l’Encyclopédie
Mitia Rioux-Beaulne (Université d’Ottawa)

Les articles d’Histoire de la philosophie écrits par Diderot dans l’Encyclopédie sont absolument remarquables par leur manière de reconfigurer notre manière de comprendre la manière dont le récit de la modernité s’est constitué au cœur de la période des Lumières. Loin de se montrer en rupture avec les Anciens, en effet, Diderot instruit un procès de pérennisation d’éléments centraux à la démarche philosophique dont il essaie d’extraire des caractéristiques pour les installer dans la continuité. La modernité, de ce point de vue, est, plutôt que détachement du passé une modalité de son appropriation. C’est ce que cette communication voudra mettre en lumière par l’étude de quelques articles de cette histoire de la philosophie signée par Diderot.

Résumé
16 h 20
Kant et la singularité du dialogue comme stratégie argumentative dans la Nova dilucidatio
Alexandre Brisson (UdeM - Université de Montréal)

Dans la section II de cet écrit de 1755, Kant est conscient de l’écueil dans lequel son principe de raison déterminante place la possibilité de la liberté et, conséquemment, de la responsabilité morale. En effet, si toute la série causale qui relie l’ensemble des événements du monde est déterminée, cela signifie que l’action de l’homme l’est également. Par conséquent, il n’agirait pas librement, mais en fonction de raisons antérieures qui ont déterminé la suite de ses actions. La question de la responsabilité morale se pose alors : comment peut-il être tenu responsable d’une action qu’il ne pouvait pas empêcher de se produire ? Pour répondre à cette question, Kant met en scène un dialogue où Caius et Titius se donnent la réplique sur le thème de la liberté. La première partie de cette communication décortique ce court dialogue qui prend en cours de route une direction singulière : Caius et Titius débattent au début de la possibilité de la liberté et finissent par s’entretenir en matière de théodicée. La deuxième partie examinera la contribution de ce dialogue au reste de l’ouvrage et spéculera sur les raisons qui ont pu motiver Kant à emprunter le dialogue comme stratégie argumentative.

Résumé
14 h 00 à 17 h 00
Communications orales
De la finitude de la raison à l’horizon infini de la liberté humaine. Colloque en hommage à l’œuvre et à la pensée du philosophe québécois Marc Renault (1928-2018) II
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0204
14 h 00
Le tissu argumentatif et littéraire dans l’écriture de Marc Renault
Andrés Lema-Hincapié (University of Colorado Denver)

Tout d’abord, je compte explorer l’engrenage des arguments ainsi que la matière proprement littéraire de la pensée de Marc Renault dans ses quatre œuvres majeures: Déterminisme et liberté dans L’Action de Maurice Blondel (1965), Le  Singulier: Essai de monadologie (1979), Sur l’existence de la métaphysique (1988) et La liberté confisquée : Essai sur le cléricalisme (2000). Afin de préserver la complexité de la pensée de Renault, je me limiterai à deux types d’exemples de sa démarche : il s’agira, en premier lieu, d’exemples concernant des arguments nés en dialogue avec la pensée morale et religieuse de Kant. Ce dialogue semble tourner souvent autour des tensions fortes entre une foi imposée – Renault luttera contre la hiérarchie autoritaire du catholicisme de Rome – et une foi liée à une possible volonté autonome pour le croyant. Finalement, les exemples du deuxième type illustrent les procédés littéraires dont la pensée de Marc Renault se sert pour donner une texture esthétique à sa pensée. Donc, je soulignerai la portée des tropes, des usages privilégiés ou restrictifs de mots, des genres d’écriture – descriptives, dialogiques ou narratives – et des images de cette même pensée.

Résumé
14 h 45
Marc Renault, le dernier de nos personnalistes chrétiens
Daniel Tanguay (Université d’Ottawa)

J’aimerais jongler ici avec une hypothèse qui m’habite depuis ma première lecture de l’essai à la fois autobiographique et philosophique de Marc Renault : La liberté confisquée. Essai sur le cléricalisme (2000). L’une des clés de compréhension de cette pensée à la fois subtile, discrète et sophistiquée, se trouve peut-être dans son appartenance à la génération des personnalistes québécois. Sous cette étiquette, j’en conviens, un peu vague, je regroupe des penseurs aussi variés que Jacques Lavigne, Fernand Dumont, Pierre Vadeboncœur, et d’autres encore, qui, nés dans les années vingt et trente du siècle dernier, ont cherché à la fois à renouveler la pensée chrétienne d’ici et la société québécoise dans son ensemble. Je chercherai à montrer comment certains des concepts-clés de ce personnalisme sont opératoires dans la pensée de Renault : l’idée de la liberté de la personne comme catégorie centrale de toute philosophie authentique ; la dialectique entre immanence et transcendance qui refuse la réduction d’un terme à l’autre ; l’insistance sur la dimension expérientielle de la vérité liée au refus d’une métaphysique ou d’un catholicisme dogmatiques. Une telle exploration n’ira pas sans une interrogation sur la difficile transmission de l’héritage de ce personnalisme chrétien.

Résumé
15 h 30
Pause
15 h 45
Marc Renault, le professeur
Serge Cantin (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

Dans son tout dernier livre, La liberté confisquée, paru en 2000, Marc écrivait ceci : « J’aurais voulu que le seul pouvoir légitime soit celui exercé sur les intelligences par l’objet à connaître. Tant pis pour moi si c’est là une chimère. Tout de même, il me semble, il arrivait parfois que, dans la salle de cours, la chose à penser soit pensée purement pour elle-même dans l’oubli de tout le reste, que le professeur oublie sa préoccupation vaniteuse d’offrir une brillante performance, que les étudiants oublient les évaluations, les crédits, les diplômes, les pénuries, que les uns et les autres oublient toute autorité pour penser librement. Pourquoi de tels moments sont-ils si rares dans une institution qui existe pour les rendre possibles? » (p. 134)

Marc Renault n’était pas un professeur flamboyant ; d’ailleurs, il ne cherchait pas à l’être, comme en témoignent ces quelques lignes. Pourtant, l’enseignement de Marc m’aura pourtant profondément marqué, et, si j’ai persévéré en philosophie, au point de devenir à mon tour, plusieurs années plus tard, professeur de philosophie, c’est beaucoup grâce à la lumière qu’il a su faire jaillir en moi alors que j’étais passablement « paumé ».

Qu’est-ce qu’un bon prof? Celui qui livre un bon spectacle, sans trop d’égards à ce que ses « spectateurs » pourront en tirer, ou celui qui, par-delà le besoin narcissique de briller, incite ses élèves à s’ouvrir à la liberté qu’ils portent en eux?

