Découvrez les lauréats et lauréates 2010

  • Prix Acfas Adrien-Pouliot : Jean-Pierre Després, Université Laval
  • Prix Acfas André-Laurendeau : Sherry Simon, Université Concordia
  • Prix Acfas Jacques-Rousseau : Louise Vandelac, UQAM - Université du Québec à Montréal
  • Prix Acfas J.-Armand-Bombardier : Gregory L. Dudek, Université McGill
  • Prix Acfas Léo-Pariseau : René Roy, UQAM - Université du Québec à Montréal
  • Prix Acfas Marcel-Vincent : Bernard Bernier, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas Michel-Jurdant : Christian Messier, UQAM - Université du Québec à Montréal
  • Prix Acfas Urgel-Archambault : François Major, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas Ressources naturelles : Christian Roy, Université Laval
  • Prix Acfas Fondation Desjardins - Maîtrise : Julie Dufort, UQAM - Université du Québec à Montréal
  • Prix Acfas Fondation Desjardins - Doctorat : Eric Vaillancourt, CREDP - Centre de recherche et d’enseignement sur les droits de la personne
Jean-Pierre Després - Prix Acfas - 2010
Prix Acfas Adrien-Pouliot
Jean-Pierre
Després
Université Laval
Les découvertes du lauréat ont révolutionné les pratiques médicales relatives au traitement de l’obésité, et ce, tant du point de vue de la prévention, du diagnostic que des approches pharmaceutiques. Ainsi, ses collaborations avec les laboratoires français Sanofi-Aventis et Servier ouvrent la voie vers des traitements médicamenteux de cette pathologie. Alors que l’obésité est aujourd’hui considérée comme l’épidémie du 21e siècle, le chercheur est à l’origine d’avancées scientifiques remarquables dans ce domaine.

En menant des études cliniques bien structurées, il a établi le lien entre l’obésité viscérale (accumulation de tissu adipeux dans la cavité abdominale), le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires. Cette découverte a permis de mettre en place de nouveaux outils de diagnostic, facilement applicables par le personnel médical, tels que la mesure du tour de taille et du taux de triglycérides. Cette approche permet de déceler 80% des personnes avec obésité viscérale qui sont à risque. Auparavant, les facteurs considérés, tels que le poids et le taux de cholestérol, possédaient un pouvoir de prédiction insuffisant. Il en résultait de nombreuses controverses quant au syndrome métabolique; cet ensemble d’anomalies physiologiques accroissant le risque de diabète de type 2, de maladies cardiaques et d’accident vasculaire cérébral. En introduisant dans un article de synthèse sur ses travaux, publié dans la revue Nature,le concept de risque cardiométabolique, qui regroupe les facteurs de risque traditionnels et les nouveaux facteurs liés à l’obésité abdominale, Jean-Pierre Després a réussi à enterrer les divergences au sein de la communauté médicale.

La démarche du scientifique est transdisciplinaire et dépasse largement les données physiologiques liées à l’obésité. Fervent promoteur de l’activité physique et d’une alimentation saine comme moyens de prévention, il a aussi développé des techniques d’imagerie médicale pour la détection des facteurs de risque. Il participe enfin à la recherche de médicaments anti-obésité, qui ciblent la diminution du tour de taille, et plus seulement la perte de poids.

Ses échanges avec la France se traduisent notamment par des collaborations fructueuses avec les laboratoires pharmaceutiques français Servier et Sanofi-Aventis. Ensemble, ils ont œuvré à la recherche de médication pour combattre l’obésité. Ainsi, la coopération avec Sanofi-Aventis a abouti à la publication d’un article dans New England Journal of Medicine, présentant une nouvelle cible thérapeutique pour le traitement de l’obésité viscérale. Par ailleurs, son influence en France s’étend au-delà de l’industrie pharmaceutique, puisqu’elle concerne aussi le monde médical, les décideurs politiques et les médias. De plus, ses qualités d’orateur l’ont amené à participer à plus d’une centaine de conférences sur le territoire français, ainsi qu’à une dizaine de points de presse. Jean-Pierre Després a également fait modifier le livre blanc européen sur « les problèmes de santé liés à la nutrition, la surcharge pondérale et l'obésité », afin d’y introduire l’obésité viscérale comme facteur majeur de risque cardiovasculaire. Cela atteste bien de l’étendue de son autorité jusqu’en Europe. Soulignons enfin qu’il a été désigné Lauréat de l’Académie Française de Médecine en 2006, venant récompenser des études originales consacrées à l’alimentation ou la nutrition.

Un autre aspect marquant de sa carrière est son souci permanent de partager ses connaissances avec la communauté scientifique comme avec le grand public. Dans cette optique, il a mis en place une plateforme éducative en ligne sur le risque cardiométabolique, qui représente un outil de sensibilisation puissant (www.cardiometabolic-risk.org/). Ce site internet est visité par des chercheurs et des médecins de plus de 100 pays à travers le monde.

