Imprimer

625 - Sensorialité, émotion et esthétique en recherche qualitative : la participation des acteurs dans la production, l’analyse et la diffusion de ces connaissances

Du lundi 27 au mardi 28 mai 2019

Ce colloque, organisé par l’Association pour la recherche qualitative (ARQ) en collaboration avec le Groupe de recherche sur la pratique de la stratégie (GÉPS-HEC Montréal), vise à réfléchir sur les méthodologies qualitatives déployées pour comprendre les dimensions sensorielles, émotionnelles et esthétiques de la pratique, soit la manière dont les êtres humains utilisent leurs connaissances pour accomplir leurs activités. Une attention particulière sera portée aux diverses méthodes par lesquelles les acteurs, qu’il s’agisse des sujets de recherche, des professionnels ou des activistes qui les entourent, participent à la recherche qualitative portant sur ces dimensions de la pratique. Dans les dernières années, plusieurs champs de recherche ont agrandi leurs territoires en intégrant des dimensions fondamentales de la pratique qui prennent vie à travers le corps et qu’on ne peut pas toujours verbaliser ou identifier clairement (Pink, 2015). C’est le cas de la multisensorialité de l’expérience, des émotions et de l’esthétique. Ces dimensions de la pratique posent des défis majeurs en recherche qualitative, car il s’agit de saisir ce qui est invisible et imprévu; bref, ce dont on ne pense pas utile de tenir compte ou de mentionner et qui est ressenti plutôt que verbalisé. Or, ces dimensions de la pratique ont de plus en plus de résonance dans les connaissances disciplinaires et appliquées. Les recherches impliquant la sensorialité, les émotions et l’esthétique ont connu un intérêt croissant dans les sciences sociales et humaines que sont la sociologie (Goodwin, 2001; Howes et Classen, 2013; Vannini et al., 2013), l’anthropologie (Gélard, 2016; Ingold et Howes, 2011), la géographie (Bender, 2002; Davidson et Milligan, 2004), l’éducation (Filliettaz, 2007), la santé (Le Breton, 2011; Lupton, 2017), la gestion (Strati, 2007; Nicolini, 2007), la communication (Moriceau, 2016; Grosjean, 2016), et le design et les arts (Stigliani et Ravasi, 2018).

Lire la suite »
Remerciements

Nous tenons à remercier l'Association pour la Recherche Qualitative et le GéPS (Groupe d'Étude sur la pratique de la stratégie) de HEC Montréal pour leur soutien dans l'organisation de ce colloque.

Colloque
Section 600 - Colloques multisectoriels
Responsables
HEC Montréal
Université d’Ottawa
Afficher tous les résumés
Avant-midi
09 h 00 à 09 h 15
Communications orales
Mot de bienvenue
Présidence/Animation : Linda Rouleau (HEC Montréal)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.931
09 h 15 à 10 h 30
Communications orales
Conférence d’ouverture
Présidence/Animation : Sylvie Grosjean (Université d’Ottawa)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.931
09 h 15
L’enculturation des sens: Démarches anthropologiques à la production et l’analyse des connaissances sensorielles
John David Howes (Université Concordia)

L’anthropologie des sens implique une approche culturelle de l’étude des sens et une approche sensorielle de l’étude de la culture, c’est-à-dire que les sens sont traités à la fois comme objet d’étude et comme moyen d’investigation. Comme le suggère François Laplantine dans La vie des sens, Introduction à une anthropologie modale: "L'expérience du travail sur le terrain est une expérience de partage dans le sensible. Nous observons, nous écoutons, nous parlons aux autres, nous partageons leur cuisine, nous essayons de ressentir avec eux ce qu'ils vivent."  D'abord, cette communication présente des études de cas sur l'enculturation des sens et porte sur ce que l'étude : 1) de l’ornementation des organes des sens peut nous dire sur l’ordre sensoriel d’une société. 2) de la manière dont des dispositions sensorielles particulières sont inculquées à l'homme lors de rituels d'initiation. 3) des techniques de perception employées par les guérisseurs traditionnels (prise de pouls, par exemple) peut nous apprendre sur  les dimensions performatives des rituels de guérison. Ensuite, elle propose un paradigme pour l’étude des dimensions sensorielles de la culture matérielle (par exemple l’art, les artefacts, les biens de consommation). Enfin, elle se termine en discutant des «environnements sensoriels performatifs» créés par des chercheurs rattachés au Centre d'études sensorielles à Concordia dans le but de communiquer des connaissances sensorielles au-delà des frontières culturelles.