Résumé
16 h 30
Plénière
14 h 00 à 16 h 20
Communications orales
Dialogue et cognition : 
analyses cognitives de la conversation collaborative (LANCI) II
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0209
14 h 00
De l’argumentation au dialogue : Raisonnement collectif et métacognition dans la pratique du dialogue philosophique
Anne CLOUTIER (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Bien que notre raisonnement intuitif soit imparfait, nous possédons la capacité de supplanter nos processus erronés. Pour se faire, il faut savoir repérer nos biais de raisonnement et posséder les outils cognitifs nécessaires pour les corriger. Pour parvenir à contrôler nos inférences, il faut développer une compréhension métacognitive. Ce processus est plus susceptible de se déclencher lors de dialogues : les interactions sociales permettent d’activer une fonction d’auto-évaluation (Moshman, 2004). Si le raisonnement argumentatif est une fonction fondamentale du raisonnement, il serait toutefois issu de processus intuitifs dont la fonction évolutive cherche davantage à convaincre qu’à s’approcher d’une vérité épistémique. L’agent utilise son raisonnement pour justifier sa réponse plutôt que pour l’évaluer. Ce biais de confirmation peut à la fois nuire au raisonnement logique et motiver à l’argumentation (Mercier et Sperber 2011). Le raisonnement dans une perspective métacognitive consiste à savoir faire la distinctions entre défendre une position et se mettre dans un état de recherche collective. La pratique du dialogue en communauté de recherche philosophique (CRP) permet le recul métacognitif nécessaire pour passer de l’argumentation à un raisonnement collectif, diminuant ainsi les effets du biais de confirmation.

Résumé
14 h 40
Raisonnement collectif et processus d’individuation dans la pratique du dialogue philosophique
Agathe Delanoë (Université de Nantes)

La communauté de recherche philosophique (CRP) invite à s’engager dans une recherche philosophique sous un mode collaboratif, critique et réflexif. Sa pratique comporte des dimensions cognitive, affective et sociale, et le dialogue s’y construit sous la forme d’un raisonnement collectif. Cependant, la possibilité d’un raisonnement de cette nature semble en lien avec le développement d’une pensée intérieure et personnelle en chaque participant. En effet, si les participants d’une CRP sont amenés à élaborer leur propre pensée, une production rationnelle commune émerge bien au cours de la recherche. Au sein d’un dialogue philosophique se déploient donc des mouvements de pensée en constante tension entre l’individuel et le collectif, laissant entrevoir la possibilité d’une mise en commun. Les modes de pensée critique, réflexive et dialogique adoptés en CRP mènent à la co-construction d’un dialogue au sein duquel les participants, tout en se détachant de leurs idées, en rencontrent et en adoptent de nouvelles. Mais comment distinguer les idées individuelles de la production commune? Comment les participants individualisent-ils leur pensée tout en assimilant celle des autres?

Nous poserons la question de savoir comment, en CRP, s’élaborent la production d’une pensée collective en même temps que celle de pensées individuelles. Un deuxième niveau d’analyse nous permettra d’explorer les conséquences d’une telle relation cognitive à autrui dans les sphères affectives et sociales.

Résumé
15 h 20
Pause
15 h 40
Vers une ontologie neurodiverse des émotions: Co-construction conceptuelle comme moyen de contrer certaines injustices herméneutiques
Mylène Legault (UQAM - Université du Québec à Montréal), Jean-Nicolas Bourdon (Université du Québec à Montréal), Pierre Poirier (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Plusieurs groupes de personnes vivent des injustices herméneutiques parce que les concepts dont ils et elles auraient besoin pour exprimer des aspects de leur vécu ne sont pas présents dans le vocabulaire véhiculé par le groupe dominant, qui ne vivent pas ces expériences. En conséquence, et par exemple, les personnes autistes ne reconnaîtront souvent pas dans les tests diagnostiques des expressions décrivant adéquatement leurs émotions et seront jugées par la communauté scientifique ou psychiatrique comme ne possédant pas ou peu d’émotions (alexithymie). En nous inspirant de la pratique de co-construction de modèles, et mettant en collaboration des personnes autistes, des personnes neurotypiques et des spécialistes du langage (lexicographes, poètes, etc.), nous proposerons le développement d’une méthode de co-construction herméneutique permettant l’élaboration d’une ontologie neurodiverse des émotions. À titre d’exemple, nous pourrions appliquer (un fragment de) cette ontologie au questionnaire d’évaluation du quotient émotionnel (EQ) lors des démarches du diagnostic pour le trouble du spectre de l’autisme (TSA). Ceci pourrait permettre une réinterprétation du premier critère de diagnostic pour le TSA (DSM-5), les « déficits persistants dans la communication et l’interaction sociale dans plusieurs contextes » (incluant entre autres des déficits de la réciprocité sociale et émotionnelle), qui, dans sa formulation actuelle, mène à un ensemble d’injustices herméneutiques.

Résumé
Soir
17 h 00 à 19 h 00
Assemblée générale
Assemblée générale annuelle de la Société de philosophie du Québec
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0209
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Avant-midi
08 h 30 à 11 h 20
Communications orales
Avec ou sans cœur. Reconstruction du dialogue I : ouvrir son cœur au dialogue. Sentiments, imagination, distance et proximité
Présidence/Animation : Marie-Michèle Blondin (Cégep Montmorency)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0231
08 h 30
Mot de bienvenue
09 h 00
Se disposer au dialogue. La phénoménologie du cœur de Strasser
Elodie Boublil (Université de Cologne (Allemagne))

Dans sa préface à la traduction américaine de l’ouvrage das Gemüt de Stephan Strasser, Paul Ricœur souligne la double caractéristique du concept de cœur en allemand (das Gemüt). Il renvoie à la fois à la « pure disposition » et à la relation entre cette disposition et les sentiments spirituels et affectifs qui viennent la remplir. Siège de l’absolu et de l’intuition, le cœur prépare ou empêche le dialogue, le rend intense ou superflu, le transforme en relation ou le nie. En présentant la typologie phénoménologique établie par Stephan Strasser dans son ouvrage, cette communication montrera dans quelle mesure l’instance anthropologique du « cœur » joue un rôle décisif dans l’élaboration d’une éthique de la rencontre et du dialogue. En effet, l’anthropologie philosophique développée par Strasser vise une description phénoménologique de la structure de la personne humaine. Le concept de cœur révèle les relations dynamiques entre les sphères affectives et rationnelles, au service d’une unification de la personne et de son ouverture à l’altérité. Il fait signe vers une « disposition éthique » qui met l’être humain sur le chemin de la sagesse et de la joie. La quête d’absolu et le désir d’aimer ne cherchent en effet plus leur assouvissement dans des arguments (pôle rationnel) ou dans une satisfaction éphémère (pôle affectif), mais s’épanouissent comme tels, dans ce que Strasser nomme « l’anticipation transcendante ».