En 2005, Jean-Pierre Després a inauguré la Chaire internationale sur le risque cardiométabolique afin de promouvoir la recherche et le transfert des connaissances dans ce domaine. Par ce biais, il poursuit sa contribution à l’amélioration du bien-être et de la santé de la population.
Sherry Simon - Prix Acfas - 2010
Prix Acfas André-Laurendeau
Sherry
Simon
Université Concordia
Adolescente, la jeune montréalaise de l’Ouest de l’île prenait l’autobus en catimini. Partant au hasard vers l’Est, en territoire étranger, elle se retrouvait en pays francophone, désorientée, mais surtout fort stimulée. De ce choc créatif entre sociétés, elle fera son objet de recherche. Naviguant entre traduction, littérature et identités, ses travaux ont depuis renouvelé le discours historique et culturel sur la société québécoise en faisant ressortir la densité et la richesse de sa diversité.

Par ses travaux, Sherry Simon a fait de la traduction un élément essentiel du domaine des études culturelles, et c’est là l’une de ses grandes réalisations. Ses ouvrages, Le Trafic des langues : traduction et culture dans la littérature québecoise et Translating Montréal : Episodes in the Life of a Divided City ont en effet démontré que l’étude de la traduction permet une observation fine des mutations s’étant produites au sein de la société québécoise au cours des dernières décennies. Aussi, par ses analyses en traductologie, elle s’est penchée sur l’effort d’interprétation de la réalité littéraire québécoise par ceux qui sont étrangers à cette culture. De plus, elle fait avancer sur le plan théorique et méthodologique la science de la traductologie par l’analyse du texte traduit et l’hybridité de l’écriture montréalaise. Sous sa plume, l’acte de traduire est devenu un espace d’échange et de réflexion interculturelle.

Sherry Simon a démontré que les changements sociologiques et culturels des quarante dernières années chez les francophones du Québec ont eu un impact important sur les parlants anglais et sur les membres des autres minorités de Montréal. « L’intérêt de l’histoire culturelle récente de Montréal réside pour moi dans la manière dont le français est devenu une langue suffisamment forte et accueillante pour s’ouvrir à de multiples réalités culturelles », écrit-elle dans son ouvrage Traverser Montréal : une histoire culturelle par la traduction, paru en 2008. « Pour connaitre Montréal, dit-elle, il faut – plus que pour d’autres villes, l’écouter », dit-elle aussi. Dans cet essai sur la polyphonie linguistique et littéraire de Montréal, elle explore l’évolution qu’a connue la langue française à Montréal de 1960 à nos jours. Elle s’intéresse, entre autres, à l’interaction entre les langues, et à l’inscription de cette interaction dans l’espace urbain et culturel collectif. Bref, il s’agit d’un véritable tableau de la circulation des langues à Montréal.

La lauréate a aussi exploré le rôle du genre en traduction. Par exemple, son livre Gender in translation constitue la première étude complète et approfondie portant sur les enjeux féministes entourant la traductologie. Aussi, elle s’est intéressée aux dynamiques interculturelles dans plusieurs villes multilingues : Barcelone (Espagne), Kolkata (Inde) et Trieste (Italie). Aussi, depuis 1997, elle a été invitée à différentes universités à titre de professeure ou de chargée de cours, notamment à l’Université d’Innsbruck en Autriche et à l’Université de Richmond en Virginie. Pour l'année 2010, elle est titulaire de la Chaire de traductologie du Centre de traduction (CETRA) de l’Université catholique de Louvain en Belgique.

Hors du milieu universitaire, la chercheuse se dévoue à vouloir inspirer de nouvelles générations d’intellectuels à étudier la culture et l’identité québécoises ainsi qu’à travailler avec la langue française en les exposant à ces thématiques. Elle a organisé de nombreux événements publics, et a contribué à titre de membre de comités de rédaction et d’associations professionnelles à des thématiques liées à la mutation de la société québécoise. Elle a aussi participé à nombre d’émissions radiophoniques à Radio-Canada pour parler de l’hybridité culturelle.

Ainsi, sa plus grande contribution demeure la manière dont elle a pensé la ville dans le choc et la stimulation des rencontres : entre sexes ou entre ethnies, ou encore entre groupes religieux, linguistiques et culturels.
Louise Vandelac - Prix Acfas - 2010
Prix Acfas Jacques-Rousseau
Louise
Vandelac
UQAM - Université du Québec à Montréal
Chercheuse polyvalente et engagée, Louise Vandelac aborde de front des questions de société avec une approche résolument transdisciplinaire et une solide posture éthique. Qu’il soit question de l’économie et de la famille, des risques des OGM ou du clonage, elle présente ces enjeux sur la place publique et favorise le dialogue entre citoyens, politiques et scientifiques.