 

Résumé
10 h 30
Pause
11 h 00 à 12 h 30
Communications orales
Observer et entendre l’indicible
Présidence/Animation : Linda Rouleau (HEC Montréal)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.931
11 h 00
Pratiques info-communicationnelles des médecins généralistes : Le discours de sensibilisation au dépistage organisé
Pierre Mignot (Université Toulouse), Omrane Dorsaf (Université Paul Sabatier, Toulouse 3)

La dimension empathique de la relation de soins demeure une dimension nécessaire à l’exercice de la profession médicale (Vannotti, 2002). La place des facteurs émotionnels dans le discours des médecins (Serresse, 2011) contraste avec les données de la littérature qui mettent davantage l’accent sur les facteurs organisationnels. Notre étude cherche à comprendre les pratiques info-communicationnelles des médecins généralistes dans le cadre de la prévention des cancers. Elle s’inscrit dans le cadre d’une recherche interventionnelle financée par l’InCa. Notre approche compréhensive nécessite de mobiliser une méthodologie essentiellement qualitative. Toutefois, un questionnaire exploratoire à destination des médecins généralistes a été mis en place. Des grilles d’entretien semi- directifs sont construites partiellement à partir des résultats du questionnaire mais surtout autour d’une approche compréhensive de l’entretien (Kaufman, 2011). Nous avons parallèlement mené des observations in situ des sessions de visionnage des vidéos d’information élaborées dans le cadre de ce projet et 25 entretiens avec un panel de médecins généralistes dont la retranscription est en cours. Les premiers résultats révèlent: une empathie omniprésente, une adaptation du discours médical essentiellement avec les patients défavorisés et/ou isolés, des références à un discours affectif dans l’argumentaire préventif et un processus de création de lien social lors des interactions patient/médecin.

Résumé
11 h 30
Connaissance tacite et corporéité
Valérie PARENT (UdeM - Université de Montréal)

L’objectif de ce travail est de clarifier le concept de connaissance tacite pour l’étude des dimensions non dites, parfois indicibles, des interactions et de l’agir professionnel. La toile de fond de l’analyse proposée est une étude en développement portant sur le « transfert » ou le partage des connaissances dans le contexte de l’intervention psychoéducative, et surtout des interactions auxquelles elle donne lieu. Nous partons de la prémisse selon laquelle ce partage repose sur l’arrimage des connaissances explicites, formalisées, codifiées et issues de la recherche, avec les connaissances « expérientielles » issues de la pratique de psychoéducatrices et psychoéducateurs œuvrant en centre jeunesse auprès de jeunes en difficultés (Parent, 2018). Une question préliminaire est celle de savoir comment définir ce que recouvre la notion de connaissance tacite. Nous proposons de situer cette articulation des types de connaissance dans le cadre d’une théorie de la créativité de l’agir, défendue par le sociologue allemand Hans Joas (1999). Héritée du pragmatisme, et en particulier de John Dewey, l’intérêt de cette conception de l’agir est de situer la « corporéité » comme partie prenante de la conduite de l’acteur et de cette intégration des connaissances explicites et tacites. Le rapport de l’acteur à ses propres sensations corporelles, qui de surcroit échappent à son contrôle, participe à la constitution d’un stock de connaissance tacites que nous chercherons à spécifier. 

Résumé
12 h 00
Observer l’intuition : À l’épreuve de l’invisible et l’indicible
Nora Meziani (HEC Montréal)