Résumé
09 h 30
La solitude, le dialogue et l’imagination à l’œuvre dans la rêverie humaine
Claude Thérien (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

Rousseau, Baudelaire et Bachelard ont reconnu la rêverie comme une pratique propice aux êtres humains pour prendre conscience à la fois de leur finitude profonde au sein du cosmos, de leur émerveillement pour la nature et de leur appartenance à un environnement social peuplé d’une multitude d’autres individus, tous différents, et pourtant également tous semblables entre eux. La pratique de la rêverie rend possible l’approfondissement de nos rapports à la nature, la rencontre des autres autrement qu’à l’habitude et la découverte de soi en tant qu’autre. L’objectif de cette communication est de présenter trois formes de rêverie favorisant l’instauration d’un dialogue individuel solitaire, mais universel pouvant se temporaliser aussi bien en l’absence qu’en présence de l’autre. Ce sont les modalités de cette forme dialogique intime que mènent les individus seuls avec eux-mêmes, souvent à l’improviste ou par intermittence, à l’insu des autres, incognito, dans l’anonymat de leur solitude, qu’il s’agira de circonscrire en dialoguant avec Rousseau, Baudelaire et Bachelard.

Résumé
10 h 00
Pause
10 h 20
Les sentiments comme objets du dialogue
Mathieu Burelle (Cégep Montmorency)

Dans la lignée de Martha Nussbaum, je tâcherai d’exposer une conception des sentiments qui fait de ces derniers une forme d’interprétation du monde, elle-même sujette à interprétation dans le cadre d’un dialogue consacré à décrypter les mouvements du cœur. En prenant pour exemple le sentiment amoureux, j’essaierai de montrer que ce dernier comporte des jugements, lesquels mobilisent une conception de soi et du monde pouvant faire l’objet d’un travail d’interprétation et de justification. Pour mener à bien ce travail, il faut placer au cœur du dialogue, en tant qu’objet de réflexion partagé, le passé de la personne énamourée, sa conception générale de l’amour et sa perception de l’être aimé.

Résumé
10 h 50
La distance dans l’amour : le deuil et l’amour impersonnel
Pascale Devette (UdeM - Université de Montréal)

Plusieurs philosophes contemporains ont associé non seulement Créon à l’excès et à l’hubris, mais aussi à Antigone. Ainsi en est-il de l’interprétation de Martha Nussbaum. Nussbaum souligne que l’attitude révoltée et sacrificielle d’Antigone effraie sa sœur Ismène, laquelle n’arrive pas à comprendre l’amour unilatéral d’Antigone pour un mort. Nussbaum nous dit qu’Ismène serait incapable de saisir la passion « impersonnelle » de sa sœur. Le terme utilisé par Nussbaum est, en effet, des plus pertinents pour nous ici (puisqu’il s’agit d’un concept central dans la pensée de Simone Weil). En fait, Nussbaum montre bien à quel point Ismène et Hémon sont des personnages plus émotifs et relationnels que ne l’est Antigone. La froideur d’Antigone semble même agacer Nussbaum, bien qu’elle demeure généralement sympathique à l’héroïne. En fait, je souhaite montrer qu’Antigone n’est pas moins aimante que ne le sont Ismène et Hémon : c’est qu’il s’agit d’une autre forme d’amour. Nussbaum privilégie l’affect et l’émotif afin de poser son éthique. À partir de la perspective de Weil, nous interrogerons la distance d’Antigone qui est, en fait, consubstantielle à son amour pour les autres. Ce type d’amour est beaucoup plus rare et difficile, puisqu’il ne s’agit pas d’un amour possessif.

Résumé
08 h 30 à 11 h 20
Communications orales
Pluralisme et recherche de vérité en science, un dialogue entre différentes perspectives
Présidence/Animation : Anda Danciu (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0225
08 h 30
Mot de bienvenue
08 h 35
Du contextualisme williamsien comme épistémologie sociale de type kuhnienne ou ce relativisme qui n'en est pas un
Kevin Kaiser (UdeM - Université de Montréal)

La proposition de contextualisme épistémologique développé par Williams (2001; 2007) s'est vu critiquer par Pritchard (2010) quant à sa réelle nature de même que ses conséquences épistémiques. Ce dernier soutient que le contextualisme de Williams, en autorisant l'incommensurabilité entre deux communautés épistémiques, n'est dans les faits qu'une forme de relativisme épistémique. Ce faisant, toute prétention à offrir une innovation quelconque sur la question de la justification serait erronée.

Au cours de cette conférence, une proposition visant à faire tomber cette accusation sera développée. Il sera soutenu qu’en s’inspirant de l'épistémologie sociale et évolutionnaire de Kuhn (Wray (2011)), il est possible d’augmenter la proposition de Williams pour faire tomber l’accusation de relativisme épistémique.

Pour ce faire, la thèse de Williams sera, tout d'abord, exposée. Ce faisant il sera possible de comprendre la critique formulée par Pritchard. Ces bases ayant été posées, l'épistémologie sociale et évolutionnaire de Kuhn pourra alors être introduite. Les similarités structurelles entre ces deux propositions pourront ainsi être exposées. C'est ce quasi-isomorphisme entre la thèse de Williams et la thèse de Kuhn, qui permettra, finalement, la mobilisation d'intrants de l'épistémologie des sciences pour mettre à mal l'argument de Pritchard (2011).

Résumé
09 h 15
Défense du réalisme scientifique sélectif dans le cas de la théorie calorique de la chaleur
Clara Lungescu (UdeM - Université de Montréal)

Le réalisme scientifique sélectif a été développé en réponse à l’argument de la méta-induction pessimiste, qui présente une raison de douter de la vérité approximative des théories scientifiques en soutenant que même leur succès n’est pas garant de leur vérité, car des théories à succès ont été falsifiées.

La stratégie du réalisme sélectif est de choisir une partie des théories scientifiques, selon un critère donné, et d’affirmer que c’est seulement au sujet de cette partie qu’il est justifié d’être réaliste.

Psillos propose comme critère le novel predictive character, soit l’utilité à faire des prédictions nouvelles, dans son livre Scientific Realism: How Science Tracks Truth (2005).

Un débat existe sur la pertinence de ce critère. Ainsi, dans son article Preservative realism and its discontents: Revisiting Caloric (2003), Chang soutient que dans le cas de la théorie calorique de la chaleur, ce critère sélectionne des hypothèses théoriques au sujet desquelles on ne peut être réaliste, car elles ont été falsifiées. Je vais argumenter qu’une bonne compréhension du critère permet de voir qu’il ne sélectionne pas ces hypothèses problématiques, puisque, malgré qu’elles aient permis de faire de bonnes prédictions (la vitesse du son), elles étaient ad hoc par rapport à ces prédictions, lesquelles ont été utilisées pour construire les hypothèses falsifiées.