Le dynamisme de cette scientifique n’a jamais fléchi depuis 1982, date de son arrivée à l’UQAM. Dès ces premières années, on la voit participer au développement des études sociales et à la création de l’Institut d’études et de recherches féministes. Elle a notamment étudié la place de la femme dans le monde du travail et plus spécialement, l’articulation entre travail salarié et domestique. Par ailleurs sa nature engagée doublée d’une formation multidisciplinaire (sciences politiques, économie et sociologie) l’amène dans les années 1990, à s’intéresser aux questions brûlantes liées à l’environnement dont à l’impact des technosciences sur les plans socio-sanitaires. Elle a tout particulièrement étudié les impacts de la transgénèse végétale et animale tout en s’interrogeant sérieusement sur les risques et dérives liés à la manipulation du vivant. Réflexion qu’elle décide de porter à l’écran ce sujet en réalisant le documentaire, Main basse sur les gènes ou les aliments mutants, traduit en quatre langues et gratifié d’autant de prix. Ce sésame lui vaudra d’être nommée à la Commission royale sur les technologies de reproduction et au Conseil national de bioéthique sur les sujets humains. Bénéficiant de la reconnaissance de ses pairs sur les scènes nationale et internationale, son expertise est également très appréciée au sein de comités de revues scientifiques. Ainsi, elle est codirectrice de VertigO, la première revue électronique francophone en sciences de l’environnement.

Ainsi depuis près de trente ans, elle navigue entre sociologie, santé, environnement, économie et éthique, il lui apparaît très clairement que pour comprendre et agir sur les enjeux complexes de notre temps, les chercheurs doivent nécessairement sortir de leur trou disciplinaire. Et pour réussir leur démarche transdisciplinaire, globale et intégratrice, les chercheurs de formations diverses doivent non seulement dialoguer entre eux mais aussi échanger directement avec tous les acteurs sociaux concernés.
Gregory L. Dudek - Prix Acfas - 2010
Prix Acfas J.-Armand-Bombardier
Gregory
L. Dudek
Université McGill
Si jamais vous rencontrez un amphibien à trois yeux et possédant 6 pattes, il s’agit d’Aqua, un robot conçu par le lauréat. Leader mondial dans son domaine, les champs d’expertise du scientifique s’étendent de la vision numérique à la robotique mobile en passant par l’intelligence artificielle. Ses travaux, s’appuyant sur des bases théoriques solides, lui ont permis de mettre en œuvre des applications pratiques, tel ce robot palmé, aujourd’hui commercialisé.

La vision numérique (aussi appelée vision par ordinateur, vision artificielle ou vision cognitive) a pour but de permettre à une machine de comprendre ce qu'elle « voit » lorsqu'on la connecte à une ou plusieurs caméras. A travers cette discipline, Gregory Dudek a développé des robots de plus en plus performants, capables de reconnaître des objets, mais aussi de se localiser dans un environnement inconnu, de le cartographier et d’y naviguer. De plus, ils ont la faculté d’interagir avec l’homme ou avec d’autres robots. Toutes ces fonctions participent au développement de l’intelligence artificielle (IA).

La conception d’Aqua, un robot amphibie mobile et autonome, est reconnue comme le projet le plus innovateur du chercheur. Capable d’évoluer sur terre et sous l’eau, ce petit robot est doté de 6 pattes-palmes contrôlées indépendamment, qui lui permettent de marcher, nager, plonger et de se stabiliser dans les courants marins. Il est quipé de 3 caméras, une à l’arrière et deux à l’avant, et ces dernières lui permettent d’avoir une vision en 3D. De plus, possédant une autonomie de 5 heures, Aqua se déplace à une vitesse d’un mètre par seconde et ce jusqu’à 30 mètres de profondeur.

Pour développer cet habile nageur, différents défis technologiques ont été relevés par le chercheur et son équipe : utilisation de matériaux appropriés à l’élément aquatique, perception dans un milieu à visibilité réduite, localisation et cartographie dans un environnement inédit, navigation dans un espace à 3 dimensions.

Ce robot est un outil efficace d’exploration, d’évaluation et d’inspection du milieu sous-marin, habituellement difficile d’accès. Sa petite taille et son déploiement aisé lui permettent d’intervenir rapidement, lors d’une catastrophe naturelle par exemple. Son ergonomie a été pensée de manière à diminuer ses interactions avec le milieu environnant.

Dans les années à venir, les applications de la robotique sous-marine seront amenées à prendre un essor important au Canada et dans le monde. Gregory Dudek le sait et a pris l’initiative de transférer et commercialiser les technologies développées lors du projet Aqua. Dans cette optique, il a fondé la compagnie Independant Robotics, dont il assure aujourd’hui la présidence. De cette façon, sont aujourd’hui disponibles sur le marché le robot original et des robots personnalisés selon les besoins du client. Il est bon de souligner que ces robots aquatiques, à la fine pointe de la technologie, sont uniques au monde.