Le sentiment de savoir sans savoir pourquoi, que nous nommons plus communément « intuition », est une connaissance tacite qui se révèle à une personne par le biais d’une sensation corporelle. Lorsque j’ai une intuition, je sens, je sais, mais je ne suis pas en mesure d’expliquer pourquoi je sais, ni ce que je sais. Je ne suis pas en mesure d’élaborer davantage mon propos et de mettre en mots. Je ne suis pas en mesure de partager mon ressenti avec une tierce personne de manière discursive. Ainsi, pour nous, chercheurs et chercheuses, comment approcher un phénomène indicible et invisible ? Dans cette communication, je propose de discuter des approches méthodologiques que j’ai mises en place ou développées pour saisir le phénomène intuitif – phénomène pour le moins évanescent. J’ai mené des entrevues avec des professionnel.le.s du cinéma (ex. réalisateurs, directrices de la photographie, monteuses, 1ers assistants réalisation) et je les ai suivi.e.s sur des tournages. Je montrerai comment les entrevues peuvent autant être utilisées pour saisir ce qui est dit que ce qui n’est pas dit, et comment le corps et les sens du chercheur ou de la chercheuse sont sollicités et animés en situation d’observation afin de capter les intuitions. Cela ouvre de nombreuses perspectives de recherche, à l’heure où l’invisible et l’indicible, qui pourtant peuplent la vie collective, sont peu explorés dans le champ des études organisationnelles.

Résumé
Dîner
12 h 30 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.931
Après-midi
13 h 30 à 15 h 00
Communications orales
Accéder au sensible au moyen de nouveaux dispositifs méthodologiques
Présidence/Animation : Marie-Julie Catoir (Université de Nîmes, France)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.931
13 h 30
Le travail des web-créatifs indépendants : Investissement subjectif, affectivité et organisation du travail
Marcela Patrascu (Université Rennes 2), Anne-France KOGAN (Université Rennes 2)

Cette communication se propose de discuter d'un dispositif méthodologique déployé dans le cadre d’un projet de recherche démarrée en septembre 2018 et portant sur le travail des web-créatifs indépendants (Menger, 2002) (infographistes, web-designers, vidéastes, youtubeurs, créateurs de contenus numériques), travaillant à domicile ou dans des tiers-lieux de type coworking. Ce dispositif méthodologique se base sur la photo-participative (Harper, 2002), les entretiens de photo-élicitation (Chaudet et Péribois, 2014), les fiches-activités-temps (Rouch, 2006) et des entretiens compréhensifs. Une trentaine de web-créatifs indépendants du Grand Ouest de la France, travaillant à domicile ou dans des tiers-lieux de type co-working participent à cette enquête. A défaut de résultats définitifs, et sur la base des fiches et des photos-participatives récupérées, cette communication mettra en discussion la démarche de construction d’un tel dispositif méthodologique, et notamment les consignes (thématiques) données aux participants. Cette communication esquissera quelques éléments d’analyse et il s’agira de montrer en quoi ce type de dispositif « par les sens » (Simmel) et participatif permet d’approcher l’expression des émotions et des engagements affectifs des participants à l’enquête de même que, les ambiances sensorielles et sensibles des espaces-temps de travail.

Résumé
14 h 00
La richesse du quotidien : Les médias sociaux comme site privilégié pour accéder aux dimensions sensibles de l’expérience de travail
Viviane Sergi (École des Sciences de la Gestion (ESG) - UQAM ), Claudine Bonneau (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Dans la foulée des appels à prendre en compte plus finement les dimensions esthétiques, sensorielles et émotionnelles des pratiques (voir par exemple Gherardi, 2017), divers questionnements méthodologiques émergent. Un enjeu récurrent est celui de l’accès aux données qui permettront aux chercheurs d’étayer ces dimensions. En effet, il n’est pas toujours possible pour les chercheurs d’être présents au moment où ces aspects sont vécus par les acteurs. C’est que les dimensions sensibles de l’expérience se vivent et s’expriment bien souvent dans le quotidien et les activités ordinaires, ce qui les rend à la fois banales, diffuses et complexes à saisir. Ancrée dans une réflexion sur le quotidien comme site par excellence du sensible, notre communication vise à explorer le potentiel des médias sociaux publics pour documenter ces dimensions. Dans un premier temps, nous présenterons comment ces dimensions sensibles peuvent être exposées sur les médias sociaux, en nous basant sur des illustrations tirées de nos travaux portant sur le travail à voix haute sur Twitter et Instagram (Sergi et Bonneau, 2016, 2017; Bonneau et Sergi, 2018). Ces exemples nous amèneront ensuite à discuter des divers enjeux méthodologiques et éthiques qui accompagnent la recherche sur les médias sociaux. Enfin, nous conclurons en abordant comment les médias sociaux peuvent servir à développer des démarches de recherche plus collaboratives, mobilisant plus activement les acteurs en contexte de travail.