Résumé
09 h 55
Pause
10 h 00
L’explication du changement de la forme en biologie évolutive développementale (Evo-Dévo)
Anda Danciu (UdeM - Université de Montréal)

Des découvertes en biologie moléculaire portant sur les gènes responsables du développement ont contribué à l’essor de la biologie évolutive développementale depuis les années 1990. Ces découvertes nous permettent de comprendre comment le développement a été modifié au cours de l’évolution. En effet, en Évo-Dévo, le changement de la forme animale au cours de l’évolution se fait par un changement dans le développement des organismes, dans leur ontogenèse. Or, afin d’expliquer ce phénomène des biologistes adoptent des perspectives différentes comme la perspective mécaniste (Craver 2013 ; Sean B. Carroll 2005) et la perspective téléologique (Walsh 2008 ; West Eberhard 2003). De plus, la deuxième impliquerait une notion de finalité relié à une téléologie naturaliste qu’on peut retracer jusqu’à Kant et Aristote (Walsh 2008 ; Green Depew 2004). Lors de cette présentation j’envisage présenter les deux perspectives sur l’évolution de la forme : la perspective mécaniste ainsi que la perspective téléologique pour ensuite m’arrêter sur la notion de finalité intrinsèque et l’inscrire dans la continuité historique des débats sur la téléologie en biologie.

Résumé
10 h 40
Défense d’une nouvelle conception de la maladie mentale
Simon GOYER (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Aujourd’hui, la conception du trouble mental qui deviendra probablement la plus influente en Amérique du Nord et dans le monde est celle de la National Institute of Mental Health (NIMH), laquelle est, aux États-Unis, l’agence fédérale principale responsable de la recherche sur les désordres mentaux. On peut penser que la conception promue par cette organisation sera très influente parce que cette dernière possède des moyens financiers considérables et oriente la recherche en psychiatrie. La conception promue par cette organisation se résume ultimement à l’idée simple selon laquelle les troubles mentaux sont des troubles du cerveau (Insel, 2013). Dans cette présentation, d’abord, je présente très brièvement les Research Domain Criteria (RDoC), un programme de recherche développé par la NIMH qui suppose cette conception du trouble mental. Ensuite, je présente mon interprétation philosophique de cette dernière. Puis, j’explique pourquoi cette conception influe négativement sur la recherche psychiatrique et favorise le développement d’une mauvaise psychiatrie. Enfin, j’esquisse brièvement une nouvelle conception du trouble mental s’inscrivant dans le cadre théorique développé par le psychiatre et philosophe Thomas Fuchs dans son livre Ecology of the brain (2018). À mon avis, ma conception est favorable au développement d’une bonne psychiatrie.

Résumé
08 h 30 à 11 h 20
Communications orales
La démocratie délibérative : quel rôle politique pour le dialogue?
Présidence/Animation : Philippe-Antoine Hoyeck (Université Carleton)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0204
08 h 30
Introduction
Philippe-Antoine Hoyeck (Université Carleton)
08 h 40
Les différents niveaux de théorisation de la délibération : Entre Rawls et Habermas
Jérôme Gosselin-Tapp (Université d’Ottawa)

Cette conférence porte sur un des aspects du débat entre Rawls et Habermas en proposant une analyse des implications des deux différents niveaux de théorisation que ces deux philosophes empruntent dans leurs entreprises philosophiques respectives. Habermas s'est en effet montré plutôt sceptique à l'égard de la procédure de la position originelle telle que proposée par Rawls. La posture monologique du voile d’ignorance lui apparait comme insuffisante, en elle-même du moins, pour donner une légitimité à des principes de justice. Or, Rawls est conscient qu'il n'est pas adéquat de poser le problème de l’acceptation réelle des principes en présupposant une validité épistémique établie sur des bases strictement monologiques.

C'est en ce sens que nous avons affaire à deux niveaux de théorisation distincts, mais non incompatibles. Le premier niveau serait celui qui relève de la procédure strictement spéculative qu’est la position originelle. Il y aurait aussi un second niveau de théorisation dans lequel les principes doivent être soumis au débat public dans le but de parvenir à un consensus par recoupements. Les principes obtenus à la première étape ont une valeur strictement heuristique et indiquent seulement ce sur quoi pourrait peut-être s’appuyer ensuite un tel consensus. L'objectif de cette conférence est de montrer la fécondité d'une conception en deux temps de la délibération démocratique pour résoudre certains enjeux à la fois théoriques et pratiques en philosophie politique.

Résumé
09 h 15
Pluralisme, réciprocité et délibération publique chez Taylor et Habermas
Gordon Davis (Université Carleton)

Il est utile d’éclairer la question du dialogue social par une distinction entre les justifications directes et indirectes de la délibération démocratique en tant que source de stabilité et d’épanouissement sociale dans les sociétés libérales contemporaines. Avec cette distinction en main, je propose d’examiner les positions respectives de Charles Taylor et John Rawls à la lumière d’un éventail de valeurs qui pourraient justifier des normes pour le dialogue social (comme on retrouve par exemple dans certaines formes de « pluralisme intégrateur »).

Dans un premier temps, je soutiendrai que Taylor avance une conception axiologique plus riche et plus convaincante, mais qu’au niveau de la philosophie politique normative, ses propos présentent certaines lacunes problématiques. Tandis que Rawls évite toute question portant sur les idéaux axiologique, Taylor n’hésite pas à aborder ce genre de questions et défend les valeurs du pluralisme et du dialogue sur la base d’arguments méta-éthiques. Or, quand Taylor se retourne des propositions concrètes pour le dialogue politique, il se permet un recours à plusieurs éléments tirés du système rawlsien.

C’est ainsi que, dans un deuxième temps, je chercherai à jeter de la lumière sur l’aporie profonde à laquelle Taylor se heurte et à proposer d’autres avenues permettant de repenser sa conception d’un dialogue social axé sur les valeurs du pluralisme culturel.

Résumé
09 h 50
Pause
09 h 55
Religion et sphère publique : L’usage public de la raison chez Taylor et Habermas
Philippe-Antoine Hoyeck (Université Carleton)

L’œuvre récente de Jürgen Habermas est marquée par un intérêt accru pour la question du religieux dans les sociétés contemporaines. Un des thèmes centraux de ce « tournant religieux » tient au problème de l’intégration religieuse : comment les citoyens religieux peuvent-ils se comprendre comme des auteurs pleins et égaux du droit dans un État laïque qui se veut neutre envers les différentes conceptions du bien de ses citoyens?

Habermas propose de résoudre ce problème par une « clause institutionnelle de traduction » exigeant que les raisons religieuses avancées dans le débat publique soient traduites dans un langage séculier avant d’être admises dans les délibérations politiques officielles. Pour sa part, Charles Taylor offre une critique sévère de la clause de traduction de Habermas, qu’il propose de remplacer par un modèle « ouvert » qui ne placerait aucune restriction sur le contenu des délibérations politiques.

Dans cette présentation, je me propose d’examiner les modèles respectifs de l’usage public de la raison avancés par Taylor et Habermas. À l’encontre du consensus croissant dans la littérature secondaire, je soutiendrai non seulement que le modèle de Taylor est intenable, mais encore qu’il risque d’aggraver les problèmes d’intégration religieuse qui servent de point de départ à Habermas. Je chercherai à montrer que, malgré ses nombreux défauts, la clause institutionnelle de traduction est indispensable dans un État laïque qui prétend agir au nom de tous ses citoyens.