Au-delà de ses qualités de chercheur, d’enseignant et d’entrepreneur, Gregory Dudek assure un rôle administratif de premier plan, d’abord comme Directeur du Centre de recherche sur les machines intelligentes (CMI), et aujourd’hui en tant que Directeur de l’École en sciences informatiques de l’Université McGill, mondialement reconnue. Sa contribution au rayonnement de la robotique est sans conteste. Il est notamment le co-fondateur de la conférence annuelle « Robotics Science et Systems (RSS) » et l’auteur d’un manuel de cours très populaire auprès des étudiants, intitulé « Computational principles of mobile robotics ». Enfin, il participe à titre de juge à des concours de robotique dans les écoles, où il inspire aux plus jeunes de futures vocations.
René Roy - Prix Acfas - 2010
Prix Acfas Léo-Pariseau
René
Roy
UQAM - Université du Québec à Montréal
Le lauréat est une référence mondiale en immunochimie. Les découvertes de ce chimiste du système immunitaire sont à l‘origine d’importantes applications thérapeutiques, dont la production des premiers vaccins synthétiques antibactériens. Ces derniers constituent un espoir, en particulier pour les populations des pays en voie de développement.

Sa découverte la plus impressionnante est issue directement des travaux qu’il a menée depuis le début de sa carrière. En effet, il a mis au point des structures arborescentes d’hydrates de carbone, appelées glycodendrimères présentant de nombreuses extrémités constituées de molécules de glucide. Leur nombre élevé est à l’origine d’une affinité accrue avec des cibles biologiques, telles que les cellules du système immunitaire par exemple. Ainsi, les molécules synthétisées imitent la surface des bactéries que l’on veut combattre et entrainent la production d’anticorps. Il en résulte une réponse du système immunitaire permettant de lutter contre les infections bactériennes en jeu.

De ces résultats découlent diverses applications médicales, en particulier le développement, en collaboration avec le Professeur Vicente Verez Bencomo de l’Université de La Havane à Cuba, d’un vaccin synthétique contre la pneumonie et la méningite causées par la bactérie Haemophilus influenza de type b. Ces infections tuent chaque année plus de 500 000 enfants dans les pays en voie de développement. Des vaccins « biologiques » classiques, conçus à partir de bactéries inactivées, existent déjà, mais leurs prix trop élevés les rendent inaccessibles à l’ensemble de ces populations. Aujourd’hui, à Cuba, le vaccin synthétique a permis d’éradiquer cette maladie. Il est à noter qu’il s’agit du premier vaccin synthétique au monde, c’est-à-dire synthétisé par voie chimique en laboratoire. Ainsi, cette technique permet d’en augmenter la fiabilité (élimination du risque de contamination bactérienne) et d’en réduire le coût. Au-delà de l’envergure de cette découverte, cette histoire témoigne de l’engagement humanitaire du chercheur auprès des pays pauvres.

Auteur de nombreuses publications, il a été a l’origine de plusieurs brevets, parmi lesquels celui ayant généré le plus de revenus au Conseil National de Recherche du Canada, toutes disciplines confondues. Il concerne un vaccin synthétique luttant contre la méningite Neisseria meningitidis, groupe C, qui a été mis sur le marché en 2000 au Canada, en Amérique du Nord et en Europe.A deux reprises, en 2005 et 2008, René Roy a également figuré dans le classement des « 10 découvertes de l’année » édité par le magazine Québec Science.

En qualité d’enseignant et de directeur de laboratoire, ce sont plus de 71 étudiants-chercheurs qui ont pu bénéficier de son encadrement. Il a su leur transmettre sa rigueur, sa ténacité et sa passion pour en faire des chercheurs autonomes et de qualité, recherchés aussi bien dans le domaine académique qu’industriel.
Aujourd’hui, les équipes du Professeur René Roy poursuivent leurs travaux sur les applications potentielles des vaccins synthétiques, notamment dans le domaine de la fibrose kystique (mucoviscidose) et contre le cancer du sein. Sont à l’étude également des molécules inhibitrices luttant contre le rejet lors de xénotransplantation (transplantation d’organe entre deux espèces différentes) de foie de porc chez l’homme. René Roy continue ainsi de mettre son savoir et sa passion au service de la santé des populations.
Bernard Bernier - Prix Acfas - 2010
Prix Acfas Marcel-Vincent
Bernard
Bernier
UdeM - Université de Montréal

[Depuis 2013, le prix Acfas Marcel-Vincent des sciences sociales porte le nom de Thérère Guouin-Décarie]

Le Japon est souvent embué sous des idées simples et résumé en quelques clichés. Le dévouement envers le travail et l’entreprise en est un bel exemple. Si vous souhaitez passer de l’autre côté du miroir, plongez vous dans les ouvrages de cet anthropologue-nippologue. Ce parcours multidimensionnel sera à la fois historique, économique, social ou culturel. En fait, c’est un regard critique sur la complexité de toute culture que nous lègue Bernard Bernier.

Le lauréat figure parmi les plus grands spécialistes occidentaux du Japon. S’inspirant du sociologue Pierre Bourdieu et du philosophe Michel Foucault, il a développé une perspective originale et critique, interreliant économie, politique, histoire et culture. Fort de cette perspective globale, il s’est particulièrement intéressé à la question du travail. Il y a posé un regard critique en proposant de lire l’histoire du Japon comme une projection du passé sur les circonstances actuelles. En effet, pour mieux comprendre l’histoire contemporaine de l’économie japonaise, Bernard Bernier s’est intéressé à son évolution historique depuis les codes du travail de la période Edo (1600-1867), soit la période précédant l’arrivée des Occidentaux, jusqu'aux « après » de la crise financière des années 1990.