Résumé
14 h 30
Pause
15 h 00 à 16 h 00
Communications orales
Faire sortir les émotions et le sens à travers les récits
Présidence/Animation : Viviane Sergi (École des Sciences de la Gestion (ESG) - UQAM )
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.931
15 h 00
Démarche de réflexion collective sur la spécificité des sages-femmes du Québec
Raymonde Gagnon (Université du Québec à Trois-Rivières), Jean-Pierre Gagnier (UQTR), Georges Legault (Université de Sherbrooke), Céline Lemay (UQTR)

La profession sage-femme a pris racine au Québec dans les années 70-80. Elle est liée à un mouvement social où des femmes souhaitaient se réapproprier les évènements entourant la naissance. Cette réalité a mené à la formation d’un groupe de SF qui a développé une identité forte fondée sur des valeurs partagées. Vingt ans plus tard, leur association a souhaité que les SF réfléchissent à la spécificité de leur pratique dans le cadre d’une recherche interdisciplinaire permettant d’établir des repères conceptuels porteurs de sens afin d’orienter les actions. La stratégie méthodologique s’inspire de l’approche de « coopérative inquiry » de Heron et Reason (2001). Elle se caractérise par un processus au cours duquel des personnes développent ensemble à partir de leurs propres expériences et actions de nouvelles manières de voir les choses et de donner un sens à leurs actions (Coghlan et Brydon-Miller, 2014). Deux ateliers de réflexion alimentés par une production écrite et un focus group avec des parents prennent forme dans une démarche récurrente, ouverte et dynamique AVEC les SF. La prise de parole s’articule autour de questions spécifiques ouvrant sur un échange et un partage des valeurs, aspirations et contraintes vécues dans le quotidien qui sont génératrices de sens ou de tensions. L’implication des SF et les enjeux liés à leur participation à ce projet de co-construction seront également présentés et discutés.

Résumé
15 h 30
S’aventurer ensemble dans la construction de récits narratifs pour saisir les subtilités du vécu émotionnel d’infirmières de soins intensifs côtoyant régulièrement les confins de la vie
Stephanie Dolle (UdeM - Université de Montréal), Jacinthe Pépin (Université de Montréal), Sylvie Gendron (Université de Montréal)

Prendre en charge un patient avec des lésions cérébrales aux soins intensifs signifie que l’infirmière est en relation avec une personne inconsciente dont les fonctions sont altérées et le pronostic vital compromis. Cette proximité avec la fragilité de la vie occasionne des émotions, et entraîne des questionnements existentiels devant l’immanence de la mort. Cependant, peu d’études se sont penchées sur ce sujet. L’objectif de notre recherche est de décrire et comprendre l'expérience des infirmières durant le processus conduisant à l’arrêt de traitement chez des patients cérébro-lésés. La méthode du Narrative inquiry de Clandinin et Connelly (2000) engage une collaboration entre la chercheuse et chaque participant pour co construire, itérativement, un récit qui aborde les souhaits, les émotions et la sensibilité que les infirmières ressentent lors de leur rencontre avec l’Autre dans le soin. En conséquence, la relation de confiance et la complicité qu’exige la production des récits autorisent, à travers le témoignage et la métaphore, la révélation d’émotions fortes jusqu’alors réprimées. Néanmoins, le langage ayant ses limites, la chercheuse doit s’engager dans la conversation pour soutenir la prise de parole. Ainsi, ses propres émotions et son bagage expérientiel, semblable à celui des participants, se retrouvent au coeur de la coproduction de connaissances émotionnelles. Ces derniers éléments pourraient-ils compromettre la validité des savoirs produits?

Résumé
Afficher tous les résumés
Avant-midi
08 h 30 à 10 h 00
Communications orales
Visualiser l’esthétique et les émotions
Présidence/Animation : Nora Meziani (HEC Montréal)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.931
08 h 30
Esthétique de la recherche transdisciplinaire et son lien avec les émotions
Marie-France Turcotte (UQAM - Université du Québec à Montréal), Marie-Andrée Caron (UQAM)

