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Sébastien Sauvé
Prix Acfas Michel-Jurdant

Sébastien Sauvé

Université de Montréal

Le prix Acfas Michel-Jurdant 2020, pour les sciences de l’environnement, est remis à Sébastien Sauvé, professeur au Département de chimie de l'Université de Montréal.

Quotidiennement, nous consommons et rejetons des produits chimiques de toutes sortes. Médicaments, plastiques ou pesticides viennent ainsi contaminer massivement notre corps, comme notre environnement. C’est autour de ce sérieux problème de santé humaine et écologique que le lauréat, écotoxicologue, a développé son expertise. Il a notamment mis au point une technique d’analyse pour mesurer les traces de produits toxiques aussi infimes que l'équivalent d'un cube de sucre dilué dans le Stade olympique de Montréal. Ses travaux l’ont amené à tirer la sonnette d’alarme sur cette contamination invisible, incitant par ce fait les décideurs et la population à en prendre conscience, et à réagir.

Après un baccalauréat en agronomie à l'Université McGill au début des années 1990, Sébastien Sauvé y étudie la chimie des sols durant sa maîtrise. En 1995, diplôme en main, il travaille durant un an au site de réhabilitation des sols de la base militaire de Longue-Pointe à Montréal. Il entreprend par la suite un doctorat aux États-Unis, à l’Université Cornell, en qualité environnementale et en écotoxicologie dont la thèse s’intitule Chemical Speciation, Solubility and Bioavailability of Cadmium, Copper and Lead in Contaminated Soils (1999).

De retour au Québec, Sébastien Sauvé se joint à une entreprise d'analyse de risque, QSAR inc. Il y acquiert une expérience pratique de consultant en analyse de risques pour la santé humaine et plus généralement en écotoxicologie. Afin d'approfondir ses connaissances en biologie, particulièrement en immunotoxicologie, il effectue un stage postdoctoral à l'INRS-Institut Armand-Frappier. Il se familiarise ainsi avec le système immunitaire des bivalves, moules ou huîtres, et des vers de terre. Le Département de chimie de l'Université de Montréal le recrute comme professeur en 2001.

Ses premiers travaux sur la chimie et la toxicité des métaux dans les sols contaminés permettent de distinguer les situations dans lesquelles ces métaux sont toxiques et dangereux, des situations où ils sont moins nocifs, voire inoffensifs. Cela amène le professeur Sauvé à modéliser les formes chimiques des métaux pour comprendre leurs variations en fonction du milieu. Afin d'optimiser l'utilité de ces modèles, il transposera ses travaux à des organismes biologiques afin de mesurer la toxicité réelle des formes chimiques des métaux chez les plantes, les vers de terre, les insectes et les bactéries. En faisant appel à la chimie, la biologie et l'écotoxicologie, Sébastien Sauvé contribue à l'approche globale aujourd'hui utilisée pour définir les critères de qualité des sols.

Sa volonté de résoudre concrètement les problèmes environnementaux le pousse aussi à s'intéresser aux contaminants émergents. En couplant la chromatographie liquide à la spectrométrie de masse, il développe une expertise dans la mesure des traces infimes de médicaments, d'antibiotiques, d'hormones, de pesticides, de sous-produits de plastique et de mousses ignifuges. Il a ainsi décelé la présence d'antibiotiques dans les eaux usées de la station d'épuration de la Ville de Montréal, montrant qu’elle ne parvenait pas à éliminer la plupart de ces composés. Or, la présence anormale d'antibiotiques dans l'eau concourt à augmenter la résistance des microorganismes exposés, ce qui représente l'un des plus grands défis de la médecine du 21e siècle. Chaque année, c’est plus d'une tonne qui se retrouve dans le fleuve Saint-Laurent. Qui plus est, il a établi que, dans certaines conditions, le traitement à l'ozone proposé par la Ville de Montréal à sa station d'épuration pouvait générer des sous-produits encore plus toxiques. Grâce à des collaborations avec des ingénieurs, il a cependant réussi à améliorer le traitement de l'eau potable et des eaux usées par l'optimisation des processus d'oxydation de divers contaminants émergents.

L'expertise acquise à la suite de ces travaux a été mise à profit en 2015 lors de la crise du déversement d'eaux usées non traitées par la Ville de Montréal. Sébastien Sauvé a publié une méta-analyse comparant les concentrations d'antibiotiques : il s'agit d'une des premières démonstrations quantitatives de l'étendue des sites où des antibiotiques sont libérés dans l'environnement.

Depuis l'automne 2016, le professeur Sauvé est le chercheur principal d’une initiative portant sur les cyanobactéries, aussi appelées algues bleues. Ce projet international a pour objectifs de comprendre les différentes dynamiques cyanobactériennes, et de proposer des solutions de gestion stratégique lors des épisodes de prolifération. L'initiative incarne une pensée pluridisciplinaire intégrant la chimie, la biologie, la génomique, le génie du traitement de l'eau, l'économie et l'agronomie. Elle regroupe plus d'une quarantaine de partenaires locaux, nationaux et internationaux. Des chercheurs, des acteurs gouvernementaux, des législateurs, des représentants municipaux, des groupes environnementaux, des agriculteurs, des entreprises et des citoyens peuvent ainsi œuvrer ensemble.

À l'automne 2019, Sébastien Sauvé a travaillé avec le quotidien La Presse pour concevoir, en collaboration avec les enfants, un échantillonnage de l'eau dans leurs écoles. Il a ainsi montré que les protocoles utilisés n'identifiaient pas la contamination par le plomb mettant à risque le développement intellectuel des jeunes. Cette étude a entraîné une vague médiatique qui a incité le ministre de l'Éducation à mettre en place un échantillonnage systématique de toutes les écoles du Québec avec des protocoles ajustés.

Les travaux fondamentalement interdisciplinaires de Sébastien Sauvé ont amélioré de façon significative notre compréhension des contaminants dans un monde soumis à de grandes mutations environnementales, et ils ont eu un impact majeur et immédiat sur les mesures de protection de l'environnement et de la santé humaine. Tout n'est pas résolu, loin de là, et l'aspect préventif demeure le défi numéro un auquel s'attaque Sébastien Sauvé à moyen et à long terme. Ses travaux ont constitué un précieux outil pour les décideurs, à tous les niveaux, et ce n'est pas fini…