Les travaux et les écrits de Bernard Bernier rayonnent à l’international. Son ouvrage sur le Japon, par exemple, publié en trois volumes - Capitalisme, société et culture au Japon; aux origines de l’industrialisation, 1988, Le Japon contemporain; une économie nationale, une économie morale, 1995, et Le Japon au travail, 2009 - forme un outil de référence offrant une analyse fine et incontournable du Japon contemporain. Usant d’une langue claire et précise, ce chercheur a grandement contribué à éliminer ou atténuer quelques clichés circulant autour de l’organisation de l’économie japonaise.

Au-delà de sa contribution à l’avancement des connaissances en sciences sociales, ses interventions dans le milieu académique et dans les médias ont permis aux Québécois de mieux comprendre la société du Soleil levant. Communicateur hors pair, Bernard Bernier s’est attiré un large auditoire d’étudiants et de collègues en Amérique du Nord, en Europe et au Japon. Son talent d’orateur lui a valu d’être l’invité, a plusieurs reprises, d’émissions radiophoniques et télévisuelles, mais également, de participer à la rédaction d’études pour le ministère des Communications du Québec et le Musée des civilisations.

Bernard Bernier a apporté et continue d’apporter une contribution exceptionnelle à la formation des étudiants et à l’ouverture de la société québécoise. Par exemple, ce sont près de 500 étudiants-chercheurs québécois mais aussi japonais ou français, tous niveaux confondus (maîtrise, doctorant, postdoctorant) qui ont pu bénéficier de ses conseils, et avec qui il a partagé son approche originale de l’étude des dynamiques sociales.

Christian Messier - Prix Acfas - 2010
Prix Acfas Michel-Jurdant
Christian
Messier
UQAM - Université du Québec à Montréal
L’auteur de L’écologie en ville cumule avec compétence des savoirs en écologie végétale, une pratique en gestion de la forêt et des talents de vulgarisateur. Doté d’une vision globale, doublée d’une approche très pragmatique, il est notamment l’instigateur d’une approche écosystémique d’aménagement de la forêt boréale. Celle-ci a permis de rallier tant les gouvernements, les compagnies forestières, les groupes autochtones que les groupes environnementaux.

Ecologiste forestier, Christian Messier a jeté des ponts entre le monde de la recherche et celui de l’industrie forestière qui sont aujourd’hui très fréquentés. Il a été l’un des premiers chercheurs à tirer la sonnette d’alarme sur la nécessité d’instaurer un aménagement forestier durable.

Arrivé à l’UQAM en 1991, le lauréat devient en 1995 directeur du Groupe de recherche en écologie forestière. En 2006, il participe à la création du Centre d’étude de la Forêt, un centre interuniversitaire de recherche rassemblant 49 chercheurs qu’il dirigera jusqu’en juin 2010. Chercheur ouvert et polyvalent, il est aussi l’initiateur du Réseau ligniculture Québec, un regroupement de recherche et développement en ligniculture en activité depuis 2001 qui réunit les chercheurs universitaires, les gouvernements, les industriels et le secteur privé en foresterie.

Sa recherche concerne l’étude des facteurs écologiques et sylvicoles qui influencent la dynamique des écosystèmes forestiers tempérés et boréaux. Il s’intéresse, par exemple, à l’étude des relations entre couvert et sous-couvert forestier, à l’utilisation de modèles de simulation pour prédire les facteurs affectant les écosystèmes forestiers et à la prise en compte du développement durable dans la gestion des territoires forestiers. Il est notamment l’instigateur d’un projet pilote en aménagement forestier durable, appelé Triade. Cette approche écosystémique consiste à diviser un territoire en trois zones : une zone de conservation, une zone à prélèvement limité et une zone de foresterie intensive. Ce projet fédérateur, mené en collaboration entre les gouvernements, les compagnies forestières, les groupes autochtones et les protecteurs de l’environnement prend en compte les enjeux écologique, logistique et socioéconomique. Il a été testé sur une forêt d’un million d’hectares en 2005. Depuis, ce principe de zonage forestier fait partie intégrante du nouveau régime forestier annoncé en 2009 par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune.

Alliant des compétences en écologie végétale et en gestion de la forêt, son programme de recherche est innovant, original et multidisciplinaire. Il apporte ainsi une perspective systémique aux problèmes inhérents à la sylviculture et à la gestion des forêts boréales. Dans cette optique, il considère la régénération forestière en intégrant les différentes échelles spatio-temporelles, depuis les caractéristiques écophysiologiques de chaque arbre jusqu’à la dynamique de forêts entières. L’objectif étant, entre autres, de minimiser les impacts négatifs de la production intensive de bois sur la biodiversité.