L’esthétique occupe une place importante dans la production de savoirs transdisciplinaires, comme le montre l’utilisation de schémas ou de photos ayant un caractère structurant pour la production de connaissances (Ayre et Nettle, 2015). De quoi est fait l’esthétique de la transdisciplinarité ? Comment est-il lié aux émotions ? Et à quelles émotions ? Dans une étude sur un corpus de publications scientifiques transdisciplinaires (TD) visant à résoudre des problèmes complexes (wicked problem) en développement durable, nous avions constaté l’importance des illustrations, celles-ci étant chargées de significations implicites (Caron, Turcotte, Lachance et Ghozzi, 2017). Suivant ce constat, nous avions organisé un atelier auquel ont participé des chercheurs de diverses disciplines en sciences sociales. Dans la première partie de l’atelier, nous avions soumis les illustrations de notre corpus de textes transdisciplinaires aux participants. Dans la seconde partie de l’atelier, nous avions demandé aux chercheurs d'illustrer ce que représente pour eux la recherche transdisciplinaire comme méthodologie. Sont ressorties de ces deux activités la manifestation de choix esthétiques et beaucoup d’émotions, allant de la nostalgie d’un monde disciplinaire perdu à l’enthousiasme envers le futur de la transdisciplinarité. L’objectif de cette présentation sera de décrire ces expériences et leurs résultats, de même que d’ouvrir la discussion sur les analyses et contributions théoriques possibles.

 

Résumé
09 h 00
Terrains de recherche et enjeux esthétiques et communicationnels d’une recherche sur le dispositif visuel-narratif et sensoriel de l’image manga
Emilie LECHENAUT (Institut Universitaire de Technologie Nancy-Charlemagne)

La bande dessinée est un langage a priori simple. Et pourtant, son vocabulaire et ses symboles visuels, font de ce média un objet communicationnel aux formes visuelles et narratives complexes. L’analyse sémiologique du dispositif visuel et narratif du manga montre que par sa matérialité, l’image manga a un pouvoir de suggestion et de sensorialité décuplé. La dimension expressive de l’image fait en sorte que le lecteur-spectateur devient un « tout percevant ». Le manga n’est pas qu’une représentation donnée à voir. Ce sont des émotions perçues, saisies comme un comportement, une manière d’être. Malgré la simplicité de l’image, une médiation s’instaure entre le lecteur-spectateur et la technique graphique du manga de laquelle dépend l’émotion. On retrouve dans le manga ce que Gilles Deleuze nomme « l’image-affection ». Ce travail d’analyse sur le discours émotionnel du manga se situe dans une approche méthodologique alliant méthodes visuelles, sémiologie, enquête qualitative et anthropologie de la communication. Il s’agira dans un premier temps d’expliquer l’importance de la dynamique exploratoire du terrain et la posture du chercheur dans une recherche dans une recherche création, puis la démarche d’analyse qualitative mise en place pour ensuite se questionner sur les enjeux esthétiques et communicationnels d’une recherche sur le dispositif visuel-narratif et sensoriel du manga que ce soit dans une démarche créative et/ou dans la mise en place d’un discours organisationnel.

Résumé
09 h 30
Donner à voir ses émotions : L’apport des dessins en recherche organisationnelle
Geneviève Renaud (HEC Montréal), Mariline Comeau-Vallée (UQAM), Linda Rouleau (HEC Montréal)

Cette communication porte sur l’usage de la technique du dessin comme outil de recherche qualitative. Le dessin est une méthode visuelle participative offrant la possibilité aux participants à la recherche de collaborer avec le chercheur à la production et à l’interprétation de données. Cette communication offre un examen comparatif  des protocoles de recherche (contexte, collecte de données, stratégie d'analyse) de trois études ayant utilisé le dessin dans un dispositif de recherche triangulé pour générer des données qualitatives: 1) La prise de décision difficile par des gestionnaires de succursales bancaires; 2) la collaboration dans des équipes interprofessionnelles œuvrant dans le secteur de la santé mentale; 3) Une étude ethnographique menée dans une cinémathèque au cours d’un épisode de crise d’identité organisationnelle. L’exercice débouche sur l’identification de trois processus par lesquels la technique du dessin comme outil d’enquête complémentaire donnent accès à des données difficilement accessibles par le biais de méthodes de recherche conventionnelles (contextualisation, focalisation, réflexion). Entre autres, ces processus font ressortir les émotions, les expériences vécues et les influences culturelles des participants. La communication abordera également les questions éthiques associées à l’usage des méthodes visuelles participative et fournira des conseils pour les chercheurs souhaitant intégrer la technique du dessin dans leur protocole de recherche.   