Résumé
10 h 30
Taylor et les deux libéralismes : évolution ou rupture?
Dominique Leydet (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Comment qualifier l’évolution de la pensée de Charles Taylor relativement à la neutralité libérale de Politics of Recognition (1992) à ses textes des années 2000 et suivantes ? Certains commentateurs (e.g. Gagnon 2012 et 2015) prétendent qu’il y aurait rupture entre le Taylor défenseur d’une forme de libéralisme non procédural, qui accepte qu’une société politique puisse affirmer une conception commune du bien tout en protégeant les libertés fondamentales de tous ses membres, et le Taylor qui semble se rallier au libéralisme rawlsien, à une certaine forme de neutralité libérale, notamment dans l’essai sur la laïcité ouverte co-écrit avec Jocelyn Maclure (2010).

Pour ma part, je partirai de l’hypothèse que s’il y a bien évolution de la pensée de Taylor au cours de ces années, on ne saurait toutefois parler de rupture. J’essaierai ainsi de montrer que Taylor reste fidèle à sa conviction que les démocraties contemporaines ont besoin d’une identité collective forte, mais qu’il comprend que l’élaboration d’une telle identité en contexte de pluralisme nécessite un partage de l’espace identitaire. Or, ce partage suppose une certaine forme de neutralité de l’État, laquelle ne se ramène pas, toutefois, au procéduralisme libéral dont il s’était fait le critique dans Politics of Recognition. J’essaierai alors de préciser les contours de la position originale esquissée par Taylor dans ses plus récents écrits.

Résumé
11 h 05
Discussion
08 h 30 à 11 h 20
Communications orales
Table ronde sur le livre de Claude Panaccio : Récit et reconstruction. Les fondements de la méthode en histoire de la philosophie, Paris, Vrin, 2019.
Présidence/Animation : Antoine Côté (Université d’Ottawa)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0209
08 h 30
Présentation
Claude Panaccio (UQAM - Université du Québec à Montréal)

On reconnaît d'habitude en philosophie que le dialogue avec les auteurs du passé est pertinent pour la discussion contemporaine. Leurs contextes, pourtant, leurs présuppositions, leurs appareils conceptuels, leurs questions mêmes étaient souvent très éloignés des nôtres. Comment donc est-il possible que l'histoire de la philosophie contribue de manière féconde à la philosophie actuelle ? Telle est l'interrogation centrale qui oriente cet ouvrage, publié cette année aux Éditions Vrin. Par delà les ruptures, les réorientations et les changements de paradigme, nos pratiques les plus répandues présupposent une continuité fondamentale dans l'histoire de la pensée : la compréhension des textes anciens, fût-elle incomplète, exige des référents communs et des modes d'inférence partagés. Ces questions dans le livre sont discutées dans une perspective nominaliste, en prenant appui sur l'examen du travail effectif des historiens et des historiennes de la pensée.

Résumé
08 h 45
Le reconstructionnisme de Claude Panaccio et le dialogue avec les philosophes du passé
Dario Perinetti (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Récit et reconstruction de Claude Panaccio accomplit un tour de force en offrant à la fois une philosophie de l'histoire de la philosophie rigoureusement argumentée et une méthode, ou explication des procédés propres à l'historien de la philosophie. Un des buts explicites du projet est celui de montrer comment l'histoire de la philosophie possède une pertinence pour la philosophie du présent. Cette pertinence dépend de la possibilité d'établir un dialogue entre philosophes contemporaines et philosophes du passé. Or, pour établir un tel dialogue on doit supposer que les philosophies du passé sont commensurables (du moins jusqu'à un certain point) avec celles du présent. Panaccio établit cette commensurabilité (relative) par une analyse minutieuse des présupposés sémantiques sur lesquels toute interprétation des philosophes du passé repose. L'analyse de Panaccio montre bien les limites d'un discontinuisme radical, ainsi que d'un continuisme naïf qui ferait fi de toute différence historique. Au lieu de centrer la discussion sur la théorie sémantique proposée par Panaccio (qui me semble à bien des égards plausible et adéquate), je voudrais suggérer qu'il y a un rapport problématique entre cette théorie sémantique et le but auquel elle était censée de servir: celui d'établir un dialogue avec les philosophes du passé.

Résumé
09 h 10
Réponse
Claude Panaccio (UQAM - Université du Québec à Montréal)
09 h 20
Réaction et échange
Dario Perinetti (UQAM - Université du Québec à Montréal), Claude Panaccio (UQAM)
09 h 25
Historiographie, histoire de la philosophie et reconstruction rationnelle. Réflexions critiques sur la portée de la thèse de la pertinence philosophique de l’histoire de la philosophie
Jimmy PLOURDE (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

Dans Récit et Reconstruction, Claude Panaccio présente une conception originale de l’histoire de la philosophie. Une des thèses centrales de sa conception est celle de la pertinence philosophique de la discipline historique (historiographie) et de l’histoire, entendue ici au sens du passé de la philosophie. Cette pertinence tient au fait que les textes du passé et l’interprétation de ces textes par les historiens présentent un intérêt pour les « questions que nous tenons aujourd’hui pour philosophiquement pertinentes » (p. 70). Cette thèse de la pertinence philosophique de l’histoire de la philosophie est solidement défendue dans l’ouvrage de Panaccio, mais elle peut donner lieu à plus d’une lecture, plus ou moins fortes, qui ont pour effet d’en moduler la portée. Dans mon intervention, je vais examiner différentes lectures possibles de la thèse de la pertinence et soutiendrai qu’au moins une d’entre elles est trop forte. Je présenterai ensuite une lecture plus faible de la thèse de la pertinence, une lecture qui s’accorde avec la conception de l’histoire de la philosophie de Claude Panaccio, mais qui est peut-être plus faible que ce qu’il entendait défendre.

Résumé
09 h 50
Réponse
Claude Panaccio (UQAM - Université du Québec à Montréal)
10 h 00
Réaction et échange
Jimmy PLOURDE (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières), Claude Panaccio (UQAM)
10 h 05
Pause
10 h 15
Philosophie et histoire de la philosophie. Autour de C. Panaccio, Récit et reconstruction. Les fondements de la méthode en histoire de la philosophie (Vrin, 2019).
Sandrine Roux (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Quels sont les projets et les opérations admissibles en histoire de la philosophie ? N’y a-t-il qu’une seule manière « historiquement correcte » de parler des doctrines du passé ? Les réponses apportées par C. Panaccio passent par une enquête sur les conditions de possibilité des pratiques les plus habituelles en histoire de la philosophie. Ces pratiques reposent sur des présupposés communs qui autorisent à leur tour une pluralité de méthodes et de projets, des plus « historiques » aux plus « philosophiques ». La discussion reviendra d’abord sur cette diversité des approches identifiées par C. Panaccio et sur les opérations qui les caractérisent. Elle portera ensuite sur les formes d’articulation et de friction entre contraintes de pertinence et contraintes de fidélité ; en particulier, on se demandera jusqu’à quel point il est possible de privilégier la pertinence proprement philosophique, sans quitter le champ de l’histoire de la philosophie. Chemin faisant, c'est la question des frontières entre philosophie et histoire de la philosophie qui sera proposée à la discussion.