Le chercheur prend aussi plaisir à vulgariser le résultat de ses recherches lors de rencontres publiques. Son livre intitulé « Towards Sustainable Management of the Boreal Forest : Emulating nature, minimizing impacts and supporting communities » (2003) synthétise les plus récents résultats de recherche sur l’approche écosystémique et l’aménagement durable des forêts. De plus, il a dirigé un ouvrage collectif « L’écologie en ville : 25 leçons d’écologie de terrain » (2006). Son dernier livre « A critique of sylviculture : managing for complexity » (2009) s’intéresse quant à lui à une approche d’aménagement forestier pour faire face aux changements climatiques. Chercheur engagé et soucieux de discerner une dimension pratique dans ses thèmes de recherche, il contribue à la fois à la science et à la société. Son expertise et son savoir-faire sont d’ailleurs reconnus dans le monde entier.
François Major - Prix Acfas - 2010
Prix Acfas Urgel-Archambault
François
Major
UdeM - Université de Montréal
Formé initialement en informatique, le lauréat a su très tôt y associé des connaissances approfondies en biologie. Il est ainsi devenu l’un des premiers spécialistes en bio-informatique, discipline située à l’intersection de la biologie, de l’informatique et des mathématiques. Précurseur en la matière, il a apporté une forte contribution à la modélisation de la structure de l’ARN. Les logiciels qu’il développe à partir de méthodes innovantes sont mis à disposition des chercheurs de divers horizons : chimie, biologie, biophysique. Ainsi, ses travaux sont d’une aide précieuse au sein d’une vaste communauté scientifique.

Il y a 25 ans, lorsque François Major a débuté ses recherches dans ce domaine, le nom de bio-informatique n’existait pas encore. Il fut également l’un des pionniers de la recherche sur la molécule d’ARN. Cette molécule biologique est à la fois messager dans le cadre de la transcription et la traduction de l’ADN en protéines, mais aussi régulateur de l’expression des protéines. L’ARN intervient, par exemple, dans la régulation des protéines anormales dans les cellules cancéreuses. Maintenant que l’on perçoit mieux l’étendue de sa fonction, les travaux du chercheur prennent toute leur ampleur. Ainsi, une meilleure compréhension du rôle de l’ARN dans la programmation de la cellule est à la base du développement des thérapies personnalisées du futur. Ces traitements seraient en mesure de s’attaquer préférentiellement aux cellules malades sans détruire les cellules saines, contrairement aux chimiothérapies actuelles.

Alors que tous les chercheurs en structure moléculaire se concentrent sur une approche numérique de minimisation d’énergie, François Major, pour sa part, navigue à contre-courant. Il se concentre sur la structure tridimensionnelle des acides nucléiques et des protéines.. Son originalité et sa détermination furent finalement récompensées puisque son approche novatrice s’est aujourd’hui imposée au sein de la communauté scientifique. Cette méthode constitue aujourd’hui la référence, et pour preuve, sa publication en 1991 dans la revue Science est l’un des articles les plus cités dans les archives du magazine.

En 1994, François Major fonde le Laboratoire de biologie informatique et théorique et commence à diffuser auprès de la communauté scientifique des logiciels dérivés de ses méthodes. Bien que ses travaux en bio-informatique ne permettent pas encore la mise en œuvre d’applications directes, ils sont déjà un outil formidable pour les autres chercheurs. Ainsi, ces logiciels leurs permettent de valider rapidement des hypothèses. D’ailleurs, François Major a récemment développé un service de prédiction de repliement de l’ARN, accessible gratuitement aux scientifiques issus de disciplines variées. Ces services en ligne, MC-Fold et MC-Sym, sont utilisés plus de 1 000 fois par mois par des chercheurs du monde entier et qui a également fait l’objet d’une publication dans la revue Nature en 2008.

Depuis 2005, François Major a rejoint l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie, centre mondialement reconnu en recherche contre le cancer. Au sein de cet établissement, il est aujourd’hui en mesure d’établir son laboratoire expérimental en ingénierie des ARN, afin de tester ses résultats informatiques, permettant ainsi de relier la théorie à la pratique.
Christian Roy - Prix Acfas - 2010
Prix Acfas Ressources naturelles
Christian
Roy
Université Laval
Y a-t-il un rapport entre l’augmentation de la population du petit garrot et la résurgence du castor dans la forêt boréale d’Amérique du Nord? C’est l’une des questions auxquelles tente de répondre le lauréat, au cours de son projet de thèse. Étudiant en sciences forestières, il analyse l’évolution des populations de canards arboricoles ainsi que les facteurs qui expliquent ces fluctuations.