Résumé
10 h 00
Pause
10 h 30 à 12 h 00
Communications orales
Mobiliser le sensoriel pour comprendre l’autre
Présidence/Animation : Marie-France Turcotte (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.931
10 h 30
La sensation participante comme méthodologie de choix dans l’analyse du rasa
Marie-Josée Blanchard (Université Concordia)

Le rasa, un terme sanskrit signifiant « goût » ou « saveur », est omniprésent dans les arts de la scène indiens, où il prend la connotation de « plaisir esthétique », voire d’« émotion impersonnelle ». Ce concept a été l’objet de nombreux débats pendant plus de 1 000 ans en philosophie et poésie indiennes; ces théories n’ont toutefois jamais pris en compte l’avis des experts en rasa, à savoir les artistes, qui décrivent pour la plupart le rasa comme une expérience accessible à la fois aux spectateurs et aux danseuses. Ces discours, en apparence divergents, nous amènent à nous demander comment peut-on réconcilier la théorie du concept de rasa et l’expérience incorporée du rasa? Nous démontrerons de quelle manière la théorie et la méthodologie proposées par l’anthropologie sensorielle permettent ce rapprochement. En effet, l’anthropologue sensoriel parvient, grâce à la sensation participante, à utiliser sa propre expérience sensorielle, émotionnelle et esthétique en tant que spectateur afin d’alimenter ses données dans l’analyse du rasa au sein du drame-dansé indien. Il crée ainsi un pont entre la théorie et la pratique, et facilite par le fait même ce partage d’expérience avec les danseuses qui, elles, possèdent une connaissance purement incarnée et active du rasa. Nous montrerons comment les échanges avec les danseuses, ajoutés à l’expérience incarnée du chercheur, permettent aux véritables saveurs du rasa de prendre forme peu à peu (en mots) dans la recherche.

Résumé
11 h 00
Quand une expérience esthétique devient un acte managérial : La Haute-Cuisine à fleur de peau
Josée Lortie (HEC Montréal)

Quels liens peuvent entretenir la matérialité et l’esthétisme dans la Haute cuisine ? S’appuyant sur les écrits des pragmatistes américains Dewey (1934) et Sennett, (2008), cette communication s’inscrit dans l’approche esthétique des organisations (Warren, 2008, 2012) et soutient que les variations de rythme et les modalités de communication non-verbale vécues corporellement constituent deux points de repère cruciaux pour la collecte et l’analyse des données produisant des connaissances dans ce type d’approche. Cette recherche adopte une posture ontologique processuelle « forte ». Des entrevues semi-structurées ont permis d’identifier au préalable quelles sont les significations que les chefs et cuisiniers donnent à leurs actions. Ensuite, nous avons examiné lors des services (plus précisément lors des moments de grande affluence) comment et surtout quand les acteurs mobilisent la sensorialité et l’esthétique dans la réalisation de leurs activités. Nous avons ainsi pu observer les relations informelles et la communication qui sont dans ce contexte souvent vécues corporellement plutôt que verbalement.  Cette approche méthodologique a permis la conceptualisation d’une expérience esthétique idéal-typique que nous avons nommé « la bulle », expérience au cours de laquelle la finalisation de l’ordre coopérative se réalise par des ajustements mutuels et de réciprocité entre les sujets agissants ainsi que par une régulation contextuelle à l’action (Maggi, 2011).[2]

Résumé
11 h 30
Sensorialité et émotions, vers une co-construction du sens. Approche qualitative de l’expérience de visite à la Cité du vin de Bordeaux
Audrey MOUTAT (Université de Limoges (FRANCE)), Charles-Alexandre Delestage (Université de Poitiers), Cristina BADULESCU (Université de Poitiers)

