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Justine Benoit-Piau
Santé et sécurité au travail

Justine Benoit-Piau

Université de Sherbrooke

Le prix Acfas IRSST – Santé et sécurité du travail – Doctorat est remis à Justine Benoit-Piau, de l’Université de Sherbrooke.

Près de 86 % des danseur-se-s se blessent, et ce, en une seule saison d’entraînement et de représentations. Ces lésions peuvent causer de sévères incapacités et avoir un impact majeur sur la carrière en danse. La majorité des blessures sont liées à une surutilisation du corps; on parle de troubles musculosquelettiques non traumatiques (TMNT). La lauréate s’intéresse aux facteurs physiques et psychologiques, ainsi qu’aux conditions de travail, qui prédisposent les professionnel-le-s de la danse aux variations de ces troubles. Elle veut ainsi renforcer les pratiques de prévention afin de réduire, autant que possible, les douleurs, entorses et claquages.  

Les TMNT peuvent être internes, comme ceux touchant les fonctions physiques : force musculaire, capacité à effectuer sans compensation des mouvements fondamentaux ou déficit d’activation des stabilisateurs lombopelviens (les muscles qui soutiennent la région du bas du dos et du bassin). Les troubles peuvent aussi être de nature psychologique : anxiété de performance ou passion obsessive, par exemple. Les facteurs externes, quant à eux, relèvent des contraintes de travail, comme le temps passé à danser. Puisqu’aucune étude n’a investigué ces facteurs chez les danseurs, la lauréate entend étudier cette problématique selon une approche systémique.

Elle émet comme hypothèse que l’incidence de TMNT sera associée à une difficulté de recrutement des stabilisateurs lombopelviens, une moindre force musculaire à la hanche et un moindre score au MCS. Elle entrevoit aussi qu’un niveau élevé de passion obsessive et d’anxiété de performance sont associés au risque de blessure et de chronicisation des TMNT.

Sa méthodologie s’articule sur deux phases. La première consiste en une étude de cohorte prospective incluant 118 participants inscrits à temps plein dans un programme collégial de danse ou employés dans les écoles et compagnies de danse du Québec. Ils seront suivis pendant 9 mois. Un physiothérapeute procédera aux mesures des variables indépendantes, comme les stabilisateurs lombopelviens, en mesurant la différence d’épaisseur de ces muscles au repos et à l’activation; la force musculaire à la hanche; la capacité à effectuer sans compensation des mouvements fondamentaux; la passion; et l’anxiété de performance. Les participants devront remplir un court journal de bord hebdomadaire basé sur un questionnaire pendant 9 mois en rapportant le nombre d’heures d’activités et les TMNT survenues. Cet exercice permettra de recueillir chaque semaine le nombre d’heures dédiées à la danse et la manière dont elles sont réparties entre les classes, les répétitions et les performances.

Lors de la deuxième phase, un échantillon de danseurs sera constitué afin de réaliser une étude à la fois descriptive et exploratoire. Descriptive, car elle visera à retracer l’organisation temporelle de travail et à étudier les stratégies de gestion du temps de danseurs, ayant un TMNT ou non. Exploratoire, compte tenu du peu d’informations disponibles non seulement sur la périodisation des activités chez les danseurs, mais également chez d’autres artistes de la scène ou athlètes professionnels. Pour ce faire, elle utilisera des méthodes qualitatives : entrevues individuelles semi structurées, transcription de verbatim et codification itérative.

Puisque les danseurs sont particulièrement exposés aux TMNT, l’identification de facteurs de risque modifiables est impérative. Des tests simples et une meilleure compréhension de l’organisation du travail de ces artistes pourra aider les professionnels de la santé, les professeurs et les producteurs à identifier quels danseurs sont à risque. Cette étude pourrait servir de modèle pour étudier les probabilités de TMNT chez d’autres populations, comme les artistes du cirque ou les musiciens. À terme, cela permettrait de construire des programmes de prévention personnalisés.

C’est ce premier pas vers le maintien au travail des danseuses et danseurs, ces populations sous-étudiées, que ce prix vient récompenser.