S’étendant d'est en ouest sur plus de 5 000 km, de Terre-Neuve-et-Labrador jusqu'au Yukon, et sur une largeur de 1 000 km, la forêt boréale représente 35% de la superficie totale du Canada et 77% des forêts canadiennes. Au-delà de son intérêt économique (bois d’œuvre, papier), elle joue un rôle majeur dans le maintien de l’équilibre de notre planète, en filtrant l’eau, en contrôlant l’érosion, ou encore comme régulateur du climat. On estime également que ce vaste écosystème sert de domicile à près de la moitié des oiseaux de l’Amérique du Nord, soit environ 3 milliards d’individus, à un moment ou l’autre de l’année. En font partie les garrots, des canards arboricoles nichant dans des cavités creusées dans les arbres.
Or, l’intensification des activités forestières, pétrolières, minières et hydroélectriques en forêt boréale tend à diminuer la quantité et la qualité des sites de nidification. Pourtant, malgré ces perturbations anthropiques, les effectifs des deux espèces de garrots étudiées ne semblent pas diminuer. Au contraire, depuis 50 ans, la population continentale de garrot œil d’or est restée stable, tandis que celle du petit garrot a même augmenté de manière importante.

Pour analyser cette situation surprenante, Christian Roy utilise les données de l’inventaire aérien du Waterfowl Breeding Population and Habitat Survey (WBPHS). Chaque année, depuis 1955, des équipages constitués d’un pilote et d’un observateur survolent des zones échantillonnées, réparties dans la plupart des provinces canadiennes et le Nord des États-Unis. À 50 m au dessus du sol et à une vitesse proche de 190km/h, ils comptent le nombre d’oiseaux de chaque espèce observés, ce qui permet d’en estimer la densité. À partir de ces données et d’outils statistiques, l’étudiant-chercheur tente d’identifier les variables environnementales qui influencent la dynamique spatio-temporelle des populations de garrots.

Parmi les facteurs étudiés figure la réapparition du castor suite à la règlementation relative au trappage. De fait, en construisant des barrages qui inondent les terres, le castor participe à l’aménagement d’habitats humides favorables aux oiseaux aquatiques. En comparant le rétablissement des colonies de castors à l’aide de séries chronologiques de photos aériennes et l’augmentation des populations de garrots à l’échelle du paysage, Christian Roy compte vérifier si ces évolutions sont bien corrélées. Cette situation représente un bel exemple d’écosystème, où les êtres vivants, animaux (castors et garrots) et végétaux (arbres), et l’environnement (terres humides) sont en relation les uns avec les autres.

Au cours du projet seront également examinés les effets des perturbations anthropiques. Toutes les variables étudiées permettront de développer un modèle pour prédire la répartition des habitats des canards arboricoles en milieu riverain. Comme finalité, Christian Roy sera en mesure d’évaluer les impacts de différents scénarios d’aménagement des lisières boisées, et de trouver quelle stratégie de gestion des bordures riveraines sera la plus adaptée pour les canards arboricoles et le castor.
Julie Dufort - Prix Acfas - 2010
Prix Acfas Fondation Desjardins - Maîtrise
Julie
Dufort
UQAM - Université du Québec à Montréal
La frontière entre le Mexique et les Etats-Unis n’est pas de tout repos. Ajoutant à la tension ambiante, on retrouve des patrouilles civiles qui se font gardiennes de « l’invasion des immigrants illégaux ». Sur cette ligne de démarcation, il y a aussi la lauréate, qui observe le phénomène avec la distance et l’œil analytique du chercheur.

Les patrouilles civiles frontalières (PCF) se sont attribuées le terme de Minutemen, nom donné aux premières milices coloniales, ces patriotes de la guerre d’Indépendance américaine prêts à répondre à l’appel du combat dans les deux minutes. Jumelles à la main et arme à la ceinture, les membres des PCF sillonnent quotidiennement le désert et scrutent la frontière américano-mexicaine. Leur but : repérer le passage des immigrés clandestins, et signaler leur présence aux policiers fédéraux. Ils désirent également attirer l’attention des médias sur la « porosité des frontières » et inciter les décideurs politiques à resserrer les lois sur l’immigration illégale.

Les travaux de Julie Dufort posent un regard original sur les patrouilles civiles en s’intéressant à la dynamique interne des deux principales organisations: le Minuteman Project et le Minuteman Civil Defense Corps. La chercheuse l’apport déterminant des présidents Jim Gilchrist et Chris Simcox de ces deux agences. Ce mémoire veut ainsi démontrer qu’au-delà du symbole et du mythe que représentent les Minutemen, leur force de frappe dépend en grande partie de ces deux leaders. L’intérêt de cette étude est d’autant plus grand lorsqu’on sait que, malgré la couverture médiatique dont ils bénéficient, peu de recherches académiques sont réalisées sur les PCF.

Pour appuyer son hypothèse, Julie Dufort a introduit un nouveau concept théorique, celui d’ « entrepreneurs sécuritaires ». Ainsi, elle définit les présidents Gilchrist et Simcox comme « des individus faisant preuve d’initiative en orientant les débats nationaux afin de mettre en œuvre leur propre agenda sécuritaire ». Dans cette optique, ils ont réussi à ériger leur mouvement en symbole de lutte contre l’immigration non documentée.