La Cité du vin de Bordeaux valorise une forme d’imaginaire culturel et social tout en étant un lieu de légitimation du vin. Pour renseigner le public, elle cherche à lui faire vivre un « voyage immersif et sensoriel », Nous nous intéressons aux dispositifs et aux pratiques de médiation sensorie. Afin de dresser un cadre épistémique permettant l’étude des émotions dans l’espace muséal, nous croiserons la théorie des affects telle qu’utilisée par Bougenies (2015) avec la théorie de l’iconicité proposée par Jean-François Bordron (2002, 2004)   dans sa sémiotique de la perception. Le concept de la trinité de l’expérience sensible (Boutaud, 2007), articulé par les dimensions esthésique, esthétique et éthique, nous permettra de mesurer la production des effets de sens dans un contexte de médiation sensorielle. Dans le cadre d’une approche exploratoire des sensations et des émotions lors d’une expérience de visite, nous avons réalisé une étude de réception auprès d’un échantillon de vingt personnes. Deux outils méthodologiques sont utilisés : 1) L’observation directe avec grille d’observation, déjà vérifiée par d’autres études de réception dans l’espace muséal (Bougenies, 2014, Martin 2012, Lambert, 2009), nous permet d’analyser l’expérience de visite en acte (dimension kinésique, proxémique, verbale). 2/ L’entretien semi-directif permettra de confronter les observations de l’expérience sensorielle aux verbalisations produites par les visiteurs à la fin de l’atelier de médiation.

Résumé
Dîner
12 h 00 à 13 h 00
Dîner
Dîner
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.931
Après-midi
13 h 00 à 15 h 00
Communications orales
Passer par la création, le visuel et les artefacts pour saisir l’insaisissable
Présidence/Animation : Sylvie Grosjean (Université d’Ottawa)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.931
13 h 00
Dialogue des images et paroles invisibles
Yannick Lebtahi (Université de Lille)

Construire la connaissance et partager les savoirs : quels défis méthodologiques pour le chercheur en Sciences de l’Information et de la Communication qui fonde son projet sur l’entretien filmé ? Selon les positionnements et les orientations épistémologiques, techniques et esthétiques, filmer la parole est loin d’être neutre ni même acquis. La parole filmée enclenche des mécanismes d’influence mutuelle, délibérés ou inconscients, qui ont un réel impact sur la production scientifique. L’image est une trace qui rend compte de données de recherche invisibles. Celles d’une pensée en élaboration sur un sujet donné où les corps inter-agissants des acteurs, tout autant que les mots en disent quelque chose. Par réflexivité, la multiplicité des regards en présence – celui qui filme, celui qui est filmé et la caméra – est génératrice de biais, d’effets de survalorisation et de ressentis à degré variable selon la sensibilité du thème de la recherche. De plus, l’espace médiatique peut produire des phénomènes d’échos ou de contamination et influencer les fils de l’esthétique filmique que le chercheur doit dénouer pour les identifier et ainsi maitriser son dispositif de filmage. Ne sommes-nous pas tous prisonniers de nos écrans ? Et enfin intégrer et accueillir la notion d’imprévu, laisser place à l’accident permet au chercheur non seulement de partager une expérience sensorielle et émotionnelle mais aussi d’aller au cœur de la donnée qualitative et ainsi façonner la connaissance prélevée.

Résumé
13 h 30
Analyse du rôle des émotions dans le sport : Renouveler les approches qualitatives par le co-design et les méthodes visuelles
Paixão-Barradas Susana (KEDGE Business School, France), Marie-Julie Catoir-Brisson (Université de Nîmes)

Cette communication présente les résultats d'un projet pédagogique réalisé en 2018 sur l’analyse du rôle des émotions dans le sport par le biais d'appareils numériques. Ce projet est issu d’une collaboration entre une startup, des citoyens, des étudiants en design, et des enseignants-chercheurs. En quoi les méthodes visuelles et l’usage d’outils de médiation par le design contribuent à la recherche qualitative sur la sensorialité et l’expérience des émotions dans la pratique du sport ? Dans quelles mesures ces méthodes permettent-elles de mobiliser tous les acteurs ? Nous proposons une étude du processus de co-design du projet. L’objectif est d’analyser le rôle des artefacts pour rendre explicites certaines émotions liées au sport et créer un dialogue entre les participants. Il s’agit aussi de montrer comment la participation des acteurs a été initiée par la méthodologie du projet, et d’expliciter l’apport de chaque partie prenante. Une catégorisation des différents objets intermédiaires (dessins, photos, vidéos) co-conçus par itérations, selon les différentes étapes du projet, sera proposée. L’analyse portera aussi sur le processus de co-création de la vidéo finale du projet, qui constitue une expérience esthétique suscitant l’émotion et suggérant une expérience multi-sensorielle de réalité augmentée. Ce prototype peut être envisagé comme une contribution pour renouveler la recherche qualitative sur le rôle des émotions dans le sport, via des méthodes créatives du design.