Résumé
10 h 40
Réponse
Claude Panaccio (UQAM - Université du Québec à Montréal)
10 h 50
Réaction et échange
Sandrine Roux (UQAM - Université du Québec à Montréal), Claude Panaccio (UQAM)
10 h 55
Discussion
11 h 30 à 12 h 30
Communications orales
Conférence plénière
Présidence/Animation : François CLAVEAU (UdeS - Université de Sherbrooke)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0204
11 h 30
Dialogue et raisonnement : entre cognition et normativité
Serge Robert (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Les sciences cognitives du raisonnement nous apprennent que les humains ont une tendance spontanée dans le raisonnement cognitif à faire des sophismes et des suppressions d’inférences valides. Nous analyserons ces deux types de tendances pour en tirer quelques conséquences : 1) notre tendance aux sophismes comprend des procédures abductives, qui nous portent à créer de l’information, à penser de manière convergente et à tendre vers le dogmatisme; 2) au contraire, notre tendance suppressive, nous porte à créer de la probabilité, à penser de manière divergente et à tendre vers le scepticisme. Nous soutiendrons qu’en contexte de raisonnement normatif, ces deux tendances sont souvent inhibées par la présence d’émotions de peur du tricheur et d’empathie envers l’altruiste.

Nous terminerons avec une thèse selon laquelle, grâce à leur grande plasticité neuronale, les humains ont récemment acquis une spécificité dans le monde animal, en pouvant transférer les procédures de raisonnement normatif aux contextes cognitifs, ce qui a rendu possibles la connaissance scientifique et l’avènement de la logique, et transférer les procédures de raisonnement cognitif aux contextes normatifs, ce qui a favorisé l’avènement de morales de la tolérance et de l’idée de démocratie. Nous ajouterons, enfin, quelques remarques sur la portée que notre analyse peut avoir sur l’intelligence artificielle.

Résumé
Après-midi
14 h 00 à 15 h 50
Communications orales
Avec ou sans cœur. Reconstruction du dialogue II : ouvrir le dialogue au cœur. Réceptivité du désir, des langages littéraires et non verbaux
Présidence/Animation : Marjolaine DESCHÊNES (Cégep Montmorency)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0231
14 h 00
Essai, dialogue, intime
Kateri Lemmens (UQAR - Université du Québec à Rimouski)

Dans Les Argonautes, Maggie Nelson confronte la pensée occidentale de l’identité et du genre en lui opposant une pratique essayistique où s’entremêlent récits, dialogues, philosophie, féminisme et refus des réductions identitaires. L’intime, l’amour et l’érotique s’y déploient comme des substrats mobiles réinventés dans la relation induite par le dialogue textuel : en laissant la parole à l’autre, à ses objections, à ses réticences, le texte et la pensée sont altérés, transformant ainsi l’intériorité du sujet, qui risque le désir et l’intime. J’aimerais explorer, de manière essayistique, le lien qu’entretiennent l’intime et le dialogue avec la vie intérieure, associée par Arendt à la capacité de penser et de juger. Pour Arendt, Eichmann incarnait une figure de banalité du mal, parce qu’il pensait « par clichés » et ne parvenait pas au niveau de vie intérieure conduisant à l’autonomie morale permettant la refusance ou la dissidence (Rondeau). Or ce refus du repli, des poncifs, des idées et des phrases toutes faites se trouvent dans deux pratiques dialogiques de la pensée : l’herméneutique (rationnelle) et l’essai (marginal, artistique). Choisir l’essai, n’est-ce pas alors choisir une pratique dialogique libre sollicitant les idées et les émotions, la mise en jeu et l’expérience d’un sujet qui se pense et se cherche dans sa pluralité, dans sa faillibilité et dans sa fragilité?

Résumé
14 h 30
Rencontre et dialogue existentiel
Gaelle Fiasse (Université McGill)

Alors que le dialogue a souvent été pensé à la lumière d’une éthique de la discussion où le but avoué ou non est de convaincre l’autre par des arguments intellectuels, plusieurs penseurs de traditions spirituelles ont aussi mis en avant l’importance du dialogue existentiel. Il s’agirait davantage d’aller à la rencontre de l’autre, en mettant entre parenthèses les différences idéologiques, afin de se focaliser sur les points communs et les plus grandes richesses de l’humanité d'autrui. Un tel dialogue met en avant l’attention à l’autre, à sa personne, voire le travail concret avec lui. Il s’agit dès lors de se désarmer pour accueillir l’autre et oser le risque de la rencontre. Je mettrai également en évidence le rapport au corps : l’attention aux signes non verbaux, au regard, aux expressions du visage, à la gestuelle et aux autres expressions corporelles qui permettent d’entrer en contact avec autrui.

Résumé
15 h 00
Pause
15 h 20
Au cœur du dialogue, l’éthique de la réceptivité
André Duhamel (UdeS - Université de Sherbrooke)

Que fait-on de sa capacité à être touché par autrui dans le dialogue? Les philosophes ont surtout retenu sa dimension argumentative, et en ont souligné les vertus épistémiques comme l’ouverture d’esprit ou la sincérité. Mais il existe d’autres conditions, relevant moins du souci de vérité que de véracité, comme le montrent des recherches récentes (M. Slote, From Enlightenment to Receptivity, 2014). La réceptivité est de celles-là, une capacité à se laisser affecter par la parole de l’autre pour l’affecter en retour : l’interlocution est ici existentielle plus que véritative. Relevons-en quelques traits 1) Dimension active : se laisser toucher, et non seulement être touché. La réceptivité est intentionnelle, ce qui la rapproche de l’attention (mais sa visée est différente) et la distingue de l’ouverture d’esprit (ce qui la rapproche d’une posture de care). 2) Réflexivité : recevoir l’autre en soi engage une transformation de soi, un travail de maintien de soi et de la relation : ce travail peut donc former la base d’une éthique, être cultivé et développé. 3) Gratuité : la réceptivité, condition du dialogue, est elle-même sans condition, car tout calcul du risque d’être affecté revient à un refus du don et de l’abandon. 4) Érotique : l’échange en soi/hors de soi apparaît comme un attrait à poursuivre, un souhait du désir de l’autre. Au cœur du dialogue est l’éthique amoureuse de la raison réceptive.