Sa méthodologie est basée sur l’analyse des écrits et discours des deux dirigeants, mais aussi sur des données qualitatives obtenues lors d’une étude sur le terrain. En effet, elle a pu se rendre dans le sud de la Californie pour rencontrer les membres des PCF, dont Gilchrist, et observer leurs activités. Suite à l’étude de différentes variables (événements nationaux et internationaux, aptitudes et personnalités des dirigeants, actions rhétoriques et stratégiques), la lauréate sera en mesure d’évaluer la réussite des objectifs de ces entrepreneurs sécuritaires.

La jeune chercheuse possède aussi un sens de l’initiative et de l’organisation qui lui a permis de pleinement s’investir dans son rôle de coordinatrice de l’Observatoire sur les États-Unis pour l’année universitaire 2009-2010. En parallèle de ses travaux de maîtrise, elle a ainsi participé à la coordination d’activités de recherche et d’évènements publics à propos des politiques américaines. Son directeur de maîtrise et futur directeur de thèse, Frédérick Gagnon, lui prédit déjà un bel avenir : « Julie fait sans contredit partie des principaux chercheurs qui marqueront l’étude des politiques américaines dans les années à venir ».
Eric  Vaillancourt - Prix Acfas - 2010
Prix Acfas Fondation Desjardins - Doctorat
Eric
Vaillancourt
CREDP - Centre de recherche et d’enseignement sur les droits de la personne
Voler parmi les oiseaux, un rêve que partagent beaucoup d’entre nous. Un rêve qui deviendra bientôt réalité pour ce jeune chercheur en physiologie animale. À bord de son paramoteur, il projette d’observer en plein vol son sujet d’étude, la Bernache du Canada. Au-delà de l’aventure, c’est bien de science qu’il s’agit, puisque le lauréat étudie le métabolisme énergétique des oiseaux migrateurs voyageant sur de longues distances.

Si vous apercevez une volée d'oies sauvages voyageant sac au dos, ce pourrait bien être la "famille" d'Eric Vaillancourt. Dans ce sac, on retrouve une panoplie d’instruments de mesure qu’il a conçue en collaboration avec l'École d'ingénierie et de technologie de l'information de l’Université d’Ottawa. A partir de ces instruments de mesure, il analysera en temps direct la mobilisation des calories stockées sous forme de graisses. De plus, des mesures seront effectuées automatiquement sur l’animal tout au long du vol, afin de calculer les débits d’oxygène consommés lors de l’effort ou encore les taux d’utilisation des sucres, lipides et protéines.

Pourquoi la bernache du Canada a-t-elle été choisie comme espèce-modèle? Pour plusieurs raisons. Premièrement pour leurs caractéristiques physiques. Leur grande taille leur permet de porter le sac à dos d’échantillonnage. De plus, il s’agit d’une athlète exceptionnelle effectuant un périple migratoire sur une distance de 3 500 km, entre la toundra de la péninsule d’Ungava au Nunavik jusqu’à la côte Est des États-Unis, à des vitesses pouvant atteindre les 95 km/h. Capable d’effectuer des vols ininterrompus sur 1 000 km, elle doit puiser dans ses réserves lipidiques de façon extraordinaire pour alimenter ses muscles en énergie, ce qui en fait un sujet d’étude particulièrement intéressant.et son abondance. Secondement, le nombre de bernache du Canada dans la province de Québec. En effet, plus d’un million d’individus se regroupent dans la seule population venant passer l’été au Nord du Québec.

Les finalités de ce projet sont multiples. Ainsi, les connaissances acquises relatives aux besoins énergétiques de Branta canadensis pourront être appliquées à la conservation d’autres oiseaux migrateurs, dont certains sont en péril. La protection de leurs ressources et habitats est essentielle à la survie des espèces menacées. Mais au-delà de la physiologie animale, les implications de ces recherches concernent aussi l’espèce humaine. Les données obtenues sur le métabolisme exceptionnel de l’oiseau étudié pourraient engendrer de nouvelles approches du traitement de l’obésité, ainsi qu’améliorer la performance des athlètes.

Il faut souligner que les oiseaux sont un groupe d’animaux peu étudié, du fait de leurs déplacements. Eric Vaillancourt a donc dû établir un plan de travail bien défini pour surmonter ce défi. Ainsi, les œufs des futurs sujets d’étude ont été récoltés en milieu sauvage, au Québec, en collaboration avec des chercheurs du Service canadien de la faune et de l’UQÀM. Après incubation en laboratoire et éclosion, les oisons se sont attachés à lui, c’est le phénomène d’imprégnation. À force de paroles, d’attention et de soins quotidiens, il est parvenu à se faire considérer comme un père par les volatiles. Cette technique permet de minimiser le stress des animaux pendant les manipulations.

Pour conduire ce projet ambitieux, il faut tout l’enthousiasme, l’engagement, la persévérance, et l’ingéniosité d’un doctorant tel qu’Eric Vaillancourt.

Lors du dépôt de sa candidature, Eric Vaillancourt avouait : « Puisque le prix de vente des paramoteurs est élevé, j’ai grandement besoin du prix Acfas – Desjardins pour me procurer ce véhicule de recherche peu commun ». Maintenant que c’est chose faite, il va pouvoir se consacrer à la phase finale de son projet.