Résumé
14 h 00
Exploration de la force performative des écritures de soi par une recherche-création : Rencontres entre quatre «co-écrivantes»
Karine Bellerive (UdeM - Université de Montréal)

Maintes chercheures ont montré que c’est beaucoup par les écritures de soi que les femmes ont rendu visibles leurs expériences et dénaturalisé les régimes de vérité qui les ont longtemps tenues en marge (Smart 2014; Boisclair 2004). À partir d’une démarche de recherche-création (Chapman & Sawchuk 2012), je propose à leur suite de réfléchir à la force performative (Butler 2005) des écritures de soi - et plus spécifiquement aux mécanismes sensoriels, émotionnels, esthétiques qui les sous-tendent et qu’ils génèrent (Culler 2016). M’éloignant de l’étude des représentations, j’envisage qu’elles procèdent moins du «reflet» de l’intériorité que du «devenir» : «Writing is […] always in the midst of being formed, and goes beyond the matter of any livable or lived experience. It is a process, that is, a passage of Life that traverses both the livable and the lived.» (Deleuze 1997)
Dans la foulée des études culturelles du vieillissement, j’ai conçu un dispositif méthodologique singulier, que j’entends interroger. Pour observer des processus d’écritures de soi «en train de se faire», j’ai créé quatre «agencements littéraires» (Deleuze et Guattari 1975) composés d’une femme et de son père atteint d’Alzheimer. Mes trois «coécrivantes» et moi produisons chacune deux récits de soi recelant des traces d’un échange épistolaire que nous entretenons avec notre père. Nous façonnons et fictionnalisons à notre guise cette matière, détournant ainsi les conventions propres aux genres littéraires.

Résumé
14 h 30
Une agoraphobe qui peint des villes imaginaires, un agoraphobe qui compose des chansons : Analyser les dimensions sensorielles et émotionnelles de l’expérience de l’agoraphobie par des oeuvres artistiques d’informateurs
Roseline Lambert (Université Concordia)

J’ai réalisé une ethnographie d’une communauté virtuelle d’agoraphobes francophones et je discuterai de deux études de cas : 1) Éveline, une agoraphobe parisienne qui a peint une centaine de tableaux de villes imaginaires alors qu’elle ne sortait jamais de chez elle et 2) Jean-Louis, un agoraphobe d’un village du sud de la France qui a composé un album de chanson sur
son expérience de la maladie. J’expliquerai comment ces deux informateurs, en tentant de me faire comprendre leurs expériences par des oeuvres artistiques, au-delà des entrevues que je menais avec eux, m’ont permis de développer ma proposition de thèse de doctorat sur l’agoraphobie dans laquelle je propose un projet de recherche-création aux frontières de l’anthropologie médicale des sensations (Hinton, Howes, Kirmayer 2008) et de l’anthropologie de l’art (Schneider & Wright 2010). Dans cette thèse sous la direction de David Howes, je réfléchis aux dimensions sensorielles (Classen, Howes, MacDougall, Irving), émotionnelles (Clara, Barbalett, Jasper, De Courville Nicol) et esthétiques (Vidler, Williams) de l’expérience de l’agoraphobie en convoquant ma propre pratique d’écriture en poésie et en la faisant dialoguer avec les expériences des informateurs. Ma méthodologie convoque les sens en puisant dans les études sensorielles pour aller au-delà des discours et des représentations en combinant l’observation participante à la méthodologie de la sensation participante comme le
propose Classen et Howes (1991 et 2014).

Résumé
15 h 00
Pause
15 h 30 à 16 h 30
Communications orales
Cartographie des méthodes et des modalités de diffusion des connaissances sensorielles, émotionnelles et esthétiques
Présidence/Animation : Joëlle Morrissette (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.931
16 h 30 à 16 h 45
Communications orales
Mot de clôture
Présidence/Animation : Linda Rouleau (HEC Montréal)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.931
Soir
16 h 45 à 18 h 00
Cocktail
Lancement des numéros de la revue Recherches qualitatives, remise du prix Jean-Marie Van der Maren et cocktail
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.913