Résumé
14 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Communications libres I
Présidence/Animation : Geneviève Barrette (Cégep Montmorency)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0225
14 h 00
Une conception dispositionnelle du risque
Olivier Grenier (UdeS - Université de Sherbrooke)

Les situations à risque et l'analyse des risques occupent une place importante dans le dialogue entre experts et citoyens. Ces situations sont toutefois complexes à analyser pour les experts, d'abord en raison du rôle que jouent les valeurs et les préférences dans l'évaluation des risques, mais également en raison de la quantité considérable d'information que l'expert doit parfois analyser. La tâche d'analyse de l'information de l'expert peut être facilitée en recourant à des outils informatiques d'agglomération et de traitement des données, comme les ontologies appliquées. Les ontologies appliquées sont des outils qui servent notamment à classifier et représenter les entités des différents domaines scientifiques, comme le domaine biomédical. Le bon fonctionnement des ontologies appliquées dans le cadre de situations à risque exige cependant une formalisation ontologique rigoureuse du risque. Pour répondre à ce problème, je propose, dans cette communication, de concevoir le risque comme une disposition. Je détaille d'abord ce que sont les ontologies appliquées. Je montre ensuite qu'il y a des ressemblances entre les risques et les dispositions afin de motiver l'hypothèse qu'un risque est une disposition. Finalement, je détaille la conception du risque comme disposition, nommée « conception dispositionnelle du risque ».

Résumé
14 h 30
Pragmatique normative et jeux de dialogue chez Brandom
Yaël Sebban (Cégep de l'Outaouais)

Il s’agit ici de clarifier le rôle des pratiques sociales au cœur de nos échanges discursifs et critiques afin de rendre socialement compte de l’objectivité de nos contenus conceptuels. En privilégiant comme stratégie explicative l’usage sur la signification, la pragmatique sur la sémantique et les pratiques ou interactions sociales sur les états cognitifs, Brandom pose ces trois aspirations au fondement de sa théorie. Nous analyserons ainsi les trois points suivants : (1) la relation entre la pragmatique formelle et la sémantique inférentielle; (2) l’objectivité de nos contenus conceptuels comme étant le produit de nos pratiques sociales établies sur la base de ce jeu de pointage déontique des interlocuteurs qui se comprennent comme engagés par des raisons et comme ayant obtenu certaines permissions vis-à-vis des assertions énoncées par leurs allocutaires; (3) les critiques adressées à Brandom et ses réponses questionnant ici la nature même du processus dialogique et la symétrie des relations «Je-Tu».

Résumé
15 h 00
Subjectivité et vérité : une inquiétude partagée
Guillaume JOURNEL (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

La même année, entre 1970 et 1971, Michel Foucault et Jürgen Habermas composent deux interventions qui marqueront leur parcours. « L’ordre du discours », leçon inaugurale de Foucault au Collège de France dans laquelle il est question de fonder, dans une approche archéologique une critique des énoncés et des discours, en tant qu’ils sont constitutifs des pouvoirs normatifs, une nouvelle théorie de la relation entre sujet et vérité prenant racine dans le principe de véridiction.

Au même moment Jürgen Habermas connait un tournant important dans son cheminement qui le voit passer progressivement de l’approche critique de l’école de Francfort à une théorie du langage qui débouchera sur la théorie de l’agir communicationnel. La cinquième conférence Gauss qu’il prononce en 1971 affirme les dimensions éthique et pratique de sa démarche : les règles de la discussion dans l’espace public doivent mener à un égalité des opportunités d’actes de parole et donc à l'élaboration pratique de la vérité.

Il n’y a pas de symétrie entre Habermas et Foucault, mais ces deux textes nous montrent qu’ils ont tous deux exprimé une même inquiétude qui finalement se résoudra dans une tentative de clarification de la constitution par l’intermédiaire des relations de pouvoir des vérités qui fondent notre environnement normatif. Nous nous pencherons donc ici sur ces deux courts textes qui portent la marque de leur temps.

Résumé
15 h 30
Pause
15 h 45
Le réalisme scientifique et le défi des pluralités incompatibles permanentes
Pierre-Yves Rochefort (Cégep de l'Outaouais)

Au troisième chapitre de son ouvrage Pluralisme scientifique. Enjeux épistémiques et métaphysiques (2013), Stéphanie Ruphy examine la question de la représentation scientifique et conteste, dans ce contexte, la compatibilité d’une position pluraliste avec le réalisme scientifique. Son argument repose sur l’existence en astrophysique et en cosmologie de ce qu’elle appelle des cas de « pluralités incompatibles permanentes », c’est-à-dire l’existence permanente de représentations rivales (incompatibles) d’un même phénomène ou d’un même aspect d’un phénomène, qui bénéficient d’un support empirique et d’un pouvoir explicatif comparable. Il s’agira dans cette communication de montrer que la cible de Ruphy n’est pas le réalisme scientifique dans sa forme contemporaine, mais plutôt une version naïve selon laquelle la science serait en mesure de décrire littéralement la réalité. Dans sa forme contemporaine, le réalisme scientifique constitue une position nuancée qui tient compte des principales limites de la connaissance scientifique et qui est tout à fait compatible avec le pluralisme scientifique.

Résumé
16 h 15
Conscience, intentionnalité et naturalisme
Rémi Tison (UdeM - Université de Montréal)

On considère habituellement que l’esprit manifeste deux types de propriété : la conscience et l’intentionnalité. La conscience est constituée par l’ « effet que cela fait » d’être dans un état mental donné, tandis que l’intentionnalité est le fait pour un état mental de représenter ou d’être à propos d’un objet ou d’un état de choses. De nombreux philosophes soutiennent que ces deux propriétés de l’esprit entretiennent une relation de dépendance, mais il y a débat sur la question de savoir dans quelle direction va cette relation de dépendance. Les défenseurs des théories intentionnalistes ou représentationalistes soutiennent que la phénoménalité dépend de l’intentionnalité, tandis que les théories de l’intentionnalité phénoménale soutiennent plutôt que l’intentionnalité dépend de la phénoménalité. Il semble que le naturalisme ontologique, c’est-à-dire la thèse selon laquelle toutes les propriétés doivent se réduire à des propriétés physiques ou fonctionnelles, pose problème aux théories de l’intentionnalité phénoménale dans la mesure où l’intentionnalité est souvent conçue comme plus facilement naturalisable que la conscience phénoménale. Dans le présent travail, je vais introduire les notions d’intentionnalité et de phénoménalité ainsi que les différentes conceptions de la relation entre les deux. Je vais ensuite tenter d’expliquer en quoi le naturalisme ontologique est un problème pour les théories de l’intentionnalité phénoménale.

Résumé
14 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Communications libres II
Présidence/Animation : Françoise Paradis-Simpson (Université Laval)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0209
14 h 00
Peut-on faire dialoguer les époques et les cultures ? L’apport de Charles Taylor
Pierre-Alexandre Fradet (UdeM - Université de Montréal)

Dans Les sources du moi : la formation de l’identité moderne, Charles Taylor concède qu’« [i]l peut exister divers types de réalisation humaine vraiment incommensurables. Cela voudrait dire qu’il n’y aurait aucune façon de passer de l’une à l’autre et de présenter ce passage comme un gain ou une perte, sauf à s’illusionner soi-même. » (p. 89) Cette concession n’est pas banale. Si rien n’assure d’entrée de jeu que des paradigmes incommensurables puissent être mis en balance, il reste alors possible qu’en aucun cas on ne parvienne, même après évaluation des cadres de référence culturels ou historiques, à un consensus sur le gain ou la perte que génère le passage de l’un à l’autre. À cet égard, Taylor n’est pas pessimiste : il infléchit sa philosophie dans le sens d’un certain espoir. Il n’y a aucune raison d’affirmer à la hâte qu’aucune mise en balance des paradigmes n’est possible. Comment relever le défi de mettre en balance des croyances contraires, sans pour autant verser dans l’ethnocentrisme ni chercher à unifier coûte que coûte la totalité des points de vue ? L’œuvre de Taylor offre de stimulantes pistes de réflexion à ce propos. Pour en donner un aperçu, je me propose de serrer de près ce que Neil Levy appelle l’argument de la « condition humaine ».

Résumé
14 h 30
Dialoguer pour identifier le droit : une lecture conjointe de Ronald Dworkin et Robert Cover
Catherine Le Guerrier (UdeM - Université de Montréal)

Bien que les thèses de Ronald Dworkin et Robert Cover en philosophie du droit semblent s’opposer, elles se complètent. Il est vrai que Dworkin présente une théorie interprétativiste du droit, alors que Cover défend une lecture sociologique pluraliste critique du phénomène. Par ailleurs, chacun décrit un extrême différent de la relation aux normes; l’un son application par les officiers de l’État, l’autre son appropriation par ceux qui les contestent. Toutefois, les deux auteurs sont unis par l’idée que les normes de droit ne peuvent être définies qu’à la suite d’un dialogue considérant diverses considérations morales et de politique générale juridique; et la vision pluraliste sociologique de Cover est une extension assez logique de la théorie interprétative de Dworkin hors les sphères juridiques professionnelles. Alors que Dworkin décrit un dialogue fictif qui prendrait place entre les juges, qui accomplissent chacun de leur côté la tâche titanesque de produire toutes les voix nécessaires à un dialogue productif, Cover considère que la diversité sociale entraîne de fait la création d’une multitude d’interprétations et d’arguments juridiques qui peuvent faire évoluer le droit et lui donner un sens. Plus encore, les deux décrivent deux phénomènes interdépendants : le monde que Cover décrit semble effectivement une condition nécessaire au travail du juge, alors que ce monde ne semble possible qu’à cause de l’existence d’un système public de règles et d’institutions. 

Résumé
15 h 00
Injustices testimoniales et signes religieux portés par les employés de l’État
Gilles Beauchamp (Université McGill)

Dans cette communication, j’offre une analyse des causes du malaise que ressentent certains citoyens lorsqu’ils reçoivent les services d’un employé de l’État portant un signe religieux visible. J’argumente que la crainte du manque de neutralité et d’impartialité de cet employé constitue une injustice épistémique basée sur des préjugés identitaires. Ces préjugés identitaires associent les signes religieux visibles à une incapacité de différencier la sphère publique et la sphère privée. À partir de cette analyse, je propose que l’interdiction des signes religieux pour les employés de l’État ne règlerait aucunement la situation, mais contribuerait même à nourrir ces préjugés identitaires. L’État devrait plutôt viser l’éducation à la diversité afin de contrer ou diminuer ces préjugés et encourager la vertu de la justice testimoniale.

Résumé
15 h 30
Pause
15 h 45
Considérer les minorités culturelles et nationales comme des agents collectifs? Un fondement normatif pour les droits collectifs
Éliot Litalien (Université McGill)

Comme le soutiennent plusieurs auteurs, il semblerait que le multiculturalisme (libéral) et les politiques qui en découlent échouent à répondre adéquatement aux demandes de groupes qui ne cherchent pas à s’intégrer à un autre groupe culturel, mais qui revendiquent plutôt des droits collectifs à l’autodétermination (Turner 2000; Patten 2014). C’est parce que les approches multiculturelles, comme celles de Will Kymlicka (1995) ou de Patten (2014), ne peuvent fournir de fondement normatif adéquat pour la reconnaissance de tels droits collectifs. Dans cette communication, ancrée dans une démarche de théorie politique normative, je soutiens que considérer les groupes formant des minorités culturelles ou nationales comme des agents collectifs permet de fournir un fondement normatif adéquat pour la reconnaissance de droits collectifs, d’une manière qui est par ailleurs compatible avec les objectifs du multiculturalisme libéral. Pour ce faire, je développe une conception de l’agentivité collective qui permet de comprendre comment ces minorités forment des agents. Je soutiens ensuite que cette conception de l’agentivité collective nous fait voir en quoi ces minorités peuvent être victimes de domination, ce qui est, suivant entre autres, Philip Pettit (1999; 2001; 2012) et Ian Shapiro (2016), normativement problématique. Je conclus en montrant que c’est le fait de cette domination qui offre un fondement normatif légitime à la reconnaissance de droits collectifs.

Résumé
16 h 15
Réflexion sur le dialogue en contexte d’enseignement. De l’école-laboratoire de John Dewey à l’enseignement dialectique néoplatonicien
Francis Lacroix (Université Laval)

Cette communication se propose d’entamer une réflexion sur la pédagogie en favorisant une approche par le dialogue qui sera notamment influencée par la conception de l’école-laboratoire chez John Dewey et par l’enseignement dialectique chez les néoplatoniciens. L’idée d’une approche dialogique entre l’enseignant-e et les étudiant-e-s nous est venue pendant que nous donnions un cours de philosophie à des étudiant-e-s mexicain-e-s âgé-e-s de 15 et 18 ans dans un contexte d’immersion en français de quatre semaines. Les étudiant-e-s venant apprendre les bases du français, il était impossible d’interagir dans cette langue en classe. Le cours de philosophie se donnait donc en anglais, et c’est dans ce contexte multiculturel et multilinguistique que nous avons réfléchi sur la meilleure méthode pédagogique à employer. Partant de nos conceptions de l’enseignement dialectique chez les néoplatoniciens et d’une expérience d’école-laboratoire tentée par un de nos collègues, nous avons développé une méthode pédagogique centrée sur le dialogue afin d’intéresser des jeunes étudiant-e-s à la philosophie. Ce défi était de taille, puisque toutes et tous interagissaient dans leur langue seconde, qui plus est dans un contexte de cours intensif s’échelonnant sur quatre semaines, où les étudiant-e-s jonglaient entre leur apprentissage du français, le désir de profiter du voyage et de faire de nouvelles rencontres, et leur cours de philosophie.

Résumé